‹ Mélanges d'épigraphie et d'archéologie sémitiquesChapitre 9 sur 12 · INSCRIPTION B · texte numérisé non relu

INSCRIPTION B

''w'p, nom propre formé comme '•tfin (II Sam. xv, 82).

cy2i2y «serviteur de Poum». Je lis le nom divin di'D, dont la forme secondaire ""Çsrs, ou, avec l'élision du y, '•DD, entre dans la composition du nom propre p''"'DS ou îr^iDS « Poumayaton » , que les Grecs ont transformé en Hviioctos. Hésychius

' Voyez S 12.

■ ^oi^ mon E»sai d'épigraphie Ubyque, Journal asiatiqve, février-mars 1876. ]>■ 106.

— Oà —

rend ""Pi'D par ïlvyfxaicov et l'idenlifie à Adonis, (jiii était surtout adoré dans l'île de Chypre, ïïuyfxciicov à kSuvts tirapà Ku-

TTplOlS.

C?D nh]t? by ^'X, à suppléer le verbe p après le relatif, « celui qui était sur la plaine de Kousch ou d'Ethiopie ». nip c's est conforme à 3NiD ni'vi' (Ruth, i, 6) et q^^n n-È? (Hoséo, XII, 1 3).

npn^3. En hébreu, on dirait "iDnVna; l'élision du n. déjà usitée en langue hébraïque (par exemple 'î'jç'sa, Prov. xxiv, 17), est d'autant plus facile en phénicien, où les lettres gutturales semblent presque avoir perdu leur aspiration. J'ai ponctué le suffixe avec ê au lieu de Vô hébreu; en ceci la prononciation des Phéniciens se rapprochait de l'araméen. Il est remarquable que le n fonctionne ici comme mater lectionis dans m'j et nDnba; c'est conforme à l'usage hébreu et moabite; les autres textes phéniciens emploient plutôt la lettre a, comme dans.NjpD, NÎ3D, N113D, etc.

Vrnnj, composé comme mnui?")3, ce qui rend vraisemblable que le terme b^n représente un nom de dieu. Ce sentiment peut encore s'appuyer sur l'existence d'un dieu, At^aXas, dans une inscription grecque du Haouran, forme que M. de Vogué a déjà rapprochée do l'arabe JéC^ «être grand, élevé» {^Syrie •centrale, p. 109).

chu se trouve aussi chez les Hébreux. Si le signe suivant était un u?, et non pas un griffonnage insignifiant, le nom propre serait à lire ïï^pbn, qui a le sens de «rocher». Dans ce cas, il faudrait supposer l'omission du C? à la fin de h 1, peutêtre faute de place.

in est aussi usité en hébreu; un contemporain de Moïse portait ce nom.

iC-'D. La dernière lettre ressemble à un "5 dans le fac-similé publié par M. Blau: le fac-similé de Levy montre deux crochets très-rapprochés, qui semblent provenir de la tête du ">,

ouvert par un éclat de pierre, lu désigne principalement «un fhef d'armée ».

L'inscription b i ne contient aucun mot nouveau.

Pour compléter la série des textes gravés sur le colosse d'Ipsamboul, je placerai ci-après l'inscription cotée C dans le mémoire de M. Blau. Ce savant lit :

Es offerte Sillon b. Pethiach, weil er glûcklich davoii Kam.

Ne pouvant pas adopter l'explication de M. Blau, je me permettrai de proposer une autre lecture :

va inTD p (ou jVxiay) ^bcnay

^Abd-Sallon (ou 'Abdalon), fils de Petihon, qui (on homme). , .

Le composant ;Sc est peut-être la forme complète de l'hébreu ibç; toutefois la première lettre peut être altérée d'un aleph |)rimitif: dans ce cas, nous aurions le nom Ahdalon, dont la forme classique Ahdalonymus ne diffère que par la terminaison du pluriel Cj^Nisy « serviteur des dieux ». "înTis. nom formé comme 'nn"; ou 'rn\ Les inscriptions d'Ipsamboul, si notre lecture est exacte, nous offrent un spécimen de l'écriture populaire phénicienne, j telle qu'elle éteiit en usage dans les colonies africaines vers la i moitié du vu* siècle avant l'ère chrétienne. Aucun document j phénicien de la mère patrie asiatique ne remonte aussi haut, I à l'exception peut-être de quelques pierres gravées. Mais ce qui rehausse davantage la valeur paléographique de ces documents, c'est que, à l'opposé de toutes les autres inscriptions I phéniciennes connues, ils font usage du n quiescent à la fin I des mois pour indiquer la voyelle e. Cet usage est conforme à I celui des Hébreux et des Moabites, tandis que les Phéniciens

postérieurs employaient l'aleph dans le même but. Comme d'ailleurs le son guttural du n est devenu en grec aussi la marque de la voyelle e, on peut en conclure que l'emploi du n comme mater lectionis est plus ancien et plus conforme à la phonétique des langues sémitiques.

- § 1 t . LA DEUXIÈME INSCRIPTION DE SULGIS.

Cette inscription est le texte le plus long découvert dans l'île de Sardaigne. M. de Maltzan en a donné une nouvelle copie dans son ouvrage intitulé : Reise anfder Insel Sardinien, où se trouve aussi l'explication détaillée du texte (p. 55/i-568). Il Ht :

c-^isn mw rh^b

iihi}2 on abiab ]ih ]n2 ]r\i2b pn K^nxi

Ce qu'il traduisit :

Der Herrin des Gelûbdes, Isis,

Der Gôttin de Sonne (dies Denkmai) welcbes hier ira Winkel

Der Mauer vollendete Esmun, Sohn des

Golon, ziim Opfer vollendete er es der Gôttin

Und seinem Herrn Chamon, ais Gabe in Gnaden

Und als Gabe fur die Gunst der Erfiiilung (des Geliibdes).

L'impossibilité de cette explication a été relevée par Levy (^Phôn. St. IV, p. /i2, /i3), qui a surtout insisté sur la nécessité de changer la lecture de plusieurs caractères, dont la valeur est connue par d'autres monuments. C'est ainsi qu'il est parvenu à lire la cinquième ligne : x:y3 dc'n'?") ab pb. Poui le reste de l'inscription , il s'est abstenu de toute tentative, et i

termine ses observations avec ces mots : « leder weitere Schritt in der Entzifferung wird ein gewagter sein, bis, wie gesagt, eine mehr gesicherte Copie uns vorliegl. Es wàre um die Wissenschaft des phônizischen Altcrtburas Sebade, wenn dies allzu lange auf sicb warten liesse. Hoffen wir dass die Commission des Corpus inscriptionum semiticarum, in Paris recbt bald aucb diesen Wunscb realisiren werde. v

Je ne me dissimule pas tout ce qu'il y a de cbanceux dans une tentative de décbiffrement dans laquelle a écboué la longue expérience du savant épigrapbiste de Breslau, et, si j'ose en présenter une, c'est que, à mon avis, la copie de M. de Maltzan mérite une confiance complète. Il faut seulement se rendre compte de certaines particularités de l'écriture pbénico-sarde. Comme toute écriture de transition, elle emploie en même temps des formes propres au pbénicien et au néopunique de diverses époques et localités. Certains caractères se sont pourtant fixés dans l'une de ces formes exclusivement. Ainsi, par exemple, le n a un air arcbaïque, tandis que le n ressemble à celui de l'inscription de Tripolis, en Afrique. Une autre particularité n'est pas moins remarquable, c'est l'habitude de placer le trait vertical du D à droite au lieu de le placer à gauche; ce qui le fait facilement confondre avec i*. Toutefois ces observations à elles seules seraient impuissantes à établir la lecture de ce texte sans le secours du critérium philologique, qui ne permet pas de s'arrêter aux alternatives qui impliqueraient des incorrections bnguistiques. Notre déchiffrement est le résultat de ces diverses combinaisons.

Je transcris :

naîD nx dd n3"i3 n

rn3 -)2Db rînx pNi

(Fait) par Bilaks Bahira, femme de Ba'al, parce qu'il a exaucé toutes ses prières; qu'il la bénisse. Elle a exécuté cet autel pour son salut et pour celui de son lils Ischam. (Elle) a aussi (érigé) cette pierre pour la mémoire de Babat et Makra , ses nobles maîtres.

CTDba, nom de femme qui se trouve dans B., a/i, i.

nini, forme peu différente de mna.

NN3 Vhd riN NDur HD, orthographe néopunique et inexacte de la formule phénicienne N^a "^D n\x :?DC? d «parce qu'il a! exaucé toute sa prière » ; le nom du dieu Ba'^al est sous-entendu; cela se rencontre aussi dans d'autres inscriptions; ici le nom d'homme bvs, qui précède la formule, a probablement favorisé l'omission du nom divin. 11 est à remarquer que la lettre n fonctionne comme mater lectionis dans les mots riD et "jriD; les textes néopuniques écrivent d'ordinaire ^D et '7:^3; on prononçait ces mots ki et kil, comme l'atteste la transcription du Pœnulus chy, chii Le terme NN3 == n'J2 répond à une forme hébraïque n»? ou y? de la racine ni'3 «prier, exiger, demander». Il me paraît même que le mot nyn, qui se trouve au commencement des tarifs sacerdotaux de Marseille et de Carthage, dérive de la même racine, de sorte que l'expression rnNîTDn ny2 signifie «redevance des offrandes».

n3îD PK nr «relie a terminé l'autel», on est pour le féminin NDn; on trouve de même souvent ni2 pour niIj. L'article manque dans naîD, quoiqu'il soit pris dans un sens très-déterminé, «cet autel»; des cas analogues se présentent aussi dans d'autres textes, par exemple dans la première inscription d'Oum el- Awâmid , oii on lit r\2 r^yD*? pour î ri3. Le n de n3îD diffère des autres n de l'inscription, qui ont une forme ancienne.

x:y3 D^Hh^ ab pV «afin qu'il soit pour elle et pour son fils

Iscliam», c'est-à-dire ?«pour son salut et pour celui de son fils Iscbam», ah est pour nh. Le nom D2?k revient souvent dans les inscriptions néopuniques; il paraît avoir une origine libyque et être identique au es des textes numidiques ^

riTiiK ]2K1 R et cette pierre ». Le démonstratif îx s'écrit en néopunique îxn et van ; notre forme est nouvelle.

"!2C est la forme phénicienne correspondant au idî des Hébreux (i*^ inscr. d'Oura el-Awâmid).

ma , nom d'homme néopunique , qui figure dans une inscription latine d'Afrique sous la forme de Bahat{us). Dans les textes libyques, il est écrit ria. Le nom de femme yiDD est aussi d'origine libyque.

xVs; nnVcD^ses nobles maîtres». nn'jDD est pour riD^DD, mot qui revient dans l'inscription d'Eschmounazar comme l'opposé de nCHD oix «homme de la plèbe». Une confusion entre M et r a aussi lieu dans tDjH pour rn:n.

S 19. LA XCV* PALMYRÉISIENNE^.

Cette inscription est gravée sur une pierre d'autel, trouvée dans le cimetière musulman de Palmyre. M. de Vogué la transcrit de la manière suivante :

<m)3y Knsna Ni"»y >- xn'*?

(nna xiVia ^mn loiS ddx3

En 1 honneur de la fontaine bénie!

Consacré par Boiana, fille d'Azizou, fils d'Azizou, fils de Seeila, purifîe'e de deux malédictions.

Accompli de sa main.

' Voir mes Etudes herbèret, i" partie, Joum. a», février-mars 187a, p. 106. - Vogué, Sj/ne cenfrafe, p. 65.

A propos de la fontaine mentionnée dans celte inscription , M. de Vogué fournit un renseignement fort important, qu'il sera utile de transcrire en partie : « La fontaine bénie est sans doute celle qui est nommée ÈÇixa. dans une inscription grecque (/. G. A5o2), et qui est à l'entrée de la ville; elle est sulfureuse, et, sans doute, recevait un culte à cause de ses vertus médicinales. Elle avait un curateur, sti ifxsltjrïjs, ainsi que nous l'apprend la même inscription, et cette charge impliquait quelque fonction sacrée, car le titulaire se dit choisi par le dieu Jarhibol. v

Bien que l'identification de la fontaine bénie de notre document avec l'Ephca ^ des Grecs me paraisse hors de doute, j'hésite pourtant à admettre que cette fontaine ait été l'objet d'un culte à Palmvre : un semblable culte ne se rencontre nulle part chez les Sémites. Si, au rapport de Zosime [Eistor. I, 58), cité par M. de Vogué, les Palmyréniêns consultèrent la source Aphaca (==Ephca) avant leur guerre avec les Romains, l'oracle n'était probablement pas censé venir de la source même, ni d'une nymphe qui y résidât, mais du dieu Jarhibol, Viam'' w Lune-maître ?) , c'est-à-dire Lunus, dans le ressort duquel se trouvaient les fontaines et les bassins d'eau, et cela peut-être moins par cette spéculation un peu abstruse, que la lune est r un principe humide » , mais par cette observation toute naturelle que le phénomène de croissance et de décroissance périodiques est commun à la lune et aux bassins d'eau. L'assimilation entre tout à fait dans les habitudes des Sémites, et l'auteur du Cantique a déjà employé l'image du «bassin de la lune 35 (liiDn ]3K, vu, 3) dans sa description de la bien-aimée. Cette réflexion rend probable que notre monument était également consacré au dieu tutélaire de la source bénie, et non pas a la source elle-même ; un examen attentif de

' Le mot Ephca, ou Aphaca, représente la forme sémitique p^DN trruisseau, sources ; de là le nom de ville pDX , près du Liban.

notre texte confirme ce sentiment et nécessite certaines modifications dans l'interprétation des termes les plus difficiles.

Voilà comment nous proposons de lire et de traduire cette inscription :

(nna mhM imn l'iOibpDNs

Au Maître de la fontaine bénie. (Ceci a été) fait, avec deux altisoirs, par Bolana, fille d'Azizou, lils d'Azizou, fils de Scheila, qui a été guérie par lui.

Les remarques qui suivent expliqueront les mots les plus importants de notre texte.

xnb. M. de Vogué met le mot Kn en connexion avec le verbe N~i «rendre grâce, louer», et obtient ainsi un substantif « objet de louange, honneur». Cette étymologie, déjà un peu forcée, rencontre un obstacle sérieux dans le i qui suit le 1 et qui doit être radical. Je considère Nil comme l'état emphatique de n, correspondant au ji arabe et signifiant :<: maître , propriétaire ». On sait combien les composés avec n sont fréquents dans les dialectes de la Palmyrène et de la Nabatène : rjDi?-n, ns^nm, xi^-n, etc.; d'un autre côté, la signification de plusieurs termes de ces dialectes prend souvent une tournure arabe : les exemples abondent dans l'ouvrage de M. de Vogué. Le maître de la fontaine bénie est précisément le dieu Jorhibal , une des grandes divinités de Palmyre.

Le groupe de huit lettres , au commencement de la seconde ligne, est décomposé par M. de Vogué en deux mots : ddn3 \^t> ; le mot DDN serait l'équivalent de l'hébreu D'^'K « faute » et «sacrifice expiatoire», le second terme yû^b serait à ponctuer ]i2f? «malédictions, maléfices», et ces deux mots ensemble signifieraient ainsi : «purifiée de deux malédictions ou

de deux maladies w. Les difficultés de cette interprétation n'ont pas échappé à M. de Vogué, aussi ne l'a-t-il donnée que faute de mieux. Je pense qu'on peut sortir de cet embarras en prenant la quatrième lettre pour un p au lieu d'un D, et en formant du groupe entier le mot pibpDNn. Le 3 initial signifie «avec, ensemble avec», et le substantif ^tûlbpDN transcrit le terme grec a-xdXsvOpov, qui désigne un instrument pour tisonner, pour remuer le feu. En faisant bâtir l'autel , la donatrice a aussi fait faire deux attisoirs de métal pour remuer le feu sacré et pour arranger les tisons à demi allumés. Notre texte jette pour la première fois du jour sur l'expression phénicienne d:u?î< di"ini în naiD figurant dans la xxxvnf inscription de Citium, ligne 2-3, et signifiant «cet autel et deux Dnx». Le sens du mot anx est resté obscur jusqu'à présent; le parallèle du U2^ii Dl")K avec notre |mn pi'ppDN conduit à penser que sous DiiN il faut aussi entendre un instrument pour remuer le feu , un attisoir, et, en effet, la racine T)K, qui se trouve à l'égard de l'hébreu niN ("'")n) comme la forme moabite ijy en face de l'hébreu nay ("^^li?), signifie « arracher, sarcler», ce qui est aussi la signification primitive du verbe ■ grec a-KoXsvco, dont dérive le substantif a-xdXsvôpov.

iVibls, apocope deN:2?'7l3, «Bol(Ba'al)a répondu, exaucé», nom d'homme et de femme à la fois.

Kb'iKî:; répond au nom hébreu htap «demandé».

nn"" b:f niDbvH '<i « qui a été guérie par lui » , c'est-à-dire par le dieu tutélaire ou maître xn de la source. Gomme on le voit, la forme masculine mT*, qui figure dans le texte, est exacte et ne nécessite pas le changement an"», supposé par M. de Vogué. Le verbe d'jun, comme ^\ en arabe, signifie Ksalutem, pacem et incolumitatem ingressus est»; c'est dans cette acception qu'il est employé dans le Targum de Job, ix, /i 1 : n^)pii] n>nib ^p\>ii ]D.

' Cet articie, ainsi que la plupart de ceux compris dans ces Mélanges, a été

A la fin de cet article, qu'il me soit permis d'ajouter quelques courtes observations sur d'autres termes diCQciles qui figurent dans les inscriptions araméennes publiées dans le grand ouvrage de M. de Vogué.

1. (Palmyr. I, i. A, p. 5.) M. de Vogué a laissé l'avantdernier mot sans explication : la copie est pourtant très-distincte, elle porte laD^ca. En faisant abstraction du 3 initial, (jui signifie «dans», on obtient la forme laD'jc , qui rappelle aussitôt le SaXafx^w des auteurs, qu'Hésycbius déclare être le nom d'Aphrodite chez les Babyloniens. La locution hVd i^dVd^ paraît donc signifier «en tout amour, avec un zèle sympathique», ce qui est rendu en grec prosaïquement par 'sravTt Tpo7r<^. L'apparition de Salambo dans notre texte et sous la même forme que chez Hésychius rend impossible l'identification avec Sala-ummu (Sala-mère, épouse de Bin). proposée par M. Fr. Lenormant (^Commentaire de Bérose, p. 96).

9. Le texte offre un nom propre NCnDN (Palmyr. Il, 1. 2 , p. 6); formé comme xcn'jx, NwDTi; mais, comme la version grecque porte A[xpi(Tix(ju70v , M. de Vogué a pensé qu'il fallait corriger nc/"idx en KCTDunDN. Je crois que la leçon de notre texte est exacte et démontre que ne? était synonyme de jcod;? «soleil»; ceci confirme le témoignage d'Hésychius, suivant

communiqué à rAcadémie des inscriptions el belles-Ieltres vers le commencenoent de 1872 (je n'ai pas sous ta main les Comptes rendus de l'Académie); je suis donc heureux d'apprendre, par le nouveau travail de M. Praetorius(jBei<ràge sur Erldàrunghimj. Inschriften, 3" Heft), que M. Ewald a déjà avant moi pris le verbe D?C7N dans le sens de r guérir n. Les objections de MM. ÏNôldeke et Praetorius ne peuvent pas prévaloir sur le témoignage de la vereion chaldaïque que j'ai citée. Nalurellement le suffixe masculin de mi^ se rapporte à NTî, qui représente l'état emphatique de M «maître, propriétaire»', car l'assimilation de H'I avec le syriaque Nj^l «démonn , proposée par M. Praetorius, est inadmissible, par cette raison que les daevas des Perses sont toujours des génies malfaisants, tandis que. dans notre document, il s'agit d'une guérison. M. Praetorius n'est pas plus heureux dans son interprétation du groupe commençant ligne a , qu'il lit jîSwD DN3 «ïur Heilung von zwei Verwùnschungen , » où DN remplacerait 1CX. et le 3 serait «eine Art von 3 pretiin ! (Note de i ^7^1. )

— lOA —

lequel le soleil se nommait, chez les Babyloniens, Saos, SacJs, rfkios, Y^aëvldovioi. De nombreux indices nous font penser que les Babyloniens des auteurs grecs ne sont autres que les peuplades araméennes de la Syrie orientale qui parlaient un dialecte à peu près identique à celui de Palmyre.

3. Le nom propre N:n (Palmyr. III, p. 7) hwwévs semble être contracté de N'Jma «doigt 55; ]h est aussi un nom hébreu.

M. de Vogué lit V^d^dV (phn DpNi t^et accomplit des consécrations à Malakbel, etc. 55 La copie montre une lettre effacée avant (|D)-in; il faut probablement lire (pj'^nlD) npNi bi^b'ûb «et éleva des chapelles à Malakbel, etc.» Le mot KnD"inD se trouve dans la 2° inscription de Pouzzoles^.

h. Le mot ma (Palmyr. VI, p. 12) est pour iiid «dommage, préjudice», de nxj, usité en hébreu au piel. "iNi avec le sens de «abîmer, détruire». Le sens de la phrase entière est «pour leur avoir épargné un dommage, une perte de trois cents anciens deniers d'or».

5. Les mots pHT^D p (Palmyr. VIII, p. ili) n'ont pas été expliqués par M. de Vogué : j'incline à y voir une faute du graveur, au lieu de pnD"'3 ]D «de leur denier».

M. de Vogué traduit la phrase N^nVx Dmi nbxd) ^DU ip'^b K"'iî3 ainsi : «en l'honneur de Shemesh et d' Allât, et à cause de sa piété envers les dieux bons ». La difficulté de cette construction est manifeste; l'agencement de la phrase devient naturel quand on reconnaît dans am un nom propre de Dieu «en l'honneur de Schamsch, et d' Allât, et de Rahem, les dieux bons».

6. Un mari érige une statue à sa femme, nn^D ''i (Palmyr. XIII, p. 16). M. de Vogué traduit ces mots en doutant par «après sa mort»; cependant le mot n'\]>'<b «en son hon-

' Voir l'explication de M. Renan {Journ. asiat. octobre 1878, p. 368 et suiv.).

neur», sans aiDWi, qui suit immédiatement, montre que la femme était encore en vie. Je traduis nnbD "T «parce qu'elle a été bonne». hVd est l'arabe ^w« t^bona, scita, elegans fuit res».

7. Les lignes 4-6 (Palmyr. XV, p. 17) sont à traduire ainsi : «et en amenant ici (ndV \"in) les légions, plusieurs fois, pendant qu'il était préfet du marché, et il fit épargner beaucoup de fourrage et administra la cité avec douceur w. \"ix est pour T^'^a, à prononcer ""rN. Au lieu de psî il faut lire pnî^ «fois»; une inexactitude d'un autre genre est l'orthographe ]^nn au lieu de pxm = l'hébreu W^a^i «herbes, fourrage». "iDy répond à l'arabe ^U «cultus et habitatus

j locus». nTi''D2? est l'adjectif arabe *^-ff^ «taciturne, trani quille » , affecté de la désinence adverbiale n"» , ou plus commun *l r"'N. Le graveur de notre inscription était, comme on le voit,

un homme illettré. J 8. D-ibi' (Palmyr. XXX a, p. 89), comme l'hébreu nb^, a I aussi la signification de «garçon, domestique». I 9. L'expression bin (Palmyr. LXl b, p. 46), qui accompagne si souvent les noms des morts, revient dans le Talmud et s'emploie comme une exclamation de regret.

10. Le nom Kpbn (Palmyr. LXVII, p. ho) peut être rap- ■' proche de l'ancien nom moabite pbs, et cela avec d'autant plus

de vraisemblance que le nom de son père "1&2 revient aussi dans nos inscriptions sous la forme K"iS2î.

Le nom xipm: signifie «le dieu Nebo a destiné».

11. L'épithète 2S3 3^CD (Palmyr. LXVIII-LXIX, p. 49) I '[uivaut à l'expression de l'hébreu moderne 31îd Sîd, en phénicien Dr: VîD (Vogué, Mélanges, p. /io), «bonne fortune»; 3">DD (=2"'î:d) est l'arabe «^^.Af*^ «fortune».

^ La correction de p3T en p3î, aussi bien que le sens du verbe nn?D, a déjà élé remarquée par M. Derenbourgen 1869 (Notes épigraphiques , p. 96,97 du tirage à part). (Noie de 187/1.)

19. n3:T (Palmyr. LXXI, p. Sa) est mis par inadverlance pour naiJ ^eWe a voué».

i3. Le nom ND")n (Palmyr. LXXV, p. Sa) est contracté de NST^a «Bel a guéri»; il est à prononcer Berrapha. La formCi NDnn = NDT'713 se trouve au numéro 109 '. |

ili. Le mot ïs«:Dm, dans la locution sî3îd NîiDm (Palmyr. LXXXVI, p. 60), signifie seulement «dieu, divinité», et remplace le terme commun anha. Cet usage se rencontre aussi dans la liturgie juive et chez les Sabéens, où on lit ÎjDn[n] l'DDni (Hal. 63) «les dieux célestes», mot à mot wles miséricordieux qui sont dans les cieux».

i5. Dans la locution «l'im N2t: (Palmyr. LXXXVIII, p. 60),

le mot KT^n répond à l'arabe j^^ et bon, gracieux».

16. Le nom "iiîNbian (Palmyr. GUI, p. 68) montre, dans son premier élément, "îian, la forme araméenne du nom de Babylon, forme passée dans le htxëvXcov des Grecs, ce qui semble indiquer que les Grecs ont appris le nom de cette ville par les Araméens, non par les Phéniciens, chez lesquels la prononciation hébraïque Babel, Babil, paraît avoir été en usage. Le nom entier paraît répondre à une forme assyrienne ■)DNb33, ou nsxbna, signifiant probablement ç^ Babel-protége».

§ l3. INSCRIPTION NABATÉENNE D'OUM-ER-RODSÂS.

Celui qui veut se faire une idée du progrès de l'épigraphit nabatéenne n'a qu'à lire la savante note de M. Renan , qui vien de paraître dans le Journal asiatique , 1873, p. 3i3, relatif à deux inscriptions nabatéennes que de célèbres orientalist allemands ont étudiées il y a quelques années. M. Renan] surmonté la plupart des difficultés qui arrêtaient ses devï ciers et les empêchaient de se rendre compte de la construl

' Cet exemple décide en définitive contre l'opinion de M. Nôldeke , qui cona dère ND")IJ comme composé de ")3 «fils?; et de ND.

lion (le la phrase et du tour général du document. Au milieu de ces lignes si claires , il reste à peine deux ou trois points obscurs qui font désirer de nouveaux éclaircissements. La présente note a pour but de réduire, autant que possible, le nombre de ces expressions obscures, et de relever certains renseignements que ces textes, désormais intelligibles, fournissent à l'étude du sémitisme.

MinX N31DCX

-Ceci est le inonunient de ^\bd-Malkhou , lils de 'Obeisou , le strat^e , que lui a fait lamerou, le stratège, son frère.»

Cette traduction ne difiere de celle de M. Renan qu'à pro-

j- 3 du commencement de la troisième ligne, qui est très-

I fruste sur la pierre, d'après ce qu'on voit par la photographie

j jointe à l'article précité du Journal asiatique. Je pense que la

I lecture iziMi ne satisfait pas entièrement.

En effet, les langues sémitiques emploient ordinairement la forme simple du verbe, quand il s'agit d'une œuvre exé-

Icutée par l'ordre de quelqu'un; les preuves abondent à chaque page de la littérature et de l'épigraphie de ces peuples. Puis , comment admettre ici une forme hafel, dont les autres textes nabatéens ne montrent aucune trace? Le causatif est en na- ! batéen toujours Si'DK, avec aleph préformatif en accord avec I les autres dialectes araméens. Enfin , quelle que soit la forme du verbe I2:r, elle ne dispensera pas le relatif i d'avoir un ! yod final, comme c'est l'usage constant du nabatéen'. Il parait { donc plus simple de lire lay n .

K Palmvrn on trouve quelquefois lUVl pour (132? ^1 , par exemple au n" 1 07.

Les noms propres contenus dans notre texte sont nouveaux. Le premier, is^D^nny, signifiant au propre «serviteur d' Malkhou» est l'analogue du nom sabéen bxamc^'iay rs'^Abd- Schourahbêl, serviteur de Schourahhêl». Il démontre d'une manière évidente que ses homonymes hébreu et arabe ?^T2~itj

et »iU l! «xa* ont un nom propre pour second élément, car le 1 final de id"?d le caractérise comme tel; on ne saurait donc traduire ce nom par «serviteur du roi», il faudrait pour cela

L'autre nom propre nDii"", du verbe "iDj; «servir», a sii contre-partie dans le nom de femme iDyn (Vogué, textes nabaléens , n° 3 ). On peut voir dans ce nom l'original de celui de lafx^pifs (II Thim. m, 8); l'autre nom, lavvai, se réduit également à la forme nabatéenne et hébraïque "':y">^

§ l/(. PREMIÈRE INSCRIPTION MRATEENNE DE PODZZOLES.

L'inscription nabatéenne de Pouzzoles, l'ancien Puteoh, que M. Gildemeister a retrouvée à Naples et publiée dans la j Zeitschrift de l'année 1869, a été reprise par M. Levy, et tout | récemment par M. Renan. Chacun de ces savants a fait faire j à la lecture des progrès rapides, et cependant l'interprétation | de ce texte laisse encore plus d'une lacune à combler. Cela | provient de la mutilation de quelques lettres au commencement de la première et de la dernière ligne , mutilation causée par la cassure de la pierre. La conviction que la dernière ligne visible a perdu quelques lettres à droite m'a fourni le moyen de reconnaître la nature du groupe composé de six petits caractères que mes devanciers ont considéré comme formant la quatrième ligne. J'espère que le moulage de cette inscription. que M. Fiorelli a envoyé à la commission du Corpus inscrip-

' La forme rabbinique ^KJ^ est probablement altérée de ''JJ?^.

tionum semiticnrum , confirmera celte conviction, et fera ainsi disparaître la principale difficulté que présentait ce texte.

\ous prenons la lecture de M. Renan pour point de dé[)art <li' notre recherche.

"•T x^'pDa nn n(T)

^- K'iun''? iD-'D "«in

•nb X ri:[e?3] [1Î33: iVd nm]

Le sens général de l'inscription est clair : il s'agit d'une ofide apportée par deux frères nabatéens à leur dieu national, iJusarès; mais ni le molif ni l'objet de cette offrande n'ont pu être déterminés jusqu'à présent. Nous demandons la permission de dire quelques mots à propos de ces questions.

Le nom de Dusarès est suivi de fei particule "«T , qui peut être traduite soit par «de», soit par «qui, lequel». Dans le premier cas, Dusarès serait localisé dans une ville particulière; il s'agirait du Dusarès de telle ville. Un pareil procédé est tiès-usité dans l'épigraphie sabéenne; on y trouve souvent *~-î rvçvhn «Elmaqqahou de Hirrân»; pnnn nnn? «'Attarde \ahraq3; psi 1271^ «Yata^™ de "^Aden??, etc. etc. C'est probablement cette considération qui a déterminé M. Levy à voir, dans le groupe de lettres menues qu'il lisait licbma, le représentant de PuteoU, et à traduire « Dusarès de Puteoli ». Mais la lettre que M. Levy tenait pour un h est assurément un 3, ainsi que M. Renan l'a démontré , et un nom de ville iKima , ou même iicjm , en prenant le 2 comme la préposition e.dans» Dusarès qui est dans "îKim), est inconnu et d'une forme peu iiitique. D'ailleurs, l'analogie que M. Levy a cru trouver is la phrase de la sixième nabatéenne chez M. de Vogué :

inbiii n Dnnn'px n^N"?, n'est pas exacte, car celle phrase ne signifie pas «à Allât, leur déesse, qui demeure dans Salkhad», comme le pensent ces savants ; mais le relatif n se rapporte aux habitants de cette ville, lesquels sont indiqués par le suffixe possessif nn, et il faut traduire ainsi : «à Allât, la déesse de ceux de Salkhad»; mot à mot : «de ceux qui sont dans Salkhad?5^ Dans notre passage, une pareille interprétation est inadmissible , puisqu'il manque le mot Dnnbx . On peut ajouter que la localisation de Dusarès semble contraire au caractère intime de sa formation. Tous les noms propres de dieux qui se prêtent à la localisation consistent en mots simples, ou du moins en des mots qui désignent des idées générales. On comprend fort bien une localisation telle que ZsvsKda-ios, Jupiter Capitolinus, Aphrodite cleByblos, etc., parce que ces noms divins ont un sens général; mais je crois difficilement qu'on puisse localiser un nom propre qui est déjà formé d'un nom de localité; du moins dans les langues sémitiques cela ne se peut pas; or le nom nabatéen aimi est notoirement composé de Niu? n, et signifie au propre <x celui qui habite ou possède la montagne de Schera»; une localisation de ce nom paraît donc peu naturelle.

Il faut en conséquence se décider à attribuer au mot il la signification «qui, lequel»; ce mot doit nécessairement indi-| quer le motif de l'offrande apportée par les auteurs de notre | inscription en l'honneur du dieu Dusarès. Ce motif ne peut! -être désigné sans le secours d'un verbe indiquant ce que i

' L'inscription de Saikhal (Vogué, Syrie centrale, p. 107) doit, si je ne ht trompe, être entendue ainsi qu'il suit : «Cette stèle ([Nn2]2J3) a été faite (con truite) par Rouhou, fils de Mathibbou , fils de Aklabou, fils de Rouhou, en l'hoi neur d'Allat, la déesse de ceux de Saihat, et élevée par Rouhou, fils de Qosaiou i l'oncle de ce Rouhou qui a fait la stèle?;. Je prends DJ? pour l'équivalent de l'arab», Iê «oncle paternel». Je remarque encore que le nom divin V2p parait être m diminutif de yp «fin, terme»; c'est l'origine de la forme iduméenne Ko^é. Il f douteux que notre ''Sp aitquelque chose de commun avec le Zsùs Kdatos des Grei

dieu a ait en leur faveur; mais le groupe iKima ne présente visiblement aucune forme verbale ; il faut donc le laisser de côté et supposer le verbe dans la lacune du commencement de la dernière ligne. On peut suppléer sans un grand effort les mots ]'nb n:2? ou pn"»::?, d'après l'exemple de la cent cinquième palmyrénienne, où on lit, après le nom du dieu, l'expression motivante nnxT nnNC?) n:yn «^(Qariba, fille de Mazabna, rend grâces à celui dont le nom est béni dans l'éternité), qui a exaucé son père et son frère».

Examinons maintenant le groupe formé de petits caractères. Je viens de prouver qu'il n'est pas compris dans la partie qui motive l'offrande. Il doit avoir été ajouté plus tard , puisque l'espace entre la troisième et la dernière ligne n'est pas plus large que l'espace qui sépare les autres lignes. Est-ce le même graveur qui l'a ajouté, et pourquoi l'a-t-il ajouté? Pour résoudre ces questions, il est nécessaire de s'inspirer de ce fait, que le groupe en question est placé au bas de la lettre finale du nom propre iDTi, qui appartient au père des auteurs de l'offrande, et l'on commence à soupçonner qu'il a paru sans doute utile d'amplifier la généalogie du père, de crainte qu'on ne le confondît avec ses nombreux homonymes , car le nom Teimou était très-commun chez les Nabatéens. En effet, quand on regarde ce groupe de près, on s'aperçoit qu'il se compose de "13 «fils» et du nom propre *^f:^, qui est très-fréquent en sabéen, avec ou sans mimmation, Hùn ou dXjH (Hal. 3, a; 5 7 y, I, etc.), et qui se rencontre dans une incription grecque de Hebrân, sou^ la forme ENOT (Wetzstein, Ausgewàhlte Inschrijtm, n° 200,4, p. 82/1). Il y a donc lieu de lire ix:n ^3 «fils de Hanou».

11 reste encore à éclaircir la question relative à l'objet que

les deux personnages voulaient offrir à Dusarès. MM. Gilde-

! meister et Levy lisent x-ibo: nn «ce sont des nobles de Ga-

mala», en vovant dans xi^Dj un dérivé du nom de la ville de

Gamala, quoique la signification ordinaire de «chameau s'impose à première vue. M. Renan lit N'i^DJ nn et reconnaî dans le premier mot le nombre « deux » , mais se refuse provisoi rement à attribuer au terme N'''7Dj le sens de « chameau », et c n'est que sous une grande réserve qu'il songe au sens de l'hé breu boj, biDJ, et le compare à l'expression grecque ev^o-pi clïipia.. L'embarras des interprètes provient de ce que l'ofFrand de chameau à Pouzzoles est peu probable et presque impos sible. Cette considération est assurément très-juste; mais este une raison suffisante pour détourner le mot N'^Vd: de sa signi ficalion ordinaire? Je ne le pense pas. Je ne pense pas noj plus qu'on puisse ébranler en quoi que ce soit la lecture de trois lettres précédentes nn, comme l'a établi M. Renan. L difficulté disparaît quand on admet que la partie supérieur) du monument montrait primitivement le dessin de deux chameaux. C'est à ce dessin que se rapporte le démonstratif rr «ceci». Les chameaux n'étaient pas destinés à être immolé dans le temple arabe de Pouzzoles, s'il en existait un, mai: dans celui de la ville d'Arabie où demeuraient les auteurs d( l'inscription. Il ne s'agit donc pas d'une consécration immédiate, mais d'une simple promesse dans le but d'attirer sui eux la faveur du grand dieu de leur patrie ; voilà pourquo les auteurs de notre texte ont employé le verbe 3~:, qui signifie «promettre».

Voilà comment je propose de lire cette inscription •

"•" N"'bD3 ■'■)ri m

••1 NIC?")-'? iN:n "in idti na

[1Û3: iVd nm]

«rCeci (représente) les deux chameaux que Zeid et Abdelgé, lils (

Teimou, fils de Hanou, ont promis à Dasarès, qui [les a exaucés]. L'an 90 de Ha[rilhalh, roi de Nabatène].»

Ces personnages étaient, suivant toute vraisemblance, des étrangers de passage à Pouzzoles dans l'intérêt du commerce; cela explique la manière de dater par les années du règne de Haretat . employée dans notre texte ; car les Nahatéens domiciliés à Pouzzoles devaient naturellement faire usage de l'ère romaine ^

Un mot au sujet du nom ichmz^. Ce nom revient encore dans la troisième nabatéenne chez M. de Vogué, et signifie - serviteur du dieu Gê ». Le mot xa est sans aucun doute identique à l'hébreu K^3 , ffs « vallée » : il est l'origine du nom de la ville appelée Gaia par les auteurs classiques, laquelle était située au bas de la montagne de Petra et à l'entrée du wadi Raqam. Les rabbins appellent Petra nxj d]?*i, et l'assimilent à Qadesch Barnea du Pentateuque; la prononciation Gê se trouve chez Etienne de Byzance, ar. Téa. Le dieu Gexa était l'éponyme et probablement le protecteur de la ville nabatéenne Gaia ou Géa (aujourd'hui El-Djt c^). Cette considération permet aussi de présumer que le nom de l'autre divinité nabatéenne, écrit tantôt xa, na, tantôt xn, nn, provient d'une forme NT) , iT'ts = K"»yîD, lC"»yn « errant »; on trouve aussi la forme inp , vnî3, et même rno ; il rappelle le nom de la tribu "^ et les Tavvoi des anciens géographes. Les récits talmudiques mentionnent souvent cette tribu sous le nom K"'"'2 ou «"«ya , qui dérive du verbe n>c serrer», et convient très-bien aux nomades; on sait que les Tarivoi appartenaient aux ^apaxv'voi , c'est-à-dire à la fraction du peuple nabatéen qui menait une vie nomade. Cela explique le fait rapporté par les auteurs musulmans, que les noms propres composés avec^i étaient fréquents chez les Tay,

^ Cette inteq>rétation a été commaniqaée par moi à M. Renaa. et, quelque temps après, j^ai appris avec plaisir que le savant académicien Tavait entièrement adoptée. ^Voir Joum. atiat. octobre 1878, p. 383.)

et, en effet, les inscriptions nabatéennes offrent beaucoup de noms de cette formation, comme N"ic;-n, iSDS-m, ns^n-n, yiDS'n. Une autre preuve que les nomades dont parle le Talmud étaient bien nabatéens résulte d'un bon nombre de phrases qui y sont citées et qui sont en araméen.

De toutes ces considérations il ressort avec évidence que l'origine himyarite, attribuée par les écrivains musulmans à la tribu de Tay, ne mérite aucune confiance. Il y a même lieu de penser que la confusion des Arabes à propos des Tay a servi de point de départ aux compilateurs de la liste des rois d'Himyar pour y mettre plusieurs noms composés avec le relatif ^i, comme Dhou-Nowas, Dhou-Scharh, etc.,, noms qui s'écrivent tout autrement dans les inscriptions sabéennes; de même , le nom nabatéen "lîDi' figure souvent dans les listes que je viens de nommer, tandis qu'il ne se rencontre jamais dans les textes de l'Arabie méridionale. Quand on pense à ces erreurs si grossières des annalistes musulmans, on est bien étonné de voir qu'il y a encore des savants qui croient pouvoir contrôler, à l'aide de la tradition arabe, les données de la Bible et celles des auteurs classiques. J'avoue même que, à mon avis, il n'est pas encore tout à fait certain que le royaume de Ghassan et peut-être aussi celui de Hira aient eu une origine sabéenne, comme l'assurent les historiens arabes. La présence de poètes arabes à la cour de ces souverains ne prouve pas même que la masse de la population parlât l'arabe proprement dit. Quant aux poèmes attribués à quelques-uns des monarques de Ghassan et de Hira, je n'hésite pas à déclarer qu'ils portent tous les caractères d'oeuvres apocryphes. Les Arabes n'ont-ils pas attribué des vers aux souverains de Saba et même aux plus anciens d'entre eux? Pour le royaume de Ghassan, du moins, j'incline à le croire constitué par l'immigration en masse de la tribu des Tliamydeni ou Thamoud, ce qui expliquerait la disparition soudaine de ce peuple du territoire de Hedjr ou Ma-

dâïn Sâlih; mais la discussion de cette question intéressante doit être réservée pour un article ultérieur.

S l5. INSCRIPTION NABATÉENNE D'EZRA* *.

M. de Vogiié dit à propos de cette inscription : r Ce texte est d'une extrême difficulté et a résisté à tous mes efforts: je n'ose en donner l'explication. Je ne reconnais que le nom propre "jKam, Wahabel, au début, et quelque mots épars, tels que j^Tin «deux», au féminin, à la troisième ligne.»

En m'aidant des jalons posés par M. de Vogué, je crois être parvenu à déchiffrer complètement cette intéressante inscription. Voici comment je propose de lire :

-T\h X3ÎD'? 13^ 1TK3 n3 T

■'':3î ]^mn pai nv

VVahbêl de Schihari , fils de Bazou, a fait (ceci) en rhoimeur

ilu (dieu) bon. pour sa vie; car déjà deux fois il a disparu au fond du Ml , et le dieu l'a sauvé.

n.T'C? est un nom de tribu, dont le dieu éponyme me semble figurer dans le nom d'bomme nnïybiX'QiJ, qui signifie «corps du dieu Schihari». Le mot "jK est l'équivalent de Vk «dieu», et non l'article arabe.

T*}*. Il manque une lettre au commencement de ce mot; le S' même n'est pas très-sûr.

1W3. Le î est douteux.

mtch «au dieu bon». Les lettres 3î3 sont effacées en partie sur la copie de M. de Vogué: la lecture du mot me paraît néanmoins très-probable.

' Vogné, Stfrie centrale, p. 12 4.

— IIG —

nrnV :?pour sa vie» diffère peu de la formule ordinaire nvn bv.

pDl «car déjà», La particule l motive la consécration. ]12 est composé de la particule de comparaison D et du pronom démonstratif p. En hébreu, le ht seul comporte l'idée de «déjà», surtout devant les noms de nombre (Genèse, xxvii, 36; Nombres, xxii, 28); de même TI'ï* en éthiopien (Dillmann, Gr. Mth. p. 383).

l'ijaT pmn « deux fois ». pj3î est un provincialisme pour pjDî ; ce mot est traité ici comme un nom féminin.

••isriK. Voir Etpeel, de la racine NjD, liD «se retirer, se perdre de vue, disparaître». ■

mn, apocope de mnn = nnn «au dessous».

IN"», la désignation du Nil, identique à l'hébreu iNi et à l'égyptien Yarou.

nb :iw rret il (le dieu) Ta sauvé», construction connue dans le chaldaïsme biblique , par exemple : '7X"'jib 3"»?*^ n (Dan. VI, 28, etc.).

L'auteur de cette inscription s'annonc» comme ayant fait un ou plusieurs voyages en Egypte , pendant lesquels il 'lui est arrivé de tomber deux fois dans le Nil et d'échapper à la mort comme par miracle.

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