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tome XVI du Bulletin de Vlnstitut archéologique liégeois

Aux temps donc où les églises et les puissantes abbayes monopolisaient, peut-on dire, la détention des œuvres d'art, où les rois et les grands pouvaient, seuls, se permettre d’avoir des collections de tableaux plus ou moins importantes, il s’est trouvé en notre cité de Liège trois amis, en somme peu fortunés, qui se cotisèrent pour se procurer, en commun, quelques jouissances artistiques. Et ils étaient parvenus à constituer un très intéressant musée dont ils durent avoir, jusqu’au dernier survivant, une bien légitime satisfaction.

A l’antiquité remonte le goût des collections d’art, d’objets précieux et de, curiosités. Pour le satisfaire, certains, déjà alors, se ruinaient, constate Horace ; tandis que Sénèque traite de folie le faste de rassembler des statues et des tableaux dont se piquaient les riches, meme ignorants.

Les anciens eurent aussi l’idée de former des collections publiques d’objets d’art ; c’est ainsi qu’à Rome on plaça, dans des lieux ouverts au public, des statues et des tableaux, notamment les chefs-d’œuvre qui avaient été enlevés à la Grèce.

Le goût des collections, surtout privées, se perpétua, sans interruption, peut-on dire, des temps anciens jusqu'au moyen-âge. Mais, durant cette longue période, il n'exista de musée dans le sens propre du mot.

De la Révolution française datent seulement la plupart des grands musées de notre temps, tel le Lou\’re. par exemple.

.Mais ces institutions publiques, destinées à former le

goût et l’éducation du peuple, se multiplient rapidement au XIX^ siècle ; on en crée de tous genres et leur spécialisation les rend, à la fois, instructives et plus intéressantes.

Les curieux, pour appeler les collectionneurs par le nom que leur donne La Bruyère, non seulement sont moins fastueux qu’autrefois, mais, très souvent, ils ont à cœur de donner de leur vivant ou de léguer à leur mort les plus belles pièces de leurs collections à ces divers musées dont le caractère de libérale publicité les séduit bien certainement.

Et, de nos jours, c’est une élite morale et intellectuelle, qui se recrute dans toutes les classes sociales, que l’on voit fréquenter les musées et en exercer, ellemême, la surveillance la plus active parce qu’elle considère, avec raison, toutes ces choses précieuses, réunies à son intention, comme étant, en quelque sorte, son bien propre, son patrimoine.

Les Dentellières Liégeoises

Une industrie qui se meurt, tel est le titre donné, pcir le peintre mnlinois Struys, à son benu tnbleâu représentant une dentellière et que possède le Musée des Beaux-x\rts de Liège.

Malgré les louables efforts que tentent les mieux intentionnés, en vue de rendre à la fabrication des dentelles quelque regain de son ancienne splendeur, il ne peut s'agir de chercher à réintroduire cette industrie dans la partie wallonne du pays, dont elle ne fut. au reste, en aucun temps, la spécialité.

(Test à peine môme si nous avons encore souvenance qu’elle a été. autrefois, pratiquée en notre ville.

Ifien qu'avant pris naissance à la fin du XV' siècle, la dentelle lie commença à acquérir une certaine vogue qu'au ,\VI', lorsqu'il devint à la mode de porter des collerettes en ce fin et souple tissu à jour.^

.Mais, dès lors, cette vogue s’accentua d'une manière constante ; elle se transforma même en un fol engouement au XVII' siècle.

Non seulement les bourgeoises veulent en orner leurs robes et les fermières leurs bonnets, mais les hommes se mettent à porter des dentelles !

Quant aux seigneurs, ils s’en affublent à profusion ; ils s’en garnissent le cou et les poignets sous forme de grands cols et de longues manchettes ; leurs pourpoints, hauts-de-chausses, jusqu’à leurs bottes en sont décorés.

Si les Grands vendent leurs terres pour porter dentelles, les femmes en perdent l’esprit.

Aussi, sous Louis XIII et sous la régence d’Anne d’Autriche, plusieurs édits somptuaires intervinrent pour proscrire cet abus. Celui du 27 novembre iG(3o, prohibant « broderies, cannetilles et paillettes», inspira même à Molière ces vers bien connus que clame Sganarelle dans VEcole des maris :

Oh ! trois et quatre fois béni soit cet édit Par qui des vêtements le luxe est interdit !

Les peines des maris ne seront plus si grandes,

Et les femmes auront un frein à leurs demandes.

Rien d’étonnant donc à ce que l’industrie dentellière se soit introduite, à cette époque, en notre ville de Liège, alors surtout qu'elle avait pris un considérable développement en Flandre ?

Il n’apparaît cependant que la dentelle liégeoise eut jamais un caractère spécial comme celle de Bruxelles ou de Malines. On se demande même si sa fabrication procédait plutôt de l’aiguille que du fuseau ?

Ce n’est pas, en effet, parce que Jean-Baptiste de Glen, qui était prieur des Augustins à Liège, a composé un ouvrage renfermant trente-neuf patrons au point de Venise, que l’on peut en conclure qu’il ne se fabriquait guère, chez nous, que de la dentelle à Tai-

yuillc, car il n’est pas douteux que l’on y confectionna également de la dentelle aux fuseaux, tout comme en Flandre.

L’industrie dentellière liégeoise n’eut jamais une importance bien considérable. Toutefois, Louis-François Thomassin qui, tandis que nos provinces étaient réunies à la France, remplissait les fonctions de chef du bureau des finances à la Préfecture du département de rOurthe, constate qu’à l’époque de la Révolution française un grand nombre d’ouvrières s’adonnaient encore, à Liège, au travail de la dentelle.

Dans son Mémoire statistique du département de l'Ourthe, il écrit vers 1806 :

L’on comptait, avant 1790, seize cents personnes du sexe, à Liège, occupées à la fabrication des dentelles blanches et noires qui se débitaient en partie aux saisons des eaux de Spa et d’Aix-la-Chapelle, et le reste en Allemagne, en Hollande et dans l’intérieur de la France.

Les nombreux et riches clergés de Liège et de la Belgique en consommaient aussi une grande quantité. La main-d’œuvre était à bas prix ; néanmoins il sortait des ateliers de Liège des dentelles d une grande beauté.

Après avoir, de la sorte, établi la situation, en notre ville, de l’industrie dentellière à la fin du XVIIP siècle, reconnu la valeur artistique de ses travaux en même temps que la faible rémunération de sa main-d’œuvre, ce qui est bien la caractéristique de ce métier de luxe, Thomassin enregistre l’abandon de celui-ci par les ou\ rières liégeoises :

Cette fabrication n’occupe plus, actuellement, écrit-il, que six cents personnes, au nombre descpielles sont comprises les malheureuses or})helim;s existant dans les différents hospices du département, aux(iuelles on fait apprendre ce métier afin de les mettre, pour l’avenir, à l’abri de l’indigence.

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