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DES OBSTACLES AD RIRE

La France serait-elle la patrie du rire, comme l’Italie celle des beaux-arts?

La religion encourage, en Italie, la peinture des miracles et des saints; ce n’est qu’une espèce de peinture, toutes les espèces prospèrent.

De même, la cour, en France, n’encourage qu’une seule espèce de rire, le rire satirique, fondé sur la nonressemblance à un modèle, et tous les rires prospèrent.

Tout homme, je ne dis pas passionné, mais seulement occupé sérieusement de quelque chose ou de quelque intérêt, ne peut rire ; il a bien autre chose à faire que de se comparer oiseusement à son voisin'.

Les gens tristes et moroses, la plupart des Anglais de quarante ans, sont dominés, habituellement, par l’agréable préoccupation de craindre quelque grand malheur.

Les Denon, les Ilenrion de Pansey, les Matthieu Dumas, les Donézan, les Jearjailles, doivent être rares en Angleterre. Les Johnson, ou les caractères à la Johnson, y sont fort communs.

.J * Donc, la république est contraire au rire.

ESSAI SUR LE RIRE

Mais, pour revenir, tout homme passionné, quel que soit l’objet de sa passion, triste ou gai, l’amour ou l'avarice, la méditation sur un baiser donné .sur la main de sa maîtresse, ou sur quatre beaux billets de mille francs, reçus hier matin, tout homme passionné n’écoute pas la narration d’une anecdote et ainsi conséquemment ne peut pas en rire.

- Deux causes de sa mine sérieuse :

1® Il ne trouve pas qu’il y ait de quoi rire. Redoutant quelque malheur, que lui fait de se voir momentanément supérieur, pour un petit avantage, à tel homme? Il est occupé de choses bien autrement sérieuses. Le vicomte de Barrai dit : « Il peut y avoir guerre avec l’Angleterre dans trois mois; tous les vaisseaux seront pris, cela fera enchérir le sucre ; et, de malheurs en malheurs, cela peut compromeltre mes rentes en Dauphiné. » Un homme profondément occupé à craindre ne peut pas rire de ce qu’il entend ; ces pauvres diables-là rient encore quelquefois de ce qu’ils voient.

2" Le craintif est tellement préoccupé, qu’il n’entend pas même la narration qui doit le faire rire; c’est comme si on la faisait en haut allemand. L’insouciance est donc une bonne prédisposition dans l’homme qui doit goùler une plaisanterie. Les gens d’esprit sont insouciants, sous un Louis XVI, du temps de M. do Maurepas, et non pas en Angleterre, sous le ministère de Pitt ou de Fox.

Un avare, qui passe sa vie à craindre, ne peut rire.

Un sage philosophe, qui passe.sa vie à se mépriser soi-même et les autres hommes, ne peut pas rire. Que voit-il dans le charmant récit du combat que FalstafI' fait au prince Henri? Un plat mensonge, fait pour un vil intérêt d’argent, une misère de plus de la pauvre nature humaine. Au lieu d’en rire, il en fait une grimace triste.

La nation française est vive, légère, souverainement vaniteuse, surtout les Gascons et les gens du Midi. Celte nation semble faite exprès pour le rire, au contraire de ritalieniie, nation passionnée, toujours transportée de haine ou d’amour, ayant autre chose à faire que de rire.

La république, ou les intérêts de la ville, ont occupé l’Italie, de l’an 900 jusqu’au quinzième siècle. Peut-être, avant les Romains, la forme républicaine avait déjà façonné les mœurs de ce pays.

La royauté est, au contraire, bien ancienne en France. Nous la voyons renaître en ce pays, au sixième siècle, avec Clovis

Tout ce qui est arrivé en France, depuis l’an 1500, semble calculé exprès pour enseigner aux Français la vanité, et, par conséquent, une des branches du rire.

* Histoire des Francs, par Grégoire de Tours.

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là

Voir, en 1825, l’éducatiün des petits garçons à Paris, l’Iiabil gaulois des petits V... et Led..., etc., on aura de fiers niais, avec cette admirable éducation.

On rira plus souvent en France ; on rira plus profondément, si j’ose parler ainsi, en Italie. On y aime beaucoup plus la bouffonnerie au théâtre, c’est un soulagement.

Il y a un proverbe sale, mais fréquemment employé en Italie, et qui me semble prouver la fréquence de la chose : Compiciarsi dalle risa (pisser dans scs culottes à force de rire).

On rirait avec plus de violence en Italie qu’en France. Il y a peut-être, en revanche, cent nuances du rire fréquentes en France et inconnues en Italie. La mine du diable du pauvre moine qu’un valet de campagne et balourd allait réveiller de demi-heure en demilieurc, et promenait de chambre en chambre.

Le tempérament sanguin est évidemment celui du rire, au contraire du bilieux ou du mélancolique. Voilà la confirmation physiologique de ce qu’on a avancé sur le Français et l’Italien, d'après les observations morales et les voyageurs, .\utre raison physique, les gens gros rient plus que les maigres.

La pomte de vin provoque si bien le rire, qu’on l’appelle être en gaieté, pointe de gaieté. Il s’agit d’un petit excès, d’un petit extraordinaire, et nullement de Vivrognerie ou des excès habituels.

NÉCESSITK nE.S DÉTAILS

On ne fait pas rire avec des généralités ; pour être ridicule, pour faire rire, il faut des détails.

C’est pour cela que M. Courier est obligé de se mettre en scène, de parler de soi; chose qui, en France, met en péril la dignité de la personne qui parle ou écrit. Celte disposition du public qui fait le péril, n’existait probablement pas dans les commencements de la civilisation ou à son renouvellement; par exemple, à Florence, vers l’an 1200.

Ce péril provient, en grande partie, de la vie de courtisan, de la cour et, par conséquent, du gouvernement monarchique absolu. Est-il besoin de dire que cette cause est moinsactive lorsque, comme Frédéricll, le roi est ennuyé de la cour et ne la tient pas, ou lorsqu’une grande fraction du public ne songe à la cour que pour s’en moquer ou la haïr, comme à Londres, du temps de Georges II.

Le langage noble abhorre les détails ; c’est par horreur instinctive de son plus grand ennemi : le ridicule. Le langage noble, né à la cour de Louis XIV, a été |>erfectionné à celle de Louis XV. Les détails donnent presque seuls prise au ridicule.

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