‹ Mélanges d'art et de littératureChapitre 13 sur 24 · VIE D’AN PUÉ DEL SARTO · texte numérisé non relu

VIE D’AN PUÉ DEL SARTO

C’est à celle époque qu’il fit, au coin d’une rue de Florence, un de ces tabernacles qu’on rencontre fréquemment en Italie. II y peignit une Madone dont la beauté et l’expression d’une douceur céleste excitèrent l’admiration de tout Florence, et qui offrait le portrait parfaitement ressemblant de Lucrèce.

En 1523, une maladie contagwuse s’étant déclarée à Florence, André se retira chez les religieuses camaldules du couvent de Luco. Il était convenu qu’il peindrait un tableau pour leur église. II avait mené avec lui Lucrèce et quelques-uns de ses parents. Ces bonnes religieuses faisant chaque jour plus d'amitiés à Lucrèce, il se mit à travailler avec un soin infini, et, la tranquillité de ce lieu retiré convenant à son caractère, il y fit une Descente de crotx^ l’un de ses plus beaux tableaux (musée du Louvre, n“ 711).

André, revenu à Florence, fit encore deux tableaux sous le portique dello Scaho, qui, comme on voit, offre des ouvrages de toutes les époques de sa vie. Ces deux derniers, dont les dessins sont à Paris, présentent le Sacrifice de Zacharie et la Visitation de la Vierge à sainte Elisabeth.

Frédéric II, duc de Mantoue, allant saluer à Rome le pape Clément Vil et passant à Florence, vit sur une porte, dans le palais Médicis, le célèbre portrait de Léon X, peint par Raphaël, entre le cardinal Jules de Médicis, alors Clément Vil,. et le cardinal de Rossi. Ce

prince fut ravi de ce bel ouvrage, et chercha à Rome les moyens de se le faire donner. L’ayant en effet demandé à Clément VII, dans un moment favorable, le pape lui en fit présent avec la plus parfaite politesse.

Le pape lit écrire sur-le-champ à Octave de Médicis, qui, à Florence, gouvernait les affaires de la famille, de faire encaisser ce tableau et de l’expédier à Mantoue. Octave, désolé de voir sortir de Florence un tel chef-d’œuvre, écrivit à son cousin que, le cadre du tableau n’étant pas digne du duc de Mantoue, il en ferait faire un autre, et qu’aussitôl qu’il serait doré, il ne manquerait pas d’envoyer son portrait à Mantoue. Mais, sans perdre de temps, il appela secrètement André del SartÔ, l’informa de ce qui sc passait, et lui demanda s'il pouvait l’aider à conserver, à Florence, le tableau de Raphaël^, en le copiant si bien que tous les yeux y fussent trompés. André, pendant quelque temps, se rendait en secret au palais d’Octave, et enfin, ayant contrefait jusqu’aux taches causées par la poussière, il présenta les deux tableaux à Octave, qui, quoique très-connaisseur, ne put reconnaître l’original. On le garda, et la copie fut envoyée au duc de Mantoue, qui fut enchanté du présent.

Ce qui est fort singulier, c’est que Jules Romain,

* Raphaël peignit ce tableau entre les années 1517 et 1519.

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