PAR M. LE DUC DE NOAILLES
(Janvier 1849.)
Nous venons bien tard pour appeler l'attention et la sympathie de nos lecteurs sur ce bel ouvrage, et ce retard nous ôte l'avantage de la priorité, le seul que nous pussions disputer à l'écrivain érudit et spirituel qui en a rendu compte dans un autre recueil. M. Ampère a trouvé, pour définir la nature et le succès du livre de M. le duc de Noailles, une expression si juste et si vraie, que tout lecteur se figure volontiers l'avoir trouvée d'avance dans sa pensée. Il ne nous reste plus qu'à répéter, après lui, que « l'ouvrage de M. de Noailles, à force de contraste avec les circonstances , est presque un ouvrage de circonstance. »
Il faut donc remercier M. le duc de Noailles, non-seulement d'un bon livre, mais d'une bonne action; car c'en est une que de nous avoir donné, à nous autres pauvres citoyens de la république , au milieu de cette triste et fatale année 1848, deux magnifiques volumes dont la lecture repose en même temps qu'elle instruit. Grâces soient rendues à l'élé-
gant et solide historien qui nous a retirés , pendant cette lecture , de l'atmosphère sordide et orageuse où nous avons eu tant de peine à respirer depuis dix mois , pour nous transporter dans une région sereine et élevée , où les meilleurs souvenirs de notre histoire sont éclairés par une lumière douce et durable, où l'âme se purifie, où l'esprit se redresse, et où le lecteur français apprend à se rappeler que la France a été longtemps regardée dans le monde comme le sanctuaire du goût, de l'ordre, du génie et de la grandeur.
Il a fallu un grand courage à l'auteur pour braver l'inopportunité apparente de sa publication, pour lancer une œuvre si laborieuse et si délicate au milieu de cette poussière , de ce bruit, de ce sang, de cette honte , où tant de bons esprits ont cru que toute littérature allait demeurer ensevelie. Mais, hâtons-nous de le dire , ce courage l'a bien servi. Il a obtenu un succès considérable et unanime , qui a dépassé peut-être son attente, mais non pas certes son mérite. Chacun a compris que ce livre était un service rendu , non-seulement aux lettres, mais au pays, à la société. Chacun , en l'admirant, en le louant , a cru acquitter une dette de reconnaissance et d'honneur à celui qui , sous la pression des hommes et des choses que nous avons subis , ne désespérait ni du bon goût, ni de la justice, ni de la vérité.
Il faut le dire, du reste, M. le duc de Noailles, resté jusqu'à ce jour en dehors de l'arène littéraire , et ne s'étant révélé au public attentif que par des discours politiques à la tribune de la Chambre des pairs, possède à un degré remarquable toutes les qualités nécessaires pour tenter une entreprise aussi hasardeuse et pour y réussir. On ne saurait dire avec quel plaisir on retrouve, à travers ces deux volumes, l'écrivain toujours délicat et distingué qui a su se maintenir à l'écart de tous les excès et de tous les défauts de son temps.
Tout en suivant la règle la mieux adaptée aux historiens qui traitent d'une période déjà éloignée et dont l'histoire a été plus d'une fois écrite, tout en s'effaçant lui-même autant que possible pour laisser parler les contemporains et surtout Thé. roïne de son livre , l'auteur a su marquer son œuvre d'un coin spécial et digne de lui.
Son style , à la fois noble et naturel , dépourvu de toute affectation et de toute enflure, est empreint d'une sobriété, d'une réserve et d'une simplicité qui n'exclut du reste ni la grâce, ni le trait, ni l'éclat. En un mot, c'est un style parfaitement adapté au sujet et à l'époque qu'il décrit.
On dirait , en le lisant , qu'il s'est formé dans cette société de la seconde moitié du dix-septième siècle dont il a su fixer le véritable caractère par un tableau si exact et si attrayant, que nous cédons à l'envie d'en citer un fragment comme la meilleure justification de nos éloges et le résumé fidèle du livre que nous avons sous les yeux. «Là, dit l'auteur en parlant de l'hôtel de Rambouillet, là commença, sous la protection des femmes , ce premier mélange des hommes de lettres avec les gens de la cour, sur un pied pour ainsi dire d'égalité toujours déférente d'une part et polie de l'autre , où les rangs se rapprochèrent sans se confondre et où la liberté ne lit pas oublier le respect -, heureuse réunion qui forma plus tard les mœurs inimitables de notre patrie , longtemps admirée par l'étranger, où l'on voyait se concilier et se respecter tous les droits, ceux du rang et de la naissance, comme ceux de la supériorité et de l'empire de l'esprit. Ce fut là enfin que naquit réellement la conversation, cet art charmant , dont les règles ne peuvent se dire , qui s'apprend à la fois par la tradition et par un sentiment inné de l'exquis et de l'agréable , où la bienveillance , la simplicité , la politesse nuancée , l'étiquette même et la science des usages, la
variété de tons et de sujets , le choc des idées différentes , les récits fréquents et animés, une certaine façon de dire et de conter, les bons mots qui se répètent , la finesse , la grâce , la malice, l'abandon, l'imprévu, se trouvent sans cesse mêlés et forment un des plaisirs es plus vifs que des esprits délicats puissent goûter. »
Ajoutons à cette énumération fidèle des qualités qui se reflètent dans le livre de M. le duc de JNoailles un trait qui le relèvera surtout aux yeux de nos lecteurs. C'est la présence à peu près constante de la pensée religieuse. Si quelquefois elle semble disparaître du récit au milieu des joies et des agitations de ce monde si brillant, il en est d'elle dans le livre comme dans le siècle lui-même que le livre veut peindre. Elle reparaît bientôt, calme et forte, sans bruit et sans apparat, mais comme sûre de son empire. Dans les dernières pages elle s'élève à la hauteur de la véritable éloquence et répond au sentiment intime de toutes les âmes en indiquant, avec l'autorité du vrai, la seule conclusion désirable, la seule solution possible des difficultés de notre temps.
Tel est le guide qui nous prend comme par la main pour nous introduire dans la grande société du grand siècle. Et certes on ne se lasse point à le suivre. On erre au milieu de ces grands noms, de ces nobles femmes, de ces beaux esprits, de tous ces hommes de génie, de cœur et d'honneur, avec un indicible plaisir, avec une jouissance douce et réglée. Tout y respire le calme, l'ordre et la dignité. Tout y porte au respect et au devoir, et c'est ici qu'il faut encore laisser parler le noble écrivain qui a su si fidèlement reproduire l'esprit et le langage du dix-septième siècle :
« Ce qui se remarque surtout, dit-il, à cette époque, c'est le sentiment et l'habitude du respect répandus dans toutes les classes , sentiment qui honore et unit les hommes plus
que ne peut le faire la farouche égalité, qui ne veut rien devoir ni rien rendre à personne, et sans lequel aussi tout se relâche et s'abaisse bientôt , le ton , le langage , la politesse , et jusqu'aux rapports les plus habituels des hommes entre eux. Tout le monde, depuis le roi, qui avait à se respecter luimême et à respecter l'État en sa personne , jusqu'aux moindres de ses sujets, tout le monde avait quelqu'un à respecter; et les traditions de la féodalité, quoiqu'elle fût éteinte, avaient perpétué jusqu'alors une hiérarchie d'égards qui faisait le lien et l'harmonie de cet état social , désormais calme et fixé. La considération , cette chose si peu connue aujourd'hui, appartenait à tous les rangs et s'y manifestait à divers degrés par l'hommage rendu au mérite de la personne et à sa position ; le sentiment de l'honneur, précieusement entretenu dans les familles, en faisait la fierté et y servait de frein. Chaque classe avait, pour ainsi dire , un bâton de maréchal à gagner, qui suffisait à son ambition , et au delà duquel elle ne portait pas la vue ; elle savait d'ailleurs que , de son sein, le mérite transcendant pouvait s'élever au premier rang ; on en avait des exemples sous les yeux, et l'ordre reposait avec solidité sur cette séparation volontaire des rangs , adoucie par la politesse des mœurs. Cette société réglée s'avançait ainsi paisiblement et confiante en elle-même , sans préoccupation de l'avenir et satisfaite du présent, parce qu'elle était vivifiée par la pensée morale et religieuse qui faisait comprendre et accepter à tous les diversités de la condition humaine. Si le respect, en effet, en formait la base, la religion en couronnait le sommet. La foi, ce grand lien des sociétés, était au fond des âmes et exerçait une influence puissante sur les mœurs. La croyance réglait la vie et fixait les esprits. Le clergé et les prélats se mêlaient au monde avec gravité ; les couvents , où presque toutes les familles avaient des parents et les commu-
nautés même les plus sévères, telles que Port-Royal et la Trappe, étaient en rapport continuel avec lui . Leslaïques à leur tour faisaient des retraites dans ces monastères; on y avait des correspondances, on en recevait des directions; c'était une perpétuelle communication du monde à la solitude, et de la cour au cloître. Au milieu du monde même on pratiquait hautement la piété et les bonnes œuvres, et ceux que les passions avaient égarés revenaient tôt ou tard aux sentiments pieux et à la pénitence. Quels qu'eussent été la dissipation de la vie ou les orages du cœur, il y avait dans les âmes comme une racine de foi qui reverdissait après avoir paru desséchée. »
Nous ne connaissons pas dans toute la littérature historique une page qui rende mieux compte de la vraie grandeur du siècle de Louis XIV que celle qu'on vient de lire.
Assurément tout ne s'élève pas à cette hauteur, pas plus dans le siècle de Louis XIV que dans le livre de M. le duc de Noailles. Mais partout, dans le livre comme dans l'époque, on retrouve l'intérêt que les grands hommes et les grandes choses répandent sur ce qui les a approchés. On y jouit partout de la mesure, de l'urbanité, de l'exacte et régulière observance des lois qui constituent le bon sens et le bon goût. Dans tout le récit, comme dans l'heureux choix des citations dont il est parsemé , une main habile nous fait reconnaître le caractère de cette époque , qui savait imprimer le sceau de la dignité et de la bonne grâce aux plus menus détails, aux recoins les plus intimes de la biographie personnelle ou domestique , comme aux recherches quelquefois puériles de l'étiquette. Plus d'une découverte précieuse, ce nous semble, a été enchâssée par l'auteur dans nos souvenirs , quelquefois à l'aide d'une note ou d'un rapprochement historique. Nous ne résistons pas au plaisir de citer, comme un modèle de cette bonne grâce dont nous parlions à l'instant, la lettre par la-
quelle le roi annonçait à la duchesse de Richelieu qu'il lui donnait la seconde charge de la cour, celle de dame d'honneur de la reine :
« Versailles, le 16 novembre 1671.
c< Ma cousine, la nouvelle du décès de la duchesse de Mon- « tausier m'ayant été apportée ce matin, nous avons jugé , la « Reine et moi, que nous ne pouvions faire un plus digne a choix que de votre personne pour remplir la place de sa dame « d'honneur. Je dépêche exprès ce gentilhomme pour vous ce faire savoir notre résolution , afin que, si vous l'approuvez, « vous puissiez venir au plus tôt prendre possession de cette « charge que votre seule vertu a sollicitée pour vous. En at- « tendant votre réponse, je prie Dieu, ma cousine, qu'il vous « ait en sa sainte et digne garde. »
Cédant à une prédilection bien naturelle chez lui , et que la grande majorité du public lettré a jusqu'à présent partagée, l'auteur n'hésite pas à préférer la seconde moitié du dixseptième siècle à la première. De bons esprits, et au premier rang notre ami et collaborateur M. Foisset, ont contesté la légitimité de cette préférence. Ils admettent volontiers qu'à partir de la paix des Pyrénées l'ordre fut mieux établi , les mœurs plus graves, la splendeur du trône et du pays plus éclatante et plus universellement reconnue. Mais ils ont regretté la mâle vigueur, la verve, la franchise, l'indépendance non encore domptée , et surtout la vive expansion de sainteté qui signale le règne de Louis XIII et la régence d'Anne d'Autriche , c'est-à-dire l'époque de saint François de Sales, de saint Vincent de Paul, du cardinal de Rérulle, de M. Olier, de sainte Jeanne de Chantai , de mademoiselle de Melun , et de tant d'autres réformateurs catholiques. Et comme les plus grands écrivains du règne de Louis XIV débutèrent tous de
1650 à 1660 !, on peut trouver, même sous le rapport littéraire, une sève plus abondante et plus précieuse dans l'époque où se formèrent tous ces grands hommes que dans celle qui les vit successivement s'éteindre sans laisser de successeurs. Juges incompétents , nous ne prononcerons pas un arrêt sur ce débat, l'un des plus intéressants de l'histoire littéraire. Mais nous savons gré à M. le duc de Noailles de nous avoir donné , dans ses chapitres sur d' Aubigné et sur Scarron , un aperçu fidèle de l'état des mœurs et des esprits pendant la période si orageuse et si animée qui précéda la gloire de Louis XIV.
Son étude sur Théodore- A grippa d' Aubigné , personnage si remarquable et trop oublié, mérite une attention spéciale. Avant de passer à l'époque où la fierté et l'indépendance de la noblesse française disparurent au sein de l'éclat éblouissant de la royauté , on aime à retrouver le cœur et le style de ce gentilhomme, qui prenait ainsi qu'il suit congé de son roi, et d'un roi qui était Henri IV :
« Sire, votre mémoire vous reprochera douze années de mes services et douze plaies sur mon corps ; elle vous fera souvenir de votre prison , et que la main qui vous écrit en a rompu les verrous et est demeurée pure en vous servant, vide de vos bienfaits et exempte de corruption , tant de votre ennemi que de vous-même. Par cet écrit, je vous recommande à Dieu, à qui je donne mes services passés, et à vous ceux de l'avenir, par lesquels je m'efforcerai de vous faire connaître qu'en me perdant, vous avez perdu votre meilleur serviteur. »
C'est bien le même homme à qui le duc de la Trémoille, assiégé par les troupes du roi dans Thouars, écrivait : « Mon
1 La Fontaine, en 1650; — Pascal, en 1656; — Bossuel, en 1657; — Molière, en 1658 ; — Boileau et Racine, en 1660.
c< ami, je vous convie , suivant vos serments , à venir mourir « avec votre affectionné serviteur : » et qui répondait : « Monsieur, votre lettre sera bien obéie : je la blâme pource tant d'une chose , c'est d'avoir allégué mes serments , qui « doivent être crus trop inviolables pour me les ramen- « tevoir. »
Le grand -père de madame de Maintenon nous ramène naturellement à cette illustre femme dont nous avons jusqu'ici trop peu parlé. Nous n'en dirons, du reste, que peu de chose, parce que M. le duc de Noailles ne nous laisse rien à en dire. Il lui a rendu une justice si complète et si incontestable que l'on ne peut espérer même de glaner après lui, et d'un autre côté on essayerait en vain de citer là où tout est à lire.
Disons seulement que de toutes les réhabilitations historiques qui ont été tentées depuis quelque temps , il n'y en avait guère de plus pressée et de plus légitime que celle de madame de Maintenon. Elle a été un des personnages les plus calomniés de l'histoire. Grâce à M. le duc de Noailles, cette réhabilitation est acquise à l'histoire. Et ce dont nous aimons surtout à féliciter l'auteur et à nous féliciter nousmême, c'est que cette réhabilitation est en même temps celle de l'esprit chrétien, dans une de ses manifestations les plus injustement appréciées.
C'est à cause de sa religion que madame de Maintenon a été impopulaire ; c'est par la religion et en son honneur que sa renommée nous sera désormais chère et sacrée. Cet esprit moqueur et essentiellement irréligieux qui a toujours mêlé son courant à la littérature française, depuis les trouvères jusqu'à nos jours; cet esprit implacablement hostile à la pratique des vertus chrétiennes ; cet esprit sceptique et licencieux toujours vivant parmi nous, a fait payer à madame de Maintenon la rançon des affronts que lui faisait subir
Louis XFV. On a pardonné à celui-ci sa grandeur et sa foi en considération de ses faiblesses ; on n'a jamais pardonné à celle-là d'être restée pure au milieu des séductions de sa jeunesse et des dangers de la cour. On a identifié son nom et son image avec la tristesse , la sombre et fanatique dévotion. M. Thiers lui-même a sacrifié à ce préjugé dans les admirables pages qui terminent son livre De la Propriété , lorsqu'il peint Louis XIV « devenu vieux , et passé de la tendresse de madame de La Vallière à la triste domination de madame de Maintenon. » Armé des détails si précis et si authentiques que l'arrière-neveu de madame de Maintenon a réunis pour en faire hommage à la justice et à la vérité, nous soutiendrons désormais que cette domination, si elle fut réelle, ne fut jamais triste, et que la relation qui fit du grand roi d'abord l'ami, puis l'époux de la veuve de Scarron , fut une gloire pour lui devant Dieu , et fit son bonheur le plus pur et le plus durable sur la terre.
D'ailleurs rien de moins triste , dans tous les sens du mot, que la personne et la nature de madame de Maintenon. M. le duc de Noailles a combattu cette erreur populaire par les preuves les plus péremptoires. Le témoignage des contemporains est unanime pour constater que peu de femmes, dans cette société française où le rôle de la femme a toujours été si grand , ont exercé une influence plus irrésistible , un attrait plus universel sur tout ce qui l'approchait. Elle fut , comme dit l'auteur, une des femmes les plus charmantes de cette époque où il y en avait tant. Son éclatante beauté, son esprit, son instruction , son rare talent d'écrire , la suave distinction de ses manières et de son langage , ce que mademoiselle de Scudéri appelait sa mélancolie douce et ses appas inévitables , en faisaient un type accompli , qui serait à coup sûr resté populaire parmi nous, comme Agnès Sorel et mademoiselle de
La Vallière, si, comme elles, madame de Maintenon avait fait céder le devoir à la passion.
Mais ce qu'on ne lui pardonne pas, depuis que le dix-huitième siècle a souillé toutes nos gloires , c'est d'avoir été à la fois charmante et irréprochable. Et c'est là précisément ce qui doit lui valoir le respectueux hommage de tous les cœurs droits, délicats et chrétiens. Lancée à dix-sept ans dans une société plus que légère, exposée à toutes les tentations que comportaient les mœurs du temps et dont son âge, sa beauté, et sa pauvreté même augmentaient le nombre et les dangers, elle sut rester pure , et sa renommée, si calomniée depuis, demeura toujours intacte pour les contemporains de sa jeunesse. Le cynique Tallemant des Réaux lui rend un témoignage à peu près unique dans sa bouche, et Ninon de Lenclos, de son propre aveu , désespéra de la corrompre parce quelle craignait trop Dieu. C'est que dès lors , au milieu des seigneurs libertins et des femmes galantes de la société de Scarron, comme plus tard à côté du trône de Louis XIV, elle met sa gloire à être pieuse et pure. Elle veut, comme elle dit, être aimée de tout le monde et de personne en particulier. Elle sent qu'elle est née pour un sort moins obscur, et elle place son ambition là où personne ne la place d'ordinaire , à se tirer de la médiocrité par une conduite sans reproche et une réputation sans tache. « Je voulais de l'honneur, » dit-elle en s'en accusant plus tard par humilité chrétienne, « je vou- « lais être approuvée des gens de bien. C'était mon idole. « J'en suis peut-être punie présentement par l'excès de ma «faveur.... » Que les chrétiens lui sachent gré au moins d'avoir ainsi préservé sa jeunesse et honoré sa pauvreté , en laissant aux jeunes femmes du monde un exemple digne d'éternelle mémoire. C'est ainsi qu'elle se préparait dignement, quoique dans l'ombre , à devenir la compagne du plus
superbe des rois. Elle sut résister au changement graduel et prodigieux de sa situation , comme à tous les autres dangers de sa vie, et cela par une raison bien simple : « Je remarque, « écrivait-elle à son confesseur, que les pas que j'ai faits vers « la piété ont toujours été à mesure que ma fortune est deve- « nue meilleure. »
// riy a rien de plus habile, disait-elle encore, qiïune conduite irréprochable. Et c'est à l'aide de cette maxime, dont elle avait su si bien faire une pratique, qu'elle put s'engager, et non s'égarer, dans la vie de la cour et dans cette relation si compromettante et si difficile avec madame de Montespan, dont elle voulait bien être l'amie, mais non la complaisante. Elle possédait au plus haut point la science des convenances et l'art des positions délicates. Mais nous aimons à croire qu'elle fut plus aidée encore par la solidité de sa vertu et la délicatesse de sa conscience. Nous renonçons à suivre M. le duc de Noailles dans le récit de cette lutte mémorable et dans cette appréciation de la situation des trois personnages que la finesse de son esprit et la grâce de son style pouvaient seules réussir à peindre. Nous allons droit au grand spectacle qu'il nous décrit si bien, lorsque madame de Maintenon , elle-même déjà sur le retour, et dépouillée par le temps de l'attrait de sa jeunesse et de sa beauté, sut l'emporter dans le cœur du roi et sur l'éclatante jeunesse de mademoiselle de Fontanges et sur l'empire invétéré des charmes de madame de Montespan ; lorsque cet orgueilleux , ce passionné , cet homme encore à la fleur de l'âge, ce roi ivre de lui-même et enivré par l'adoration de tout ce qui l'entourait, fut ramené par elle au devoir, à la raison , à la vertu et à la reine. « Voilà, comme l'a si justement reconnu M. Rœderer dans son Histoire de la société polie en France, voilà le véritable titre de madame de Maintenon au respect général. Là
sa vertu éclate avant tous ses autres mérites. Là nul soupçon d'intérêt personnel ne peut l'atteindre, puisqu'elle reconduisait vers la reine des désirs qui s'étaient éveillés pour elle. » Madame de Maintenon fit donc ce que n'avait pu faire Bossuet ; et cette victoire nous paraît plus merveilleuse et plus méritoire que celle qui, plus tard, lui valut, à cinquante ans, la main de Louis XIV, plus jeune qu'elle de trois ans. Mais, au sein de cette élévation extraordinaire et dont nos mœurs modernes et l'état du monde actuel ne nous permettent pas de nous former une idée exacte, le caractère de cette femme illustre ne se dément pas. M. le duc de Noailles a parfaitement senti et parfaitement exprimé le tact, la réserve, la mesure, le mélange de dignité et de modestie , de délicatesse et d'aisance, qui rendirent pendant trente ans, non-seulement supportable, mais encore imposante et digne cette étrange position de madame de Maintenon , épouse légitime et non reconnue du plus grand roi de l'Europe. 11 la montre gardant un secret impénétrable vis-à-vis de ses proches même; laissant tout deviner pour éviter le scandale , et ne voulant rien avouer pour rester fidèle à la modestie de son rang apparent ; dominant le cœur et l'esprit du monarque qui était devant Dieu son époux, et cédant le pas, comme une simple marquise, aux femmes titrées. Il fait valoir à juste titre la discrétion et le désintéressement dont elle fit preuve à l'égard de sa famille , en un temps où les familles favorisées étaient l'objet de profusions si scandaleuses en fait de titres et d'argent. Il démontre, au moins pour l'époque dont ces deux premiers volumes s'occupent , qu'elle ne voulait pas gouverner l'État, comme on le lui a tant reproché. Surtout il relève ce qui fait la gloire chrétienne de madame de Maintenon , sa constante préoccupation de la loi de Dieu. Il résume ses recherches par un mot qui étonnera bien des lecteurs : La dé-
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votion est ce qui domine dans sa vie. Et il a le droit de le dire en parlant de la femme qui, au sein de sa plus grande splendeur, réprimandait son confesseur de la contrainte qu'il manifestait envers elle, et terminait son admirable lettre à ce prêtre par ces mots : Je veux faire mon salut.
Gardons aussi une part de notre admiration pour ce superbe monarque qui sut sortir du désordre à l'âge que tant d'autres choisissent pour s'y plonger plus avant, et qui, se convertissant dans la force des ans, passa le reste de sa vie dans une fidélité scrupuleuse à ses devoirs. Mais, en reconnaissant les titres de Louis XIV à la réhabilitation morale que M. le duc de Noailles réclame pour lui, il faut se mettre en garde contre la prévention évidemment trop favorable de l'auteur pour le système politique du grand roi. Je m'étonne même de son indifférence en parlant de cette diplomatie si habile mais si déloyale, de cette politique tantôt si violente et tantôt si perfide , à l'égard de l'Espagne, de la Hollande , de l'Allemagne, de la Lorraine surtout, victime innocente et sans cesse renaissante de tous nos historiens l. Je ne puis accepter ce rapprochement qu'établit le noble auteur entre Louis XIV et Napoléon, entre les premières années du grand règne et cette époque du Consulat dont M. Thiers nous a tracé un tableau qui reste dans toutes les mémoires. Pour que ce rapprochement fût juste, il faudrait que la Fronde eût ressemblé à la Terreur. Heureusement pour la vieille France, il n'en était rien. Elle n'avait pas été arrachée de ses racines
1 11 faut renvoyer les lecteurs qui ont encore quelque souci de la vérité historique à l'étude des faits et des sources en ce qui touche aux attentats de la monarchie française contre la Lorraine, telle que M. Guerrier de Dumast l'a si énergiquement commencée dans son beau et curieux livre sur Nancy (1848). — Depuis lors, M. le comte d'Haussonville, dans son Histoire de la réunion de la Lorraine à lu Frame, a répandu, avec une souveraine impartialité, des flots de lumière sur ce triste côté de notre histoire (1860).
par Richelieu et Mazarin. Ils l'avaient au contraire transformée en piédestal de la royauté absolue, Louis XIV eut un rôle à la fois plus durable et plus splendide, mais peut-être moins méritoire et moins prodigieux que celui du premier consul Bonaparte.
Louis XIV est naturellement le héros du livre de M. de x\oailles, comme madame de Maintenon en est l'héroïne. Tous ceux qui ont groupé l'histoire autour d'une biographie savent par expérience l'attrait irrésistible qu'exerce sur l'esprit et la plume d'un écrivain le personnage de sa prédilection. Mais si l'auteur, à force de recherches et de labeur, obtient en quelque sorte le droit d'être partial , c'est au lecteur de s'en défendre. Aujourd'hui que d'autres idoles, sans prestige et sans grâce , rencontrent les mêmes adulations, les mêmes profanations que celles dont l'époux de madame de Maintenon fut pendant toute sa vie l'objet, ne soyons pas trop indulgents pour les erreurs qui ont été , plus qu'on ne pense, la cause de nos malheurs et de notre abaissement. Pour avoir le droit d'être indépendants et fiers vis-à-vis du présent, commençons par l'être envers le passé. Nous vivons dans un temps qui est bien fait pour réconcilier avec le pouvoir absolu, et qui, je le crains, nous y ramène à grands pas. Maison de plus pour maintenir la hauteur et la droiture de nos jugements historiques.
Dans le système social et politique dont Louis XIV fut le type je veux bien qu'on admire tout ce qui fut admirable, qu'on m'explique et qu'on excuse tout ce qui se peut excuser et expliquer, mais je ne veux pas tout absoudre. Mon âme se soulève contre cet enthousiasme servile du génie, de la naissance, de la vertu même, contre cette complicité universelle avec les fautes du maître , contre cette absorption de tout en lui, contre cette déification, comme dit Saint-Simon, d'un
mortel au sein même du Christianisme. 11 y a plus : j'estime qu'il fut le père et le promoteur de ce qui compromet le plus aujourd'hui l'ordre social en Europe. Il fonda l'absolutisme monarchique , d'où est sorti , par une pente inévitable , cet absolutisme démocratique qui renverse tout ce qu'il ne nivelle pas, et dont l'antique liberté chrétienne , même au sein des républiques les plus populaires du moyen âge, n'avait pas laissé poindre le moindre germe. Il créa cette personnification de l'État, qui sera entre les mains des nouveaux barbares qui nous menacent la source de notre néant et de notre servitude.
Il n'y a pas jusqu'au communisme dont il ne puisse être regardé comme le précurseur dans cet étrange passage de ses Mémoires que cite M. le duc de Noailles, et dont M. Ampère a signalé , avant moi , la désastreuse portée. « Vous devez être persuadé, mon fils, que les rois sont seigneurs absolus et ont naturellement la disposition pleine et libre de tous les biens qui sont possédés , aussi bien par les gens d'Église que par les séculiers , pour en user en tout temps comme de sages économes, c'est-à-dire suivant le besoin général de leur État1. »
Au fond , et au risque de paraître avancer un paradoxe audacieux , nous oserons dire que ce qui fait l'ineffaçable grandeur de Louis XIV, ce qui, pour lui comme pour Napoléon, lui assure une place à part dans la mémoire des hommes , c'est l'adversité qui couronna ses dernières années,
1 OEuvres de Louis XIV, tome II, page 121. Il convient de rapprocher de cette doctrine l'incroyable ordre du roi , du 31 octobre 1660, qui interdit de bâtir dans Paris ou à dix lieues à la ronde, afin que l'on puisse se procurer à meilleur marché des matériaux pour l'achèvement des Tuileries et du Louvre ; et cela sous peine de 10,000 livres d'amende pour la première contravention et des galères pour la récidive. 11 est cité tout au long dans le Bulletin archéologique du Comité historique des Arts et Monuments, tome II, page 719.
et surtout la magnanimité , bien supérieure à celle de Napoléon , qu'il opposa aux catastrophes de la fin de son règne.
C'est là que Dieu l'attendait pour l'éprouver, pour le purifier et pour lui donner le gage de la véritable immortalité, dans ce que Saint-Simon appelle , en son sublime langage, « le dernier désespoir de ce maître de la paix et de la guerre, ce distributeur de couronnes, ce châtieur des nations, ce conquérant, ce grand par excellence, cet homme immortel... pour qui tout était à bout d'encens. »
En citant Saint-Simon , nous nous trouvons forcés de reprocher à M. le duc de Noailles l'excessive sévérité de ses jugements sur ce redoutable ennemi de Louis XIV et de madame de Maintenon. Nous n'y retrouvons pas la haute et intelligente impartialité qui distingue le reste du livre. Il ne convenait pas, ce semble , de rendre ici injustice pour injustice. Pour nous, à travers les préjugés gallicans et jansénistes de l'ami du Régent, à travers ses rêves sur la grandeur manquée de la pairie et ces puérilités extravagantes de sa vanité ducale , qui ternissaient chez lui la véritable fierté aristocratique, il nous semble impossible de ne pas reconnaître un grand amour de la vertu , un grand fonds d'équité.
C'est la voix de l'honnête homme , du chrétien convaincu et pratiquant qui éclate si souvent chez lui en accents dignes de Bossuet. De là cette impartialité, peut-être involontaire, mais réelle, qui ne déguise pas la haine, mais qui la tempère par un aveu significatif, par un éloge vif et senti, mêlé aux critiques les plus amères , et dont on trouve de si nombreux exemples dans ces fameux portraits que La Bruyère n'a point égalés. A-t-on d'ailleurs bien le droit de qualifier si durement un témoin qu'on ne récuse pas quand on lui emprunte les plus précieux détails du portrait de Louis XIV ? Au milieu des calomnies qu'il a eu le tort de répéter sur madame
de Maintenon , ne voit-on pas que lui aussi a subi , quoique bien à contre-cœur, l'empire de celle qu'il qualifie A' enchanteresse et de charmante malheureuse ? N'est-ce pas à lui que nous devons le beau tableau de la vie si digne et si solitaire de madame de Maintenon à Saint-Cyr, après la mort du roi? On dirait que le duc de Noailles a voulu faire expier au duc de Saint-Simon l'iniquité de ses attaques jalouses et envenimées contre la maison de Noailles. Il eût été plus habile et plus généreux de n'en prendre nul souci. Ce ne sont pas les premiers venus qu'on attaque de la sorte. Une race moins illustre par son origine et par l'éclat des services rendus à l'Etat n'eût point excité chez Saint-Simon cette bile qui témoigne de l'infériorité de sa naissance en même temps que de la suprématie de son talent. Je me figure du reste que ce pauvre grand écrivain est assez puni par le sort que lui a fait la postérité. Que serait-il devenu s'il avait pu prévoir que l'avenir ne s'occuperait ni du rang de son duché, créé en 1633, ni de sa participation au triste gouvernement du Régent, mais se contenterait de le placer au rang des premiers prosateurs de la langue française , lui qui ne consentait à écrire une notice sur son bienfaiteur Louis XIII qu'à la condition expresse qu'on tairait son nom et qu'on lui épargnerait le ridicule de passer pour auteur ?
Ce sont là les deux seuls points sur lesquels nous nous permettons de différer d'avis avec M . le duc de Noailles et de lui opposer quelques critiques. Nous avons entendu reprocher à son livre des longueurs ; nous n'en avons pas trouvé. Le chapitre sur l'aqueduc et le château de Maintenon contient des détails un peu techniques , mais fort instructifs , et dont la sécheresse est d'ailleurs rachetée par le touchant épisode des adieux du roi Charles X à ce lieu, en 1830, épisode quia tout l'intérêt et le charme d'une légende déjà vieillie,
car, ainsi que le remarque l'auteur, « jamais le passé n'a disparu si vite que de notre temps. »
Les deux volumes publiés se terminent par un chapitn; sur la révocation de l'Édit de Nantes; et ce chapitre est à lui seul un ouvrage important et durable. « Cet acte, dit M. <!e Noailles, fut une grande faute, plus grande toutefois, si l'on se reporte à ce temps-là, par l'exécution que par la pensée. » Ces mots résument l'opinion de l'auteur, qui rencontrera peut-être plus d'un contradicteur. Nous le trouverions volontiers trop indulgent pour les mesures odieuses de police et de pénalité qui précédèrent et accompagnèrent l'édit de révocation. 11 nous citerait en vain, comme complices de cette indulgence, les esprits les plus éminents et les plus cultivés de l'époque, dont il nous donne une énumération curieuse et complète. Mais notre conscience est d'accord avec son érudition, lorsqu'il nous explique la différence profonde qu'il faut reconnaître entre ce qu'on appelait la liberté religieuse au dix-septième siècle et ce qu'on entend aujourd'hui sous ce nom ; lorsqu'il nous trace le tableau de l'existence politique du protestantisme en France depuis Henri IV; lorsqu'il prouve que l'intolérance et la cruauté des protestants avaient devancé et surpassé de beaucoup celles des catholiques; lorsque enfin il dégage complètement la responsabilité de madame de Maintenon. Nous n'insisterons pas sur ce point si important, parce que tous les lecteurs de ce recueil peuvent se rappeler l'excellent travail où M. de Falloux a fait si bonne justice des déclamations et des lieux communs qui constituent la science historique de la foule en ce qui touche la révocation de l'édit de Nantes '; Dans une note de ce travail, M. Lenormant avait déjà constaté ce que M. de Noailles prouve et
1 Voir dans le Correspondant , tome XVI, p. 259, l'aiticle intitulé : Éluda historiques tn province, par M. le vicomte de Falloux.
développe d'une manière irréfutable, savoir : que la guerre faite au protestantisme par Louis XIV n'eut absolument rien de commun avec l'influence de madame de Maintenon; que le premier édit contre les protestants date de l'époque de Ja plus grande faveur de mademoiselle de La Vallière, du 1er février 1669, un mois avant la représentation solennelle du Tartuffe en présence du roi, et que les mesures les plus odieuses contre les protestants sont contemporaines du double amour de Louis XIV pour mademoiselle de Fontanges et madame de Montespan. En outre, M. de Falloux montrait que ce fut au temps où ce qu'on appelle le joug de madame de Maintenon était le plus assuré que le roi commença à se relâcher successivement de sa rigueur. Il établissait à la fois la complicité universelle des laïques dans la persécution et l'absence presque complète de l'intervention du clergé. Rétablissait surtout qu'on ne saurait citer un acte d'intolérance catholique qui n'eût été précédé et dépassé par l'intolérance des protestants, et qu'en Angleterre, notoirement, la conduite du parlement à rencontre de Charles II et de Jacques 11, qui voulaient l'émancipation des catholiques anglais, pouvait autoriser, d'après les idées du temps et comme de fatales représailles, l'abolition de l'émancipation des protestants français par Louis XIV. M. de Falloux, comme on doit s'en souvenir, a conduit et terminé cette polémique avec l'énergie calme et concluante dont il a le secret. Dans ces pages fugitives de l'historien de Pie V, que nous rap pelons avec une satisfaction mêlée de quelque orgueil, on aime à trouver déjà ce qui depuis a frappé tous les regards, le mélange de qualités heureuses et rares qui lui permettent de résumer en sa personne ce qu'il y a de plus enviable et de plus estimé dans les luttes d'ici-bas , la grâce dans la force. Il nous a semblé que les deux noms de M . le duc de Noailles
et de M. de Falloux se rapprochaient autrement encore que par le grave sujet auquel se rattachent leurs travaux historiques.
Tous deux représentent les idées élevées, la raison éclairée et fortifiée par de douloureuses expériences, la liberté vraie, le patriotisme de bon aloi , le dévouement généreux au bien général, en un mot, tout ce que la France , rendue à ellemême, proclame, admire et désire. La société sent bien qu'elle ne peut plus vivre sans les vérités que ces deux hommes de cœur et de bien ont si noblement servies, l'un par sa plume désormais consacrée par le succès, l'autre par sa parole, si jeune encore , et déjà si mâle, si écoutée et si puissante. Grâce à Dieu , tous deux serviront longtemps encore la bonne cause dans la carrière ou les appellent l'estime publique et la justice de leurs contemporains ; et nous ne devons pas désespérer d'un pays, d'une époque qui ouvre les portes de l'Académie à M. le duc de Noailles, et celles du pouvoir à M. de Falloux.
{Correspondant du 7 janvier 1849.)