‹ MélangesChapitre 4 sur 23 · S TRANCE · texte numérisé non relu

S TRANCE

I^rodioiiie patrouille , laquelle vous tire de votre rêverie sublunaire et vous donne avis de circuler.

A Arles , j^ai vu les choses en masse et en détail , en détail surtout. Je suis entré et sorti par le$ vomloires , sous ces belles voûtes montantes où s^ehgonffrait , sans se fouler, toute la population d^un quartier de la cité romaine. Je me suis sms sur le» gradins réservés et sur les gradins du petit peuple ; j'ai déchiffré et parfaitement compris , grâce à mes dix années de latin , ces deux mots ioca daHa (place$ données) , qui sont gravés sur quelques piarres , entre les rangs aristocratiques et les rangs populaires. Ces ptoces étaient données , soit à un poète lauréat du temps pour quelquecomparaison ingénieuse de la prise de cent cinquante huttes germaines avec la victoire de Pharsale ; mX à rarcbitecte qui avait bâti l'amphithéâtre ; soit à quelque ancien officier de bouche du prince retiré dans la ville municipale, en récompense de ses services culinaires. J'ai gravi et descendu cette espèce de montagne de pierre , toute creusée et voûtéepar dessous, car il n'y a pas de nom plus juste pour peindre un amphithéâtre romain dépouillé de ses gradins ; où les voâtes qui les supportaient sont encore debout , et 00 ce qui les couvre n'est plus qif une croûte de pierres éraiilées et labourées par le temps, laquelle n'a pas figure d'ouvrage humain. J'ai parcouru toutes ces galeries sonores qui ont supporté tour à tour les spectateurs des fêtes impériales , et les gradins puissants oii ils s'entassaient ; plus tard les travaux de défense du moyen âge et ces tours carrées des Sarrazins qui s'assirent sur les gradins romains ; puis les maisons et les rues des derniers hôtes des arènes , maisons et rues dont on a conservé un échantillon pour preuve de ce quepouvaitpiM'ter encore une voûte romaine après avoir porté les sièges de fête du peuple-roi , et les travaux de défense du moyen âge. J 'aicherché la trace des conduits par où s'écoulaient les pluies, et j'ai

Ytt des travaux d'une aussi bcAe scriidMé que les voûtes des ga* leries. L^eau du cM cootioue à tomber dsm ces conduits , et elles^écoule on ne sait par oà^ mats^eUe s'écoule (^pielqiie part. 11 taudndit sans doute Ôter quelques couches de ruines pour avoir le secret dé ces merveilleux ouvrages d'assainissdment qui né devaient éti^ vus qtt'we fois par l'ouvrier obscur qui les avait exécutés. J'ai voula ai»si «ntrer par l'entrée îles ^dia* teur£i et des panthères ^ et j^ai pu nae figurer la stupeur et Té- Uouisseinéiit quedevaient^mitir ces pauvres b^es des contrées bnldantes, quand , après une nuit passée dans une cage de fer et sous une voûte souterrmne, eUes arrivment au grand jour de l'amphitliéatre, et qu'en trois ou quatre bonds eUes avainet mesuré toute la liberté qu'on va^it de lenr rendre.

Le peuple était toujours libre de se retirer dans les galmes; excepté pourtant quand il plaisait à Tempereur de le lui dé* fendre ; alors il faUait recevoir la pluie, et encore battre des mains : rarchitectureromaine n'avait pas pourvu aux fantaisies des empereurs ; le seul préservatif contre la pluie était d'emporter un vêtement de dessus , dont on se débarrassait après l'orage ^ excepté ^cor^ quand il plaisait à Ir'ea^reur que le peuple ae se s^vit pas de son vétemant de dessus.

Un jour d'hiver, on jouait devant. Domitien le drame d'Orphée attirant les ours et les lions au son de sa If re. Ce* lui j^pii faisait Oi^phée était un pauvre esclave, condamné à mort pour vol d'objets sacrés , en vertu de la loi du sacrilège du temps. On l'avait affublé d'un costume de prêtre grec , et il était au nuneudel'arène , assis au pied d'un arbre, dans une forêt transportée à bras , tenant d'une main défaillante une lyre de théâtre , qui tombait sur ses genoux, et sur laqudle le peuple lui criait de promener ses doigts ; qu'à ce prix il aurait sa grâce. A ces cris d'encouragement , le mal-

iieureux ne répondait que par des regards éteints qu^il portait tour a tour sur l'anpereur et sur le peui^e, les deux puissanoes qui a\ aient le droit de vie et de mort , mais qui, par malhenr , étaient d^aecord en ce moment , snr le plaisir piquant qu^il y aurait a éprouver si les ours et les lions de Tarène s'arrêteraient devant un condamné à mort déguisé en Orphée , et tenant pour la première fois dans sa main une lyre de théâtre. I^ temps était sombre et chargé de nuages ; le vent du Rhodope et du haut Pangée soufflait alors tout exprès ; les arbres de Tarène étaient de grands pins immobiles et lourds ; c'était le climat de la Scythie ; rien ne manquait a Tillusion , rien qu'un Orphée assez courageux pour se laisser déchirer par les lions , et pour faire rougir les soixante mille lâches , y compris l'empereur, qui étaient venus le voir mourir. Tout à coup le ciel se détendit ; une neige épaisse et glacée couvrit l'amphithéâtre ; le peuple se leva pour se mettre à Tabrisous les galeries ; mais l'empereur ordonna qu'il restât, et il resta. Mettons du moins nos sin*touts , dit le 'peuple ; — mais l'empereur ne voulut pas que le peuple mit ses surtouts , et il ne les mit pas. Quant à lui , César, il se fit apporter le riche et chaud manteau de guerre qu'il s'était fait faire pour la campagne cmitre les Daces , et deux affranchis l'en couvrirent , aux applaudissements de toute la foule. « Le ciel a voulu être de moitié dans les plaisirs de César , » murmurèrent les spectateurs privilégiés des quatorze gradins, lesquels n'avaient pas été si sots que le peuple , et ne s'étaient pas exposés à trouver qu'il faisait froid avant Tagrément de César. Domitien pensa , en effet , que cette neige pouvait bien être une galanterie de son Jupiter, et le drame d'Orphée , qui avait été suspendu parle bruissement populaire, recommença au agnal de César, avec le délicieux assaisonnement d'une neige qui

n'était pas de papier , tombant sur une forêt qui n'était pas de eiirton , dans un drame d'Orphée adoucissant les ours de la Scytliie.

L'esclave qui avait eu une lueur d'espoir, et qui venait de. prendre une pose de joueur de lyre , laissa retomber sa tête et sa lyre. U avait été un moment plus favorisé que le peuple et que l'empereur, car la neige qui tombait sur la foule s'arrêtait aux branches du pin sous lequel on l'avait traîné , et pas un flocon ne trandiait sur sa robe de prêtre d'un blanc jaune , débris de la friperie de quelque sacerdoce rhabillé à neuf. Mais il avait un froid que ne sentaient ni le peuple ni le perforeurde mouches... Les lions et les ours , qu'on excitait à coups de pique dans leurs cages de fer, apparenmient pour qu'il y eût pour le pauvre Orphée travesti plus de mérite à les adoucir , rugissaient aux deux bouts de l'arène , à quelques pas de lui. Enfin on les lâcha. . .

Gxtera <lcsiredaiitur.. .

C'est Martial , le poëte historiographe des plaisirs de Domitien , qu'on avait chargé de ce récit ; il eu a fait une épigramme de deux ou quatre vers, si je m'en souviens bien. C'est toute Tépitaphe que valait un pauvre esclave mort pour les plaisirs de César, en jouant le rôle d'Orphée.

i\IHES. — SES MONUMENTS.

La ville de Nimes est couchée au pied de collines peu élevées , qui semblent la ceindre du côté du nord. Elle regarde le raidi et la nier dont elle n^est éloignée que de quelques lieues. Ceux qui ont voulu la faire ressembler à Rome et trouver à toute force à la colonie la configuration topographique de la métropole , ont compté sept de ces collines dans l'enceinte de ses premières murailles. C'est aujourd'hui une opinion abandonnée. Ces collines , d'un aspect riant , sont couvertes de vignes et d'oliviers dont le feuillage pale ondoie en

tous sens dans les mille replis des coteaux , comme une soie argentée. Sur ces côDines, et principalement au pied de la Toui^STagne , qui est assise sur la plus voisine , ii souffle un vent de nord-est aigu et desséchant qui s'engouffre dans les crevasses de la tour délabrée et rëse^en sifflant le sol roeailleux formé tout à Tentour de ses débris. C'est ce vent qui , dans JNlmes et dans la plupart des villes du midi méditerranéen , vous saiat au détour d*tme ri» oà le soleil veil&it dé l^ous mettre en eau , et vous donne le froid Qprm le chaud , dternative si grave pour les santés délicates. Un grsDd nombre de moulins à vent couronnent ces hauteurs. C'est de là qu^il fait beau contempler, au risque d'être déshabillé par le vent , la cité languedocienne ramassée au pied dœ collines , et , pardelà la cité , une plaine immense , dans la direction de la mer, à droite se perdant à l'horizon , à gauche coupée par une ligne de collines charmantes , qui courent du nord au midi , et deiTière lesquelles est caché le pont du Gard.

Vue de la plaine , l'aspect de Nîmes est insignifiant. N'était la Tour-Magne qui attire les yeux tout d'abord , rien n'annoncerait tfne ville historique. Ce qui donne aux villes un aspect pittoresque , ce soirt les monuments élevés ^ les clochers , les tours , les flèches élancées des cathédrales , tout ce qui sort du milieu de ces toits uniformes qui couvrent tant de vies monotones, tout ce qui est la maison d'une pensée, d'un souvenir, d^m Dieu» Or , le peu de hauteur comparative des monuments romains , la parfaite insignifiance de la cathédrale qui n'est qu'un vaisseau sans tours , avec une entrée de grange ; l'httBùUté des temples protestants, qui ne dépassent pas en hauteur les maisons ordinaires , toutes ces choses font que Nîmes a l'air d'un grand hameau semé autour d'une assez grande église paroissiale. Vue des hauteurs de la Ïour-Magne , Nîmes reprend tous ses avantages. Vous

voyez poindre par-dessus les maisons le faite de T Amphithéâtre et le fronton de la Hai8on-€an*ée ; à. vos pieds s'étend le jardin basticmné de la Fontaine , et au bout on assez grand carré long qui s'appelle le Champ-de-Mars. A gauche , la cathédrale présente son vaisseau par le flâne ; yoa& apercevez des parties des boulevards , et tout près de vous l» maison centrale , qui n'est qu'une prison , mais une prison de grande importance ; la ville se développe , s'agrandit : oc n'est plus un hameau , c'est la demeure de quarante-cinq mille âmes.

Ces quarante-cinq mille âmes ne font presque pas de bruit. Si , dans un de ces moments où le vent cesse , appuyé contre la Tour-Magne et plongeant vos yeux sur la ville , vous écoutez s'il ne s'élève pas de cet amas de maisons iiuelque peu de ce murmure immense que Paris envoie à ceux qui le regardent d€;s hauteurs de Montmartre , le ^nce semble s'augmenter de la surprise que vous éprouvez de ne rien entendre. C'est que , sauf quelques centaines de passants qui traversent de loin en Um les rues soliteires de la vilte et qui s'entendent à peine, marcher les uns les autres , les habitents de INimcs vivent retirés au fond de leurs maisons , le plus grand nombre dans des ateliers écartés , dans des caves , où , en même temps qu'ils t<mt la trame de coton ou de soie du fabricant , ils défont celle de leur vie ; aar ce travail ténébi^eux et dévo^ rant ne les laisse pas vieillir. Ëh bien ! dans cette poussière des ateliers y au fond de ces caves qui étouffent le t^niit des métiers battants, fermentf^nt des passions poUtiques et des haines brutales qui vieqnent s'ajenutei à toutes ces causes de destruction et à toutes ces misères. Des gen& sages m'ont dit que ces passions et ces haines n'étetent pas toujours spontanées et qu'on pouvait trouver derrière des suggestions venues de plus haut. Si cela éteit vrai , il faudrait maudire les opinions

qui vont jeier dans ces tristes rédiiils les paroles perfides et les powr-^MiTt d^émeottes avortées , et qui efitretiennent , dans des Tues de réactions lafiires , ce reste 4e mœurs saavages , vieux levain de boue et de sang qtie le temps a déjà affafl]*i.

L^ ville de Nîmes est divisée en trois parties trèanUstincfes , qui toutes \rm ont un câraelk^e différent. A tofrtes les extrémités, je devrais phitftt dire toot^feur, sont les quartî^^ dnpeqde, onlaaboaiigs. Au cen^s^éteâdeotkfs boulevards , plantés d^arbres , lesquels ne forment pas une ene^nte continue , mais dont les deux bouts se Ueirt par une prràienade appelée le eùurs et par Timmense plâ^ ou s'élève l'Amphithéâtre. Dmis c^e espèce de cerde irr^lier est comprise et comme enfermée la troisième partie de la vffie , scelle qai en est commele wyau etqui se presse autour de la cathédrale. Les quartiers du peuple sont presque enUèr^nefitnenfe; il y a peu de vffles pumufacturières oà les gites <te l'ouvrier aient meilleure q^renee. ll9<>Bt de Pair ^do^siiei , «hosës bien nécessaires à rfeptumne ^i n'a goère à mander que du pain. Les botdevards sontfe quartier du haut commerce, «t , f imagine , des ridies. IlisY Voit^ bdles maisonsparéiltes à tontes les beUes maisons An monde , «t la promenade y est intéressante , surtout quand le vent de nord-est n'env^oppe pas bomm^ et maisons dnns des iourl»Hoiis de peusMère. Mais la partie la pkis pittoresque de->la vUle, c'est ce noyau de vieiHes maisons ^ sont groupée autour de la eathédmle ; ce sont eesrueséb^otteSiet tortueuses , dont les boutiquessont occupées par te commerce de détail. Là , Ai moins , vous reconnaissez la vtte du seiiième siècle , la ville des consuls dbaperomiés , la viHe du oapitaine BouHlargues et de Poido d^Albenas. Mais la poésie ;f trou ve plus scm compte que la bonne hygiène. La plupart de ces maisons , construites dans les temps de trouble et de guerre civile , sont petites , étroites ,

écrasées , mal aërées ; ayant le f eac>>d&-cbaus$ée au-d^$gaui$ do niveau de b rue. Les ^aux întériet res , w ponvwt s'éçouler aa*ddiorSy y crospiseeut 4aiM3.4les puisards ereii$és au milieu des cours, d'où .^lexbateol 4^ v^pQUrs méphiti<iue$ et des fièrres lento* lia cherté du bois interdit aus: boitante d'une cmdition médiocre l'usage des i^v^tements de Ikhsc-^ ries dans l'iatérieur olesf .sq^part^nents ; putre que la multi* plication ci^ssiV'^ des uisectes , sous un ,^iel si ardent , fait géoéral^n^t préférer aiui jioiaeries qui les attira et , iiiroxi ^ les engendrent , des aiuraiUes enduites de mortier à la chaux, qui les éloi^nt. Le pUhr^que était complet lorsque , audevant de «ces iMisons d'ime laideur si vénérable , dans ces rues.de la vieille dté , «oa tuait les cochon^, les veaux, les moulons et les boeiUs^ et^ue le sang des bêtes égorgées se mêlait à la fange des ruisseaux ; usage hideux qui a c^sé depuis à p^ne vti^ ans.

Toutefois 4» b'M j^as sans se monter m peu la tête qu'on parvient à retreiiver^ inéive d#ns ces ru^ .fui ont peu «changé , <pielque air 4e l'^rageus^^ bistoine de SKmeç ; il y a là bien peu de reliques do pas^. L^ yiUes de commerce se renouvellent sans cesse «t sont peu préoccupées àç la poésie des ruines. On n'est soignent dos vÀ^es choses qup daos ces espèces de vjilepi fiQJtdes qui ne \iv^t que de leurs ressources €t ne travaillent pas pour Jes autres, icile» virais monuments sont les mines romaine»^ et, chose étrange , ils datent 4e l'époque où Nimes n'avait paç d'histi^re I Qn « doni;ié à cette ville un art, comme on lui dnouait un igKWivemeur , par dépêches impériales^ qoaod ^le a été msdtrçsse d'eUe-même , qu'eDe a eu ées passions ^, des ^^, iipe histoire , éUe n'^ su faire que des dégradaliws ^x moniuaents qu'elle tenait d'autroi>

U y a dans Nimes des monuments de trois époques , Tan

tiquité romaine, le oioyea-âge, leB t^nps iuodernes. Les deux portes dites de Franee et.d^ Auguste, TAmphittiéatre , ia Tour-Magne , la Maison-Carrée., les bains de la Fontaine , le Temple dé IMaoe , le Pont du Gard y moniHoeiits ou restes de monuments, telle est la part de i'aotiquîté vooakaine. I^ cathédrale y représente 1^ moyen-&ge ; le Jardin de la Fon-taine et la prison dite MaitQU cenirale , les> temps HMiderBes. Je décrirai ces monuments dans leur ordre d'ancienneté , qui est le plus naturel , et avec aussi peu de termes archéologiques qu'il me sera possible , mon but étant de faire des descriptions où les savants trouvent la chose moins les mots, et où les lecteurs les moins fanùliers avec la termindogic de Fart puissent prendre une idée juste des monumasts-saos avoir à s'aider du vocabulaire de M. Quatremère deQuincy. Je dois d'ab(Mrd au lecteur un aveu loyal sur la source où j'ai puisé les éléments de la description qu'on va lire , en ce qui touche les monum^ts et ruines de l'époque romaine ; c'est une dissertation inédite de M. Auguste Pelet, pi^dent de l'académie de Nîmes. M. Pélet , par une marque toute personnelle d'obligeance , et avec cet empressement propre a tous les savants de localité, dont quelques-uns le sont plus que certains de la capitale , patentés et rentes à ce titre , a bien voulu me confier ce manuscrit qu'il se réserve ultérieurement de foire imprimer. La dissertation de cet antiquaire, dont la sagacité égale la science , est , dans sa spéciaKté si intéressante , un travail qui pourrait servir de modèle. Les questions d'origine , d'usage , d'inscription , de restauration, auxquelles peut donner lieu chacun demies monuments , m'y semblent traitées plus complètement , plus ingénieusement, et résdnes dans tm sens plus près de la vérité, qu'en aucune autre dissertation qui ait paru sur ce sujet. J'emprunterai donc à M. Pelet ses idées , ses conclusions ,

qudquefois ses expressions , aie bornimt pour tout mérite , au travail modeste de ii^aduire eft langue vulgaire , et accessible à tous, des jugements qtii, dans la dissertation de M. Pelet , sont exprimés dans la langue sévère et scientifique de la spédalité. J^aime à nie feicônilaitre puMiquement redevable à M. Pdet de tout ce qu'on rencmitrera de vues solides au milieu de mes arrangements et de mes iâipressions personndlesî.

MONUMENTS BE L'AMTIQUITÊ ftOMAlHE.

XA POaTK DE FII4MC0.ST LiL.'VCWTB P AV|iU»t6.

L'Ustorien Ménard prétend ^pie les mors éela vfile romaine étaient peroés^dix portes. Cette assertion est difflkaie & vértiier; de ces dix portes, c'estàpeine sil^m peut trouver les vestiges de trois.

' J'ai eu occasion , dans la Bévue de Paris f de parler, avec toas les élogci qa'uD sentiment vrai de surprise et de plaisir m'a pu 8agg;érer, deis modèles de qoelqnes monuments romains du midi , que M. PtleC a eiécuiés en liège avec une exactitude 4 une patience et une adresse de main infinies. Ces modèles do M. Pelet mériteraient de figurer parmi les curiosités les plus précieuses de la Bibliothèque Nationale.

î>0 FRANCE.

La PorU de France est à i^angle le plus inét'idioual^les m« railles de b viUe. Elle est formée d^un seci portique à plein cintre et surmoatée d'ua attiqne déeoré de quatre pilasfa^es , lesquebsopporteat une eorniobe qui en forme le oooroiiBem^t. Les omraiHesétaîenide niveau avec cette ecM^nidie* La Porte de France est flanquée de deux tours demMiixailaires; une grande rainure qui se voit dans répaisseinr des piecte droits ou pilaires , sur lesquels pose le plein cintre , lodkpie 4|iie cette porte se fermait au moyen d^me herse. Le chemin qui y venait aboutir s^appelait via munita : aujourd'hui la Porte de France fait face à la route de Saint-Gilles.

La Porte iïAugmle est un monument plus orné. Elle est formée dé deux grande portiques à plein cintre et de deux petits à côté des grands , apparemment pour Tusage des gens de pied. Au-dessus de ces deux petits portiques sont creusées deux niches demi-circulaires , qui contenaient les statues soit des divinités protectrices de la colonie , soit des deux petits-fils adoptifs d^Auguste , Gains et Lucius , dont le premier était qualifié du titre de patronus coloniœ. On lit sur la frise de la Porte d^Auguste cette inscription qui donne pour date de la construction des murs de Nîmes la huitième année de la puissance tribunitiènne d^ Auguste. ^

mP. CiESAB* DlVi. P^ AVG^TVS. CX^ XI. XAIBV. FmSST^Vilf . Pflf ^S.

MVROS. COL. DAT.

« Gésar , empereur , Auguste , fils du divin Gésar , en Tan- » née onzième de son consulat et huitième de sa puissance tri- » bunitienne , donne à la colonie des portes et des murs. »

Les l^i*6s de htronae ont lâispsiru : «nais les rainures dans lesquelles elles étaient enchâssées existent encore et sont d'un beau caractère.

Deux têtes de taureau décoreiit la clef oo le soimiiet des daix grands portiques*

En 1390 , Charles VI av^nt fait oonstruire un château^ort sur TemplaceUKSit de eette porte. Ce chàteao ^ détruit eo partie lors des guerres dereHgîmi, fiitentièreiiieirtdéniolien 1793. Les déniolisseurs aflaient abattre la porte qtti es faisait partie , quand 9 se trouva quelques dtoyens courageux qui empêchéreiA cette destruction. Aujourd'hm la porte d^Auguste sert d'entrée à «ne caserne de gendarmerie. On a cousu cette caserne grossière à* ces quatre portiques d'un aspect si noMe et d'une architecture si dégante. Il est piquant de voir quelqu'un de ces utiles défenseurs de l'ordre pijd}lic traînant smi sabre sous cette porte qui avait été faite pour des ^trées triom{Aa les , et un massif de piares troué de fen^res bouchant la rue qui continuait la voie Domitienne et qui versaR les voyageurs de la colonie sur les trois routes d'Ugemum , d'Ardata , et d'Auro^ (Uzès , Arles , Orange).

LA TOUR-lfAGNE.

Situé sur la plus haute des collines auxquelles est adossée la ville , ce reste de tour s'aperçoit de très-knn à la ronde et donûe uniflomenseliorizon. Sa position et ses dîmenâons colossales ka oat sans doute valu le som qu'dte porte wjoor^ d'hui et dont l'étymologie turris magna ne saurait être douteuse , même pour qui ne sait pas le latin.

Ce moQiBfient est horriblement dégradé. Sa hautenr jbA d'environ cent pieds. On peut voir qu'il était composé de plu* sieurs étages aiperposés et en retraite les uns sdr les autres. Ces div^^ étages fonaaieiit des octogones régiriiers. On a lait <i«suppositi0ûs sur ce que devait être le <fo.i4e de la teiir ; les

uns ont voulu que ce fût une coupole , les autres une plateforme ; la question est encore h décider.

En 757, Gharles-MarM dtait touln détruire la Tour-Magne , pour enlever ce point mUltaiite aux Sarraidins. En 1 i 85 , époque où IVhnes appartenait aux comtes de Toulouse, la lYmr- Magne devint une forteresse, dotitki reddition donnait lieti à des traités entre les princes. AfijouiHf hui on y n perdlé tine loge télégraphique. Dans Texcavâiion profonde qui donne à cette tour Taspect d'un puits dont on aurait arradié une des parois ; vous voyez la cabane en bois peint où remployé des lignes tét^raphiques se hi^se , tous les jours de beau temps , par un escalier dbntia petite porte est au pied de la tour. Les paiiisans de Futile trouvent qu'on ne pouvait donner uh meilleur emploi à cette magnifique ruine ; pour moi , j'eusse aimé mieux y voir des nids d^aigle ou do chat-huant qu'une cahutte télégraphique. '

Quelle a été la destmation primitive de la Tour-Magne? Était-ce un œrarium ou trésor public , un phare , une tour de signaux , un temple? Dans les dissertations archéologiques , la Tour-Magne a été tour à tour tout cela. M. Pelet prouve par des raisons solides, tirées de la comparaison avec des ouvrages analogues ,. que ce monument a été un mausdée , dont la con- , struotioa est antéHeure à l'époque romaine , et peut bien dater de l'oceupation des Grées de Marseille. Si cette exf^ication est la vraie, il faudrait donner à la Tour-Magne la première place dans Tordre chrondogique des monuments de Nîmes.

La Tour-Magne était Uée aux anciennes fortifications qui , à diverses époques , avaient entouré et défendu la ville de Nîmes. Elle servait connue d'une tourelle avancée où se rejoignaient les deux pans du mur d'enceinte. Dans toutes les démolitions ou reconstructions qui furent faites successivement des remparts de Nimes^ selon les chances delà guerre, la Tour-

Magiie ijut toujours respectée. En 1601 , lorsque François Traucat y le premier qui jdanta des mûriers dans le Languedoc , obtint de. Henri {Y rautorisation de foire des fouilles da»s ritttériieur de la Tourr Atagne' , toute la viHe s^émut d'ijdquiétude. pour sa belle ruine ; on murmiHraît tout haut contire les lettres , du . r(H : les uns , par un sentioft^t filial pour Tun des plus beaux monuments de leur ville , les autres, par .envie contre Traucat qui ne les avait pas mis m ti^*s dans la trouvaiUe* La rumeur en fut si forte, qu'un conseil général extraordinaire s'assembla , le samedi 4 août, à son de cloches , à Feffet de prendre des mesures pour la conservation delà Tour-Magne. Le jour où le&h*avaux commençaient, les consuls se transportèrent sur le lieu , aocompc^és des prud'hommes et des voyers de la ville , et assi^rent aux premières opérations de Traucat. On avait eu soin d'exiger de lui qu'il n'entreprendrait rien qui endommageât l'édifice , et on commit un inspecteur pour surveiller, en l'absence

'^L< 8 lettres de Henri IV à ce sujet sont curieuses de naïveté c Sur l'advis, » dit le roi , qui nous a esté donné par nostre cher et aymé François Traucat, » bourgeois de la ville de Nismes, que soubz la ruyne du bastiment de la tour

* appelée Tourou-Maigne , de Tancienne clousture de ladicte ville de Mis- » mes » il y a ung trésor caché , du temps que les Romains et les Sarrazains 9 occupaient la dicte viRe et le pays; et désirant la rec^rche , ^rquisltion et » recouvrement dudict trésor estre faiets; à ctate causie, eto», » suivent les mandons et ordonnons. Traucat est autorisé à faire les fouilles > sous la. protection et avec le concours des autorités royales , « nonobstant opposition ou > appellations quelconques, pour lesqnelz ne voulions esl're différé. Car tel est

* nostre plaisir ; à la charge toutes fois que ledict Traucat sera tenu de fere » Tadvance des frais qu'il conviendra pour cçt effaict \ et tout ..ce quy se

* trouvera audict trésor, soit or, soit argent, mestail ou autres choses, le » tiers en demeurera audict Traucat; nous réservons les autres deux tieis » pour employer en nox urgents affaires... Donné à Fontainebleau, le22may, » de Tan de grâce K 6(^f , et de nostre règne he douzième, s II n'est pas douteux que le bon roi n*ait cru au trésor de Traucat.

94 FUANCË.

des consuls , les travaux de ses pioDBiers. Le séiiécbal , de soii coté y représeataot tes iolénib du roî , nomma on kiq>ecteur particulier lequel devait contnMer les travaux eoncurremment avec rinspecteur de la viie, bien moins, je suppose, pour avoir une garantie de ph» de conservation de TéitKce, que pour enq^ôeber tout détournement clandestin des deux tiers que le roi s'était réservés, dans le trésor à trouva»-, pour ^eêurgmUts^ nffidvti. Cet inspeeteur était à la charge de Traucat. Les fouiHea- furent sans résidtat. Traueat y perdit son temps et son argent.

La fable a bien raison : les vrais trésors sont ceux que le travail tire du sein de la terre. C'est le raisin , Tolive, la feuille dé marier , qui poussent sur ces monticules caMlouteux dont la.viUeest^tourée au midi, qui sortent d'entre ces galets, ce saUe et cet argile dont est formé le sol tout autoiu* de la vieille ruine. Traucat avait été (tes heureux et plus inventif dans ses plantations de mûriers que dans ses fouilles. De 1564 à 1606 , ses pépinières avaient fourni au Languedoc et à la Provence phis de quatre milUons de pieds de mûriers, et Henri IV faisait beaucoup plus sagement en lui donnant une pension pour cette découverte , et en lui permettant^ par privilège spécial, de planter son arbre partout ou il voudrait, qu'en l'autorisant à se ruiner dans les fouilles de la Tour- Magne. Mais le mauvais état dies finances du roi le forçait à compter , dans ses recettes éventueUes, les trésors des Sarrasins et des Romains ; le besoin d'argent le rendait crédule.

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