VIE D'ANDUÊ DEL SARTO. 3‘J
(n° 786), et qui est un des premiers tableaux qu’on ait transportés sur toile, de la table de bois sur laquelle il avait été peint. On y admire la grâce de l’enfant qui dort, cl l’on croit trouver dans les traits de la Cliaritc ceux de Lucrèce, André, qui l’aimait toujours passionnément, avait souvent peint d’après elle ses têtes de femme, et même, sans le vouloir, ne pouvait s’empêcher de leur donner ses traits.
En effet, si d’on compare à ce tableau, la tête de la Vierge dans la Sainte Famille de notre musée, et celle de la Madeleine dans la Défiosilion de croix, on croit voir trois porirails de la même femme, remarquable par les formes très-développées du front.
André travaillait beaucoup et plaisait fort à toute la cour, et surtout au roi, qui aimait sa promptitude dans l’exécution de ses ouvrages, ainsi que son heureux caractère. Il aurait trouvé sans doute un sort heureux auprès de ce prince digne d’être aimé; mais, un jour qu’il travaillait pour la reine, mère du roi, à un Saint Jérôme faisant pénitence dans le désert, il reçut des lettres de Lucrèce. On peut bien croire qu’il ne l’avait pas abandonnée ; il avait envoyé cà Florence toutes ses économies et avait même entrepris d’y bâtir une petite maison. Mais Lucrèce, ne pouvant pas, comme auparavant, faire soutenir entièrement sa famille par André, lui écrivit les choses les plus tendres, et celui-ci, absolument hors de lu -désira paV^dessus tout aller
passer quelques mois à Florence. Il était flatté, d'ailleurs, de se montrer à Lucrèce avec les riches habits qu’il tenait de la libéralité de François I" et des'grands seigneurs de sa cour.
Il demanda au roi la permission de retourner à Flo • rence, pour y arranger ses affaires et revenir en France avec sa femme, promettant de rapporter, à son retour, desJableauK et des sculptures de prix. Le roi, se liant à sa promesse, lui donna de l’argent, et André jura sur l’Évangile d’être de retour sous peu de mois.
Arrivé à Florence, il passa plusieurs mois pleins de charme auprès de Lucrèce, avec ses amis, et à achever sa petite maison. Mais, après quelques mois écoulés dans les plaisirs et sans travailler, il se trouva avoir dissipé, non-seulement les économies qu’il avait pu faire à la cour de France, mais même l’argent du roi.
Malgré ce malheur, André voulait absolument retourner en France ; mais les larmes et le désespoir de sa femme l’en empêchèrent. Le roi ressentit vivement un tel procédé, et, pendant longtemps, ne voulut plus entendre parler de peintres de Florence.
André recommença à mener une vie nécessiteuse. La congrégation dello Sca/20, croyant qu’il ne reviendrait plus de France, avait donné à peindre le reste de son portique à Francia. Cependant, André consentit à y peindre encore quatre tableaux.