AIX-LA-CHAPELLE
SOWEIIIHB DB CHAHLEMAGNE. — LA LAIVTBRNE DE CHLORtS.
L^entrée d^ Aix*Ia-Ghapelie , du côté de. la Belgique , oflï*e Taspect d'une ville fortifiée dont les glacis sontdesjardios anglais. La plupart des fossés de la vieille ville de GharlemagDe ont été comblés ; des bosquets de lilas , sortant du milieu des plates-bandes , des aiiires ombragernit des bancs peints en vert et dont les dosâcrs représentent des serpents enlacés , des allées larges et' sinueuses , bordées d'arbrisseaux nains , eouvrent remplacement des antiques remparts contre lesquels se sont niés les Normands du neuvième siècle et les ar-
mées du mojen ûge. La porte de Marschier ou de Boroette , par laquelle on entre dans la ville , est un reste de la cité de Charlemagne. Du côté de la campagne , cette porte s^arrondil en plein cintre romain ; du coté de la ville , elle a la forme ogivale ; ce sont deux portes , de deux époques diCféreoies , adossées Tune contre l'autre , et couvertes d'un toit d'ardoise , qui est la part toute pacifique des temps modernes dans ce monument de plusieurs âges. Une archéologie sévère ne trouverait peut-être pas , dans ce qui est censé appartenir à Charlemagne , le dessin exact de Farchitecture caiiovingi^uie ; mais on ne peut douter que parmi toutes ces pierres il n^y eii ait qui ont été équarries par les maçons de Tempereur, et qui regardent depuis mille ans les arrivants du pays de Liège, soldats , pèlerins , marchands , juils , gens d'égUse , voyageant en tout équipage , et pour les mêmes besoins qu'aujourd'hui. Au reste , sauf l'intérieur de la cathédrale , le peu qui reste de Charlemagne , dans cette ville qui fut pendant trente ans sa demeure favorite , a été , comme cette porte , altéré , refait , recousu à des constructions ultérieures. La tour de Granus , à l'extrémité orientale de l'Hôtel-de-Ville , offre dans sa maçonnerie des ressemblances avec la maçonnerie de la cathédrale , et parait avoir été fondée par la même main. Elle aurait servi , dit-on , de tour du guet et de prison. La base est un cairé de trente-trois pieds , et les escaliers taillés dans •l'intérieur des murs tournent autour d'étages voûtés et supe^ posés les uns sur les autres avec une hardiesse qui étonne. Au sommet de la tour, quatre balcons ronds et saillants, en forme de tourelles , débordent aux quatre angles. La trace d'une arcade qui se dessine sur le mur témoignerait à la fois de l'origine carlovingienne et des altérations du monument. On rattache cette tour à l'ensemble des constructions qui formait le palais de Charlemagne. On a taché de restaurer en
idée ce palais avec quelques pans de murs , quelques débris de galeries et d^arcades , quelques restes de voâtes , dont le tracé présenterait un carré irrégulier embrassant la place actuelle du marché et tout Fespace qui est entre rUôtel-de-Yilie , la cathédrale et les bains. Autour du palais , et enrermés dans une enceinte commune , auraient été les habitations des gens d'^église , des doctes , des clercs , qui composaient la cour de l'empereur. L^Aix^la-Chapelle de Gharlemagne n^était qu'un palais avec ses dépendances ; tout ce qui se trouvait en dehors était faubourg.
La {dus belle trace de ce grand homme , c'est la cathédrale bâtie par lui^en Thonneur de la sainte Vierge , qu'il décora d'or et d'argent , qu'il ferma de portes et de grilles d'airain , et dont il fit venir les marbres de Rome et de Ravenne. Éginhard avait été chargé de l'inspection des travaux. La plupart des pierres venaient de Verdun , dont Gharlemagne avait abattu les murailles. L'église fut consacrée par le pape Léon III , en 804. 11 devait assister à cette consécration autant d'évèques qu'il y a de jours dans l'année. Trois cent soixante*trois seulement purent être présents ; mais le nombre sacré , dit la légende , fut complété par deux évèques morts qui sortirent de leurs tombeaux , et qui , après avoir assisté à la cérémonie , disparurent.
Ce qui reste de toute cette magnificence , c'est la partie de Téglise qui conserve le nom de Chapelle de Gharlemagne, et qui est comme le noyau de tout l'édifice. La forme de cette chapelle est un octogone de huit piliers énormes taillés à cinq pans , qui supportent deux étages à plein cintre , formés de huit arcades , aveeihuit plafonds correspondants aux huit arcades, et peints à fresque. La coupole est éclairée par huit fenêtres , et fermée par une voûte que des arêtes coupent en huit pans. La beauté de cet édifice , c'était , à l'ouverture de
chacune des grandes arcades da second étage , deax colonnes qui la partageaient en trois , et qui , an moyen d^une corniche encore visible aux piliers principaux, supportaient trois petites arcades au-dessus desqueQes courait horizontal^nent une élégante corniche. Cette première décoration montait à peu près jusqu'aux deux tiers de Touverture. Ce qui restait d ^espace vide était coupé par deux autres colonne^ posées sur la corniche horizontale , ayant les mêmes axes que les premières , et terminées par un chapiteau de forme averse par lequel elles rejoignaient le plafond de Farcade principale. On ne pouvait rien imaginer de plus gracieux que ces trois petits pleins cintres découpés dans le grand , et ces quatre colonnes dont les deux supérieures semblaient émerger des inférieures. La grandeur des ouvertures était dissimulée par cette disposition qui ne leur ôtait rien de leur hardiesse , et ce qui eût été désagréable à Fœil pour des arcades en plein air, qui se seraient découpées sur le ciel , était du plus bel effet pour des arcades bouchées par un côté , et se découpant sur un mur. L'édifice portait Tempreinte de deux grands arts : h sa base , de Fart simple et massif de la Rome consulaire; à sa partie supérieure , de Fart délicat de la Rome des Antonins. Les guerres de la révolution amenèrent nos soldats dans le parvis de la cathédrale de Charlemagne. Les colonnes forent arrachées et transportées à l^aris. Les chances de la guerre les ont depuis rendues en grande partie à la ville d'Aixla-Chapelle , qui les laisse couchées le long de quelque mur, faute d'argent pour les remettre à leur ancienne place. En fait de morceaux d'architecture , les restitutions de la paix sont presque aussi absurdes que les pillagecpde la guerre. Hais s'il est vrai que ces colonnes soient leelles que l'impératrice Hélène avait fait venir d'Italie pour décorer une église de Cologne , et que Charlemagne acheta au clergé de cette
église , quelle ville possède de plus précieux restes que ces marbres de quinze siècles , tirés pour la première fois des carrières de Ravenne par la mère de Constantin , et , àmille ans de distance , remués par Gharlemagne et par la république française ?
Au milieu de la chapelle de Charlemagne est une grande pierre , sur laquelle est gravé son nom. On pense que cette pierre marque la place où ce grand homme fut enterré. Le praaûer qui voulut voir ses illustres restes fut Otton III , empereur d^Allemagne. Personne ne pouvait dire ou était le tombeau , depuis que les Normands avaient dévasté Téglise et brisé le monument élevé à soa fondateur. Otton fit faire des fouilles , et on trouva dans un caveau le cadavre parfaitement intact , assis , conune le lendemain des funérailles , dans une chaise , formée de quatre taUes de marbre blanc non polies y que recouvraient des plaques d'or. Charlemagne portait le sceptre et le manteau impàîaL Un livre d'évangiles en or était ouvert sur ses genoux ; un moreean de la vraie croix était incrusté dans sa couronne ; une pannetière d^or de pèlerin pendait de sa ceinture. Otton enleva les insi^es de Tempire , la couronne , le sceptre , le globe impérial , la tunique , ' pour les faire servir au couronnement des empereurs. H donna le livre d'évangiles , le glaive et le collier a PégUse d^Âix-la- Chapelle; il garda pour lui la couronne, le globe d'or et la pannetière , et les porta depuis dans toutes ses expéditions. Surpris par la mort en Italie , il les donna à Tarchevéque de Cologne ^ Héribert , lequel ne put pas les <léfendre contre Henri , duc de Bavière , qui s'en empara de force , et les déposa dans sa ville de Nuremberg.
Frédéric I^^^ , dit Barberousse , de la maison des Hohenstaufen , fut pris de la même curiosité que son prédécesseur Otton III. Lui aussi voulut voir les restes de Ciiariemagne.
H convoqua , en 116S , à Ak-la-CbapeUe , une diète où ii vint tant de ducs y de princes , d'évéques et d'autres seigneurs , que la ville se trouva trop petite pour loger tous ces hôtes. C'était la fête de Noël. Frédéric célébra cette fête avec de grandes cérémonies dans Téglise de Charlemagne. Puis il fit ouvrir le tond)eau ; Farchevéque de Cologne et Tévêiiue de Liège reçurent le corps , qui fut placé dans une châsse et exposé à la vénération pubhque. La chaise de marbre fut déposée dans une galerie supérieure , pour servir aux couronnements. On coucha le corps dans un sarcophage antique de marbre blanc , orné de bas-reliefs. La chaise et le sarcophage subsiistent encore ; mais le corps a disparu dans ces pieux pillages ; il en reste des os ou fragments d'os , dont on peut suspecter Taothenticité , même sans être de ceux qui poussent la peur d'être trompés jusqu'à ne croire à rien.
Le sarcophage est enfermé dans une armoire particuUère. Les bas-reliefs représentent l'enlèvement de Proserpine. Le mouvement des chevaux du roi des enfers est d'une grande beaute. On varie sur la destination primitive de ce précieux reste y et sur l'emploi qu'il reçut , en passant de l'Italie dans le monde barbare. Plusieurs disent que le prétendu sarcophage n'a été qu'une baignoire ; ceux-ci le font venir de la Grèce , ceux-là de l'Italie. On velit qu'il ait servi de socle au fauteuil de Charlemagne , dans le caveau funèbre , avant de servir de cercueil à l'illustre mort. Dans le doute , il reste à ce marbre son antiquité ; et c'est par là que toutes les reUques intéressent , et qu'elles ont raison contre les incrédules.
On est d'accord sur là chaise , qui est la plus curieuse de toutes les reliques profanes d'Aix-la-Chapelle. C'est dans cette chaise que fut assis , pendant trois cent cinquante ans , le corps de Charlemagne ; c'est là que furent couronnés plus de trente empereurs ou princes , lesquels y sont venus chercher des
îDspiràtions de grandeur, et n'y ont trouvé , le plus souvent , que des fumées d'ambition stérile. Cette chaise est dans une sorte de niche en planches mal jointes , fermée par une porte à deux battants , et qui pose sur un massif de pierre élevé de cinq marches. Le roi de Prusse , auquel le doyen de la cathédrale avait demandé dans ces derniers temps une enveloppe plus digne du monument , a répondu , me disait-on , que ce n'est pas le dehors qui.doit attirer les regards , mais le dedans. La chaise est d'une grande simplicité. Ce sont quatre feuilles d'un beau marbre de Carrare , l'une servant de dossière, deux autres d'accoudoirs, la quatrième fermant la chaise par en bas. Elle pose sur des traverses en pierres supportées à chaque bout par deux massifs de maçonnerie grossière , lesquels forment un espace vide d'environ trois pieds de haut et deux et demi de large. C'est dans cet espace vide , où l'on ne peut entrer qu'en se courbqnt à moifié , que viennent s'accroupii* dévotement les gens de la campagne qui souffrent de rhumatismes aigus. Cette posture redoublant leurs souffrances , quand ils se relèvent , ils se croient soulagés , et , la foi aidant , guéris. Où est le Saint-aux-Reins? demandent-ils naïvement , prenant cette chaise fermée pour une niche de saint. On les entretient dans cette erreur, parce que c'est le profit particulier du sacristain , qui nous faisait des railleries sur ces pauvres gens dont il prend l'argent. • Le droit du couronnement était le privilège principal d'Aixla-Chapelle. Les empereurs Carlovingiens et saxons , ceux de la branche de Franconie , ceux des maisons de Souabe et de Habsbourg , s'y firent couronner successivement , et plusieurs portèrent , dans leitrs guerres , les insignes impériaux , qui ne les empêchaient' pas toujours d'être battus. Vers le milieu du seizième siècle, Aix-la-Chapelle perdit son droit. Charles-Quint et Ferdinand P^ sont les deux derniers empe-.
Ào BELGIQUE
reurs qui y ont été couronnés. L^éioignement de la vilié , la jalousie des autres cités de rAllemagne , qui réclamaient cet honneur pour en avoir les profits , les dangers de la guerre , le noanque d'argent , TaffaibUssement des traditions religieuses , enlevèrent à Aix-la-ChapeQe un privilège que Temperear Charles IV , dans la bulle d^or , lui avait maintmu et attribué à tout jaoaais par une loi expresse. Les empereurs confirmaient son privilège , mais se faisaient couronner ailleurs. On finit par stipuler des dédommagements réguliers , que la ville accepta. On lui donnait , à chaque couronnem^t , 5,500 florins d'or, pour le cheval d'où Fempereur devait descendre à la porte de la ville , et qui revenait au porte-défis ; pour celui qu'il devait monter depuis la porte d'entrée jusqu'à Notre* Dame , et sur lequel le prévôt avait dés prétentions ; poiu* ks draps , velours et brocarts dont on couvrait les sièges et le pavé de la cathédrale,; pour la première poignée de jetons de couronnement que l'essayeur des monnaies avait droit de prélever sur toutes celles qu'on devait jeter au peuple ; enfin pour les habits que portait l'empereur avant de revêtir les ornements impériaux , et qui revenaient au chapitre , et poiu* trois voitures du mdlleur vin , dont deux étaient dues au m^e chapitre , et l'autre a Saint- Adalbert. Avec l'empire d'Allemagne ont disparu le droit du couronnemBit et les compensations qui dédommageaient le porte^^Iefis , le prévôt , Tessayeur des monnaies , le chapitre de la cathédrale et le clergé de Saint-Adalbert , d'avoir perdu ce droit.
Avant de quitter la chapelle de Chsa*lemagne , il faut admirer ce singulier lustre , en forme de couronne , qui descend du milieu do la coupole , au-dessus de la pierre du tombeau. C'est un présent de Frédéric Barberoussé et un chef-d'œuvre de l'art du lampiste , au douzième siècle. La forme , quoique grossière , ne manque pas d'une certaine grâce , ni surtout de
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convenance. On y compte seize tourelles et quarante -huit bougeoirs en cuivre doré. La chaîne à laquelle il est suspendu serfflt un chef-d'œuvre de serrurerie dans tous les temps; elle a été calculée pour la perspective , et parait de grosseur égale dans toute sa longueur. Des vers latins témoignent que ce lustre fut offert par Tempereur, en Thonneur de la Vierge,
Si le nom de Charlemagne ne remplissait pas cette partie de la cathédrale , et si les siècles n'étaient pas la plus grande beauté d^ monuments , on préférerait à TégUse le chœur , moins vieux de cinq cent cinquante ans , mais d'un art bien supérieur. II faut faire honneuit de cette construction à Chorus ou Choris, bourguemestre d'Aix-la-Chapelle, en 13S3. Quant au nom de l'architecte , il est resté inconnu. On aait quelquefois qui commandait ces grands travaux ; on ne sait jamais qui les exécutait : l'architecte ne mettait pas son nom au bas de son ouvrage , et ne pensait pas à se perpétuer parmi les hommes : il lui suffisait que Dieu le connût. Ce chœur est un chefnd^œuvre de hardiesse et d'élégance. Le nom de latirterne , qu'on lui donne dans le pays , le décrit parfaitement. C^est en effet une lanterne oblongue , de plus de cent cinquante pieds de haut , percée de onze fenêtres qui partent du dôme et descendent jusqu'à hauteur d'honune. Les piliers qui les séparent et qui forment Jes côtés du dôme semblent là pour attacher les fepétres , comme sont , dans une lanterne à jour , les quatre filets de métal qui joignent , à chaque coin , les quatre verres.
Ne pouvant pas porter son sanctuaire dans le ciel , Choris et l'homme divin qui exécutait sa pensée voulurent l'y faire entrer tout entier par ses vastes fenêtres. La lampe de la lanterne mystérieuse est une sorte de soleil en bois doré , susl)endu à la voûte , et dont chaque face représente une image
de la Vierge et de i eufaut Jésus , sculptés au milieu des nuages;letouten boisdoré,et, ditron, d'un seul morceau.
Les révolutions et la guerre avaient respecté ce chceur, dont la noble et majestueuse nudité n^avait rien qui t^tat les pillards et les iconoclastes ; mais la cupidité des gens d'église Fa profané. Dans Touvrage primitif de Gboris y les fenêtres descendaient jusqu'aux boiseries des stalles , et la base extérietu*e de la lanterne ne devait recevoir aucune construction parasite qui bouchât le passage de la-lumière. Les chanoines, pour le misérable revenu de quelques échoppes qui y sont adossées , ont permis qu^on rognât les fenêtres , et qu'on y mit des modlons jusqu'à la hauteur de douze pieds. Or, douze pieds de moins à ces embrasures , qui devaient venir jusqu'à terre et permettre aux passants de voir du dehors les cérémonies du sanctuaire , c'est une mutilation qui a gâté ce bel ouvrage. L'édifice a perdu sa principale convenance , qui était le peu de hauteur de sa base et cette apparence de fragilité que lui donnait sa ressemblance avec une lanterne. Je ne me connais pas ed droit canon ; mais s'il y a une simonie caractérisée^ ce doit être l'acte de ces cbancHnes vendant , comme un terrain vague , les jnurs de l'église , et prenant jsur le jour du sanctuaire pour loger des marchands qui font arriver jus* qu'au tabernacle ces misérables bruits de la vie vulgaire, qui , dans la pensée de Choris , devaient mourir contre les vitraux du chœur. Ces hommes ont fait de Dieu un pi^indpd locataire qui sous4oue une partie de sa maison pour ea Aaoùev les obscurs profits à ses serviteurs indigues. Je ne sais qui pourrait se contenir en voyant dans l'intérieur les traces récentes de ces ignobles maçonneries et le peu de soin qu'on a mis à les déguiser, apparemment pour ne pas dépenser fouv l'église ce qu'on tient de l'égUse. Serait-ce donc pour avoir, à diner , quelques verres de plus de vin du Rhin? Au reste ,
qu'importe aux chanoines qu^on se plaigne de leurs mutilations? Ne faut-il pas leur payer un droit d^entrée pour s'en indigner?
L'autel y d'une belle forme et peu orné ; est surmonté d'une statue de la Vierge , à laquelle on donne mille ans. La légende raconte que cette statue fut retirée intacte des débris d'un incendie qui consuma la ville. Deux couronnes d'or, richement travaiUées et enrichies de pierreries , brillent sur la télé de la mère et de l'enfant Jésus. Les robes , brodiées d'or , sont l'ouvrage des archiduchesses , filles de l'empereur Jos^h I^^ . Le tombeau d'Otton III , dévahsé par nos soldats , en i 794 , et rétabU depuis , est au pied de l'autel. Cet Otton fit beaucoup pour la cathédrale ; il affectait d'aimer Aix-la-Chapelle, comme avait fait Charlemagne , et il rêva , lui aussi , d'en faire une seconde Rome. Le poison qu'il but dans les bras de la veuve de Grescentius , décapité par ses ordres , mit fin à cette brillante imitation de Charlemagne.
A l'entrée du chœur , à droite , au-dessus de la porte qui conduit à la sacristie et au dépôt des reliques , est une chaire revêtue de larmes d'argent doré, avec des incrustations d'ivoire et de pierres précieuses , d'un travail exquis. La forme en est drcttlaire et d'une proporti(Hi charmante. Un énorme onyx , fixé au centre , attire les yeux par sa grosseur et la diversité de ses nuances. L'ivoire , divisé en petits compartiments , représente des bas-reliefe enchâssés dans des chatons de cristal, et qu'on dit grecs ou au moins romains ; ils le sont certainement par les sujets , et sont dignes de l'être par l'exécution. Cette chaire est le don d'uu anpereur. Les jours ordinaires , on la revêt d'une chemise en bois , qu'on ne découvre que pour les étrangers ; dans les solennités , on la laisse voir au peuple , et on y chante l'Évangile.