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Déjà, avant M. Rossignol, on avait dit que ces deux vers exhortaient les fidèles à la communion, je n’aurais donc pas eu besoin de lui pour celte découverte ; et il croit si peu lui-même à une coïncidence entre nos opinions, qu’il m’accuse ici d’irrévérence, voire même de profanation (i) envers le Saint-Sacrement. Le cas est grave, et de trop mauvaise édification chez un prêtre pour que je puisse me dispenser de quelque apologie devant le public auquel il me signale par sa lettre imprimée dans un recueil périodique. Ainsi plaidons au moins la circonstance atténuante.
Les premiers éditeurs de l’Inscription se sont vus forcés de siq^pléer quelque chose après les trois lettres flIN, parce que la copie donnée par Dom Pitra ne présentait pas la lecture entière de ce mot. M. Rossignol
(1j Page 498. a Vous avez osé effacer une parole sacramentelle pour y substituer votn? profanation de Tîiivoéwv, affamé I »
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a fait de même et il a lu fil Ne (7£(3a)N, mais cet endroit ne peut contenir les quatre lettres insérées par M. Rossignol, (i) et puis nous n’avons plus besoin de chercher la restitution, puisque l’image photographique nous présente lisiblement le mot FIINACüN. Je n’ai pas besoin d’avertir que M. Rossignol fait des efforts bien inutiles pour prouver que la photographie, ni dans cet endroit ni dans aucun autre, n’a pu améliorer le texte ; en sorte que la lecture, suivant lui, demeurerait tout aussi incertaine malgré ce moyen de vérification que j’avais cru bon à quelque chose. Il est vrai que des yeux peu exercés à lire sur la pierre ne seront pas toujours mis hors du danger d’erreur par un fac-similé ; mais si l’on y apporte quelque droiture avec de l’expérience, une photographie ne gâte rien. Or, puisque M. Rossignol veut bien ne pas me reprocher d’avoir remanié le plâtre à ma fantaisie pour en altérer les traits, il doit convenir que ma lecture est assez d’accord avec le monument. D’autres que lui reconnaissent ce point , et il ne me poursuit pas comme faussaire, mais comme profanateur à raison du motütvawv. Voyons donc si je puis échapper à l’obligation d’une amende honorable.
Le mot niNACüN, que j’ai cru découvrir sur le marbre, substitue la phrase mange avec faim aux mots mange — bois — {respectueusement) ce poisson que tu as dans les mains. Comment on peut manger le pois-
(t) M. Rossignol se montre très-peu satisfait d’une règle que j’ai annoncée, peut-être parce qu’il ne la trouve pas assez clairement exprimée en français. J’ai fait observer que l’on ne pouvait supposer avec probabilité l’introduction de petits caractères dans cet endroit, parce que de telles lettres ne sont employées par le sculpteur qu’à la fin des vers, et jamais au commencement. Quand je disais f,n et commencement, je ne prétendais pas être compris si pharisaïquement que cela dût absolument signifier la première et la dernière lettre ; il me semblait que l’on pouvait y voir les premières et les dernières. Car mon docte adversaire me fera bien l’honneur de croire que je n’avais pas besoin de lui pour voir si AAMPaNE 6t AECRoT* occupaient l’extrémité des lignes. Il ne faut pas un grand effort de tête ou une sagacité bien fine pour reconnaître que, à part l’insertion du A au vers cinquième, entre CüJTHPOC et AFItON, qui n’est qu’une correction, l’artiste emploie les petites lettres uniquement lorsqu’il y est forcé par le défaut d’espace. Ainsi, dans les trois derniers vers, on voit qu’il serre les lettres les unes contre les autres, beaucoup plus qu’ailleurs. Nous nous expliquons ce fait en supposant que l’espace était rétréci par quelque ornementation d’architecture employée dans le monument. Les exemples des petites lettres se remarquent aux vers 1 , 2, 3, 5, 7, 8, 1 0, 1 1 , et toujours vers la fin. Dans la partie opposée, les lettres au contraire, .-iont grandes et beaucoup plus espacées.
son que l’on a dans les mains, je le comprends; mais comment on peut le boire, c’est ce que nous laisserons expliquer à M. Rossignol. Il aime mieux nous accuser de donner un sens ridicule, eVxme, burlesque traduction qu’il ne daigne pas discuter, par respect pour la gravité du sujet, p. 497- Je m’attends bien, qu’il aura recours au sens du mot dans la signification de poisson symbolique, c’est-à-dire, de Jésus-Christ, fils de Dieu, et Sauveur, qui est tout entier sous les apparences sacramentelles du pain et du vin consacrés ; en vertu de quoi il pense que l’on a pu dire dans ce sens boire, aussi bien que manger le poisson. Mais M. Rossignol me permettra de lui faire observer que la difficulté se complique ainsi au lieu de se résoudre. Il lui faudra prouver que \' espèce du vin se prenait dans les mains, et je ne sais comment il y réussira. Mais jusqu’à preuve contraire, nous continuerons à dire ce qu’on a dit avant nous, savoir que le pain seulement était remis dans les mains du fidèle. Quant au vin, saint Cyrille nous enseigne que l’on en faisait avaler quelques gouttes contenues dans une cuiller que le prêtre approchait des lèvres du communiant. Ainsi la phrase proposée « mange et bois le poisson que tu as dans les mains » répugne, j’allais dire au bon sens, mais certainement au rite suivi par l’Église dans l’administration de ce sacrement. La belle plainte, après cela, que cette nouvelle leçon retranche un témoignage de la communion sous les deux espèces ! « Vous n’avez pas même senti, » nous dit M. Rossignol, p. 499» “ 9^*® vous supprimiez arbitrairement une espèce de la communion, et que vous effaciez par là un trait caractéristique du monument. » Cela ne signifie pour moi absolument rien qui vaille. D’abord je n’ai pas charge de faire parler un monument malgré lui pour la satisfaction des antiquaires de seconde main qui cherchent des textes à citer ; puis je n’apeHèois pas un trait caractéristique du vf siècle dans ce qui pourrait tout aussi bien convenir au vu®, au viii® au ix®, au x®, au XI® et même au xii®, dernier siècle dans lequel l’Église tolère la communion des fidèles sous les deux esjièces.
Mais pour revenir au sujet même, je dis que si le fidèle qui a écrit l’inscription n’a parlé clairement que d’une seule espèce, ce qui suffit suivant le dogme catholique pour constituer le sacrement, que pouvonsnous y faire ? Le forcerons-nous, par notre zèle, à nous dire autre
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chose? D’ailleurs, ceux qui ont quelque connaissance de la discipline et des antiquités ecclésiastiques n’ignorent pas que les fidèles devaient communier sous la seule espèce du pain quand ils l’emportaient au logis, fait bien connu par de nombreux témoignages des saints Pères, des historiens, et des écrivains de l’antiquité ecclésiastique que nous pourrons citer, si l’on déclare ne pas les connaître. Voici la profanation dont je me serais rendu coupable en lisant flINACON ; c’est que j’explique ce mot par TTEivawv, avec faim. Pour ma décharge il me suffirait de citer une phrase tout à fait analogue de saint Zenon, qui exhorte le fidèle de la meme manière ; esurienter accipe. Quelle que soit la valeur du mot français affamé dont je ne suis pas assez bon juge, ayant écrit dans mon texte, si je m’en souviens bien, mange avec faim (mangia con famé), si j’avais écrit affamé, cela ne serait pas non plus mal sonnant en italien, langue dans laquelle les fidèles sont accoutumés d’entendre dire aux prédicateurs : affamato e assetato délia parola di Dio; dei santissimi sacramenti , etc. Pourquoi donc dans l’inscription serait-ce une profanation, quand ce n’en est pas une pour les fidèles ni pour les prédicateurs, nipour le saintévêque que nous avons cité, nipoursaintMéthodius qui écrit : as Treivw 6eé (p. 8io, ed. Gallandi Ribl. PP. t. ii) ?
Nous trouvons fréquemment dans les Écritures la phrase métaphorique bienheureux, disait Notre-Seigneur, ceaa: qui
ont faim et soif de la justice; [jLxxscpioi oî nsivMVXsg y,at ^c^wvtsç t/jv 3'tzacoauvr,v. Matt. 5, 6. — Luc. 6, 21.
Saint Clément d’Alexandrie écrit dans son Pédagogue I, VI, io5 ; Le Seigneur nourrissait abondamment ceux qui ont ont faim de la parole divine ; » OKuptoç ey-rpetj/Êi zol/ç TtsLvüvrocg 'ibv lôyov. Que si le sacrement de l’autel est une nourriture qui nous conserve la vie de l’âme, pourquoi en suivant la même allégorie, ne pourrait-on convenablement exhorter les fidèles à s’approcher avec faim de cette table céleste, et à manger la chair adorable du Sauveur, comme des convives empressés ? Aussi l’Église, notre mère, nous met-elle sur les lèvres celte invocation au Seigneur : O quam suavis est, Domine, spiiitus tuus, qui ut dulcedinem tuam in filios demonstrares pane suavissimo de cœlo prœstito EsuRiENTEs j'eples bonis, fastidiosos divites dimittens inanes. (In festo corporis Christi ad magn. antiph.).
Du désir et de la dévotion des fidèles dépend tout le fruit qu’il peuvent recueillir d’une grâce aussi précieuse. C’est bien le langage que tiennent les SS. Pères, et les maîtres de la vie spirituelle ^ saint Jean Chrysostome nous invite à nous approcher de la table céleste avec cette avidité que montrent les petits enfants qui se jettent sur le sein de leur mère pour y puiser leurs aliments (Hom., lx., ad pop. Antioch.).
En est-ce assez pour calmer la conscience timorée de mon censeur ? mais malgré tant d’objections où l’on nous fait perdre du temps, nous ne pouvons cependant passer à l’examen des vers suivants, sans avoir ramené l’attention des lecteurs sur un fait où M. Rossignol oublie les délicatesses de sa théologie et les susceptibilités d’un antiquaire chrétien. Quand il écrivait que Pectorius s’adresse à ceux qu’il vient conquérir à la foi chrétienne, que devait-il résulter de cette interprétation du sujet ?Il en sortirait une conclusion absolument contraire à la discipline de l'Église. Ce ne serait rien moins qu’une violation manifeste de la discipline du secret, A des infidèles, à des hommes qui ne sont pas encore baptisés, vous voulez que Pectorius parle du pain céleste qu’ils tiendraient en leurs mains ! Qui ne sait que le mystère de l’Eucharistie était caché même aux catéchumènes sous le sceau du secret le plus inviolable? On ne leur parlait de l’Eucharistie que la nuit qui précédait la Pâque, ou le matin du jour où ils devaient recevoir le baptême et communier ; et encore cette révélation ne se faisait qu’en termes trèsvoilés.
Ouvrez saint Augustin (Tract, xi in Joh.) : « Interrogemus eum; manducas carnem filii hominis et bibis sanguinem filii hominis, nescit quid dicimus. Nesciunt catliecumeni quid accipiunt christiani. » Et le même saint, dans son discours ad infantes,, c’est-à-dire à ceux qui viennent d’être baptisés : « Hoc quod videtis in altare Dei etiam transacta nocte vidistis; sed quid esset, quid sibi vellet, quam magnæ rei sacramentum contineret nondum audistis. Quod ergo videtis panis est et calix, quod vobis etiam oculi vestri renuntiant : quod autem fides vestra postulat instruenda, panis est corpus Christi, calix sanguis Christi : Il me revient encore en mémoire un passage de saint Gaudens {Sermo 2, in vigil. pasch.) « Modo autem ea solum de ipsa lectione carpenda sunt quæ pracsentibus catechumenis explanari non jxissunt, et necessario tamen
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sunt aperieiida neophytis. » J’ai choisi à dessein les Pères les plus rapprochés du siècle auquel M. Rossignol attribue l’inscription. Qu’il veuille donc bien nous expliquer comment devant les non baptisés, il fait déclarer les plus augustes mystères et les plus secrets symboles tels qu’est celui dePî^Wç. Cela sera de meilleure mise dans une dissertation épigraphique, que le langage ascétique sous lequel il pense nous écraser.