IV. Mo Jtid
^ ?ioL sur la Gen., 1. 1, c. m*
ET D£ LA M£A ROUGE. i07 cîlessa^ d'Abraham et de ses conlcmporains, témoins du désastreux phénomène, a Les cinq rois ligués eontre la Pentapole, ditril au xiv* chapitre de la Genhe*, réunirent leurs forces sur les lieux mêmes où se forma depuis la mer salée. » Elle n'existait donc pas * avant celte bataille : Vallée da Bm$ à cette époque, eifn$r Salée lorsque Moïse écrivait, presque sur les lieux, les circonstances d'un changemeni dont la mémoire était encore vivante.
Sur quelles données M. Letronne, apràs l'eiamen du texte de la Genhe^ a-l-il donc pu dire, comme je le vois dans l'article en question, que le récit de Noîse est tout à fait compatible avec l'existence antérieure de la mer Morte? Je n'ignore pas que certains commentateurs, en très petit nombre, admettent, pour tout concilier, qu'un lac de peu d'étendue aurait pu se trouver anciennement au nord de la vallée, vers le point où le Jourdain a aujounl hui son embouchure. Mais tous s'accordent à r^arder le vaste bassin du lac Asphaltîte comme creusé par le feu du cid qui consuma cette terre coupable. J'avoue, monsieur le directeur, que cet accord imposant d'autorités si re^ectables a plus de valeur à mes yeux que tout le commentaire de M. Letronnc.
Mais laissons de côté la question historique, et suivons un instant les considérations sur le fait géogra-
> Gen., c. m, t. SS.
108 BASShNS DE LA MER MORTE
pbiquealgëologiqae, diaeuté aiFecle plus grand soin dans la disserlalion qui nous occupe.
Avant la conflagration et la ruine de la Pentapole (bornée au nord par la plaine de iéricho, au sud par rOuadi-el-Araba, à Test et à l'ouest par U double
chaîne des monls d'Arabie et de Judée), que devenaient. les eaux qui Yont se perdre aujourd'hui dans h mer Morte? — Tel est, en peu de mois, le véritable point de la difficulté; telle est aussi la question que M. Letronne se propose.
Les observations faites depuis quelques années, par Seeteen en 4805, par Burckhardt en i812, par Bankes en 1817, avaient constaté l'existence d'une vallée longitudinalci qui s étend à peu près du nord au sud, entre le lac Asphallite et la mer Rouge. De ce fait bien établi, Burckhardt conclut sans hésiter que les eaux du Jourdain et des torrents qui l'avoisinent, quittant la vallée où elles s'arrêtent maintenant, sui* vaient autrefois leur cours jusqu'à la mer Rouge, où ce fleuve aurait eu son emboucliure avant la destruction de la Penlapole. Mais, k cette époque désastreuse, le terrain calciné dnns une immense étendue' dut s'affaisser; et les eaux remplissant ce vaste bassin où s'étaient englouties les couches supérieures, s'étendirent librement dans la vallée, jusqu^à ce que la surface fût assez grande pour que l'évaporation égalât le
* Gen», c. lu. t. 85. — Strab., c. ifii. — Jos. — Wû„ 61 Ifitt.
Oiail
ET DE LA MER R0U6B. m
tribut moyeD des oounuits qui se jettent dans le lac Asphaltile.
Cette opinion si naturelle avait ol)lcnu rassentiment de tous les géographes. Elle était nouvellement oonfirméepar le Toyage de M. de Laborde \ dont les re» eherebes bien circonstanciées sur la constitution physique et géographique de cette région, ne laissaient plus de doute à l'égard de son état primitif. Car ce n*esl qu'après aToir parcouru TOuadi-eUAraba jusqu'à environ vingt-cinq lieues au nord de la mer iiouge que œ dernier voyageur a cru de? mr placer sur sa carte Tancien cours du Jourdain dans l'encaissement des montagnes qui bordent cette vallée.
Malgré ce concert unanime d'observateurs aussi ju* dideux que désintéressés, H. Letronne ne saurait croire que le lit du fleuve ait jamais été tel qu'on le suppose. Ët même, chose fort étrange, il puise les motife de sa noovelle conviction jusque dans la carte de M. de Laborde. Il y distingue avec une merveil- * leuse précision, et les nuances de niveau, et les diversités de direction des embranchements secondaires, qui doivent élaUir son opinion contradictoire. L'Ouadi, vers le tiers de sa longueur, serait divisé en deux versants par on $aulivement que Tillustre professeur dit être contemporain du système montagneux qui lenvironne. 11 en conclut que les eaux se partageant
* VoirTextraU de ce voyage, qui a rapport au coun» du Jourdain, daus
Vnûùt fM iM Atmûln mà piAfié, (mmér» 48, t. VIII, p. 4S5).
110 BASSINS BB LA MBR MOETB ^
pour déboucher dans les deux mers, les courants de la partie nord ne purent jamais se diriger Ym la mer Rouge, et que, par conséquent, le lac Asphaltite n'a ]^sciulemfnent l'origine qu'on lui suppose.
Il est fâcheux, pour le succès d'une si heureuse découverte, que le côté occidental de l'Ouadi soit resté enblnnc par l'inadvertance de M. de Laboi dc; encore quelques traits, et M. Letronne nous assure que son «Aservation en aurait acquis un degré de consistance qui, j'en conviens, serait loin d'être inutile. En effet, monsieur le directeur, n'esl-il pas bien étonnant que notre voyageur ait relevé du côté de l'est, avec une enetitttde si favorable aux nouveaux aperçus de M. Letronne, le lit de tous les embranchements des vallées secondaires si^r plus de la moitié de l'Ouadid-Araha, sans remarquer sur les lieux mêmes les difficultés insurmontables que ce dernier découvre sur la carte avec tant d'évidence ? £t si M. de Laborde les avait reconnus aussi clairement que son travail le suppose, comment a-t-il oublié la part des lois hydrosta- • tiques, au point de tracer l'ancien cours du Jourdain dans tout le prolongement de la vallée principale?
Ce n*est pas tout encore : Burckhardt lui-même, en traversant le désert à l'est de l'Ouadi , a vu , dit M. Letronne, tous les courants au nord du point qui sépare les deux versants se diriger vers la mer Morte ! — S'ensuit-il, comme on le dit dans la dissertation, que : « La masse des eaux y subsiste depuis une épo-
ET DE LA MER ROUGE fil
que géologique dont il est impossible d'assigner la date absolue? » Burekhardt élait loin de le penser,
puisque la conslilution physique de celte rc^gion ne l'a pas empècbé d'émettre, sur les lieux, une opinion eonfirmée par les voyages postérieurs, et adoptée de tous les géographes, le soulèvement de l'Ouadi parnît donc, lorsqu'on en juge d'assez pr ès, n'avoir été qu'un obstacle insuffisant au cours du fleuve, avant Taffaissement du sol de la Pentapole, ou bien encore une conséquence naturelle du mouvement volcanique qui diangea la face de cette contrée.
De bonne foi, deux témoignages^ d*aillenr8 si bien accrédités, ne suffiraient-ils pas au besoin pour infirmer les conclusions que le savant professeur tire, avec assez de défiance, il est vrai, pour craindre qu'elles ne paraissent paradoxales. On pourrait dire, ce me semble, sans les traiter aussi sévèrement, que, bien ccmsidérées en elles-mêmes, elles ne sont pas inattaquables.
Les changements survenus dans la vallée dcSiddim, si nous les rapportons conformément à Topinioa générale, au terrible désastre décrit dans la Genke ^ ces changements, dis-je, n'ont pu s'opérer sans bouleverser le sol, et même avec une évidence qui n*a rien de comparable dans l*histoire des mouvements volcaniques. £n efîet, il est question au chapitre xiv de
< Ghap. XIX, T. 94 et fabiatt.
• Vers. 10, 5.
ift BASSIN» il LA MER MORTE
plusieurs puils de bitume qu'on voyait du temps de Loth dans cette vallée ; les niMees d'asphalte qui s'élè» ▼enl sans oease du fond du lac et sont ballottées à la surface attestent \ avec le soufre qu'on trouve sur les grèves, que ces subatanees inflamiiiables sont mêlées en proportions pi us ou moins grandes aui terrains qui forment les couches intérieures. Les villes de la Pentapole étaient donc vraisemblablement construites sur des earrièrei 4b Mlume, suivant Tidée de quelques voyageurs modernes'. Or, le feu du ciel qui dévora cette terre coupable, s'étant propagé au loin dans la région *, comment se représenter les seeoasses, les ruptures et les dislocations violentes occasionnée^ dans les couches supérieures par l'action des produits élastiques développés dans Tincendie souterrain et cmprimés par la résistance de la croûte solide?... Est-il donc si évident que l'état actuel de la vallée c< ne saurait dépendre d'un mouvement volcanique local tel que celui qu*on suppose avoir eu lieu lors de la destruction des villes de la Pentapole^? » Des causes, à coup sûr moins énergiques, ont tourmenté la surfine du globe par des changements tout aussi considérables % dans l'archipel grec, en 1707, dans le
« Voir les Toyapours qu ont écrit sur la mer Morte.
* Chaieaub. — Malte-Brun, etc.
> 0. m, S5. — Sirab. — Diodore— I1iiie,elc.
^ V«rhdifMrlatkMi.
* (M09tfeP.d«ll.IfMe]kmliée,p.SO.