MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE LIÈGE
Oh ! Dérision !
Le délaissement de cet ingrat métier alla, chez nous, peut-être encore plus que partout ailleurs, en s’accentuant de jour en jour, et, depuis longtemps, l’industrie dentellière n’existe plus, à Liège, qu’à l’état de vague souvenir.
Aujourd’hui, le mécanisme, en vulgarisant cet objet de luxe, a porté une grave atteinte à toute l’ancienne fabrication de dentelles. Les imitations, qui ont pris un grand essor et que le commerce livre à bon marché, mais dont tout art est exclu, ne seront jamais, cependant, confondues avec les dentelles à la main.
Bien avant de s’éteindre complètement en notre ville, l’industrie dentellière y avait perdu tout caractère artistique.
C’est à peine si, à la fin du XVIIL siècle, en quelques communautés religieuses, comme aux Sœurs sépulcrines de S'"-Agathe, on continuait à se livrer aux travaux de dentelles d’un genre relevé et dont tout souci d’art n’était point exclu.
Quant aux spécimens d’une telle fabrication liégeoise, ils sont devenus si rares, ou si peu reconnaissables, que l’auteur de la notice sur les Dentelles et Guipures à l’Exposition de i88i de l’Art ancien au Pays de Liège, M. le chanoine Dubois, déclare qu’il lui a été impossible de s’en procurer un seul pour cette exposition.
Sous ce rapport, la Section de l’Art ancien, à l’Exposition universelle de Liège de 1905, n’a pas été plus heureuse.
La dentelle qui se fabriquait en dernier lieu, en notre ville, était généralement de la garniture étroite, de simples bordures. 6
Les malheureuses femmes qui se livraient à ce métier avaient beau manipuler avec activité, du matin au soir, leurs nombreux fuseaux, appelés caïets en wallon, d'ou le nom de caïetresses donné à ces ouvrières, elles ne parvenaient que bien péniblement à gagner leur vie.
Ces bordures dentelées étaient à fort bas prix, dit M. Dubois ; on en avait une aune pour quelques patars et le patar, monnaie de l’époque, valait six centimes. Cet auteur ajoute même que, dans les derniers temps, les plus belles garnitures de ce genre se vendaient à peine cinquante centimes l’aune !
(]omme la plupart de ces ouvrières restaient, soit dans des maisons mal éclairées, soit dans des rues étroites et obscures, elles se postaient, quand le temps le permettait, à l’extérieur de leur demeure.
« C'était un spectacle assez curieux, rapporte Théodore Gobert, dans Les Rues de Liège, que celui de ces femmes échelonnées le long de la rue. Assises sur une chaise, elles avaient devant elles une espèce de petite table oblique. Les doigts maniaient les caïets avec une dextérité, une agilité inouïe.
« Généralement, lorsque les dentellières étaient ainsi réunies, leurs langues se mouvaient non moins activement que leurs doigts. Sur ce chapitre, la réputation de ces travailleuses n’était plus à faire. Le mot caïelresse avait fini, au pays de Liège, par devenir s\'non\’ine de bavarde. »
Si l'industrie a passé, le mot, au moins, est resté.
Le Pont des Arches
Les villes anciennes possèdent généralement l’un ou l’autre monument auquel des souvenirs se rattachent et dont elles tiennent à conserver tout au moins le nom.
C’est ainsi qu’à Liège l’antique Pont des Arches, qui a son histoire mêlée, souvent, à celle de la Cité, est resté populaire parmi les Liégeois.
Il fut, certainement, le premier pont de pierre dont la ville ait été dotée et son existence remonte loin dans le passé.
Mjdints chroniqueurs, et meme des historiens contemporains, ont parlé d’un pont de pierre qui aurait été construit, à Liège, sous Ogier le Danois ; mais l’existence de ce pont n’est pas plus démontrée que celle de cet hypothétique personnage dont le nom, cependant, fut porté par une de nos rues, pendant près de vingt années : du 6 août 1883 au 3 février 1902, date à laquelle nos édiles, mieux avisés, lui substituèrent celui du poète wallon et folkloriste Auguste Hock.
Le premier pont de pierre qui ait existé sur la Meuse, à Liège, tut, en réalité, édifié dans la première
moitié du XP siècle, sous le prince-évêque Réginard. dont le règne sur la principauté, commencé en 1023, prit lin en 1038.
On n'est cependant parvenu à préciser la date exacte de la pose de la première pierre de ce pont non plus que la date de l’achèvement de ce travail d’autant plus important, qu’à cette époque reculée, nos ancêtres étaient loin d’avoir, en la matière, l’expérience et les moyens d’action dont nous disposons de nos jours.
11 fut d’abord dénommé tout simplement Pont de Meuse. On ne pouvait le confondre avec aucun autre, chez nous du moins, car, durant des siècles, il n’y en eut de semblables, en amont du fleuve, qu’à Huy, et, en aval, qu’à Maestricht.
Dans la suite des temps, on l’appela Pont des Arches.
L’auteur de la plus ancienne monographie de ce pont, écrivant en 1663, explique la raison d’être de cette appellation qui, aujourd’hui, peut paraître quelque peu naïve.
On lui donna le nom de Pont des Arches parce que les ponts de bois ne pouvant avoir des arcures, celui-ci, pour la commodité delà navi'^mtion, en avait sept bien massives, fort larges et bien hautes.
11 devait ressembler à une rue commerçante très fréquentée, puisque, suivant une coutume du moyenàge, le pont était bordé d’une double rangée de petites maisons, occupées par des artisans ou des commerçants attirés en cet endroit par la circulation très grande qui s’v produisait toute la journée.
Une porte massive en défendait l’entrée vers la rive gauche et servait de corps de garde à la compagnie des