DES DEUX SYMPATHIES
On bâille à voir bâiller les autres. C’est par une raison semblable que la nombreuse compagnie augmente le rire. Un homme vous conte une anecdote, dans un salon, où il y a vingt-cinq personnes réunies
ESSAI suit I.E RIRE.
sans gêne, en divers groupes : on rit de son anecdote; on voit rire les autres, le rire augmente. Pourquoi cela? Je crois voir deux causes de cet effet :
1“ Sympathie physique et nerveuse, comme le bâillement ;
2“ Il y a une sympathie d’esprit et non nerveuse; on est confirmé dans le jugement qu’on a porté de sa propre supériorité sur le personnage ridicule, en voyant tant de gens le trouver également ridicule.
Vers la troisième seconde de la durée du rire, au lieu de perdre mon temps à examiner si j’ai raison de rire, je ne m’occupe qu’à me détailler ma jouissance, à me complaire dans ma jouissance.
Exemples :
Me rappeler, en général, le rire fou du duc d’Athènes, son nez venait à rien; le rire fou d’un quart d’heure, à en faire mal à la plupart des rieurs,,à souper chez madame Pasta, un soir que la table se trouva dans l’antichambre, M. de Miccicché et moi ne savions pas un certain conte que les autres avaient déjà fait et entendu sept ou huit fois au moins. 11 y eut réunion de deux ou trois causes de rire ; plût à Dieu que je pusse les démêler et les voir nettement ! mais il y a trop longtemps de cotte soirée.