‹ Mélanges d'économie politique par m. Fr. BastiatChapitre 26 sur 47 · S,KO · texte numérisé non relu

S,KO

cïpes; elle détruit l'antagonisme îles personnes el «les idées; elle satisfait l'intelligence et le cœur.

En est-il de même de celle qui sert de nouveau pivot au socialisme? qui dénie au capital tout droit a une récompense? qui ne voit partout que contradiction , antagonisme et spoliation? qui irrite les classes les unes contre les autres? qui représente l'iniquité comme un fléau universel, dont touthomme, à quelque degré, est coupable et victime?

Que si néanmoins le principe de la gratuité du crédit est vrai, il faut bieu l'admettre : Fiat justitia, ruât césium. Mais s'il est Taux 1 M

Quant à moi, je le tiens pour faux, el, en terminant, je vous remercie de n'avoir loyalement fourni l'occasion de le combattre.

F. Bastmt.

NEUVIÈME LETTBB.

firme ini]iulalion. — Ncgalion de cinq proposîlbns. — Ar-Rument. Iiié; At* opéra Li uns île le Banque de Francs. — Hélait! de celte Banque.

si décembre lin.

Vous m'avez trompé.

J'attendais de vous une controverse sérieuse : vos lettres ne sont qu'une perpétuelle et insipide mystification. Quand vous auriez fait un pacte avec l'usure, pour embrouiller la question et empêcher notre débat d'aboutir, en l'embarrassant d'incidents, de hors-d'osuvre, de vétilles et de chicanes, vous u'eussiez pu vous y prendre autrement

De quoi s'agil-il entre nous, s'il vous plail?De savoir si l'intérêt de l'argent doit ou non être aboli. Je vous l'ai dit moimême : c'est là le pivot du socialisme, la cheville ouvrière de la révolution.

Une question préjudicielle s'élève donc (oui d'abord, celle de savoir si, en fail, il y a possibilité d'abolir ccl intérêt. Vous le niez; je l'affirme : lequel croire de nous deux? Évidemment, ni l'un ni l'autre. Il faut examiner la chose : voilà ce que dicte le sens commun, ce que la plus simple notion d'équité prescrit. Vous, au contraire, vous repoussez cet examen. Depuis deu* mois que nous avons ouvert, dans fa Voix du Peuple, celle assise solennelle nii le capital devait être jugé, et l'usure condamnée ou absoute, vous ne cessez de me répéter sur tous les Ions cette ritournelle :

< Le capital, tel que je le comprends, tel qu'il m apparaît dans sa nature intime, est productif. Celte conviction me suffit: je ne veux pas en savoir davantage. D'ailleurs, vous reconnaissez qu'en prêtant à intérêt, je rends service et ne suis point voleur; qu'ai-je donc besoin de vous entendre? Quand j'ai prouvé, dans mon système, que la gratuité du crédit est impossible, et que vous accordez qu'un iionnéte homme peut, en toute sûrelé de conscience, tirer de son Tonds un revenu, vous devez tenir cette même gratuité pour impossible. Ce qui est démontré vrai, dans un système, ne peut devenir faux dans un autre : autrement, il faudrait dire qu'une même chose peut être vraie et fausse tout à la fois, ce que mon esprit se refuse absolument à comprendre. Je ne sors pas de là. ■

Où donc, monsieur, avez-vous appris, je ne dis pas à raisonner, car il appert dès le commencement de cette polémique que le raisonnement en vous se réduit à affirmer et confirmer toujours votre proposition, sans infirmer celle de votre adversaire, — mais à discuter? Le dernier clerc de procureur vous dirait qu'en tout débat il faut examiner successivement et coniradicloireriient le dire de chaque partie; et, puisque nous avons pris le public pour juge, il est évident qu'une fois voire système expose et débattu, il faut aborder le mien.

Avec vous, les choses ne se passent point ainsi. Satisfait de la concession que je vous ai faite, à savoir, que dans l'étal actuel des choses le prêt à intérêt ne peul être considéré comme un acte illicite, vous tenez la nécessite de l'intérêt pour démontrée; el là -dessus, sous prétexte que vous n'entendez rien à

— mr> —

l'antinomie, me fermant la bouche, vous faites défaut au débat. Est-ce discuter, je vous le demande?

Forcé par une conduite si étrange, je fais alors un pas vers vous. Ma méthode de démonstration avait paru vous faire quelque peine : je quille cette méthode, et vous montre, en employant la forme ordinaire de raisonnement, que tout change dans la société; que ce qui à une époque fui un progrès, à une autre devient une entrave; qu'ainsi, en faisant abstraction du temps, la même idée, le même fait, change complètement <le. caractère, selon l'aspect sous lequel on le considère; que rien n'empêche de croire que l'intérêt soit précisément dans ce cas; qu'en conséquence votre tin de non- recevoir ne peut être admise, et qu'il faut décidément examiner avec moi l'hypothèse de la gratuité du crédit, de l'abolition de l'intérêt.

A cela que répondez-vous? C'est à peine si j'ose vous le rappeler. Parce que, par égard pour vous, j'avais cru devoir changer de méthode, vous m'accusez, d'abord de tergiversation, ensuite de fatalisme! J'ai fait avec vous, permettez -moi cette comparaison , ce que le professeur de mathématiques fait avec ses élèves, lorsqu'à une démonstration difficile il en substitue une autre plus saisissable à leur intelligence Car, sachei-lc bien, monsieur, la dialectique hégélienne, qui cependant n'est pas toute la logique, est au syllogisme et à l'induction ce que le calcul différentiel est à la géométrie ordinaire. Il vous est permis d'en rire; c'est le droit de l'esprit humain de rire de tout ce qu'il a une fois compris et deviné; mais il faut comprendre, sans quoi le rire n'est que la grimace de l'insensé. Et vous, pour prix de ma complaisance, vous me décernez le sarcasme : je ne suis , à vous entendre, qu'un sophiste. Est-ce sérieuiï

Je fais plus encore. Vous aviez dit, — je cite vos propres paroles : — Montrez-mot comment l'intérêt, de légitime devient illégitime, et je consens a discuter la théorie du crédit gratuit.

Pour satisfaire à ce désir, d'ailleurs très-légitime, je fais l'historique de l'intérêt, j'écris la biographie de l'usure. Je montre que cette pratique a sa cause dans nu concours de circonstances politiques et économiques, indépendant de la volonté des con-

tractants, et inévitable à l'origine des sociétés, savoir : 1° l'incommensurabilité des valeurs, résultant de la non-séparation des industries, et de l'absence des termes de comparaison; 2" les risques du commerce; 5° l'habitude, introduite de bonne heure parmi les négociants et devenue peu à peu constante et générale, de compter un excédant proportionnel, à litre d'amende ou indemnité {dommage-intérêt), à tout débiteur retardataire ; &° la prépondérance des métaux précieux et monnayés sur les autres marchandises; 5" la pratique coinbiuée des contrats de pacotille, d'assurance, et a la grosse; (i" enfin, l'établissement de la rente foncière, imitée de l'intérêt d'argent, et qui, admise sans contestation par les casuisles, devait servir plus tard à la justifie a lion de ce même intérêt.

Cour rendre la démonstration complète, je prouve ensuite, par un simple rapport arithmétique, que l'intérêt, eicusable comme accident, dans les conditions où il a pris naissance, et où il s'est ensuite développé, devient absurde et spoliateur, dés qu'on prétend le généraliser et en faire une règle d'économie; publique; qu'il est en contradiction formelle avec le principe économique, que dans la société le produit nef est identique au produit brut, en surle que tout prélèvement eiercé par le capital sur le travail constitue, dans la balance sociale, une erreur de compte et une impossibilité. Je prouve, enfin, que si, à une autre époque , l'intérêt a servi de mobile à la circulation des capitaux, il n'est plus aujourd'hui pour celte circulation, de même que l'impôt sur le sel, le vin, le sucre, la viande, de même que la douane elle-même, qu'une entrave; que c'est à lui qu'il faut rapporter la stagnation des affaires, le chômage de l'industrie, la détresse de l'agriculture, et l'imminence toujours grandissante d'une banqueroute universelle.

Tout cela était d'bistoire, de théorie et de pratique, comme de calcul r vous avei remarqué vous-même que je n'avais pas une seule fois fait appel , contre l'intérêt , à la fraternité, à la philanthropie, à l'autorité de l'Évangile cl des l'ères de l'Église. J'ai peu de foi à la philanthropie; quant à l'Église, elle n'a jamais rien entendu à celle matière, et sa casuistique, depuis le Çbrisi jusqu'à Pie JX, est tout simplement absurde. Absurde,

dis~je, soit quand elle condamne l'intérêt, sans aucune considération des circonstances qui l'excusent, qui l'exigent; soit quand elle restreint ses a un thème s à l'usure d'argent, et fait, pour ainsi dire, acce pilou de l'usure terrienne.

A celte exposition, dont vous avez vous-même apprécié l'intérêt, que répondez- vous , dans votre quatrième lettre? — ■ Rien.

Niez-vous l'histoire? — Point.

Contestez-vous mes calculs! — Non- Que dites-voos donc? — Vous rebatlez votre éternel refrain : Celui qui prête rend service; dès lors il est prouvé que Je capital parle en soi l'indestructible principe de la rémunération. Sur quoi, vous nie donnez, comme expression de la sagesse des siècles, cinq ou six apliorismcs, excellents pour endormir les mauvaises consciences, mais qui, je vous le prouverai tout à l'heure, sont (oui ce que la routine la plus brute a fait jamais dire de plus absurde. Puis , faisant votre signe de croix , vous déclarez la discussion close. Amen.'

Vous êtes économiste, M. llastiat, membre de l'Académie des sciences momies et politiques, membre du comité des finances, membre du congrès de la paix, membre de la ligua anglo-française pour le libre échange, et, ce qui vaut mieux que tout cela, honnête homme et homme d'esprit. Eh bien! je suis forcé, pour meure a couvert votre intelligence et votre loyauté, de vous prouver, par A plus B, que vous ne savez pas lu promicr mot des choses dont vous avez entrepris de parler, ni du capital, ni de l'imérét, ni du prix, ni de la valeur, ni de la circulation, ni de la finance, ni do toute l'économie politique, pas plus que de la métaphysique allemande !

Avez-vous, dans votre vie, entendu parler delà Banque de France? Faites-moi le plaisir, quelque jour, d'y jeler le pied; ce n'est pas loin de l'Institut. Vous trouverez là M. d'Argout, qui, en fait de capiial et d'intérêt, en sait plus que vous et que tous los économistes île Giiillatimiu. (.a Manque de France est une compagnie de capitalistes, formée, il y a une cinquantaine d'années, à la sollicitation de l'État, et par privilège de l'État, pour exercer l'usure sur tout le territoire de France. Depuis sa fon-

dation, elle u'a cessé île prendre Je continuels accroissements : la révolution de février eo a fait, par l'adjonction des banques départementales, le premier pouvoir de la république. Le principe sur lequel celle compagnie s'est formée est exactement le vôtre. Ils oui dit : Nous avons acquis nos capitaux par noire travail, ou par le travail de nos pères. Pourquoi doue, en les faisant servir à la circulation générale, en les mettant au service de notre pays, n'en tirerions- nous pas un salaire légitime, quand le propriétaire foncier tire un revenu de sa icrre ; quand le constructeur de maisons tire loyer de ses maisons; quand l'entrepreneur tire de sa marchandise un bénélice supérieur aux frais de sa gestion ; quand l'ouvrier qui assemble nos parquels fuit entrer dans le prix de sa journée un quantum pour l'usure de ses outils, lequel quantum dépasse assurément ce qui serait nécessaire pour amortir la somme qu'ils lui ont coûté?

Celte argumentation, vous le voyez, esl on ne peut plus plausible. C'est celle qu'on a opposée de tout temps, et avec juste raison, à l'Église, quand elle a voulu condamner l'intérêt exclusivement à la renie; c'est le ihème qui revient dans chacune de vos lettres.

Or, saveï-vous où ce beau raisonnement a conduit les actionnaires, que je tiens tous, ainsi que M. d'Argout, pour très-honnétes gens, de la Banque de France? Au vol; oui, monsieur, au vol le plus manifeste, le plus éhonlé, le plus détestable : car c'est ce vol qui, lui seul, depuis février, arrête le travail, empêche lus affaires, fait périr le peuple du choléra, de la faim et du froid, et qui, dans le but secret d'une restauration monarchique, souffle le désespoir parmi les classes travailleuses.

C'est ici surtout que je me propose de vous faire voir comment l'intérêt, de légitime devient illégitime; et, ce qui vous surprendra bien davantage encore, comment le crédit payé, dès l'instant qu'il ne se fail pas voleur, qu'il ne réclame que le prix qui lui est légitimement du, devient crédit gratuit.

0 uel est le capital de la Manque de France?

D'après le dernier inventaire, 90 millions.

— ÔG9 —

Quel esi le laux légal, convenu entre la Banque et l'Étal, pour les escomptes? 4 pour 100 l'an.

Donc le produit annuel, légal et légitime île la Banque de France, le juste prix de ses services, c'est, pour un capital de 90 millions à 4 pour 100 l'an, 3 millions 000 mille francs de revenu.

5,600,000 francs, voilà, suivant la fiction de la productivité du capital, ce que le commerce français doit chaque année a la Banque de France en rémunération de son capital, qui est 90 millions.

Dans ces conditions, les actions de la Banque de France sont comme des immeubles qui rendraient régulièrement 40 francs de revenu : émises à 1,000 francs, elles valent 1,000 francs.

Or, savez-vous ce qui arrive ?

Consultez le même inventaire : vous y verrez que lesdilcs actions, au lieu d'être cotées 1,000 fr., le sont à 2,400. Elles étaient, la semaine dernière, à 2,44S; et, pour peu que le portefeuille se remplit, elles monteraient à 2,500 et 5,000 francs. Ce qui veut dire que le capital de la Banque, au lieu de lui rapporter 4 pour 100, laux légal et convenu, produit 8, 10 et 12 pour 100.

Le capital de la Banque s'est donc doublé, tripléî C'est, en effet, ce qui devrait avoir lieu d'après la théorie énoncée dans vos troisième et quatrième propositions, savoir, que l'intérêt baisse à mesure que le capital s'accroît, mais de telle sorte que le revenu total du capitaliste augmente.

Eh bien, il n'en est rien. Le capital de la Banque est resté le même, 90 millions. Seulement, la compagnie, en vertu de son privilège, et à l'aide de son mécanisme financier, a trouvé moyen d'opérer avec le commerce comme si sou capital était, non plus seulement de 90 millions, mais de 450, c'est-à-dire cinq fois plus grand.

Est-il possible, dirci-vous? Toici le procédé; il est fort simple, cl j'en puis parler : c'est précisément un de ceux que se proposait d'employer la Banque du peuple, ponr arriver à l'annihilation de l'intérêt.

Pour éviter les ports d'espèces, et la manipulation encom-

brame des écus, la Banque de France fait usage de bons de crédit, représenta tifs de l'argent qu'elle a dans ses caves, et qu'on appelle bilteu de banque. Ce sont ces billets qu'elle remet d'ordinaire à ses clients, contre les lettres de change et billets à ordre qu'ils lui portent, et dont elle se ebarge d'opérer, sous garanlic toutefois des tireurs comme des tirés, le remboursement.

Le papier de la Banque a, de la sorte, un double gage : le gage des écus qui sont dans la caisse, et le gage des valeurs de commue qui sont dans le portefeuille. La sécurité donnée par ce double gage est si grande, qu'il est reçu dans le commerce de préférer le papier aux espèces, que chacun aime autant savoir a la Banque que dans le tiroir de sa commode.

On conçoit même, eu thèse absolue, qu'à l'aide de ce procédé, la Banque de France puisse se passer entièrement de capital et faire l'escompte saus numéraire : en effet, les valeurs de commerce qu'elle reçoit à l'escompte, et contre lesquelles elle donne ses billets, devant lui être remboursées, à l'échéance, par pareille somme, soit en argent, soit en billets, il suffirait que les porteurs de billets n'eussent jamais la fantaisie de les convertir en écus, pour que le roulement s'effectuât tout en papier. Alors, |a circulation aurait pour base, non plus le crédit de la Banque, doul le capital serait ainsi liors de service, mais le crédit public, par l'acceptation générale des billets.

Dans la pratique, les fails ne se passait pas tout à fait comme l'indique la théorie. Jamais on n'a vu le papier de banque se substituer entièrement au numéraire; il y a seulement tendance à celle substitution. Or, voici ce qui résulte de celte tendance.

La Itanque spéculant, et avec pleiue sécurité, sur le crédit public, sûre d'ailleurs de ses recouvrements, ne limite pas ses escomptes au montant de son encaisse; elle émet toujours plus de billets qu'elle n'a d'argent : ce qui signifie que pour une partie de ses crédits, au lieu de remettre une valeur réelle et d'opérer uu véritable change, elle ne fait qu'un transport d'écritures, ou virement de parties, sans aucun emploi de capital, Ce qui tient ici lieu de capital à la Banque, c'est, je le répète,

l'usage élabli, la confiance du commerce, on un mol, le crédit public.

Il semble donc qu'alors le (aux de l'escompte doive baisser dans la proportion de la surémission des billets; que si, par exemple, le capital de la flanque est 90 millions, et la somme des billets 112 millions, le capital ficlif étant le quart du capilal réel, l'intérêt de 4 pour 100 devra se réduire, pour les escomptes, a 5. Quoi de plus juste, en effet? Le crédit public n'est-il pas une propriété publique? Les billets surémis par la Banque n'ont-ils pas pour gage unique les obligations réciproques des citoyens ? L'acceptation de ce papier, sans gage métallique, ne repose-t-clle pas exclusivement sur leur confiance mutuelle? N'est-ce pas cette confiance qui crée seule toute la probabilité du signe? En quoi le capilal de la Banque y est-il intervenu? En quoi sa garantie y paralt-clle?

Vous pouvez déjà, par ce simple aperçu, juger combien est fausse voire proposition n° 5, suivant laquelle : baisse d'intérêt suppose augmentation corrélative de capitaux. Rien n'est plus faux que cène proposition : il est démoutre, au contraire, par la théorie et par la pratique de toutes les banques, qu'une banque peut très-bien tirer un intérêt de 4 pour 100 de ses capitaux en mettant à 5 pour 100 le taux de ses escomptes : nous verrons tout à l'heure qu'elle peut descendre beaucoup plus bas.

Pourquoi donc la Banque, qui, avec 90 millions de capilal, émet, par hypothèse, pour 1 12 millions de billets; qui, par conséquent, opère, à l'aide du crédit public, comme si sou capilal s'était accru de 90 millions à 112; pourquoi, dis-je, ne réduitelle pas ses escomptes dans la même proportion? Pourquoi cet intérêt de A pour 100, encaissé par la Banque, pour loyer d'un capital qui n'est pas le sien? Me dounerez-vous une raison qui justifie ce trop-perçu de 1 pour 100 sur 112 millions? (Juanl à moi, monsieur.

J'appelle un chul un chai, cl Bollcl un fripon,

et je dis tout uniment que la Banque vole.

Mail ceci n'est rien.

Tandis que la Banque de France émet, en place d'écus, des liillcls, une partie de ses recouvrements continue à s'opérer en numéraire : en sorte nue, le capital de fondation restant toujours le même, 00 millions, l'encaisse, soil le montant des espèces présentes à la Banque, s'élève progressivement à 100, 300, 500 millions : il est aujourd'hui de 431 millions!

Cette accumulation d'espèces, dont certaines gens ont la manie de s'affliger, est le fait décisif qui anéantit la théorie de l'intérêt, et qui démontre de la manière la plus palpable la nécessité du crédit gratuit. 11 est facile de s'en rendre compte.

C'est un point admis en théorie, que l'échange des produits peut très-bien s'opérer sans monnaie : vous le reconnaissez vous-même, et tous les économistes le savent. Or, ce que démontre la théorie est justement ce que la pratique réalise sous nos yeux. La circulation fiduciaire remplaçant peu à peu la circulation métallique, le papier étant préféré à l'écu, le public aimant mieux s'acquitter avec le numéraire qu'avec les billets, et la Banque étant toujours provoquée, soit par les besoins de l'Étal qui lui emprunte, soit par ceux du commerce qui vient en masse à l'escompte, soit par toute autre cause, à faire sans cesse des émissions nouvelles, il en résulte que l'or et l'argent sortent de la circulation et vont s'engouffrer a la Italique, et que là, s'ajouta ut sans cesse à l'encaisse, la faculté de multiplier les billets devient littéralement illimitée.

C'est par celle conversion que l'encaisse de la Banque esL arrivé à la somme énorme de 431 millions. De ce fait, il résulte que la compagnie de la Banque, malgré le renouvellement de son privilège, n'est plus seule en titre : elle a acquis, par le fait de l'augmentation de son encaisse, un associé plus puissant qu'elle : cet associé, c'est le pays; le pays, qui figure chaque semaine dans le bilan de la Banque de France pour un capital variable île 540 à 550 millions. El, comme les intérêts sont conjoints et indivisibles, on peut dire, en toute vérité, que ce n'est plus la compagnie privilégiée de 1805 qui est banquière; ce n'est pas non plus l'État qui lui a donne sou brevet : c'est le commerce, c'est l'industrie, ce sont les produc-

leurs, c'esl loute la nation, qui, eu acceplant le papier de Ta Banque, de préférence aux ccus, l'a véritablement gagée, et fondé, à la place de l'ancienne Banque de France, au capital de 90 millions, une Banque nationale au capital de 431.

Un décret de l'assemblée nationale, qui aurait pour objet de rembourser les actions de la banque de France, et de la convertir en une banque centrale, commanditée par tous les citoyens français, ne serait qu'une déclaration de ce fait, maintenant accompli, de l'absorption de la compagnie dans la nation.

Ceci posé, je reprends mon raisonnement de (out à l'heure.

L'intérêt convenu entre la compagnie et l'État est £ pour i 00 l'an de son capital.

Ce capital est de 90 millions.

L'encaisse est aujourd'hui, 51 décembre 18i9, 131 millions.

Le monlant des billets émis, 456 millions.

Le capital, réel ou fictif, sur lequel la Banque opère, ayant presque quintuplé, le taux de l'escompte devrait être réduit au cinquième de l'intérêt stipulé dans le contrat d'institution de la Banque, quelque chose comme 3,'i pour 100.

Vous devez vous apercevoir, monsieur, qu'il s'en faut que vos propositions soient aussi srtres que celles d'Eue! ide. H n'est pas vrai, et les fails que je viens de vous citer le prouvent sans réplique, que l'intérêt ne haisse qu'au fur et à mesure de l'augmentation des capitaux. Entre le prix de la marchandise et Vintérit du capital, il n'y a pas la moindre analogie; la loi de leurs oscillations n'est pas la même; et tout ce que vous avez ressassé depuis sis semaines, à propos du capital et de l'intérêt, est entièrement dépourvu de raison. La pratique universelle des banques et la raison spontanée du peuple vous donnent, sur tous ces points, le plus humiliant démenti.

G ro iriez- vous maintenant, monsieur, car, en vérité, vous ne nie paraissez au courant de rien, que la Banque de France, compagnie formée d'honnêtes gens, de philanthropes, d'hommes craignant Dieu, incapables de transiger avec leur conscience, I. 33

continue à prendre 4 pour 100 sur tous ses escomptes, sans faire jouir le public de la plus légère bonification î Croiriezvous que t'est sur ce pied de 4 pour 100, sur un capital de 431 millions, dont elle n'est pas propriétaire, qu'elle règle les dividendes de ses actionnaires, et qu'elle fait coter ses actions à ia Bourse? Est-ce du vol, cela, oui ou non?

Nous ne sommes pas au bout. Je ne vous ai dit que la moindre partie des méfaits de cette société d'agioteurs, instituée par Napoléon tout exprès dans le but de faire fleurir le parasitisme gouvernemental et propriétaire, et de sucer le sang du peuple. Ce no sont pas quelques millions de plus ou de moins qui peuvent aiieindre d'une manière dangereuse un peuple de 56 millions d'hommes. Ce que je vous ai révélé des larcins de la Banque de France n'est que bagatelle : ce sont les conséquences qu'il faut surtout considérer.

La banque de France tient aujourd'hui dans ses mains la fortune et la destinée du pays.

Si, faisant remise à l'industrie et au commerce d'une différence sur le taux de ses escomptes, proportionnelle à l'augmentation de son encaisse; si, en d'autres termes, ie prix de son crédit était réduit à 5/4 p. iOO, ce qu'elle devrait faire pour s'exempter de tout vol, cette réduction produirait inslantanément, sur toute la face de la république, et en Europe, des conséquences incalculables. Un livre ne suffirait pas à les énumérer : je me bornerai a vous en signaler quelques-unes.

Si donc le crédit de la Banque de France,' devenue banque nationale, était à Zfi p. 100 au lieu de 4, les banquiers ordinaires, les notaires, les capitalistes, et jusqu'aux actionnaires de la Banque même, seraient bientôt forcés, par la concurrence, de réduire bientôt leurs intérêts, escomptes et dividendes au maximum de i p. {00, frais d'acte et commission compris. Quel mal, pensez-vous, ferait celle réduction aux débiteurs chirograpbaires, ainsi qu'au commerce et à l'industrie, dont la charge annuelle, de ce seul fait, est d'au moins deux milliards ?

Si la circulation financière s'opérait à un taux d'escompte représentant seulement les frais d'administration et rédaction.

enregistrement, etc., l'intérêt compté dans les achats et ventes qui se font à terme touillerait à son tour de fi p. 100 ii zéro, ce qui veut dire qu'alors les affaires se feraient au comptant: il n'y aurait plus de dettes. De combien pensei-vons encore que s'en trouverait diminué le chiffre honteux des suspensions de payements, faillites et banqueroutes/

Mais, de même que dans la société le produit net ne se distingue pas du produit truc; de même, dans l'ensemble des faits économiques, le capital ne se distingue pas du phoditt. Ces deux termes ne désignent point en réalité deux choses distinctes; ils ne désignent que des relations. Produit, c'est capital; capital, c'est produit : il n'y a de différence entre eux que dans l'économie domestique; elle est nulle dans l'économie publique. Si donc l'intérêt, après être tombé, pour le numéraire, à 5/4 p- 100, c'est à-dire à zéro, puisque 574 p. 100 no représentent plus que le service de la Banque, tombait encore à zéro pour les marchandises, par l'analogie des principes et des faits, il tomberait encore à zéro pour les immeubles : le fermage et le loyer finiraient par se confondre dans l'amortissement. — Croyez-vous, monsieur, que cela empêchât d'habiter les maisons et de cultiver la terre ï...

Si, grâce à celle réforme essentielle de l'appareil circulatoire, le travail n'avait plus à payer au capital qu'un intérêt représentant le juste prix du service que rend le capitaliste, l'argent et les immeubles n'ayant plus aucune valeur reproductive, n'étant plus estimés que comme produits, comme choses consommables et fongibles, la faveur qui s'attache a l'argent et aux capitaux se porterait tout entière sur les produits; chacun, au lieu de resserrer sa consommation, ne songerait qu'à l'étendre. Tandis qu'aujourd'hui, grâce à l'iulerdiction mise sur les objets de consommation par l'intérêt, le débouché reste toujours, et de beaucoup, insuffisant; ce serait la production qui, à son tour, ne suffirait pas : le travail serait donc de fait, comme de droit, garant).

La classe travailleuse gagnant d'un seul coup 5 milliards environ d'intérêt, qu'on lui prend sur les 10 qu'elle produit, plus a milliards quo le même intérêt lui fait perdre en chô-

mage, plus S milliards que la élusse parasite, coupée aux vivres, serait alors forcée de produire, lu production nationale se trouverait doublée, et le bien-être du travailleur quadruplerait. — Et vous, monsieur, que le culte de l'intérêt n'empêche point d'élever votre pensée vers un autre monde, que dites-vous de ce petit amendement aux choses d'ici-bas? Est-il clair, à présent, que ce n'est pas la multiplication des capitaux qui fait baisser l'intérêt, mais bien, au contraire, la baisse de l'intérêt qui multiplie les capitaux '.'

Hais tout cela déplaît à SIM. les capitalistes, et n'est point du goût de la Banque. La Banque lient à la main la corne d'abondance que lui a confiée le peuple : ce sont ces 341 millions de numéraire accumulés dans ses caves, et qui témoignent si haut de la puissance du crédit public. Tour ranimer te travail et répandre partout la richesse, la Banque n'aurait à faire qu'une chose : ce serait de réduire le taux de ses escomptes au chiffre voulu pour la production d'un intérêt à i pour 100 sur 90 millions. Elle ne le veut pas. Pour quelques millions de plus à distribuer à ses actionnaires, et qu'elle vole, elle préfère faire perdre au pays,sur la production dechaque année, 10 milliards. Afin de payer le parasitisme, de solder les vices, d'assouvir la crapule de deux millions de fonctionnaires, d'agioteurs, d'usuriers, de prostituées, de mouchards, et d'entretenir celle lèpre du gouvernement, elle fera pourrir, s'il le faut, dans la misère, trente-quatre millions d'hommes. — Encore une l'ois, est-ce du vol, cela? Est-ce delà rapine, du brigandage, de l'assassinat avec préméditation et guet-apens ï

Ai-jc tout dit! .Non; j'en aurais pour dix volumes; mais il faut en finir. Je terminerai par un trait qui me parait, à moi, le chef-d'œuvre du genre, et sur lequel j'appelle toute votre attention. Avocat du capital, vous ne connaissez pas les roueries du capital.

La somme de numéraire, je ne dirai pas existant, mais circulant eu France, y compris l'encaisse de la Banque, ne dépasse pas, suivant l'évaluation la plus commune, 1 milliard.

A 4 pour 100 d'intérêt (je raisonne toujours dans l'hypothèse du crédit payé), c'est donc une somme de 40 millions que le

peuple travailleur doit chaque année pour le service de ce capital.

Sa uriez -vous, monsieur, me dire pourquoi, au lieu de £0 millions, nous payons 1,600 millions (je dis seiie cents millions), le louage duditcapital?

1,000 millions, 100 pour 100! dites-vous : Impossible!... Quand je vous dis, monsieur, que vous n'entendez rien à l'Économie politique. Voici le fait qui, pour vous, j'en suis sur, est encore une énigme.

La somme des créances hypothécaires, d'après les auteurs les mieux informés, est de 12 milliards, quelques-uns la portent à 16 milliards, ci : 12 milliards.

Celle des créances chirographaîres , au moins 0

La commandite, environ 2

A quoi il convient d'ajouter la dctlcpublique 8

Total. . . 28 milliards, que l'agriculture, l'industrie, le commerce, eu un mot, le travail, qui produit tout, et l'Étal, qui ne produit rien, et pour qui le travail paye, doivent au capital.

Toutes ces dettes, notez ce point, proviennent d'argent prêté, ou censé l'avoir été, qui à i pour 100, qui à 5, qui à 0, qui a 8, qui à 12, et jusqu'à 15.

Je prends pour moyenne de l'intérêt, en ce qui concerne les trois premières catégories, 0 pour 100 : soit donc, sur 30 milliards, 1,200 millions. Ajoutez l'intérêt de la dette publique, environ 400 millions:eo tout, 1,600 millions d'intérêt annuel, pour un capital de 1 milliard.

Or ça, dites-moi, est-ce aussi la rareté de l'argent qui est cause de la multiplication exorbitante de ces usuresï Non, puisque toutes ces sommes ont été prêtées, comme nous venons de le dire, a un taux moyen de 6 pour 100. Comment donc un intérêt, stipulé à 6 pour 100, est-il devenu un intérêt de 100 pour 1 00 ï Je m'en vais vous le dire.

Vous saurez, monsieur, vous qui croyez que tout capital est naturellement et uéc essai rem eut productif, que cette producti-

vite n'a pas lieu également pour tous ; qu'elle ne s'exerce d'habitude que sous deux espèces, l'espèce dite immeubles (lerre et maison), quand on en trouve te placement, ce qui n'est ni toujours facile, ni toujours sur; cl l'espèce argent. L'argent, l'argent surtout! voilà !e capital par excellence, le capital qui se prête, c'est-à-dire qui se loue, qui se fait payer, qui produit toutes ces merveilles financières, que nous voyons s'élaborer à la Manque, à la bourse, dans tous les ateliers de l'usure et de 1'jutérét.

Mais l'argent n'est point chose qui s'exploite comme la terre, ni qui se consomme par l'usage comme une maison ou un habit. Ce n'est pas autre chose qu'un bon d'échange, ayant créance chez tous les négociants et producteurs, et aTec lequel, vous qui faites des sabots, vous pouvez vous procurer une casquelle. En vain, par le ministère de la Banque, le papier se substitue peu à peu, et du consentement de tous, au numéraire: le préjugé tient bon, ei, si le papier de banque est reçu à l'égal de l'argent, c'est qu'on se Halte de pouvoir, à volonté, l'échanger contre de l'argent. On ne veut que de l'argent.

Lorsque je loue de l'argent, c'est donc, au fond, la faculté d'échanger mou produit, présent ou futur, mais non encore vendu, que je loue ; l'urgcui, en lui-même, m'est inutile. Je ne le prends que pour le dépenser : je no le consomme ni ne le cultive. L'échange conclu, l'argent redevient disponible, capable, par conséquent, de donner lieu à une nouvelle location. C'est aussi ce qui a lieu : et comme, par l'accumulation des intérêts, le capital -argent, d'échange en échange, revient toujours à sa source, il s'eusuil que la relocalion, toujours faite par la même main, profile toujours au même personnage.

Direz vous que, l'argent servant à l'échange des capitaux et des produits, l'intérêt qu'on lui paye s'adresse inoins à lui qu'aux capitaux échangés ; et qu'ainsi 1,(100 millions d'intérêts payés pour 1 milliard de numéraire représcnteul eu réalité le loyer de 25 à 30 milliards de capilaux î Cela a été dit ou écrit quelque part par un économiste de votre école.

Une pareille allégation ne peut se soutenir un instant. D'où vient, je vous prie, que les maisons se louent, que les terres

s'afferment, que les marchandises vendues à terme portent intérêt ? Cela vieui précisément de l'usage de l'argent; de l'argent, qui intervient, comme un agent fiscal, dans toutes les transactions; de l'argent, qui empêche les maisons et les lerres, au lieu de se louer, de s'échanger, et les marchandises de se placer au comptant. L'argent, donc, intervenant partout comme capital supplémentaire, agent de circulation, instrument de garantie, c'est bien lui qu'il s'agit de payer, c'est Lien le service qu'il rend qu'il est question de rémunérer.

Et, puisque d'un autre côté nous avons vu, d'après l'exposé du mécanisme de la Banque île France et les couséqueuces de l'accumulation de son encaisse, qu'un capital de 90 millions espèces, devant produire un intérêt de i pour 100 l'an, ne comporte, selon la masse d'affaires traitées par la Banque, qu'un escompte de 3, de 2, de 1, de 5/4 pour 100, il est bien évident encore que les 1,000 millions d'intérêts que le peuple paye à ses usuriers, banquiers, rentiers, notaires et commanditaires, ont uniquement pour objet d'acquitter le loyer d'un milliard, or et argent, à moins que vous ne préfériez reconnaître; avec moi, que ces l,(i00 millions sont le produit du vol...

Je vous l'ai dit, monsieur, dès le commencement de cette dispute, cl je le répèle, il n'est jamais entré dans ma pensée d'accuser les hommes. Ce que j'incrimine, ce sont les idées et les institutions. Sous ce rapport, j'ai été, dans toute cette discussion, plus juste que l'Église, plus charitable que l'Évangile même. Vous avez vu avec que! soin j'ai séparé, dans la question du prêt à intérêt, l'homme de l'institution, la conscience de la théorie. Jamais je n'accuserai la société : en dépit de tous les crimes de mes semblables, et des vices de mon propre cœur, je crois à la sainteté du genre humain.

Cependant, qnand je réfléchis que c'est contre des folies pareilles que la révolution se débat aujourd'hui, quand je vois des millions d'hommes sacrifiés à de si exécrables utopies, je suis près de céder à ma misanthropie, et je ne me sens plus le courage de la récitation. Alors, j'essaye d'élever et d'ennoblir, par la sublimité de la dialectique, les misères de mon sujet :

votre impitoyable routine me ramène sans cesse a la hideuse réalité.

La production à doubler.

Le bien-être du travailleur à quadrupler:

Voilà ce qu'eu vingt-quatre heures, par une simple réforme de banque, nous pourrions, si nous le voulions, réaliser, sans dictature, sans communisme, sans phalanstère, sans Icarie et sans Triade. Un décret, en douze articles, de l'assemblée nationale; une simple déclaration de ce fait, que la Banque de Fiance, par l'augmentation de son numéraire, est devenue Banque nationale; qu'eu conséquence elle doit fonctionner au nom cl pour le compte de la nation, et le taux des escomptes être réduit à 5/4 p. 100, — cl la révolution est aux Irois quarts faite.

Mais c'est ce que nous ne voulons pas, ce que nous refusons de comprendre, tant nos bavardages politiques et nos hâbleries parlementaires ont étouffé en nous à la fois le sens moral et le sens pratique;

C'est ce que ne veut pas Ja Banque de France, citadelle du parasitisme;

Ce que ne veut pas le gouvernement, eréé tout exprès pour soutenir, protéger, encourager le parasitisme;

Ce que ne veut pas la majorité do l'assemblée nationale, composée de parasites et de fauteurs de parasites;

Ce que ne veut pas la minorité entêtée de gouvernement, et qui se demande ce que deviendra la société quand elle n'aura plus de parasites;

Ce que ne veulent pas les socialistes eux-mêmes, prétendus révolutionnaires, à qui la liberté, l'égalité, la richesse, le travail, ne sont rien, s'il leur faut abandonner ou seulement ajourner leurs chimères, et renoncer à l'espoir du gouverne- Ce que ne sait pas demander le prolétariat, ahuri de théories sociales, de toasts à l'amour et d'homélies fraternelles.

Va donc, capilal ; va , continue d'exploiter ce misérable peuple! Consume cette bourgeoisie hébétée, pressure l'ouvrier, rançonne le paysan, dévore l'enfance, prostitue la femme, et

garde les faveurs pour le lâche qui dénonce, pour le juge qui condamne, pour le soldat qui fusille, pour l'esclave qui applaudit. La inorale des marchands de cochons est devenue celle des honnêtes gens. Malédiction sur mes contemporains!

P.-J. PnouoBON.

DIXIÈME LETTIIE.

A qui ledroil de se plnindrc d'uuùr oit [|orn|ii? Dialiignc. — Les inductions lirées d'un cialili.h.ni'ui.'iii \>n\ ili^iii nf [irouvrut rit" tluns le clvbâl. — Ouvertures conciliâmes. — Prendre In lilmilii du i-rrilil ]nmr juge eu dernier ressort de I* ijuesliuu de gruluilé. — Souvenir à l'uni inouï je.

Je vous ai trompé, dites-vous; non, je me suis trompé.

Admis sous votre leule, a votre foyer, pour discuter, au milieu de vos propres amis, une question grave, si mes arguments tombaient sous voire critique, je devais croire, du moins, que ma personne vous serait sacrée. Vous négligez mes arguments et qualifiez ma personne. — Je me suis trompé.

Écrivant dans votre journal, m 'a dressa m à vos lecteurs, mon devoir était de me renfermer sévèrement dans le sujet en discussion. J'ai cru que, comprenant la géne de ma position, vous vous croiriez tenu de vous imposer, chez vous, sous votre toit, la même géne. — Je me suis trompé.

Je me disais : M. Proudlton a uu esprit indépendant. Rien au monde ne l'entraînera à manquer aux devoirs de l'hospitalité. — Mais M. Louis Blanc vous ayant fait honte de votre urbanité envers u»i économiste, vous en avez eu honte, en effet. — Je nie suis trompé.

Je me disais encore : La discussion sera loyale. Le droit a une rémunération est-il inhérent au capital comme au travail luimême? Telle était la question a résoudre, afin d'eu conclure

pour ou contre la gratuité du crédit. Sans espérer tomber d'accord avec vous sur la solution, je croyais du moins que nous nous accorderions sur la question. Mais voici, chose étrange, que ce que vous me reprochez sans cesse avec amertume, presque avec colère, c'est de l'approfondir el de m'y renfermer. Nous avions avant tout à vérifier un r-RisciPB d'où dépend, selon vous, la valeur du socialisme, et vous redoutez la lumière que je cherche à concentrer sur ce principe. Vous êtes mal à l'aise sur le terraiu du débat; vous le fuyez sans cesse. — Je me suis trompé.

Quel singulier spectacle ne donnons-nous pas à nos lecteurs, et sans qu'il y ail de ma faute, par ce débat qui peut se résumer ainsi :

— 11 fait jour.

— Il fait nuit.

— Voyez : le soleil brille au-dessus de l'horizon. Tous les hommes, sur la surface entière du pays, vont, viennent, marchent, se conduisent de manière a rendre témoignage à la lumière.

— Cela prouve qu'ii fait jour. Mais j'affirme qu'en même temps il fait nuit.

— Comment cela se peut-il î

— Eu vertu de la belle loi des contradictions. M'avez-vous pas lu Kant, el ne savez-vous pas qu'il n'y a de vrai au monde que les propositions qui se contredisent.

— Alors, cessons de discuter; car, avec celte logique, nous ne saurions nous entendre.

— Eh bien. 1 puisque vous ne comprenez pas la sublime clarté des cou tra die lions, je vais condescendre à votre ignorance et vous prouver ma thèse par la méthode des distinctions. 11 y a du jour qui éclaire et du jour qui n'éclaire pas.

— Je ue suis pas plus avancé.

— 11 me reste encore pour ressource le système des digrettiow. Suives-moi, cl je vous ferai faire du chemin.

— Je u'ai pas à vous suivre. J'ai prouvé qu'ii fait jour; vous en convenez; tout est dit.

— Vouaressflsseztoujoursmémeasseriionetinémespreuves:

vons avez prouvé qu'il fait joui, soit; maintenant, prouvez-moi qu'il ne fait pat nuit Cela est-il sérieux?

Quand un homme se lève, et, s'adressant au peuple, lui dit : Le moment est venu oii la société le doit le capital gratis, où tu dois avoir des maisons, des outils, des instruments, des matériaux, des approvisionnements pour rien; quand un homme, dis-je, tient ce langage, il doit s'attendre à rencontrer un adversaire qui lui demande quelle est la nature intime du capital. Vous aurez beau invoquer la contradiction, la diitinction et la digression, je vous ramènerai au sujet principal et essentiel. C'est mon rôle ; et peut-être est-ce le vôtre de dire que je suis un ignorant opiniâtre et que je ne sais pas raisonner?

Car enfin, pour qu'il y ail entre nous une divergence si profonde, il faut bien que nous ne nous entendions pas sur la signification de ce mol : capital.

Dans votre lettre du 17 décembre vous disiez ; < Si la peine du créancier est zéro, l'intérêt du créancier doit devenir zéro. >

Soit. Mais il en résulte ceci :

Si la peine du créancier est quelque chose, l'intérêt doit être quelque ebose.

Prouvez donc que le temps est venu où les maisons, les outils, les provisions naissent spontanément, (lors de là, vous n'êtes pas fondé à dire que la peine du capitaliste est zéro, et que, par ce motif, sa rémunération doit être zéro.

En vérité, je ne sais pas ce que vous entendez par ce mol : capital; car vous en donnez, dans votre lettre, deux définitions toutes différentes.

b'un côté, le capital d'une nation, ce serait le numéraire qu'elle possède. C'est de cette donnée que vous partez pour prouver que le taui de l'intérêt, en France, est de 100 pour 100. Vous calculez ainsi : La somme du numéraire est d'un milliard. On paye pour les intérêts de toutes les dettes hypothécaires, chirograpbaires, commanditaires et publiques 1,000 millions. Donc le capital se fait payer au taux de 160 pour 100.

Il résulte de là qu'à vos yeux capital cl numéraire c'est une seule et même chose.

Parlant de celle donnée, je trouve votre évaluation de l'intérêt bien modérée. Vous eussiez dû dire que le capital prélève encore quelque chose sur ie prix de tout produit, el vous seriez arrivé ainsi à estimer l'intérêt à 400 ou 500 pour 100.

Mais voici qu'après avoir raisonne de la sorte sur celte singulière définition du capital, vous la renversez vous-même en ces termes :

t Le capital ne se distingue pas du produit. Ces deux termes ne désignent point, en réalité, deux choses distinctes; ils ne désignent que des relations. Produit, c'est capital; capital, c'est produit. «

Voici une base autrement large que celle du numéraire. Si le capital est le produit ou l'ensemble des produits (lerres, maisons, marchandises, argent, etc.), assurément le eapilal national est de plus d'un milliard, el votre évaluation du taux de l'intérêt est un non-sens.

Convaincu que tout ce débat repose sur la notion de capital, souffrez que, au risque de vous ennuyer, je dise ce que j'en pense, non par voie de déflnilion, mais par voie de description.

Un menuisier travaille pendant trois cents jours, gagne et dépense 5 francs par jour.

Cela veut dire qu'il rend des services à la société et que la société lui rend des services équivalent, les uns et les autres estimés 1,500 francs, les pièces de cent sous n'élant ici qu'un moyen de faciliter les échanges.

Supposons que cet artisan économise i franc par jour. Qu'est-ce que cela signifie? Cela signifie qu'il renil à la société des services pour 1,500 francs, et qu'il n'en relire actuellement des services que pour 1,200. Il acquiert le droit de puiser dans le milieu social, où, quanil et sous la forme qui lui plaira, des services, bien cl dûment gagnés, jusqu'à concurrence de 500 francs. Les soixante pièces de cent sous qu'il a conservées sont a la fois le litre et le moyen d'exécution de son droit.

Au bout de l'an, notre menuisier peut donc, s'il le juge à propos, revendiquer son droit acquis sur la société. Il peut lui demander des satisfactions. Il peut choisir entre le cabaret, le spcclaclc, la boutique, il peut encore augmenter son outillage,

acquérir des instruments plus parfaits, se niellre à même itc rendre son travail ultérieur plus productif. C'est ce droit acquis que j'appelle capital.

Les choses en sont là, quand le forgeron, son voisin, vient dire an menuisier : Tu as acquis, par Ion travail, tes économies, tes avances, le droit de retirer du milieu social des services jusqu'à concurrence de 300 francs; substitue- moi à ton droit pour un an; car j'en userai de manière à avoir plus de marteaux, plus de fer, plus de houille, en un mot a améliorer ma condition et mon industrie.

— Je suis dans le même cas, dit le menuisier; cependant, je veux bien le céder mes droits et m'en priver pour un an, si lu veux me faire participer pour quelque chose à VexeédaM des profits qne tu vas faire.

Si ce marché, profitable aux deux parties, est librement conclu, qui osera le déclarer illégitime?

Voilà donc l'intérêt défini, et, comme vous l'ave/, dit, il a dit se présenter, à l'origine, sous forme d'un partage do bénéfices, d'une part accordée au capital sur l'excédant des profits qu'il a aide à réaliser.

C'est cette pari afférente au capital que je dis être d'autant plus grande ou plus petite, que le capital lui-même est plus rare ou plus abondani.

Plus tard , les parties contrôlantes, pour leur commodité , pour n'avoir pas à se surveiller réciproquement, à débattre des comptes, etc., ont Irailé à forfait sur cette part. Comme le. métayage s'est transformé en fermage, la prime incertaine de l'assurance en prime fine, de même l'intérêt, au lieu d'être une parlicipalion variable aux bénéfices, est devenu une rémunération déterminée. Il a eu un (aux, et ce taux, grâce au ciel, tend à baisser en proportion de l'ordre, de l'activité, de l'économie, de la sécurité qui régnent dans la société!

Et certes, si vous voulez la gratuité du crédit, vous êtes tenu de prouver que le eapilat n'est pas né dn travail de celui qui le prête et qu'il ne féconde pas le travail de celui qui l'emprunte.

Qu'on dise donc qui perd à cet arrangement. Est-ce le mc-

nuisicr qui en lire un profit? Est-ce le forgeron qui y trouve un moyen d'aecroilre la production et ne cède qu'une partie de l'excédant? Est-ce un tiers quelconque dans la société? Est-ce la société elle-même qui obtient de la forge plus de produits et des produits moins chers?

Il est vrai que les transactions relatives au capital peuvent donner lieu à des tromperies, a des abus de force on de ruse, à des escroqueries, a des «torsions. L"ai-je jamais nié, et esi-cefà l'objet de notre débat? N'y a-l-il pas beaucoup de transactions relatives au travail, où le capital n'est pour rien, et auxquelles on peut adresser le même reproche? Et serait-il plus logique de conclure de ces abus, dans le premier cas, a la gratuité du crédit, que dans le second à la gratuité du travail?

Ceci m'amène a dire quelques mots de la nouvelle série d'arguments que vous cherchez dans les procédés de la Banque de Fraoce. Si même je me décide à revenir sur la résolution que j'avais prise de clore celte discussion, c'est que je suis bien aise de saisir cette occasion de prolester énergiquement contre une imputation qui a été mal à propos dirigée contre moi.

On a dit que je m'étais conslitué le défenseur du privilège capitaliste.

Non; je ne défends aucun privilège; je ne défends autre chose que les droits du capital considéré en lui-même. Vous serez assez juste, monsieur, pour reconnaître qu'il ne s'agissait pas entre nous de questions de faits particuliers, mais d'une question de science.

Ce que je défends, c'est la liberté des transactions.

Par votre théorie dos contradictions, vous rendez contradicloire ce qui est identique; est-ce que vous voudriez aussi, par une théorie de conciliation non moins étrange, rendre identique ce qui est contradictoire; par exemple, la liberté et le privilège!

Qu'avait donc à faire le privilège de la Banque de France dans notre délia t? Quand, où ai-je justifié ce privilège el le mal qu'il engendre? Ce mal a-l-il été conlesté par aucun de nies amis? Lisez plutôt le livre de M. Ch. Coqnclin.

Mais quand, pour atteindre la légitime rémunération du

capital, vous frappez les illégitimes extorsions du privilège, cet artifice ne renferme-t-il pas l'aveu que vous êtes impuissant coulre les droits du capital exercés sous l'empire de la liberté?

L'émission d'une chose que le public recherche, — h savoir, les bons au porteur, — est interdite à tous les Français, hors un. Ce privilège met celui qui en est investi en situation de faire de gros profits. Quel rapport cela a-t-il avec la question de savoir si le capital a droit de recevoir une récompense librement consentie?

Remarquez ceci : le capital, qui, comme vous dites, ne se distingue pas du produit, représente du travail, tellement que, depuis le début de cette discussion, vous ne portez jamais un coup h l'un qui ne retombe sur l'autre; c'est ce que je vous ai montré, daos ma dernière lettre, à propos de vos deus apologues. Pour prouver qu'il est des cas ob on est tenu, en conscience, de prêter gratis, vous supposiez un riche capitaliste en face d'un pauvre naufragé. — Et vous-même, un instant avant, vous aviez placé un ouvrier en présence d'un capitaliste prés d'être englouti sous les flots. Que s'ensuit-il? Qu'il est des circonstances oii le capital, comme le travail, doivent se donner. Mais on n'en peut pas plus conclure à la gratuité normale de l'un qu'à la gratuité normale de l'autre.

Maintenant, vous me parlez des méfaits du capital, et me citez en exemple un capital privilégié. Je vous répoudrai en vous citant du traitai/ privilégié.

Je suppose qu'un réformateur, plus radical que vous, se lève au milieu du peuple et lui dise : ■ Le travail doit être gratuit; le salaire est un vol. Mutuum date, nit inde speranles. Et, pour vous prouver que les proflts du travail soûl illégitimes, je vous signale cet agent de change qui exploite le privilège exclusif de faire des courtages, ce boucher qui a le droit exclusif d'alimenter la ville, ce fabricant qui a fait fermer toutes les boutiques, excepté la sienne : vous voyez bien que le travail ne porte pas en lui-même le principe de la rémunération, qu'il vole (oui ce qu'on lui paye, et que le salaire doit être aboli. »

Assurément, en entendant le réformateur assimiler les rétributions forcée* aux rétributions libre*, vous seriez fondé à lui

adresser cette question : * Oii avet-vous appris à raisonner? i Eli bien! moiisieur, si vous concluez du privilège de la Manque à la gratuité du crédit, je crois pouvoir retourner contre vous celte question que vous m'adressez dans votre dernière lettre : i Où avez-vous appris à raisonner? i

> Dans Hegel, direz-vous. Il m'a fourni une logique infaillible. ■ Malcbraucbe aussi avait imaginé une méthode de raisonnement, au moyen de laquelle il ne devait jamais se tromper... et il s'est trompé toute sa vie , au point qu'on a pu dire de ce philosophe :

Lui qui voit tout en Dieu, n'y voil pas qu'il est fou.

Laissons donc là la Banque de France. Que vous appréciiez bien ou mal ses torts, que vous exagériez ou non son action funeste, elle a un privilège, cela suliit pour qu'elle ne puisse en rien éclairer ce débat.

Peut-être, néanmoins , pourrions- nous trouver là un terrain de conciliation. N'y a-i-H pas un point sur lequel nous sommes d'accord ? C'est de réclamer et poursuivre avec énergie la liberté des transactions, aussi bien celles qui sont relatives ans capitaux, au numéraire, aux billets de banque, que toutes autres. Je voudrais qu'on put librement ouvrir partout des boutiques d'argent, des bureaux de prêts et d'emprunt, comme on ouvre boutique de souliers ou de conicsLiblcs.

Yous croyez à la gratuité du crédit; je n'y crois pas. Mais enfin, à quoi bon disputer, si nous sommes d'accord sur ce fait que les transactions de crédit doivent être libres?

Assurément, s'il est dans la nature du capital de se prêter gratuilenteni, ce sera sous le régime de la liberté, et sans doute vous ne demandez pas celle révolution à la contrainte.

Attaquons donc le privilège de la Banque de France, ainsi que tous les privilèges. Réalisons la liberté et laissons-la agir. Si vous avez raison, s'il est dans la nature du crédit d'être gratuit, la liberté développera cette nature, — et soyez bien convaincu que je serai, si je vis encore, le premier à m'en réjouir. J'emprunterai gratis, et pour le reste de mes jours, une belle maison sur le boulevard, avec un mobilier assorti et nu

million au bout. Mon exemple sera sans doute contagieux, et il y aura force emprunteurs dans le monde. Pourvu que les prêteurs ne fassent pas défaut, nous mènerons tous joyeuse vie.

Et puisque le sujet m'y entraîne, voulez-vous, tout profane que je suis, que je dise un mot, en terminant, de la métaphysique des antinomies? Je n'ai pas étudié Hegel, mais je vous ai lu, cl voici l'idée que je m'en suis formée.

Oui, il est une multitude de choses dont on peut dire avec vérité qu'elles sont un bien et un mal, selon qu'on les considère dans leur rapport avec l'infirmité humaine ou au poiut de vue de la perfection absolue.

Nos jambes sont un bien, car elles nous permettent de nous transporter d'un lieu à un autre. Elles sont un mal aussi, car elles attestent que nous n'avons pas le don de l'ubiquité.

11 en est ainsi de tout remède douloureux et efficace; il est un bien et un mal : un bien parce qu'il est efficace, un mal parce qu'il est douloureux.

Il est donc vrai que l'on peut voir des antinomies dans chacune de ces idées : Capital, intérêt, propriété, concurrence, machines. État, travail, etc.

Oui, si l'homme était absolument parfait, il n'aurait pas à payer d'intérêts, car les capitaux naîtraient pour lui spontanément et sans mesure, ou plutôt il n'aurait pas besoin de capitaux.

Oui, si l'homme était absolument parfait, il n'aurait pas à travailler : un fiai suffirait à satisfaire ses désirs.

Oui, si l'homme était absolument parfait, nous n'aurious que faire de gouvernement ni d'État. Comme il n'y aurait pas de procès, il ne faudrait pas de juges. Comme il n'y aurait ni crimes ni délits, il ne faudrait pas de police. Comme il n'y aurait pas de guerres, il ne faudrait pas d'armées.

Oui, si l'homme était absolument parfait, il n'y aurait pas de propriété, car chacun ayant, comme Dieu, la plénitude des satisfactions, on ne pourrait imaginer la distinction du (t'en etdu mien.

Les choses étant ainsi, on conçoit qu'une métaphysique subtile, abusant du dogme incontestable de la perfectibilité

humaine, vienne dire : < Nous marchons vers un temps où te crédit sera gratuit, où l'État sera anéanti, t Ce n'est mémo qu'alors que la société sera parfaite, car les idées : intérêt, État, sont exclusives do l'idée perfection.

Autant elle en pourrait dire des idées : travail, brat, jambes, yeux, estomac, intelligence, vertu, etc.

Et certes, cette métaphysique tomberait dans le plus grossier sophisme, si elle ajoutait : « Puisque la société ne sera arrivée à la perfection quo lorsqu'elle ne connaîtra plus l'intérêt et l'État, supprimons l'État et l'intérêt, et nous aurons la société parfaite. ■

C'est comme si elle disait : i Puisque l'homme n'aura plus que faire de ses jambes quand il aura le don do l'ubiquité, pour le rendre ubiquiste coupons-lui les jambes. ■

Le sophisme consiste à dissimuler que ce qu'on nomme ici un mal est tin remède; que ce n'est pas la suppression du remède qui fait la perfection, que c'est, au contraire, la perfection qui rend le remède inutile.

Mais ou conçoit combien la métaphysique dent je parle pout troubler et égarer les esprits, si elle est habilement maniée par un vigoureux publiciste.

11 lui sera aisé, en effet, de montrer, tour a tour, comme un bien et comme un mal, la propriété, la liberté, le travail, les machines, le capital, l'intérêt, ta magistrature, l'État.

Il pourra intituler son livre : Contradictions économiques. Tout y sera alternativement attaqué et défendu. Le faux y revêtira toujours les couleurs du vrai. Si l'auteur est un grand écrivain, il couvrira les principes du bouclier le plus solide, en même temps qu'il tournera contre eux les armes les plus dangereuses.

Son livre sera un inépuisable arsenal pour et contre toutes les causes. Le lecteur arrivera au bout sans savoir où est la vérité, oii est l'erreur. Effrayé de se sentir envahi par le scepticisme, il implorera le maître et lui dira ce qu'on disait à Haut : De grâce, itéijmje» l'inconnue. Mais l'inconnue ne se dégagera pas.

Que si, jouteur téméraire, vous entre* dans la lice, vous ne

saurez par où prendre le terrible athlète, car celui-ci s'est ménagé, par son système, un monde de refuges.

Lui direz-vous : < Je viens défendre la propriété? > Il vous répondrait Je l'ai défendue mieux que vous, i- El cela est vrai. Lui direz-vous : « Je viens allaquerla propriété? > Il vous répondra :t Je l'ai attaquée avant vous, i - Et c'est encore vrai. Soyez pour ou contre le crédit, l'État, le travail, la religion, vous le trouverez toujours prêt à approuver ou à contredire, son livre à la main.

Et tout cela, pour avoir faussement conclu de la perfectibilité indéfinie à la perfection absolue, ce qui n'est certes jamais permis quand on traite de l'homme.

Mais ce que vous pouvez dire, M. Proudhon, et ce que ma faible voix répétera avec vous, c'est ceci : Approchons de la perfection pour rendre de plus eu plus inutiles l'intérêt, l'Étal, le travail, tous les remèdes onéreux et douloureux.

Créons autour de nous l'ordre, la sécurité, les habitudes d'économie et de tempérance, atin que les capitaux se multiplient et que I'iktérét baisse.

Créons parmi nous l'esprit dejuslice.de paix et de concorde, afin de rendre de plus en plus inutiles l'armée, la marine, la police, la magistrature, la répression, en un mot I'Ëtat.

El surtout, réalisons la ubeilté, par qui s'engendrent toutes les puissances civilisatrices ■

Aujourd'hui même, 0 janvier 1 850, la Voix du Peuple interpelle in l'aine en ces termes :

t La Patrie veut-elle demander avec nous la suppression du privilège des banques, la suppression des monopoles, des notaires, des agents de change, des avoués, des huissiers, des imprimeurs, des boulangers; la liberté du transport des lettres, de la fabrication des sels, des poudres et des tabacs ; l'abolition du la loi sur les coalitions, l'abolition de la douane, de l'octroi, de l'impôt sur les boissons, de l'impôt sur les sucres ! La Patrie veut-elle appuyer l'impôt sur le capital, le seul proportionnel; le licenciement de l'armée et sou remplacement par la garde nationale; la substitution du jury k la magistrature, la liberté de renseignement à tous les degrés? »

(Test mon programme; je n'en eus jamais d'autre. Qu'en résulte-t-il 1 C'esl que le capital doit se prêter non gratuitement, mais librement.

F. 1Iasti.it.

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