‹ Mélanges d'épigraphie et d'archéologie sémitiquesChapitre 11 sur 12 · LÉGENDES EN CARACTERES GRECS · texte numérisé non relu

LÉGENDES EN CARACTERES GRECS

N" 1 (1868, pi. H, n"' 1 et 9). BACIAevC AOIAAC. Buste. — R.BICIAIMHAH AICOMITCON. Buste. — M. le docteur Rùppell lit le nom royal A<t)IAAC, Aphidas, et y voit une imitation grecque de Ela-Ameda, qui se trouve dans les listes. M. de Longpérier remarque avec raison que ce rapprochement ne s'appuie que sur la ressemblance des syllabes ame et aphi, et que l'on n'aperçoit pas trace de barre horizontale au caractère antépénultième; il faut donc lire Aphilas. M. d'Abbadie signale l'existence d'un nom Akilas ou Aqilas chez les Ti-

gréens. Mais comme, pour lire ce nom sur la monnaie, il faut admettre un mélange de lettres grecques et éthiopiennes, car c'est dans l'alphabet gueez que le caractère 4» se prononce q; le rapprochement ne me paraît pas satisfaisant. Ce savant rappelle, de plus, que les rois qui portent dans les listes le nom Ela-Ameda sont tous postérieurs à l'introduction du christia^ nisme en Ethiopie, tandis que le roi Aphilas n'est évidemment pas chrétien. Venons à la signification de ce nom. M. d'Abbadie, qui considère les anciens Ethiopiens comme appartenant à une race aborigène , attribue à ce nom une origine kamitique ou agaou, mais n'en donne pas l'interprétation. Je me permets de le faire dériver de la racine A^A, /jo/è/a, encore usitée en arabe Joi&- dans le sens de congregatus fuit populus. Si l'on retranche la terminaison hellénique AS, il reste Aphil, offrant la forme du nom verbal , dont la seconde lettre

radicale, qui reçoit en arabe la voyelle i J^U , phail, affecte

en gueez une voyelle qu'on prononce tantôt i, tantôt e. Ainsi , en gueez , Aphil(as) signifie congregatus populus ou congregans populum. Le nom de ce souverain éthiopien correspond exactement à celui de l'auteur de l'Ecclésiaste rhnp , Qohelet, qui a le même sens en hébreu. Il est à peine besoin de remarquer que, sur les monnaies des bas temps, on ne peut trouver dans une légende grecque l'indice d'une aspiration.

Le revers de cette pièce présente un groupe de cinq syllabes gouvernant un ethnique d'Aksum , capitale du royaume. Ce groupe est BICIAIMHAH, que M. Rûppell avait transformé en BACI AIMHAN. Suivant lui, BACI serait l'abréviation de /Sao-iXeus, et AIMHAN représenterait le nom d'un roi himyarite converti au judaïsme , que les écrivains grecs et syriens nomment Dimion, Dimnus, Dunaan, formes que des auteurs modernes considèrent comme une altération du surnom arabe Dhou- Nowas. M. de Longpérier, au contraire, admettant judicieu-

semenl ia légende telle qu'elle est, se refuse à y voir le nom de Dimian , et fait remarquer que ce prince a régné longtemps après l'époque où la médaille a été fabriquée. M. d'Abbadie a pensé que BICIAIMHAH pouvait signifier «parlement solennel». Cette explication, d'ailleurs si conforme aux usages du pays, laisserait obscur le nom qu'il faut donner au personnage représenté au revers de plusieurs monnaies. De plus, le mot di7mr, que M. d'Abbadie signale comme ayant, en agaou, le sens d'assemblée, est bien emprunté au gueez, langue dans laquelle la racine X,ao^ veut dire «réunir, assembler». Cette racine existe également en hébreu , et elle est entrée dans la formation du nom de la ville de Palmyre "iû"ri ( Tadmor) , c'està-dire réunion (des caravanes). Si le second élément est sémitique, le premier doit l'être également. Si donc je reconnais dans BICI la fidèle transcription du gueez si usité 'flïiAi, élément qui entre dans la composition des noms royaux «HJifl, s wC*^ { Bëese-Sarq) et Hiià» s xïif i^Beese-Tsaweza) , je trouve un mode de formation analogue à celui des noms hébreux 3*îo c?'^f [Ischtob) «homme de bien» (Il Sam. x, 6, 8), ri2?3 c;\y [Ischboschet) «homme de honte» (II Sam. ii, 8, lo, 12). Je comparerai encore cet élément au î, équivalent de l'arabe ^i dans les noms himyarites. Mais le sens de Al M H AH est plus difficile à pénétrer. En admettant avec M. d'Abbadie le changement très-probable de R en L, je suis très-porté à admettre le sens de Jio»<J et à considérer BICIAIMHAH comme signifiant riiomme de l'assemblée ou du sénat.

Un souvenir du nom d'Aphilas s'est peut-être conservé dans la forme dt^Jf, Ph'ilya, que la liste A nomme au n° 16 de l'époque préchrétienne , et que la liste B de cette même époque écrit A^A^, Saphélya. Cette dernière forme peut se réduire à dkd.A(Ji), en supposant une légère altération. De même, le nom Dimêlê-Dimârê peut, sans grand effort, être rapproché de fr°î5t, cité dans la liste A de la deuxième époque au n° 9, car

les scribes ont pu confondre les lettres II et A, qui se ressemblent beaucoup. Ces rapprochements tendent à confirmer la pensée que nous avons émise au début de ce travail, savoir : que les listes d'Aksum ne sont pas tout à fait inutiles pour rétablir l'ancienne orthographe éthiopienne.

M. de Longpérier, en signalant l'existence de flots autour du buste d'Aphilas, s'en étonne à cause de l'absence d'un cours d'eau auprès d'Aksum, et M. d'Abbadie, pour répondre à ce scrupule , a fait observer qu'il existe près de la ville une mare qui, autrefois, était plus considérable, et il fait dériver le nom d'Aksum du kamtiga Akuisim «vase à eau». Ce symbole ne se trouverait que sur des monnaies des rois païens: Mais je remarque que , sur les monnaies i et a , le roi Aphilas tient une épée, et, cela lui donnant un caractère de guerrier, on peut supposer que, lorsque les monnaies furent frappées, il venait de faire une heureuse expédition sur mer ou aux bords d'un fleuve. Le personnage représenté au revers, avec un rameau à la main, aurait, au contraire, un caractère tout pacifique. En ce qui concerne le nom de la capitale, Aksum, je ne vois aucune nécessité d'en chercher l'origine ailleurs que dans l'arabe p>**"Sl, aksum «endroit entouré dejardins», qualification qui lui convient encore de nos jours.

N=2 (i868,pl. II,n°3). + BAC + CIH + BAX + ACA. Buste royal. — R.H-IAN + AA<t) (de gauche à droite) +CIB + 4(7)6 (de droite à gauche). Buste. — M. Rûppell avait vu dans cette légende le nom du roi Asahel. M. de Longpérier a proposé la leçon BAC-CIN-BAXACA. M. d'Abbadie croit que BAC- CIN peut avoir été mis pour BACIA par des monnayeurs ignorants, et qu'il faut lire le nom d'un roiBoxao-a, dont l'origine serait kamitique. Au revers, il voit dans les mots lAN AAO, Jan a/" « l'éléphant qui souffle», un nom de guerre. Ce savant croit pouvoir identifier le mot Jan, qu'on emploie encore aujourd'hui on s'adressant au souverain, avec le mot Jnnn, qui

signifie «éléphant» dans les cinq langues kamiliques pariées en Abyssinie. Les mots Cl h NMG seraient la transcription quelque peu altérée de sîv nama, c'est-à-dire prœho dictus. L'ensemble de la légende voudrait dire : r Le roi Bakasa . dont le nom de guerre est Jana Af». Mais M. d'Abbadie ne propose cette interprétation que comme une hypothèse.

Je dois dire que, dans les dialectes agaou autres que le falacha, l'éléphant est appelé Gana avec G dur, conservé aussi dans le gueez il, probablement formé par métathèse de ce même Gana. Le mot aurait dû être transcrit FANA, et non lANA, Toutefois le nom vulgaire de l'éléphant en Ethiopie est, suivant les provinces, dokon, sokon, zohon, zohon, dohan, terme emprunté à la langue des Chohos, qui donnent au village Artiko , en face de Massaoua , le nom de Dokono ou Dohono, à cause des éléphants qui existaient jadis dans une forêt voisine. On verra plus loin que le mot choho était également usité en gueez avec sa double prononciation. Quant au titre Djani, qu'on emploie en s'adressant au souverain, il me paraît dépendre directement du gueez JC^i, Daïani r^juge», qui, prononcé rapidement, devient D^ffwi, Djani, Djan. Il s'emploie surtout lorsqu'on demande justice: en toute autre occasion, on dit guêta t^ seigneur». Je propose d'introduire une simplilii ation dans la lecture de la légende du revers. En prenant les caractères du demi -cercle de gauche dans le même sens «pie ceux du demi-cercle de droite, on obtient CIB HCOe. (lomme le caractère N paraît avec sa forme ordinaire dans lAN, je Décrois pas que H doive être pris pour l'N éthiopien, bien qu'il en ait l'apparence. Je suppose que c'est plutôt un caractère que les artistes ont employé pour exprimer le son guttural /{ propre à l'idiome gueez et inexprimable par les caractères grecs. Le signe H me paraît être abrégé de la lettre éthiopienne "t, dont la prononciation dans la bouche des Abyssvniens no diffère presque pas du <h. Ainsi donc, le groupe

Cl H se prononcerait Sili, et, comme le mot suivant BAXACA rappelle sans effort le verbe actif arabe (j*<^ «diminuer», il devient probable que le mot abrégé sih forme un complément direct. Je lis le nom entier sihtata-bahasa tlth't't i (VliA , dont le second élément est le plus important, et se retrouve, en effet, dans les listes royales, sous la forme peu différente flifaA, parmi les rois prétendus antérieurs à la naissance de Jésus-Christ, au n" 8 (liste A). Ici nous avons pour la première fois un exemple d'abréviation; le revers de cette pièce nous en fournira deux autres exemples. La légende manifestement éthiopienne lA- NAAOCIBhCOe se compose, à ce que je crois, de trois mots du gueez le plus pur lânaibeh) aph{uya) sibhoe (^Mï»!!: h^?»' ft'flih) «ma bouche récite des louanges»; ce pieux dicton est tout simplement calqué sur Psaumes, xi, 17. Naturellement, le signe H désigne la gutturale, comme dans la légende du droit. L'infinitif Û'flih remplace l'appellatif commun AHàt't , et se trouve aussi dans Psaumes cxlvi , 1 , et dans la Vita sanctorum.

N° 3. OYCAC BACIASYC. Buste entre deux épis. — R. + OeOY + evXA. Buste entre deux épis. Or. — Cette pièce est encore inédite; M. Miles d'Aden l'avait obtenue d'un Arabe et m'en fit cadeau à mon retour du Yémen ; elle est à présent en la possession de M. Ad. de Longpérier. Elle ressemble , par son type, aux monnaies d'Aphilas et de Bakhasa, ce qui m'a déterminé à la classer immédiatement après elles. Dans tous les cas, elle est plus ancienne que la pièce n° k de la planche IL jointe au mémoire de M. de Longpérier. Le nom du roi est écrit très-lisiblement OYCAC, et rien n'autorise à suspecter cette légende. Les listes d'Aksum ne mentionnent aucun monarque de ce nom dans l'époque chrétienne ; mais , parmi les négous réputés préchrétiens, je trouve dans la liste B, n° 11, un nom haf'bjl , Auseyâ, qui peut bien être un souvenir un peu effacé du nom authentique conservé dans notre légende.

En comparant entre elles les formes sous lesquelles ce nom se présente dans les deux sources, on arrive à une forme primitive K<D*A > ^"*^ ^ui se retrouve très-souvent chez toutes les populations de la péninsule arabe, depuis les Nabatéens jusque dans le Hadramaout. Le mot ciN* « don » répond au terme pD ou ]ro , rriD des idiomes du nord : ainsi , les noms hébréophéniciens îd: bit, b'JZzn'D correspondent avec les noms ciK bti, nnyc'X des inscriptions sabéennes.

La légende du revers se complète facilement en Ssov etîp^apia-lia. «grâce de Dieu», dicton pieux et tout à fait biblique.

N"A (pL II,n''/i). + BACIAI AZ(OMl(sj'c). Buste entre deux épis. — R. -*-re + PC-+-e+ M. Buste entre deux épis. Or. — La légende du droit atteste déjà la décadence du grec, tant dans la forme des caractères que dans l'orthographe des mots; BACIAI est écrit au lieu de BACIAe(YC) et AZCOMI pour AZUJ- MI(TCl)N). Le revers offre le groupe rePCEM, que mes prédécesseurs avaient considéré comme un seul mot. Le P. Bore y voit le nom hébreu Gersom nù^i (Exode, ii, 92); M. de Longpérier rappelle le verbe r^y=r « convaluit post morbum », et M. d'Abbadie ne serait pas éloigné d'y trouver une allusion à un changement de politique dans la voie de l'absolutisme. On peut dire que l'existence, dans les noms éthiopiens , d'une racine quadrilitère serait jusqu'à présent un fait isolé; elle est d'autant moins vraisemblable que le verbe ç^j^ prend aussi la forme /«i^ , dont l'origine persane n'est pas douteuse. Du reste, le verbe ç^j^ devait se transcrire PAPCAM avec deux A , car le son A est de rigueur dans le parfait et ne devient jamais 6. Je me permettrai donc de proposer une autre leçon de cette légende. Les pièces précédentes ont fourni plusieurs exemples d'abréviations; je crois que nous sonunes ici en pré-

iice d'un fait semblable. Je sépare ainsi le groupe en question reP + CGM , ce qui se complète aisément en TGPMA Cei^, ou , en caractères éthiopiens , ^CPÎ « ÛÎP , signifiant w crainte

du nom (divin)??. Les noms formés avec Germa sont usités encore aujourd'hui on Abyssinie; les listes royales connaissent aussi des composés de cette nature. La liste B mentionne, parmi les successeurs deBazên, deux noms : Germa-sor (n° a**) et Germa-Safar (n° 3). Encore plus rapproché de la forme que nous discutons est le nom Germa-seyum 1C^ s /^R9°, qui figure dans la liste de la iv* période, au n" 4; en tout cas, la forme Germa- Sem porte une physionomie tout éthiopienne, et son authenticité ne peut pas être contestée.

N° 5 (pi. m, n" i). +OYAZHBAC BACIAevC. Buste entre épis. — R. TOYTO APeCHTH XCOPA. Buste. — La leçon OYAZHBAC a été établie par M. d'Abbadie, qui rappelle avec raison que la leçon possible OYAZHBAC n'offre aucune forme sémitique ou africaine. En éliminant la terminaison grecque AC, qui se trouve aussi dans le nom d'Aphilas, il reste la forme Ouazeb, qui représente visiblement le participe actif du verbe f-jj^ çtfluxit(aqua)». Cette explication semble plus naturelle que l'étymologie proposée en vue d'une origine agaou. D'après M. d'Abbadie , notre Ouzebas répondrait à une forme kamtiga wizava-{-s, signifiant <^par le sycomore». Les anûales d'Aksum consignent probablement ce nom sous la forme de iDifdi, Ouazeha, qu'on peut considérer comme altéré de atllfl, Ouazeha. Il est vrai que, dans ce cas, le roi Ouazeha-Ouazeba ne peut plus avoir été le neuvième prédécesseur de Bazên, comme le veulent les listes royales d' Abyssinie,

La légende du revers porte distinctement les mots ToCto âpéa-rj rf} xw^ct rtque ceci plaise, soit agréable au pays». Cette sentence me paraît être la traduction d'une formule éthiopienne qui se rencontre sur les monnaies à légendes gueez; nous en parlerons à l'occasion.

N° 6 (pi. III, n° /i). +ACAeA. Buste royal ceint d'une couronne. — R. TOTYO APCCH TH XCOPA {sic). Croix au milieu du champ. — M. d'Abbadie attribue à ce nom une origine hé-

braïque 'jN'nt-'y «dieu fit» (II Sam. xi, 18), et y voit un appui à l'assertion des chroniques éthiopiennes, que les rois d'Aksnm professaient la religion juive avant l'introduction du christianisme. Il suppose même que la forme Ela Sahel des listes aksumitaines n'est que ce nom hébreu corrompu dans la prononciation des Agaou. On fera peut-être mieux de se tenir à la forme gueez Asâliela K^^flA «il a été miséricordieux», forme à laquelle se rattachent aussi les noms Abreha , Asbeha et beaucoup d'autres.

Le revers a la même légende que le numéro précédent, mais avec plusieurs transpositions, ce qui atteste que le grec n'était plus compris par les monnayeurs.

MONNAIES À LJBGENDES ÉTHIOPIENNES.

Les monnaies à légendes éthiopiennes sont assez nombreuses, mais ne montrent que quatre ou cinq types différents. La lecture des légendes n'est pas toujours sûre, à cause du mauvais état des pièces. Dans tous les cas, les noms royaux sont sémitiques et récusent tout rapprochement avec des mots propres à l'idiome agaou.

N" 7 (pi. II, n° 5). a»<hf7Aï ilvfhïiAao, Buste ceint d'une tiare. — R. +A<n»i| + o»' 'IisotA. Croix dans un grènetis. (aiivre. — On reconnaît sans difficulté les termes l?'u»»ïkhft«îr ■ roi d'Aksum»; mais comment expliquer le groupe aodiflài^ qui doit représenter le nom du roi? M. d'Abbadie ne propose aucune étymologie pour ce groupe, qui, à première vue, fait penser à une racine quadrilitère. Je crois que, guidé par l'analogie des légendes grecques, on est autorisé à le décomposer en deux éléments. Je liso»Ji[^] ja*1ft5'. Le premier élément est l'adjectif très-commun tmà^é, mehâri «le miséricordieux», qui s'emploie encore de nos jours comme nom propre. L'autre élément JBIfii est visiblement l'imparfait du subjonctif af-

— lA/i —

fectë du pronom, régime de la première personne du pluriel; le substantif 9°7ft c^ grâce»; le tout signifie rrque le (dieu) miséricordieux nous prenne en grâce», formation pareille au nom JB?°COl \iCb-f-b consigné dans les listes indigènes parmi les rois de la quatrième période et qui signifie « que Christ nous guide. »

La légende du revers est effacée en plusieurs endroits; je ne distingue pas les lettres lues par M. d'Abbadie; je m'abs-i tiens, en conséquence, de tout essai d'interprétation. |

N° 8 (pi. III, n"' 7, 8; pi. m, n°' 6, 7, 8). ilo^hCaoth Buste, la tête couronnée. R. AhdiHCl ÀiPch Af hi. Croix entre deux épis, — Ces légendes ont été parfaitement expliquées par M. d'Abbadie. Celle du droit donne les mots "î?»/** ikCaodi, negm Armeha, «roi Armeha»; ce nom est formé comme YAsahela du n° 6. La légende du revers se lit Ah/hQ'fl A/*** Ajah-?, «que ceci soit un sujet de réjouissance pour les peuples»; c'est l'original de la formule toOto âpéa^ rfj x^pa, qui apparaît dans les monnaies à légendes grecques. Le nom d'Armah figure dans les listes indigènes comme un des derniers rois de la dynastie aksumite.

N° 9 (pi. II , n° 9 ). I7ip. Buste , tête couronnée. — R. hAhX. Croix. — La légende du droit offre le titre ItP* «roi»; celle du revers donne le nom propre dont les quatre lettres initiales sont placées entre les quatre bras de la croix. M. d'Abbadie lit Ela Aï, et rappelle les noms Ela Aïga et Ela Aïha des listes. J'incline à penser que la dernière lettre est plutôt un R et qu'elle se distingue du ? par la base reposant sur une barre perpendiculaire, ce qui la rapproche de la forme sabéenne A. Je propose donc de prononcer Ela As, abréviation du nom très-connu Ela Asbeha, VElleshaos des auteurs grecs. Il est bien entendu que la parité du nom n'implique pas fidentité de ces personnages; les annales abyssiniennes enregistrent plusieurs rois de ce nom.

iV 10 (pi. III, n° 9). AhdimmA. Buste, la teinte ceinte d'une tiare. — R. HPU». • • Croix chargée en cœur d'une croix plus petite. — M. d'Abbadie lit Ati^nH HWAp k celui qui pense au peuple r ; mais il ne donne cette leçon qu'à titre d'hvpothèse. Cependant l'avant-dernière lettre est distinctement un H; la lettre effacée était probablement un i; on a ainsi AK^if'fl UHAà rt celui qui avertit les peuples î7. Cette qualification est tirée d'Isaïe, 11, /i.

La mutilation de la légende du revers ne permet pas de reconnaître avec certitude le pom propre qui précède le titre également endommagé ^tV «roi». La seconde lettre de ce nom propre semble être un f , malgré la barre médiane. Je lirais volontiers H^'Udii. Zaïazhana, nom qui rappelle d'une manière frappante le Saîazanas des historiens bvzantins; zaïazhana signifie r. celui qui apaise, tranquillise'?.

.V 1 1 (pi. III , n*" 1 o , 1 1 , 1 9 . 1 3 ). ila> A+tf . Buste royal (le face, la tète ceinte d'une couronne. — R. AhdMd u>UA. Croix dans un entourage quadrilatéral. — Le revers porte, selon M. d'Abbadie, Aïirh'/'fl /^£^A. "fait pour le peuple». Je rrois que l'avant-dernière lettre est un U: je lis AK^fl-fl «*fUA. " miséricorde au peuple ».

On lit facilement sur le droit «h+TI i*tr AhA«y* «Hataz, roi d'Aksum??. Il se peut que le nom Hadaiis ou Hadas, porté sur les listes indigènes, soit un écho de la forme authentique flataz.

Voilà tout ce qu'il nous reste de la numismatique éthiopienne; elle présente trop de lacunes pour que l'on puisse ' tablir un système chronologique tant soit peu positif; mais, du moins, elle contribuera, à ce que je crois, à renverser les ilculs et systèmes historiques ou ethnographiques qui se fondent sur la tradition abyssinienne consignée dans les annales d'Aksum. On reconnaîtra enfin que les faits principaux annoncés par ces annales : l'origine salomonienne de la dy-

nastie aksumitaine, l'existence du judaïsme à Aksum avaiil l'introduction du christianisme, enfin l'origine non sémitique de plusieurs monarques, ne reposent sur aucune tradition sérieuse, et qu'ils sont contredits par les documents authentiques. Ce résultat n'est pas purement négatif, car ces mêmes documents nous offrent aussi un bon nombre de faits qui peuvent servir de jalons pour reconstruire la vraie histoire de l'Abyssinie. Du reste, certaines questions d'un grand intérêt vont recevoir, à ce que j'espère, une solution satisfaisante dans la seconde partie de cette étude, à laquelle je me hâte d'arriver.

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