CAUSES DU RIRE
Comme on veut m’inspirer des doutes sur la définition du rire donnée par Hobbes, je vais parcourir les causes du rire, telles qu’on les rencontre ordinairement dans la société, et telles que je pourrai me les rappeler au hasard.
Les personnes qui doutent de l’idée de Hobbes, parlent d’assigner pour cause au rire : les contrastes, ou un certain mélange de peine et de plaisir, etc.
On rit beaucoup des attrapes; mais, dans les sociétés où il y a de Vhumanité, on n’en rit que s'il n’y a point de vrai dommage. Au corps de garde, entre jeunes officiers, impatients de se colleter avec le danger, on ne se souvient guère de l’humanité, et l’on rit fort bien de la mine ridicule d’un cavalier ridicule qui se casse la jambe. Cela m’est arrivé à Bra en Piémont; nous dîmes, après avoir ri :
— S’il ne sait pas monter à cheval, que vient-il chercher dans un régiment de dragons?
On rit donc des attrapes, s’il n’y a point de vrai dommage ou grave déplaisir. Plus la société qui rit est raffinée, plus on varie sur ce mol sur cette circonstance de gravité. H y a grave déplaisir :
1" Par la douleur corporelle ;
2“ Par outrage à l’honneur ou à l’importance.
L’importance existait dans la Rome de Cicéron, et non l’honneur.
On rit donc d’une attrape de société, s’il n’y a pas de grave dommage et que pourtant l’apparence de tout cela y soit.
On rit de V erreur : 1" de qui se laisse décevoir à l’apparence; 2“ si Vattrapé laisse paraître quelque signe extérieur, on rit de sa sotte mine.
Exemples :
1“ A la campagne, en 1811, je vis rétrécir les chemises, gilets et pantalons, d’un malade imaginaire, qui arriva un beau soir. Le lendemain, à son lever, notre homme se crut devenu hydropique.
2“ Cacher ses gants ou sa canne, à quelqiPun qui va sortir et qui est fort pre.ssé.