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MM. Gassies, Frosté, Vinchon Ducis, Richard, H. Vcrnel, Ricois, T. de Crissé, Bidauld, Rémond, A. Leprince.
Au moment où je vais cesser de parler au public, et de lui présenter le résumé des opinions diverses que j’ai entendues cette année au Salon, je pense qu’il y aurait de l’injustice à ne pas dire un mot de plusieurs tableaux estimables qui, je le répète, et j’insiste sur ce point, seraient des chefs-d’œuvre à Londres, à Berlin, et même à Rome. Un grand maître ferait des morceaux admirables de la plupart de ces tableaux en leur consacrant quelques séances ; il ne leur manque en général que de la force. Je soupçonne les auteurs de ces tableaux de ne pas voyager : rien n’est fait pour étioler la manière de sentir comme un séjour un peu prolongé à Paris. Tant de gens respectables dans
les salons ont intérêt à flétrir toute énergie du nom de grossièreté !
Un des tableaux que j’avais le plus de regret de ne pas louer se trouve dans la première salle, sous le n° 685, et représente des Anges regardant vers le ciel. Dans une exposition où le laid se présente avec une majorité presque aussi imposante que dans la nature, un artiste tel que M. Gassies, qui s’applique à faire (le jolies figures, est un homme précieux et dont il faut encourager les talents. Si le tableau qui porte le n“ 683 est placé dans la chapelle à laquelle il est destiné, de manière à ce qu’on puisse en apercevoir les détails, il aura un grand succès. Le mouvement des figures d’anges est fort bien, et ce tableau serait admirable s’il présentait dans les premiers plans quelques masses de clair-obscur à la Corrége. Peutrêtre ce grand peintre obtiendra-t-il quelque réputation en France à mesure qu’on s’éloignera des manières de l’école de David.
J’ai trouvé beaucoup des qualités physiques de la peinture, si l’on veut bien me permettre de m’exprimer ainsi, dans un Saint Charles Borromée de M. Frosté ; il y a du dessin et de la couleur. L'auteur, ayant ouï dire que saint Charles avait un nez fortement prononcé, a pris pour modèle une télé italienne. Le saint est à genoux et adore le crucifix. Pourquoi ce tableau ne touche-t-il pas? C’est que la
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tète de saint Charles manque d'onction, et, si je l’ose dire, de passion. Ce n’est point avec ce beau sang-froid qu’un faible mortel s’adresse à l’Être tout-puissant qui dispose de son salut éternel. L’auteur n’a pas eu l’occasion d’étudier les physionomies de plusieurs centaines de chrétiens priant avec ferveur. 11 lui manque d’étre entré dans quelque église de campagne de l’Italie méridionale. Un buste dont la tête a été moulée sur la figure de saint Charles après sa mort, existe aux îles Borromées près Arona ; on pouvait se servir de ce buste.
La Jeanne d'Arc de M. Vinchon a quelque chose qui saisit l’attention. Ce tableau placé à une grande hauteur dans une vaste salle ferait plus d’effet que dans la galerie d’Apollon. — Jeanne d’Arc touche peu, parce que nous vivons malheureusement dans un siècle de coquetterie, et qu’elle a un peu l’air de songer à la beauté de ses épaules, et d’avoir un corset. L’essence de la mode est de changer sans cesse; la classe riche veut à toute force se distinguer de la classe bourgeoise, qui s’obstine à l’imiter, tandis que le beau idéal ne varie que tous les dix siècles avec les grands intérêts des peuples. L’invention de la poudre à canon, par exemple, a exclu du beau idéal moderne l’expression de la force. Tout ce qui rappelle la mode actuelle tue l’effet d’un tableau d’histoire.
J’ai remarqué à l’entrée de la grande galerie un
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il fort joli tableau de M. Ducis : c’est Bianca Capello
Il et son amanty au moment où la jeune Vénitienne trouve
f fermée la petite porte par laquelle elle espérait rentrer
au palais de son père. Pour ne pas cesser d’être joli, I l’auteur n’a pas voulu donner à son tableau une exprès-
I sion profonde. Bianca est bien peu émue, et n’est-il
pas singulier de porter une lanterne éclatante lorsqu’on , se cache?
, Le Louis de la Trimouille de M. Richard, de Lyon,
I ressemble trop à une miniature; les détails sont
' trop finis. Les colonnes gothiques ont l’air d’être
J traitées avec plus de soin que les têtes. C’est précisé-
I ment à cause de ce défaut que ce tableau, d’aillctrs
, fort agréable, plaira à beaucoup de personnes. Pour
, juger de l’expression des passions, il faut les avoir
I senties, et, de plus, avoir eu l’esprit et le temps néccs-
, saires pour s’observer soi-même. Tout le monde, au
contraire, examine avec plaisir les détails d’architecture d’un joli escalier bien gothique et bien frais. L’armure de Louis de la Trimouille est un chef-d’œuvre de pa- » tience. Cette patience m’a rappelé les descriptions
souvent ün peu longues de Walter Scott. L’école de Lyon manque d’âme et de chaleur. Lyon est cependant à la porte de l’Italie; mais ses peintres regardent Paris, et se l’exagèrent. Ils ont fait un tableau où ils se sont représentés eux-mêmes en société avec des chevaux arabes de la première beauté. Ce tableau, placé à côté
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des Pèlerins de M. Schnetz, a donné lieu à quelques plaisanteries. Le public n’a pas approuvé davantage VIntérieur de Vatelier de M. Horace Vernet. Je conseillerais aux peintres de ne jamais écrire, et de ne jamais se peindre. On aime à deviner l’àme d’un grand artiste par ses ouvrages. S’il prend le soin très-obligeant de l’expliquer lui-même, il n’y a plus de charme dans sa gloire. C'est par un sentiment semblable que rien ne me fâche comme de voir un grand poète faire une préface.
Le public, qui souvent fait foule devant les peintres de Lyon, leurs chevaux arabes et leurs blouses élégantes, a remarqué un paysage de M. Ricois, placé tout auprès. C’est une Vue prise dans VOberland, près le village de Meyringhen. Le second plan et les lointains de ce paysage sont vrais et bien choisis, c’est-à-dire excellents. Le premier plan semble destiné à orner les volets d’une boutique d’apothicaire, tant les plantes grasses, les graminées, etc., etc., sont bien peintes et dessinées avec soin. C’est comme dans le grand paysage de M. Turpin de Crissé; j’aime mieux, je l’avoue, la manière de M. Constable, dût ma préférence pour cet Anglais me valoir des injures dans les journaux qui, faute d’idées, jugent des arts avec Ihonneur national.
Je voudrais pouvoir louer un grand paysage de M. Bidauld, représentant le Phare de Gênes, Mais,
en véritév-jce n’est là ni le ciel de Gênes ni la cou^ leur de ses montagnes. D’ailleurs, ce tableau est trop froid pour son immensité. M. Bidauld peint en conscience, et travaille plus ses tableaux que ses succès ; je suis réellement peiné de ne pouvoir louer dans ses paysages que l’exactitude du dessin et la ressemblance. Il outre encore le défaut de M, Chauvin; il semble que, pour ces paysagistes, le soleil d’Italie a perdu sa lumière.
Il y a une Vue d'Amalfi, prise du -golfe de Salerney par M. Rémond, de Rome, qui m’a frappé comme rendant la couleur de l’air en Lombardie. Je louerais la vérité de la manière dont ses montagnes se détachent sur le ciel, si ce paysage, d’ailleurs fort agréable, était intitulé Vue du lac de Como, prise de la Cadenobia. A ce compte, il faut que nos peintres aillent étudier en Sicile, pour parvenir à rendre les ciels de la campagne de Rome.
Les personnes qui ne demandent pas au genre du paysage d’élever leur âme et de leur donner un certain plaisir romanesque et tenant beaucoup aux illusions de la jeunesse, s’arrêtent avec plaisir devant un Embarquement de bestiaux, dans le passager à Ronfleur. Ce tableau, de M. A. Leprince, est brillant de vérité comme un tableau hollandais. M. A. Leprince a bien saisi la bonté et la gaieté, traits carac*téristiques des basses classes en France; mais ne de-
mandez à ces figures-là ni imagination ni goût pour la musique. Sous ce rapport, V Embarquement de M. A. Leprince fait un pendant philosophique avec VImprovisateur d’Ischia^ de M. Léopold Robert.
J’ai trouvé beaucoup de vérité dans une Vue du village de Sangate, près Calais, par M. Gassies.
Coup d’œil sur l'état de la sculpture en Europe. Canova, Torwaldsen, Dancker, Fiochetti, Chantrcy.
Au moment où mon devoir m’appelle à rapporter les impressions que le public a reçues, cette année, des statues admises à TExposition ; avant de chercher à classer les mérites divers de MM. Bosio, Bra, Gois, Goriot, Debay, Espercieux, Flatters, etc., je crois utile de jeter un coup d’œil rapide sur l’état de la sculpture en Europe. Rome vient de perdre Canova, qui a inventé un nouveau genre de beau idéal, plus rapproche de nos mœurs que de celles des Grecs. Les Grecs estimaient avant tout la force physique, et nous l’esprit et le sentiment. Les farouches Hellènes se virent, pendant longtemps , dans la position où se retrouvent aujourd’hui leurs descei;dants ; et il me semble que la force physique est plus nécessaire que l’esprit de
Voltaire au général Odyssée ou au brave capitaine Canaris.
Quoi qu’il en soit de celte théorie, Ganova commença par l’imitation exacte de la nature, ainsi que le prouve le groupe d’Icare et de Dédale. Le pays du monde où l’on dit le plus de mal de ce grand homme, c’est peut-être Rome. Est-il besoin d’ajouter que cet homme illustre est en exécration à l’école française ; il avait de V expression, et la Madeleine Sommariva le prouve; il avait de la grâce, on se souvient encore de VHébé exposée il y a quatre ans : tout cela manque un peu à l’école de David. Ce peintre illustre, le plus habile du dix-huitième siècle, a peut-être eu plus d’influence encore sur l’art statuaire que sur la peinture. Nous avons vu, en parlant des tableaux, que, cette année, une nouvelle école s’est élevée, au grand mécontentement des élèves de David. MM. Schnetz, Delacroix, Scheffer, Delaroche , Sigalon ont eu l’insolence de se faire admirer, et, selon moi du moins, deux ou trois tableaux de M. Schnetz seront encore admirés dans cent ans. Un mouvement semblable ne se fait point remarquer dans la sculpture. — Tant mieux ! s’écrie l’école de David. — Tant j)is ! dit l’amateur qui sort de la salle des sculptures sans émotion profonde.
Il existe à Rome une école de peinture allemande qui n’est point sans mérite. MM. Cornélius, Weis, Begus imitent le Ghirlandajo, le Pérugin et les autres
peintres antérieurs à Raphaël ; ils disent que ce grand homme a gâté la peinture. Mais à quoi bon s’arrêter aux théories d’un artiste? Schiller déraisonnait sur le sublime, dans le temps où il écrivait Guillaume Tell et Don Carlos. Les ouvrages de l’école allemande à Rome sont très-remarquables ; ces jeunes artistes donnent une image fort nette de ce qu’ils entreprennent de montrer au spectateur. On peut se faire quelque idée de bon style par les gravures exposées au Salon, dans les salles de l’industrie, sous les n“* 1932 et
Les jeunes artistes allemands disent encore plus de mal de Canova que les Français; mais, du moins, ils peuvent autoriser leurs médisances par les ouvrages de deux statuaires célèbres dans toute l’Europe, M. Torwaldsen, Danois qui habite Rome, etM.Daneker, de Munich. Quelques personnes pensent que les statues de M. Torwaldsen ne s’élèvent pas au-dessus d’une médiocrité fort savante; mais ses bas-reliefs sont excellents. L’Entrée d'Alexandre à Babylone , basrelief d’un immense développement, et dont les personnages ont à peu près deux pieds de proportion, est un ouvrage magnifique, si Ton excepte toutefois la figure même d’Alexandre, dont la pose est théâtrale. Rien ne met dans un jour plus ridicule la sorte d’exagération indispensable au théâtre , que l'immobilité éternelle de la sculpture.
Plusieurs bustes de M. Torwaldsen sont excellents, et, ce qui prouve que cet artiste est du premier ordre, c’est que le mérite de ces bustes est'tout à fait différent de celui des bustes de Canova. Vous trouveriez trop de grâce idéale dans le buste du peintre Bossi à Milan, l'un des chefs-d’œuvres de Canova, et dans son propre buste, tous deux de grandeur colossale. Cette grâce est surtout fort déplacée dans le buste du pape Pie VII, qui sert d'orneme^it à la magnifique salle du musée Pio Clémentin , bâtie par ce pape ami des arts. Il existe un bas-relief célèbre de M. Torwaldsen, repré^ sentant le Sommeil, dont des répétitions ou des plâtres se trouvent dans toutes les villes du Nord ; cet ouvrage charmant n a pu pénétrer en France, car nous tenons à honneur de repousser les produits de l’étranger. Cela peut être fort bien pour les toiles de coton ou les nankins; mais, si j’avais l’honneur d’etre artiste français, loin- de chercher à fortifier cette habitude dans ce qui a rapport aux arts, rien ne me semblerait plus humiliant.
J’ai vu dans les ateliers de M. Torwaldsen, à Rome, , treize grandes statues colossales représentant Jésus et ses apôtres. Ces statues sont destinées à cire placées en plein air, et à orner la façade d’une église de Copenhague. Je crains qu’il n’y ait de la lourdeur dans ces grandes figures, et qu’on n’y remarque ce défaut particulier aux statuaires allemands : les former ron-
des. La statue du Christ est fort belle; ce n’est point l’expression terrible que Michel-Ange eût donnée au Rédempteur: nos 'idées ont changé depuis 1510. La candeur et la bonté dominent dans le genre de beauté idéale adoptée par le sculpteur danois. M. Torwaldsen a la sensibilité d’un artiste ; lorsqu’à la mort du cardinal Consalvi, il fut appelé comme le premier sculpteur de Rome, pour faire le masque de cire nécessaire à l’exposition des restes de cet homme aimable, les larmes empêchèrent M. Torwaldsen de travailler. Cet artiste a, dit-on, le défaut d’acheter des statues à ses élèves, de les retoucher un peu, et d’y mettre son nom. C'est ainsi que beaucoup des ouvrages attribués à Raphaël sont de Jules Romain.
J'ai entendu Canova porter aux nues le mérite de M. Daneker, de Munich ; mais je n’ai pu voir qu’une statue de cet artiste que l’Allemagne tout entière mot une certaine affectation à proclamer le premier sculpteur du siècle. J’ai cru remarquer dans cette statue plusieurs caractères de la haute beauté idéale, toujours aussi un peu de lourdeur allemande, surtout dans les articulations.
M. Fiochetti, jeune sculpteur romain, a montré un courage analogue à celui qui immortalisera M. David ; il a osé se créer un style. Il ne fait pas un portrait exact des b^les figures d’homme que le hasard lui présente, comme le Bernin ; il ne copie pas servilement
le beau idéal antique, comme les sculpteurs français ; il n’imite point le genre de beauté inventé par Canova. La Vénus soi tant de la coquille, (le M. Fiochelti, me semble un ouvrage bien original et bien beau.
On fait beaucoup de statues en Angleterre ; heureusement pour les beaux arts, la vanité aristocratique tient à l’usage d’élever dans les églises des tombeaux de marbre aux hommes illustres. Si le doven et le chapitre de Westminster ne venaient pas de refuser l’entrée de leur église à l’auteur de Don Juan et de Gain, les sculpteurs anglais auraient eu un beau sujet de statue: un jeune poêle, d’une ligure charmante, agité par les passions les plus sombres, et dont le génie fut de peindre les transports d’une âme déchirée par les combats de l’orgueil et des passions tendres.
C’est en vain que j’essayerais de décrire le ridicule de la plupart des statues anglaises qui ornent les tombeaux de Westminster et de Saint-Paul. Les sculpteurs anglais, loin de négliger les détails, comme sir Thomas Lawrence, entreprennent de rendre avec une désespérante exactitude les souliers à boucles, les bas, les culottes, la perruque même du noble lord qu’ils représentent sur son tombeau. Leur manière de faire en marbre le grand cordon bleu du pays est à mourir de rire. Depuis peu, celle sorte d’hypocrisie, applicable aux actions de tous les jours, qui s’appelle cant
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cii Angleterre , se relâchant un peu de la sévérité établie autrefois par les puritains, a permis de placer des anges nus auprès de la tombe des grands hommes. Le tombeau de deux capitaines de vaisseau tués devant Copenhague, placé près de la porte nord de la cathédrale de Saint-Paul, présente un ange dont le profil est digne du siècle de Canova. Un tombeau du général Moore, placé vis-à-vis, n'est pas absolument mal.
Mais ce qui est bien et fort bien, ce sont les bustes de Chantrey. Cet artiste gardait des troupeaux de bœufs il y a quelques années ; il est parti de là pour être le sculpteur à la mode, et jeme doute pas qu'il n’amasse autant de millions que sir Walter Scott. Ainsi que cet homme de génie , M. Chantrey a toute l’adresse, tout le savoir-faire, toute la flexibilité de caractère nécessaire ponr réussir à Londres , et ne jamais choquer le cant à la mode. Il me serait diflîcile d’exprimer tout le plaisir que m’a fait le buste de Walter Scott, par Chantrey. Je voudrais qu’un plâtre de ce buste fut au Louvre , à côté du buste de lord Byron, par M. Flalters. Le buste de lord Byron, par Torwaldsen, parait l’essai d’un écolier comparé à l’ouvrage de Chantrey.
Quelques petites affectations de délicatesse , quelques petites recherches gâtent le beau talent du sculpteur anglais. On dirait, par exemple, qu’il cherche à rendre la transparence des narines. On voit que
ce gardeur de troupeaux a reçu de la nature ce tact fin qu’il faut pour travailler le marbre. Il serait à désirer que M. le directeur général des musées, qui présidera à l’exposition de 1826, fil placer au Louvre quelques plâtres de Cliantrey , et encore plus à désirer que nos sculpteurs parvinssent à faire oublier ces ouvrages , ainsi que nos peintres de portraits , MM. Gérard, Girodet, Rouillard, IL Vernet, P. Guérin, Hersent, ont fait pâlir l’étoile du fameux peintre sir Thomas Lawrence, qui, à Londres, passe pour le rival de Chantrey.
Dans ce moment où il est à la mode d’imprimer les conversations des hommes célèbres, Ton me saura gré peut-être d’indiquer une longue conversation de Napoléon avec Canova, pendant que ce dernier faisait son portrait. Canova écrivit cette conversation en rentrant chez lui. Elle vient de paraître dans une de ces Vies de Canova chargées de mots et vides d’idées, qu'on imprime tous les six mois en Italie.
Le portrait du roi, par M. H. Vernet. M. Rouillard.
Les Débats calomnient le romantisme. Tableaux de M. Ingres MM. Ileim, Sequeira, Saint, Duchesne, Œri
M. H. Vernet a de la bravoure dans le génie. Dans ce siècle timide et pointilleux, il ose, et il ose avec bonheur; il Fait bien, il fait vite, mais il fait à peu près.
Le grand défaut de l’école française, le manque total (le clair-obscur J est aussi celui qui range dans la classe des ouvrages médiocres ce grand portrait si impatiemment attendu. Ayant a représenter la personne sacrée du roi et ce prince qui n’a fait que paraître en Espagne, et qui toutefois a su y conquérir une si haute renommée, on ne devinerait jamais où M. II. Vernet a placé la lumière principale de son tableau, et, parla, fixé l’attention et les premiers regards du spectateur. Cette lumière principale est jetée sur le sol même du champ de Mars, lieu de la scène. L’œil du spectateur remonte avec celte lumière, si clrangerneiit placée, à la partie inférieure des bottes des personnages; et ce n’est <|ue par un effort de l’esprit, et en contrariant les directions de l’aMl, qui en peinture doivent cire
satisfaites avant tout, que le spectateur, qui. se souvient qu’il est venu au Louvre pour voir le roi, peut enfin apercevoir la tête du principal personnage. Cette tête est fort bien, mais elle est fort mal éclairée. Le portrait de monseigneur le dauphin, exposé depuis plusieurs mois, me semble supérieur de tous points au dernier ouvrage de M. H. Vernet, mais supérieur surtout par la distribution de la lumière. A quelque distance que soit placé le spectateur, dès que ses regards se tournent vers le portrait du pacificateur de l’Espagne, il aperçoit les traits du personnage principal, et les aperçoit avant tout; il faut chercher les accessoires; dans le portrait de Sa Majesté, au contraire, il faut chercher le roi.
Mais, je le répète, tout le malheur de ce tableau est dans cet étrange parti pris à l'égard de ki lumière, jetée avec profusion sur le sol du champ de Mars, qui même n’est pas imité avec vérité, et refusée aux têtes des personnages. Et même celte petite quantité de lumière que le caprice du peintre a accordée à ce qui était incontestablement l’objet principal, puisque cet immense tableau est un portrait, n’est pas distribuée avec justesse. Il fallait que d’abord on aperçût Sa Majesté, et que les personnes qui suivent le roi fussent traitées avec des couleurs amorties et des demi-teintes, comme l’aide de camp de monseigneur le dauphin, dans le poi Irai! de ce prince.
Il fallait que le coloris jetât une épaisseur de dix pieds d’air brumeux entre la figure de Charles X et tout ce qui n’est pas le roi. Rembrandt eût mis des lumières sur les têtes, et n’eût pas éparpillé les clairs sur les détails des uniformes. Rembrandt eût cédé au goût du joli et du piquant, premières qualités de tous les objets d’art aux yeux des Français; comme le jour de la revue le ciel était nuageux, Rembrandt eût supposé qu’un rayon de soleil éclairait la figure du prince que tous les yeux cherchaient au champ de Mars, cl, quoique très-voisins de lui, les autres personnages, non éclairés par le soleil pâle du mois de novembre, eussent paru dans l’ombre. Le grand peintre hollandais les eût présentés avec le même art qui a été employé par l’illustre Girodet pour les parties inférieures du portrait du général Cathelineau. L'accident de lumière que j’indique eût été rejeté par Raphaël, mais eût produit un grand effet; il eût jeté dans ce tableau un (jrandiose qui manque tout à fait. L’absence de clairobscur est le grand défaut physique, si je puis ainsi dire, et le manque de grandiose est le grand défaut moral de cet ouvrage. Si le peintre eût eu à représenter un groupe de cavaliers revenant de la chasse et velus d’une manière brillante, il ne s’y serait pas pris autrement que pour montrer Charles X aux Français. Malgré ces défauts, le portrait du roi a beaucoup de succès, et ce succès ne serait presque pas contesté',
si cet ouvrage était dans les proportions de ce charmant tableau représentant des grenadiers à cheval, que tout Paris est allé admirer il y a deux ans dans l’atelier du peintre.
Il faut, pour faire le portrait de grandeur naturelle, une force de génie, et je dirai presque de passion^ dont l’absence est le seul défaut peut-être que l’on puisse reprocher aux nombreux chefs-d’œuvre qui cette année ont rendu si populaire le nom de M. II. Vernet. Je n’ai vu cette force de passion que dans le combat soutenu par des moines espagnols. Cette profondeur de sentiment me fait souvent préférer les ouvrages du peintre vénitien Hayez à ceux de M. II. Vernet. Plusieurs têtes du portrait du roi ne sont pas empâtées avec assez de force et de hardiesse, elles paraissent croquées. Un peintre vivant, M. Rouillard, y eût mis plus de vigueur. La perspective linéaire n’est pas bien observée pour quelques autres têtes ; du reste, on peut dire de M. II. Vernet, que jamais le talent de l’improvisation en peinture n’est allé plus loin. Lui seul en Europe était capable de faire en un mois un aussi grand tableau, et de le faire aussi bien. Le portrait de Charles X est presque égal en surface au Philippe V deM. Gérard. Ces deux ouvrages sont voisins, et il est curieux de comparer la manière différente avec laquelle ces deux grands peintres, si dissemblables dans la nature de leur talent, ont rendu les têtes. Il y aurait de la témérité à
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moi d’énoncer une opinion. L’exiguïté de l'espace qui m’est accordé, ne m’a fait déjà tomber que trop souvent dans l’inconvénient de paraître énoncer mes idées d’un ton tranchant.
Un critique, grand ennemi du romantisme, affuble de l’étrange épithète de shakspearien le tableau de M. H. Vernet, tandis qu’il appelle homériques' les tableaux de Raphaël et de David. Il est plus simple de dire : rappellerai romantique tout ce qui n'est pas excellent. Par cet artifice fort simple, peu à peu le mot romantique deviendrait aux yeux du public le synonyme du mauvais.
Ce qui csl romantique en peinture, c’est la Bataillé de Montmiraily ce chef-d’œuvre de M. H. Vernet, où tout se trouve, même le clair-obscur. Ce qui est classique, c’est une bataille de Salvaltor Rosa, à peu près de même dimension, et que l’on peut voir à l’extrémité de la grande galerie, du côté de la Seine. Le ro mantique dans tous les arts, c’est ce qui représente les hommes d’aujourd’hui, et non ceux de ces temps héroïques si loin de nous, et qui probablement n’ont jamais existé. Si l’on veut se donner la peine de comparer les deux batailles que je viens d’indiquer, et surtout la quantité de plaisir qu’elles font au spectateur, on pourra se former une idée nette de ce qu’est le romantique en peinture. Le classique, au contraire, ce sont les hommes entièrement nus qui remplissent
le tableau des Satines. A talent égal, la bataille de M. II. Vernet vaudrait mieux que la bataille de M. David. Quelle sympathie peut sentir un Français qui a donne quelques coups de sabre en sa vie, pour des gens qui se battent tout nus? Le plus simple bon sens indique que les jambes de tels soldats seraient bientôt tout en sang, et, dans tous les temps, il fut absurde d’aller nu au combat. Ce qui peut c^soler le romantisme des attaques du Journal des Débats, c’est que le ton sens appliqué aux arts a fait des progrès immenses depuis quatre ans, et surtout/dans les sommités de la société.
' J’abandonne cette digression romantique que je n'ai point provoquée et à laquelle les Débats sont revenus plusieurs fois; mais, quel que soit le résultat du combat, Dieu nous préserve du grand moi shakspearien!
Je me bâte d’indiquer au public deux charmants ouvrages de M. Ingres. Le portrait de M. N... me semble un chef-d’œuvre, et surtout un chef-d’œuvre dans l’art de distribuer la lumière. Quel talent dans la manière de rendre l’expression des yeuxl c’est, suivant moi, le seul mérite de sir Thomas Lawrence; et combien M. Ingres lui est supérieur! Quelle hardiesse dans ce siècle, où la timidjlé a tué le coloris, que de faire ressortir la figure du personnage sur un fond rouge 1 Je préfère cette tête à l’excellent portrait de M. Paulin Guérin, et aux divers portraits de
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MM. Rouillard et Hersent. Ce dernier peintre, surtout, souffrirait beaucoup de la comparaison. Si M. Ingres ne retourne pas à Florence, l’on peut espérer pour la prochaine exposition une foule de portraits forts beaux ; et, ce qui ett mieux encore, vu l’état de notre école, qui retourne au genre des Coucher et des Vanloo, des portraits traités dans le style d’André del Sarte et de Raphaël. ;
Il est un autre tableau de M. Ingres qui fera un vif plaisir à tous les amateurs de peinture. Ce charmant ouvrage donne une idée parfaitement juste de la chapelle Sixtine, et de l’aspect du fameux tableau du Jugement dernier, par Michel-Ange. Je suppose qu’il n’est aucun amateur véritable qui ne sente battre son coeur à une telle annonce. L’ouvrage de M. Ingres ne porte pas de numéro, et se trouvait hier dans le grand salon, à droite en entrant, au-dessous du beau groupe de la Femme juive avec son enfant, par M. Ileim. M. Ingres a représenté avec bonheur le vénérable Pic VII tenant une chapelle papale, et assisté du célèbre cardinal Consalvi. On aperçoit, à gauche du spectateur, le commencement du banc des cardinaux, avec leurs caudataires assis devant eux. 11 est fâcheux que le tableau de M. Ingres n’occupe pas une toile plus vaste ; un plus grand nombre de cardinaux aurait augmenté l’effet curieux de cet ouvrage qui est plein de grandiose, et qui rend avec une vérité parfaite
une cérémonie fort singulière. Aucune description ne peut donner une idée de ce qu’est une chapelle papale, pas même la jolie lettre du spirituel président de Brosses. {Lettres sur I Italie, imprimées en 1797).
On doit regretter que l’illustre Girodet n’ait pas été chargé de faire le portrait d’une jeune personne blonde dont tout Paris admire les beaux vers. Le portrait actuel, qui n’est pas sans affectation, est placé dans le grand salon, vers l’entrée de la galerie^ J’ai remarqué une Sainte Famille de M. Sequeira. On dirait une copie du Corrége, tant les couleurs de ce tableau font plaisir à l’œil; on sent que le peintre a songé à la nature, et non pas aux bas-reliefs antiques, en composant son tableau. Je ne dirai rien de l’étrange portrait de François P', représenté à cheval et tout armé, exposé depuis peu. En revanche, je voudrais être déjà arrivé aux miniatures, pour louer à mon aise les admirables portraits de M. Saint, et les beaux ouvrages de M. Duchesne, peintre en émail, qui, dans cet art si difficile, nous rend les souvenirs du grand siècle et le génie de Petitot.
En suivant les fenêtres de la galerie d’Apollon, où je cherchais en vain les peintures sur porcelaine de madame Jaquotot, j’ai remarqué une admirable lithographie allemande de Œri. Cette gravure donne une idée parfaite du Mariage de la Vierge, tableau de Raphaël, dans sa première manière. Rajihaël, dans sa
jeunesse, et avant qu’il eût reçu des leçons de fra Barlolommeo, n’avait point de clair-obscur. Les graveurs qui nous donnent des imitations burlesques des œuvres de ce grand homme, Volpato, par exemple, ne font aucune difficulté de lui prêter du clair-obscur. C’est ce dont on peut se convaincre, en comparant à Rome l’admirable fresque nommée VÉcole d'Athènes à toutes les copies, chefs-d’œuvre de petitesse dans le stylCy qu’on nous en donne tous les ans. Le mérite de la lithographie allemande que je recommande aux amateurs, est de nous ipontrer Raphaël tel qu’il est, et non pas arrangé à la moderne et de manière à rivaliser de naturel avec les aquarelles de M. Isabey.
MM. Oosio, Valois, Flalters, Danckcr, Raggi, Bartholini, Dcbuy, Cortot, Dieudonné, David, Desbœufs, EIsbœcht, Canova.
La sculpture est un art qu’il faut encourager en France. Dans ce moment , il n’existerait pas sans les secours généreux du gouvernement. Mais c’est toujours un grand malheur, une grande cause de découragement pour des artistes , que de n’être payés que par un gouvernement, si éclairé qui soit. Ils sont ainsi privés des leçons directes du public. Pourquoi la litho-
graphie a-t-clle fait des progrès gigantesques depuis deux ans? C’est qu’elle a eu l’esprit de satisfaire aux besoins actuels du public. De là les beaux portraits de M.Vf. Grevedon et Mauzaisse, et les charmants dessins exécutés sous la direction de M. Denon.
Le gouvernement ne peut prendre pour juges des tableaux et des statues qu’il achète que les artistes les plus accrédités ; or, naturellement ces artistes sont partisans des vieilles 'méthodes. Us se garderont bien d’indiquer aux bienfaits du gouvernement le génie, qui ne mérite ce nom que parce qu’il invente. Malheur à l'homme qui invente et qui ose ! sera toujours la devise de tout jury d’artistes. En couronnant un homme qui invente, ils passeraient condamnation sur leurs propres ouvrages. Qu’auraient dit les Boucher, les Vanloo, les Pierre, les Greuze, etc., si, en 1785, on leur avait demandé un avis sur le premier beau tableau de David, de cet artiste audacieux qui allait les vieillir pour toujours?
L’art statuaire n’étant en ce moment encouragé que par le gouvernement, et le gouvernement ne pouvdnt se décider que d’après l’avis d’un jury, il faudrait avant tout que ce jury ne fût pas composé exclusivement d'anciens sculpteurs, qui sont juges et parties. On pourrait leur adjoindre plusieurs amateurs riches de Paris ; ce serait un moyen facile d’interroger l’opinion et de faire acheter des statues. Pour qu’un art
devienne à la mode, il faut que l’opinion s’en occupe, ou qu’il serve l’opinion.
M. Bosio est, d’après l’opinion générale, le premier sculpteur français de l’époque. J’ai toujours admire les jambes de la statue de Louis XIV, qui orne la place des Victoires. J’avoue que je voudrais plus de tranquillité dans la pose. En sculpture, il n’y a point de beauté suprême pour moi sans la tranquillité des statues grecques; et, n’en déplaise à Falconet 'et à tous les écrivains de l’école française, j’admire la statue de Marc-Aurèle au Capitole. Hercule combattant Achéloüs^ métamorphosé en serpent^ est une fort belle figure et qui a un grand succès. On y reconnaît beaucoup de science, et c’est toujours un grand point dans les siècles où les arts tendent vers la décadence. Ce bronze a conquis les suffrages du public, et j’en félicite M. Bosio. Le gouvernement, de son côté, s’est acquis des droits à la reconnaissance des amateurs en donnant à l’artiste les moyens de couler en bronze sa belle statue. Les statues de Louis XVI, de François T’’, de Louis XII, manquent encore à nos places publiques ; mais les mœurs modernes repoussent le nu, qui pourtant est l’unique langage de la sculpture, et sans lequel, à proprement ' parler, il n’y a pas d’art statuaire. C’est fort bien fait d’encourager, de temps à autre, la création d’une belle statue nue ; mais ce n’est pas tout. Je voudrais maintenant que, pour faire naître le goût de la sulpture
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dans le public de Paris, on plaçât la statue d’Hercule dans l’endroit le plus fréquenté du boulevard. Florence fut la patrie de la sculpture moderne, à cause des portes de bronze de son baptistère, placées dans l’endroit le plus fréquenté de la ville, et parce que sa principale place , celle dont on nous donne une vue fort exacte, au deuxième acte de Tancrède, à Louvois, est ornée d’une statue équestre et de six statues colossales en marbre et en bronze., dont l’une, le David, est de Michel-Ange. En jetant des statues le long du boulevard et dans les promenades les plus fréquentées, on répandra le goût de la sculpture, et peut-être un jour deviendra-t-il de mode , dans la classe riche, d’orner de statues les tombeaux du Pèrela-Chaise. C’est le luxe des tombeaux qui fait de la sculpture un art vivant en Angleterre, et, malgré de fréquentes occasions de travail, ce pays n’a aucun artiste à comparer à M. Bosio. Quels transports d’admiration n’cùt pas valus à l’auteur la statue d’Henri IV enfaiit, si on l’eût exposée à Londres ! i.c sculpteur, tout en étant fidèle aux doctrines de l’antiquité, a daigné regarder la nature. Les Anglais ne songent à l’antique que depuis qu’ils ont les marbres d’Elgin. Telle est dans tous les pays l’influence nécessaire du gouvernement sur la sculpture.
Quelle tête suave que celle de la nymphe Salmacis ! Quelle noble ressemblance dans le buste
252 Mélanges d’art et de littérature.
du roi ! Ce portrait me semble ce que les arts ont encore fait de mieux pour le protecteur auguste qui va enrichir le Louvre d’un nouveau musée composé de dix salles. On devrait placer sur la porte du musée de Charles X le buste colossal de ce prince, et ouvrir à ce sujet un concours dont le public serait juge. Parmi les rivaux de M. Bosio, on compterait M. Valois, statuaire de madame la dauphine. Le buste du roi |)ar M. Valois, qui a eu l’honneur d’obtenir plusieurs séances de Sa Majesté, est placé auprès de la charmante statue de Henri IV enfant, de M. Bosio. M. Flatters serait aussi un digne rival de M. le sculpteur du roi. Tout Paris connaît le buste de lord Byron, qui n’a, suivant moi, d’autre défaut que de ressembler trop à l’Apollon du Belvédère. Ce n'est pas en copiant l’antique, c’est en choisissant, comme les sculpteurs (jrec.s parmi les traits que présente la nature, en choisissant ce qui peut nous toucher au dix neuvième siècle, qucM. Daneker a fait le buste de Schiller, et M. Chantrey celui de sir Walter Scott. Je suis fâche que M. Bartolini, de Florence, n’ait pas envoyé à Paris un plâtre de son buste de lord Byron.
11 y a de la hardiesse dans le groupe de M. Baggi, représentant Hercule au moment où il retire de la merle corps d'Icare. Ces sortes de sujets, non-seulement louchants, mais faciles à comprendre, sont ce qu’il faut en France jiour faire naitie le goût de la
SÂLOK UË 1824.
sculpture. 11 me semble que, si Ghaudet eût vécu , le miracle serait déjà accompli. L’opinion publique com* roençait à s’occuper des statues de ce grand artiste.
11 y a beaucoup de mérite dans les ouvrages de M. Debay, et il y en aurait davantage encore , selon moi, si l’on y trouvait plus de naturel, non-seulement dans la pose, mais encore dans l’imitation du corps humain.
Les poses théâtrales de l’imitation de Talma forment le grand défaut de ceux des artistes français qui savent rendre la formé. Je regrette souvent que les admirables ouvrages de Jean Goujon soient placés si haut dans la cour du Louvre. Vus de plus près, ils auraient une influence plus puissante sur le goût du public, qui bientôt refuserait son admiration à tout ce qui est théâtral. Ce cruel défaut est encore plus choquant dans l’art statuaire que dans la peinture.
11 y a du naturel dans la belle statue de Charles X, improvisée en quelque sorte par M. Cortot. Les ouvrages de cet artiste, et, entre autres, son charmant groupe de Daphnis et Chloé, sont dignes de toute l’attention du public. La statue de Mgr le dauphin, par M. Dieudonné, est un noble ouvrage.
M. David a su rendre, avec bonheur, les beaux traits immobiles du philosophe Volney, et la physionomie pétillante d’esprit de M. le docteur Desgenettes. La statue de M. de Bonchamps est fort bien. Les amateurs
s’accordent à trouver du talent dans les deux statues de M. Desbœufs. M. Elshœcht a fait des bustes expressifs ; un peu plus de naturel et de modestie dans les poses n’eût rien gâté, du moins à mon avis. Il est malheureux que l’on ne veuille pas imiter les admirables bustes antiques que possède le Musée, et que l’on ifnile trop les statues.
L’art statuaire est à la veille d’une révolution ; faut-il copier servilement l’antique , comme la plupart des sculpteurs français? On sait le triste^ sort réservé aux copistes. « Si vous suivez toujours les anciens, vous ne serez jamais à côté d’eux, » disait Montesquieu. «Mais, s’il ne faut pas copier l’antique, que faut-il donc faire? » s’écrie la foule des sculpteurs?
Ce qu’il faut faire? Canova, si maltraité par MM. B., des Débats, vous l’a dit. 11 a créé cent statues , dont vingt sont des chefs-d’œuvre. Ces statues ne sont rien moins que des copies de l’antique, et cependant toute VEurope s''en occupe. Est-ce par l’intrigue que Canova, le plus simple des hommes , est arrivé à ce grand résultat?