DBS ZODIAQUES PRÉTENDUS ÉGYPTIENS
Aucune question historique n'a plus vivement agité le monde savant que celle de Tantiquité des zodiaques représentés dans plusieurs temples de TÉgypte. Pendant plus de vingt années, elle a occupé les astronomes et les antiquaires, les théologiens et les philosophes. Elle a fait naître une multitude de dissertations et d'ouvrages, où les opinions les plus contradictoires ont été avancées ei soutenues avec une vivacité de controverse dont il y a peu d'exemples. C'est qu*il ne s'agissait pas seulement de déterminer l'âge de quelques monuments antiques, genre de discussions qui peut amener des disputes très-vives, mais qui sort
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rarement d'un cercle étroit d'initiés. Les questions les plus graves, qui touchaient, ou qu*on croyait toucher aux opinions religieuses, se montraient derrière la question archéologique. Dès lors Tinlérêt scientifique en devint, pour la plupart, le moindre intérêt. Beaucoup se décidèrent pour ou contre l'antiquité reculée des lodiaques, selon les vues particulières qu'ils voulaient faire prévaloir. Ceux qui, étrangers à toute préoccupation, conservèrent l'indépendance d'esprit nécessaire , furent soupçonnés de se laisser conduire par des motift où la science avait la plus faible part.
Depuis que les efforts heureux de la philologie sont parvenus à démontrer sans réplique que ces représentations zodiacales ont toutes été sculptées sous la domination romaine, elles ont perdu de leur importance aux yeux du grand nombre. Les questions graves qu'on y rattachait se trouvant écartées, l'esprit de secte et de parti a presque abandonné les zodiaques. Mais ils ont acquis une importance toute nouvelle aux yeux des personnes instruites, par les recherches récentes qui établissent la liaison de ces monuments avec certaines idées dominantes k l'époque où ils ont été sculptés dans les temples de l'Égypte.
L'exposé sommaire de ces recherches et des observations qui les ont occasionnées n*est peut-être pas indigne de Tattention de ceux qui aiment à suivre les progrès des sciences historiques.
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Pour qa*on en saisisse mieux la marche etTensmnble, il faut remonter jusqu*aai idées de Bailly et de Dupuis, dont l'influence sur toute cette question a été aussi profonde que durable.
On doit d*abord distinguer dans le xoéUaque considéré comme la bande céleste que le soleil traverse dans sa course annuelle deux notions tout à hii distinctes, et qu'on a presque toujours confondues :
sa division en tel ou tel nombre de parties égales; 2* le choix des fibres quelconques destinées à représenter les constellations placées sur les divers points de la route du soleil.
La division de Técliptique en vingt-sept, vingt^huit, en douze, vingt-quatre/ trente-six, ou quarante-huit parties, peut exister chez des peuples qui n'ont eu entre eux aucune communication ; car toutes ces divisions résultent de phénomènes constants, et partout les mêmes. Tous les peuples ont dû observer que le mouvement rétrograde de la lune, dans le ciel, s'opère en un peu plus de vingt-sept jours, et que la course du soleil est marquée par environ douze pleines lunes. Les uns partagèrent cette route en vingt-sept ou vingthuit parties, les autres seulement en doute, ou en nombres multiples de celui-là. Mais, comme les grou-
4 ORIGÎNB 9BS EODIAQUKS.
pes d'étoiles aflectent rarement des formes déterminées, et comme ces groupes eux-mêmes peuvent être
composés de vingt manières différentes, il est clair que l'usage des mêmes groupes et des mêmes figures, chei deux peujries, ne peut être un effet du
hasard ; l'un des deux les a nécessairement empruntés k l'autre.
Ainsi deux peuples peuvent avoir la même division
du zodiaque, et admettre cependant des configurations différentes. On conçoit encore comment, chez tel peuple, la division quelconque de i'écliptique on de Féquateur a précédé la disposition, en groupes, des étoiles placées dans la direction de ces grands cerclesi et comment, diei tel autre peuple, un certain nombre de groupes auront été formés dans le voisinage de l'un des deux, avant qu'on ail imaginé de les diviser régulièrement Tun ou l'autre.
Ces distinctions, prises dans la nature même des choses, sont confirmées par ce qu'on remarque sur la sphère de plusieurs peuples, où Ton voit les mêmes divisions du zodiaque porter d'autres noms, ou être marquées par des oon figurations toutes différentes. Tels sont les khordehê des Persans, les sou des Chinois, les nakshatras des Hindous, formant la même division du zodiaque en vingt-sept ou vingt-huit parties.
Cependant on ne saurait dire combien d'erreurs et de préjugés sont résultés de la confusion de ces notions élémentaires. Ainsi fiailly» partant du lait, qu'il
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ORIGINE DBS ZODIAQUES. 5
croyait certain, que les Égyptiens et les Chaldéens di- TÎsaient Técliptique en douze parties, en conclut qu'ils avaient le mémefodiaque que les Grecs ; et, comme les douze signes du zodiaque grec existent dans les sphères des Persans, des Arabes, et ont été retrouvés jusque dans l'Inde, il admit comme prouvé que l'Orient est la source d*où la Grèce avait tiré ces constellations. S*il avait redierché d'abord quelle pouvait être l'époque des monuments dont il s*appuyait, il aurait vu sans doute que cette identité pouvait bien ne rien prouver du tout, car il n'en est aucun qui ne soit d'une époquede beaucoup postérieure à Tère vulgaire; rien n'empêcherait donc de croire que ces zodiaques sont le zodiaque grec, que l'influence de l'école d'Âlezandrie aura transporté dans tout FOrient peu de temps avant ou après notre ère. Mais Bailly, qui, sur r autorité de Goguet ^ et d'autres, trouvait jusque dans Job des preuves de l'ezistence du zodiaque*, ne pouvait concevoir le moindre doute sur l'antiquité de cette institution en Orient. 11 ne pouvait sentir la nécessité d'un pareil examen, et il ne balança pas à reporter au delà du déluge l'origine du zodiaque. Naturellement il en donna Tinvenlion à cet ancien peuple de la baute Asie qui , selon lui , nous avait (ouf
' Origine des lois, t.I, p. 413 et suiv., iMit. ilc 1820.
• Hiil. de C Astronomie ancienne, p. 478. Qu'il soit question dans Job de quelques constellations (9, 9 ; 38, 3'2), cela est certain; mais on ne sait pas au juste quelles sonl celles dont il a youIu parler.
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appris, excepté, comme disait d'Alenibert, son nom et son existence. L'autorité de cet éloquent écrivain prépara la ^ie à d'autres hypothèses plus hardies encore.
Un homme d'un grand savoir, d'un esprit étendu et pénétrant, malheureusement peu critique, Dupuîs,
fit remonter l'institution du zodiaque à une époque bien plus reculée encore, fiailly s'était arrêtéà ran4(>00 avant notre ère. Dupuîs ne se contenta point de cette ancienneté, déjà loi L rcspeclablc ; il recula l'époque jusqu'à 43,000 ou 15,000 ans, en la rattachant à l'explication même de chacun des douze signes.
Cette explication ingénieuse n'était que le développement d'une hypothèse indiquée par un grammairien du cinquitoe siècle de notre ère. Dupuis Tadopta, sans s'apercevoir qu'elle appartient à un ordre d'idées étrangères aux opinions de l'antiquité.
On sait que, par suite du contact des Grecs et des Romains avec les nations asiatiques, il se forma un singulier mélange des superstitions de rOccideut et de rOrient. La religion grecque et romaine accueillit , avec une facilité merveilleuse, les cultes étrangers; plusieurs des divinités de l'Égypte et de l'Asie passèrent en Italie et dans les autres provinces européennes de l'empire romain. Des cultes purement locaux prirent une extension nouvelle; les attributions des diverses divinités furent mêlées et confondues ; des superstitions inconnues naquirent; on
Uiymzea by ^OOgle
Yii paraître des symboles extravagants et des images odieuses ou ridicules, résultats de cette étrange cou- * fusion; une foule de monuments et plusieurs des hymnes prétendus orpbiques nous montrent que le paganisme, dans les premiers siècles de notre ère, présentait un effroyable chaos. Depuis longtemps, quelques sectes philosophiques, pour chercher une explication raisonnable à des superstitions absurdes, avaient imaginé des allégories et des symboles tendant à faire croire que sous de telles extravagance ; était cachée une science profonde ou une métaphysique raffinée. Plus tard, l'apparition et les progrès toujours croissants du christianisme firent entrer plus avant les païens dans cette voie dV\{)lication. En présence d'une religion nouvelle, dont la morale et les dogmes faisaient tant de prosélytes, on redoubla d'efforts pour montrer que le polythéisme, bien compris, était une religion pour le moins aussi épurce. Les écrits des Porphyre, des Jamblique, des Proclus et des Plotin témoignent de ces efforts infructueux du paganisme expirant pour se relever et se légitimer aux yeux de la raison.
C'est à cette cause qu'il faut rapporter l'origine du système dont Macrobe nous a conservé les principaux traits, mais à l'appui duquel on ne peut trouver que des autorités bien postérieures à l'ère vulgaire. Selon ce système, les principaux dieux, Jupiter, Mars, Osiris,* liercare^ Baochus, Honis, Hercule, Adonis, sont le
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soleil sous des formes et des lepfésealelioiis diverses * ; les mythes et lee différents colles de ces divinMs
sont des symboles de uiouvcmeuts astronomiques. Haerobe donne une eiplicalion dessignee da sodiaque, fondée sur les rapports présumés de ces signes avec l'année agricole, ou les phénomènes eélestes. Il prétend» par exemple, que lecoiwsr est un symbole de k route rétrograde du soleil, du tropique d*été vers l'é* quateur; que le capricorne exprime la route de cet astre» qui remonte du tropique d'hiw.
Dupuis partit de cette explication qu'il crut représenter la vraie signiiication des coniigurations zodiacales. U posa d'abord en fait deux pures hypotbèses, à savoir, que le zodiaque avait été imoeiM en Ëgypté, et qu'il était une expression» soit des phénomènes célestes, soit des diverses oirconstanoas de l'année agricole dans œ pays.
G^deux hypothèses lui pré3entaieut cependant cette grave difficulté, ^u'en faisant carreqKmdie, comme au temps d'Hipparque, le cancer au solstice d'été, et le capricorne au solstice d hiver, aucune des configurations zodiacales, considérées comme symboles agri* coles on astrtnomiques, ne pouvait s'appliquer au sol de rÊgypte. C'est aiors^ qu'il conçut l'idée iiiardie de foira faire une demi-^onversioa au lodiaqne. H snp* posa donc que les points solstidaux et équinoxiaux, par l'eUet de la précession, avaient parcouru la moi-
ORIGINE W ZaDIAOOBS. $
lié de Técliplique , depuis rinvention du zodiaque jii8q»'aii BBOBient où les nos YÎnreiil coloeider arec le premier degfrë des signes du caneer et du capricorne, les autres avec le premier degré du bélier et de Jabalaiice(Y8ra410aB8«vaiilMsiia€hri8l). AT^ftoque de aeile inrentien, ie soktiee d'biver répondait aa cancer» celui d'été du capricorne» l'équinoxede printemps à iaiwlaiiee» eteelui d'automneau bélier ; ce qui fenit remonter cette institution au moins à i 3,000 ans a?ant notre ère. A Taide de celle demi-conversion, il se pracura Teif^licatî»» plausible de sept ou buit signes, explication ^r laqndleil y a cependant beau* coup à dire encore.
Or, eatnme ce n'eat pas an berceau de sa civilisation qu'un peuf^e s*avise d'nne institution pareille, il lullait admettre une anliquilé encore plus graude pour L*orîgine de la eivUiaation égyptienne. Mais, oi»tre ri m possibilité de donner la moindre consistance historique à. une époque si reculée, celle chronologie ami Je grave ittconiénie«l dese trooveren contnKbo^ tion formelle avec Topinion des Egyptiens eiii-Biénm. Si nous laissons, en e(Tet, de côté les nombres fabuleux aisignés au règnes des dieux et doa béras en Ëgypte, cbronalogie tente rriigiottse, et si sous noos en lenons à la chronologie historique conseï vce dans les fin^pnmits de Manétbon, conforme au total qne donne un passade de Diodore de Sicile ' , nous trtnrvons
* Voir sur ce psuHaige un. luétiioiro lu à l'ÂcaUéuiie des iuscripi., le
queThistoire des^Égyptiens, selon leur propre opinion, ne remonte qu*à environ 5000 ans a^nt notre ère.
Dupuis sentit lui-même quelle difQculté historique présentait la grande étendue de sa ehronologie. Il Ait
le premier à sug«;érer une modification qui consislait à supposer que les inventeurs du zodiaque en avaient placé les symboles, non pas dans le lieu Qu'occupe le soleil, m^is dans la parlie du ciel opposée, de manière que la succession des levers du soir de chaque signe aurait servi à marquer les rapports du soleil et de ces signes, ce qui ramenait Forigine du zodiaijue à Tépo* que où le lion était solsticial et le taureau équinoxial, environ 2400 ans avant l'ère vulgaire*. Dopuis possédait à un Irop haut degré l'esprit de conihinaison pour ne pas sentir que cette modification, touthypothétique, dérangeait Tunité de son sy^^(ème, et remplaçait une difficulté par une autre; aussi ne ful-elle de sa part qu'une concession presque involontaire, qu'il abandonna dans la suite'. Ce fut en 1795-1794 qu'il pviblia son remarquable livre de V(}i'i(jine de tom les cul tes, où il déploie l'érudition à la fois la plus vaste et la plus eodfuse, oû mèbnt, sans critiqueet sans o*r^ dre, les sources de tous les temps, il enveloppe dans
la sept. 1SS5, — imprimé dms le t. XH des Uémoim, Hm, 18SS.
* Mémobrêêur la CmlêlMom^^. 30.
* Voyez son Mémoire explicatif sur le lodiaque. Ml, 1806, où il B*ett plut qiitesiMn de la chronologie mitigée»
OaiGlMË DES ZODIAQUES H
son hypolhèse favorite la fable et Thislotre, fiaoclius, Hercule et saint Denis, Jes palriarches, Jésua-Christ el ses apôtres.
Qoelques années après, lors de la mémorable expédition d Eg^ple, on trouva des zodiaques sculptés dans plusieurs anciens templesde ce pajs. Celte déoon- ▼erte, faite dans le pays même où Dopuis avait placé rinvenlion du zodiaque, sur des édilices dont on clait loin de pouvoir alors mettre en doute la haute antiquité, devait paraître la confirmation la plus éclatante des idées du savant français; et, connue pour ajouter à celle remarquable coïncidence, les zodiaques de Dendérah ne commençaient point par le même signe que ceux d Esneli, dilléreuce qui paraissait ne pouvoir s'expliquer que par celle de Tépoque même des monuments, celte circonstance parut dédsive pour établir que les Egyptiens avaient eu égard à Telïet de la pcécession des équinoxes en dressant les zodiaques pour diverses épo<(ues.
Je crois superflu de rappeler ici les doctes el consciencieux travaux que la discussion de ces monuments fit naître, les recherches des érudits, .les calculs étendus et subtils des mathématiciens, enfin la vive controverse qui s*agika dans toute l'Europe pour déterminer l'époque etTobjet des zodiaques, au moyen de caractères astronomiques que chacun s'efforça d'y découvrir. 11 me suffira' de dire que tous les savants qui prirent part à cette jnémoraUe dis*
fS ORIGINE DES ZODIAQUES.
pute, tant les d^emeafsde la hoiite tatiqulté de ces monuments que les partisans d*iine antiquité plus restreinte, trouvèrent, dans la combinaison desembiènieB «fu'on y toit repr^ntéa, le moyen de prouver, avec un succès à peu près égal, la justesse de leurs opinions dhrerseB. L'absence totale de ponits fixes et<iéterminés, sur lesquels lent le monde fèt s'entendre, excluait la possibilité d'une discussion méthodique et régulière. Chacun allait devant soi, composant son hypothèse, on combattant celle des antres, sans trop s'inquiéter des objections auxquelles la sienne étak sonraise à son lonr. lies qpectatenrs de cette 1 vtte opiniâtre, fatigués de tant de dâNrts inutiles, finirent par concevoir un préjugé défavorable contre toutes ces lentaiivee, et se montrèrent fort disposés à iiire aerx zodiaqnes égyptiens l'apptieetien dWnoC deVdtiim: « Ce qu on peut expliquer de vingt manières difSérèntes ne m^te d'être expliqué d'avonie. »
Il est Traisemblable ipie II iMe amit oealinné longtemps encore, grâce au Tagne et à Tobseurité du sujet, si des reeherches d'un gwre lent nenvean n'eassent arrêté l-'ardeor des combaHaBts, en leur donnant à croire qu* ils pourraient bien avoir jusqu'alors cherché l^explication des «odiafnes préeisémeaC là où ib ne devaient pas la trovrer.
OaiGiNB DBS ZODIAQUES
Après tant d'efforts infructueux, il était facile de pcéfoir qa'oo n'arriYerait jamais à aucnii résoitat certain, en continuant de combiner des emblèmes dont rien ne pouvait déterminer le sens, et qui laiaBaieiit leehamp Ktnreà toutes les hypothèses. Ëridemment on ne pouvait sortir de ce dédale que si, mettant en œuvre l'élément philologique et archéoio* giqoe, on parvenait à tranverf en dehors de ces mo* Boments mêmes, un point de vue dans Tantiquité, d*où l'on pût les embrasser tous ensemble, et dëcou- ?rir ainsi levr liaison me les idées dominantes à une dpoi[ue connue.
Mais la première condition, pour y parvenir, était de MToir 9«eiid.ils avaient été eiéoutés, s'ils Tavaient été tons à la fois ou à de grands intervalles de temps les uns des autres. Cette donnée capitale ne pouvait résulter que de fiula analogues à œux qui servent à déterminer la date des autres monuments antiques, c'est-à-dire de légendes, d'inscriptions rapproché^ des témoignages de l'histoire.
Déjà plusieurs savants,* et à leur tête l'illustre Yiscontiy avaient présumé que le temple de Dendérah pouvait être de l'époque grecque ou romaine. Cette opinion, ou plutôt cet aperçu, étant fondée, en grande
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partie, sur des considérations assez vagues el sur des dessins dont les auteurs avaient un peu llaité le siffle égyptien, fut combattue avec succès par les partisans d*une anliquîtë plus grande. Des inscriptions grecques avaient été recueillies par les voyageurs, sur la fiiçade et dans rintérieur de quelques temples égyptiens ; mais on n*en avait bien délerminé ni le sens ni l'objet. Je me mis à les examiner avec plus de soin et de patience, et leur analyse complète donna enfin la preuve que quelques-uns des édifices sacrés de rËgyple ont été construits ou décorés sous la domination des Grecs et des Romains.
Ce fait attestait non-seulement la permanence des usages religieux et du caractère des arts propres à rËgypte sous les dominations étrangères S mais en* core Tcxcel lente politique des vainqueurs qui, se faisant Égyptiens en Ëg^pte, rebâtirent les temples que les Perses avaient détruits, comme quinie siècles aa« para van t les Tfaoulhmos» et les Ramsès avaient re« levé les édifices sacrés de lbèbes, rasés par les i/yci(o.«. Or, dans le nombre de ces édifices, se trouvent le temple de Dendérah, décoré de deux zodiaques, et le petit temple d'Esneb, dont les sculptures, ainsi que Talteste une inscription grecque décisive, ne remontent pas beaucoup au delà des règnes d'Ântonin et d'Adrien. Cet édifice renferme Tun des deux zodia-
' CVst ce i[ui fut éVMi pour la preatièrc f([À doos un mémoire in- «M au JmmiaLdes SimnU, mars et août ISSi.
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ques qu'on regardait comme les plus anciens, et dont on reportait Texécution à 3000 ans avaot Jésus- Chrisl, o'ttlriHlire qu'on les fiûsail Vnn et ïêuiire d'environ trente siècles trop vieux
Ces faits nouveaux et certains changeaient l'état de la queslioD. U» lui doDnaient enfin une base historique, et Ton pouvait dès loi-s prévoir qu'elle allait cesser d'être un champ d'interminables disputes sur la sens d'emblèmes inoonnos.
Mais bientôt une découverte inaltcndue, dont tous les amis des lettres ont été frappés, celle de M. GhampolUon le jeune, a confirmé tous ces résultats nou»veaux. Ce savant philologue est parvenu à lire les signes phonêliques ou de iom de l'écriture hiéroglyphique ; il a déehiffré d'une manière indubitable les noms propres contenus dans les inscriptions égyptiennes gravées sur les monuments', et Ton a vu paraître, sur les temples dont ]'a?ais fixé l'époque d'après les inscriptions grecques, les noms des mêmes Piolémées, et des mêmes empereurs indiqués dans ces inscriptions *. Il a trouvé le nom de Tempereur
' reDiemUe de tout cet bila est eipoeé du» ToHmge intitulé :
Hecherchcs pour servir à Chistoire de VÊç^ipU pendant la dom^ luuion des Grecs et des Rimaim. Paris, 1823.
* Voyez son Mémoire sur les hiéroglyphes phonéliqu», lu i TAca-
di-mic des inscriptions, le 22 septembre !822.
^ Voyez sa Lettre insôrcc dans nies Ohservaliorîs sur les représenlatioru zodicicales, [kv^i. 111-118. — Depuis que ceci esl éirit, l'applicalien certaine de l'alpiiabet de (ihainpolUon a beaucoup augmenté le nombre des édifiées de la haute Égypte qui doif eitt leur oooilniclioii ani
10 ORltiiN£ D£8 ZODIAQUES.
Néim, inserii auprte de la figure qui tient au lodlfaque (le Dendérah, d'où il résulte que ce monument a dA être aoiëcuUaoïia la donioation immiie; eaiii,
11 a reconnu que tootei les aeulptnrei du grand temple d'£sneh, par conséquent le aodiaque qui le ddem» appartiennent aux dauK premiers aièolei de notre ère*.
C'est ainsi que des recherclieSi dont les moyens et les procédés sont difiGérenls, ùtA aneesmimneat een* dnit an mène résultat anr Tépoque relative de 4|uel* ques monuments égyptiens et des aodiaques qui s'y trovrent. Une caisse de momie, rappcntée de Thèim par H. Gailkuid*, Tint offinr nne confirmation nouvelle. Cette caisse contient, dans son intérieur, un aodiaque peint, dont kas^nes aeni disposés etdesaî- «és justement comme Sa le sent dans les lediaqneede Dendérah. Déjà les partisans de la haute antiquité de ces monuments s*appfètaiesil à démantier oeUn de la
souverains grecs de ce pys. Ce fait, que Chainpollion lui-iii^mo s'était d'abord refusé k croire, esl devenu, grâce ï son admirable découverte, l'un des mieux constatés de l'iûstoire. Cest à lui, par exemple, qu'on doit de MYoir qu'il n'y a riën de pharaonique parmi les manuments de Plaies, à rexoq>tioDd*unepeme chapelle oA le lil fenooidelfeelaiiébo qui I régné sur la Ad de b période penme. On ne pe»! ph» dévier qne cette fle MoonllDtd'aicieiis édiSoes^ ftnrentdétnniip» les Pênes au temps d*Odiiis, et qne les rais gives Crent TcMtir. (WiftiaM, Topogr. ofThebes, pag. 469.)
1 Os résultats, indiques déjh par riiampollion dans le Précis du système hiéroglyphique (en 18*2-4), ont été confirraés par lui-même dans son voyage (18-2X-1850) et par tous les Yojagcun instruits. (Wilkinson, Topogr. ofThebes. Undon, 1855.)
* Déposée au Cabinet des Antiques.
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enwe âe momie, lonque quelifues lettres grecques « Iracécs sur le bord, annoncèrent la présence d*une ioMriplMMi qui, restitaée d'iiae Mnière iodubitable OB ce cfQ'elle a d*68seiitiol , détruisit encore une fois toutes leurs espérances, car elle apprit que la caisse mûtété &iie pour un Égyptien Aomnié PMémé»ofhi$^ mort l'an 19 de reropereurTrajsn.
Le zodiaque de cette momie est Je cinquièt^ qui soit eonuu. Un $mim existait sur un propjion à Pànopolis, mais malhaireusement trèo^nutilë. La description donnée par Pococke montre pourtant qu'il avait un caractère astrologiquei analogue au BMnument appelé le planisphère de B&anehini *. Or le propjion de Pànopolis , d'après l'inscription grecque, est aussi du règne de Trajan *•
D demeure démontré que tous les sodiaques égyptiens connus, au nombre de six, sont postérieurs au règne de Tibère, et ont été exécutés dans l'espace de moins d*un siècle, entre les années 57 et 150 de notre ère.
M'estrii pas fort remarquable qu'on n'ait trouvé de ces représentationB dans «iicuu des temples de rËfrypte et de la Nubie, dont l'époque remonte avant la dominatien roosaine, dans mcime des tombes fofales qu'on a pu ouvrir, quoique presque toutas
* Au Musée rmal des Antiques, numéro 27 1 .
* Tous ces laits sont ex|Josés et développés dans mes Ohservaliom WT m npfémIâlUm woêkmlety vaan 1S<4.
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contiennent des scènes astronomiques, enfin dans aucune des momies anciennes que nous connaissons ? CeAe alnenee de toute représentation lodiacale sur les monuments purement égyptiens semble attester clairemeul que ces représentations n'étaient ni dans les usages religieux, ni dans les habitudes nationales de rancienne Égyi)tc, et Ton ne peut s*empécher de croire qu'elles doivent se rattacher à quelque superstition nouvelle, qui prit un grand développement vers le premier ^ècle de Tère chrétienne.
La détermination de Tépoque de tous ces monuments nous amàne donc à chercher, dans cette époque même, les motifs qui ont dû guider leurs auteurs.
Or, dans le tableau des su pci*sti tiens dominantes aux temps voisins de Tère chrétienne, si nous cherchons quelles sont celles qui ont un rapport direct avec les représentations zodiacales, nous trouvons l'astrologie^ cette science mensongère qui fondait ses prédictions sur les circonstances astronomiques de la nativité. Une branche importante de cette science, celle qui rapportait les nativités à la place qu'occupaient les planètes dans le lodiaque, née, à ce qu'il
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parait, dans la Chaldéei s^inlroduisil assez tard chez les peuples occideotaux ; elle acquit un singulier développement Ters le premier sièele de notre ère, alors que les progrès de l'aslronomieeldes malhéinaliques, cbes les Aieiandrins^ lui eurent permis de s'entourer d'un appareil scientifique propre h déguiser sa fbti- Ulé réelle, l^a manie des horoscopes devint donc générale; elle atteignit les petits comme les grands, les peuples comme les magistrats et les empereurs ; on dressa partout des thèmes génélhliaques, non-seulement de personnages, mais encore de villes, de tem* pies et de divinités.
Celle coïncidence de Tépoque du développement de l'astrologie avec celle de tous les zodiaques trouvés en Égyple, est trop frappante pour qu'on n'en tire pas rinduction que ces monuments ont dû avoir quelque* fms pour ohiei de représenter un de ces thèmes astrologiques, dont l'usage était devenu si fréquent. Cette induction si naturelle est confirmée par le zodiaque de la momie dont j'ai parlé plus haut, d'après l'exMnen des diverses drconstanees qui l'accompagnent ; elles étahlissenl que ce zodiaque, qui commence par le signe du lion, et finit par le cancer, copime ceux de Dendérah, a eu pour objet d'indiquer que le pmonnage était né sous le signe du capricorne.
La liaison chronologique entre l'apparition des aodiaques sur les monuments grecs, romains et égyptiens, et le développement des idées astrologiques,
donna une nouvelle Ibrce à Targiuneni lire de la préeenee des noms grecs et romains snr les imminnents
de style égyptiens. On ne peut plus être tenté de dire que, si les lodia^pes ont été exécutés à celle épo<|«e tsffdhe, dn moins le tiitee fa*îls rei^^ésentent esl d'une haute antiquité ; car pourquoi ce thème si ancien ne se montrerait-il jamais ao{>aravant? On ne peut {>asdife non plus que le nom de rempereor Néron, par exemple, près du zodiaque de Dendérali, y a peut-être été mis après coup, la présence d*an tel nom se trouvant si bien expliquée par le crédit qu'avaient acquis alors les idées superstitieuses auxquelles ce zodiaque devait son exécution \
Et comme, dans toute question scientifique, une donnée importante bien constatée en explique beaucoup d'autres, celle de Tintroductiott récente du sodiaque , dons les sculptures des temples de Tfi* gypte, lève, comme on va le voir, une grande diificullé.
8*il est un fidt bistoriquanent avéré, c^est que la
précession des équinoxes a été fortuitement découverte par Hipparque vers 130 avant Jésus-Cbrist, et résulle
* Le docteur (i. Parlhey, dans son excellente monof:i'npîru' intitulée de Philis insu la, etc. (Berlin, 1830), n'attachant pas une confiance entière à rargument tiré de la présence des aouis^ trouve une d â mourim iion plus complète, de Tépoque récente de ces monmoeiil»» dHu le* UfftodbmmA» kutoriques que cmtieBl noa «uvnie. fi dit, pag, 59 : • Certiore vîd, disipBtitionihM historicit, ndiacoe îUm fin»- SOS reccntlori aetati vindicivit Letroonius in oiNunratioaihus c-rilicis. • (Vide 0bÊÊnmtioti$ eriUfm mr Ut ftpréten^Uorn %oéiMalm.)
OBIGIMB DBS ZODIAQUES. 9t delà comparaison qu'il a laite entre ses frhffinmtifii etcrikiBd'Aristylle elde Tînocharis. Le témoignage de Plolémée ne laisse à cet égard aucun doute *. Or c'esl là ce qu'il serait impossible de comprendre, deaele eeseù, de temps ianadmerial, les Égyptiens eussent orné leurs temples de représentations zodiacales dans lesquelles ils a?aient égard au déplaeeiiient sseoesaîf despointoéqaÎMriaaxetsiristieiaw. Larme seule de ces monuments aurait annoncé le phénomène, et son existence du moins, sinon la quotité dn moa?ement, eût été de bonne heure un fait constant, avéré, populaire même, non-seulement parmi les Égyptiens, mais parmi les Grecs; car il ne faut pas oublier que, depuis cinq siècles, au temps d'Hipparque, mais surtout depuis rétablissement de-s Ptolémées (il y avait un siècle el demi), les Grecs paroouiaient, visitaient l'Égypte, et habitaient en grand nombre dans ses principales villes. L'ignorance des (irecs et d'ilipparque lui-même, sur la précession^ avant d'amr eomparé les ebservatioDs de Timocharis avec les siennes, sa surprise, lorsqu'il s'aperçut du déplacement du point équinoiial, seraient tout à fait inexplicables. Maintenant, au contraire, qu*il est dé* montré que tous les zodiaques égyptiens sont postérieurs à llipparque, cette grande difliculté disparaît.
« Àlmag. VII. I. 2. (Voy. à c<* sujet S<'<lil!(i(, ^hitt'riaiix pour scnir à rhist, des sciences maûiémaliques chez les Grecs et les Orientaux, t. J'% p. 10 ^ 14 ; cl Journal des SavanU, jutlict iiiiid, i*. 405. j
n ORIGINE DIS ZODIAQUES.
Comment pourrail-on èlrc surpris que les Égyptiens aient pu, ainsi que les Grecs, ignorer si longtemps le monument de préceasion*, lorsqu'on sait que les Chinois , qui avaient un tribunal de mathématiques de temps immémorial» qui mesuraient exactement des ombres solstidales orne cents ans avant notre ère, ne l'ont connu, et très-probabloment par une influence occidentale, que vers l'an 284 de notre ère*, plus de quatre cents ans après Uipparque?
* Sur la question de moir si les Égyptiens ont connu la précession des rcjuinoxos, M. hlclor s'est exprimé d'une manirrc Irès-dubilativc. el avec une circonspection remarquable, à l't'jinquc où il pnliliait S(»n savant ouvrage sur les Observations rfrs Anciens {iieohochtnngen lier Allen, S. 89. Berhn, 1806). — Tlus imil, il s'est montré pi ils aflirlualif : il adopte mon opinion k oe sujet dans son excellent Manuel de Chronologie (Berlin, 1825), où il dil :< Ichjiflîditelikrin gsnHrn. Letronoe bei, » (j'adopte entièremeDt id Vzm de M. Letronne)» tom. I, S* 1S5. H. A. Bsckh a cru aiperoeroir une i4ée dn moiiveiiieatdM fixes dans un<> opinion pithngoricienne, très-obscurémcnl exprimée {PhUC' laos des P^ikagoreers Lehren, Berlin, 1819, S. Ml, 118). Gel iUuatre pbilolojiue a ]>ensé qu'une notion vague de la précession avait pu passer des Égyptiens aux Grecs, et il se fond.', pour en attribuer la connaissancc aux premiers, pr(-i is< nient sm- leur nsogc de placer de^ zodiaques dans leurs temples, en variant la divisio.i des signes, d'après les cbaiigements survenus par suite du déplacement des points éqninoxiaux et •olitieiaul. U eat dm maintenant que cet usage n^enstait pas. Je soutiens que la pféeeiaion a été inoonnne aux uns comme aux autres, et que ridée pythagorinennedont U a*agîl n*est qu*une de ees fusa avenbi» renses qu on IroiiTe dans lenr cosmographie, où, grftce au v^oe et i Felisourité de lexpression, on peut trouver le germe de plut d*one cosinaissance qu'ils n'ont pas même soupçonnée.
« GanbU, BiU, de VAUT, dm., pag. 46.
ORlGhNE DES ZODIAQUES.
Tel esl le point où cette question se trouve définitivement amenée dans un ouvrage que j*ai publié récemment'. Elle forme déjà une théorie historique qui ressort de toutes les données certaines. Dans un travail subséquent, et dont je vais dire à présent quelques mots, j'ai cru pouvoir donner à cette théorie plus de généralité, en la liant avec des recherches moins incomplètes sur Fastrologie des anciens dans ses rapports avec les représentations zodiacales.
Ces recherches m*ont conduit naturellement à faire une nouvelle analyse des notions relatives à Torigine de la sphère grecque et des configurations de noire lodiaque; car tous les éléments des opinions reçues jusqu'à présent à ce sujet, se trouvent ou singulièrement réduits ou détruits entièrement.
£n effet, que les conûgurations qui nous servent encore maintenant soient celles du lodiaque grec, c'est ce qui est prouvé par une série de monuments qui remontent jusqu'à £udoxe, vers 560 ou 570 avant notre ère. Ce qui n'est pas moins certain, c'est que ce zodiaque est à [)eu près identique avec celui des monuments trouvés en Ëgypte.
' L( s ObservalUm iur les représentations todiacaUs, diées plts haut.
94 OIUGhN£ DES ZODIAQUES.
Or le fait bien constaté qne ces monuments sont
tous de l'époque romaine donne lieu dv croire que le zodiaque prétendu égyptien pourrait bien être celui de la sphère grecque; et, s'il en était ainsi, nous nous trouverions réduits à une complète ijînornnce sur la nature des configurations dont se servaient antérieurement les Égyptiens pour représenter les constellations zodiacales, supposé même qu'ils aient eu un zodiaque. D'un autre côté, l'impossibilité d'établir répoque des sphères orientales où le zodiaque grec se repconlre nous laisse dans la même incertitude à l'égard du zodiaque en douze signes de la Ghaidée ^ et de rinde.
Il s'agissait donc de tirer des seules données qui sont maintenant certaines les éléments d'une opinion qui ne présentât rien de conjectural. Voici les notions très-simples qui m*ont servi pour l'établir.
Le planisphère de Ûendérah est le plus complet de tous les monuments astronomiques trouvés m Ëgypte. On a même cru pouvoir y découvrir un système régulier de projection, ce qui reste encore incertain. Maison s*est accordé jusqu'ici à croirequ'il contient, outre les signes du zodiaque, un certain nombre de constellations extrazodiacales,' sinon tout le ciel visible sous le parallèle de Dendérah. Dès lors^
t Le passage dTAdnUfls Titiiia (c niit) appartient au quatrième eièda deMtre ère; il est par cooeéquent iTuiie époque où toutes les notioos
ORlGhNË DES ZODIAQUES. S5
on est singulièrement frappé de ce que, dans ce plani-
sphère^ les douze signes du zodiaque sont les mêmes que ceux de la sphère grecque, tandis que les figures des autres constellations sont différentes de oelles de cette même sphère. De cette simple observation il résulte avec évidence que l'un des deux peuples a empmnté à l'autre ces figures zodiacales et les a introduites, apièi coup, parmi les antres figures de sa propre sphère. 11 ne s'agit plus que de savoir quel est celui des deux peuples qui est redevable à l'autre du iodiaque qui leur est commun.
Sans insister sur d'autres preuves, je m'en tiendrai à un argument qui prouve, ce me semble, les droits des Grecs à l'antériorité. On sait qu'à l'origne de la discussion sur l'âge des zodiaques égyptiens, Yisconti et Tabbé Testa conclurent l'époque récente de ces monuments de ce qu'ils contenaient le signe de la balance, dont l'iaserlion dans la sphère grecque est d'une date peu ancienne. Dupuis^ et d'autre savants répondirent ft l'objection m alléguant plusieurs sphères orientales oii l'on trouve ce même signe, réponse qui se réduit à peu de chose, puisqu'ils étaient dans l'impossibîlité de prouver l'ëpoque antérieure de ces mêmes sphères. On allégua aussi que la balance est figurée souvent dans les bas-reliefs égyptiens, ce qui ne prouve rien du tout pour l'emploi de cet usten*
« n tmi M ta-d«Tant dès objedioiii dm UMiiMirewrlei CmuMiÊlùm, fÊ^. W, t. Ul, de FOr^ tfet euUa.
u ORIGINE DBS ZODIAQUES.
sile comme signe zodiacal. Toute la discussion à ce sujet n a servi qu*à établir un seul renseignement bien positif, c*est qu'au temps d*Aratus et d'Hipparque, le zodinquc grec ne contenait pas encore le signe de la balance, et que cet astérisme n'y a été introduit que ▼ers le premier siècle avant notre ère. Auparavant, la cnnstellntion du scorpion formait deux lignes ^ en sorte qu'il y avait douze divmons ei seulement onze figures. Or il me semble qu'on n'a point aperçu toute la portée de cette donnée incontestable.
£n effet, puisque cbez Tun des deux peuples, à une époque quelconque, il existait un zodiaque dont les divisions étaient marquées par donze figures, et que ce zodiaque a passé de l'un chez Tautre, il est indubitable qu'il y aura passé tout entier. U serait absurde d'imaginer que, s'il avait contenu unnombrede figures égal à celui des parties du zodiaque, on ne lui en aurait pris que huit, neuf, dix ou onze ; on les a prises foM^e», ou l'on n'en a ^rhaiicmie. Le nombre de onze figures qui existaient dans le zodiaque grec, au temps d'Ëudoxe, d'Aratus et d'Hipparque, prouve donc qu'elles n'ont point été empruntées à un peuple qui en aurait connu donze; conséqueroment, que ces oonûgurations ont été imaginées, pour la sphère dont elles font partie, bien avant qu'on s'occupât d'une division régulière de l'écliplique , et qu'à l'époque plus tardive où l'on aura commencé à se servir de la division de l'écliptique en douze parties, on aura
Digiiii-LU L/y
ooupë la plus grande des figures, pour avoir le nombre douze, jusqu'au momenl où il aura paru plus simple d'iiiiagioer une doouème figure qui fut celle d'une balance, symbole le plus clair delà position du point équiuoxial dans ce nouveau signe. La conséquence nécessaire de ce raisonnement est que les zodiaques trouvés en Ëgypte sont la représentation du zodiaque grec^ faite après qu'il fui devenu complet.
Ici commence, dans mon travail, l'application de cette conséquence aux témoignages historiques. En cherchant le rôle que le zodiaque a pu jouer parmi les opinions religieuses et populaires de la Grèce, j'ai trouvé que Tidée de cette bande céleste avait été inconnue aux anciens Grecs ; que les levers et les couchers des astres, dont ils. disaient tant d'usage pour Tagriculture et la météorologie, étaient rapportés, non pas au zodiaque, donl personne ne parait avoir bit usage en Grèce avant Eudoze, mais approximativement è certaines époques de Tannée, ou bien à la position du soleil dans les points solsticiaux et équinoxiaux.
Tout prouve qu'au temps d'Eudoxe même le lodiaqne ne servait encore qn*aux astronomes. Cette invention nouvelle n'entra dans le cercle dos opinions vulgaires ni à cette époque ni dans le siècle suivant ; la religion ne s'en empara point ; le langage poétique , y demeura étranger. Dans les nombreux passages où les poètes ei les prosateurs, antériearement au deuxième ou même au premier siède avant notre
M ORIGIMS DBS ZODIAQUES.
ère, font dos allusions, des comparaisons ou des rapprochemenls tirés des aslres, on ne reconnaîl aucune trace de oonsteHations zodiacales. Les images qu'ils emploieiil sont analogues à ccllos d'Homère et d'Hésiode. On peut eu dire autant des monuments de Tart; avant répoque dont je parle, on peut y trouver des allusions à la mythologie astronomique, mais non des représentations des ligures du zodiaque caractérisées d*une manière certaine. Gelles-d, qui commencent à se montrer vers le premier siècle avant l'ère chrétienne, ne sont fréquentes que dans le premier, et surtout dans le second siècle après cette ère, à partir du règne d'Antonin le Pieux.
11 en a été de même chez les anciens £gyptienS| auxquels le lodiaque, à en juger par leurs monuments originaux, est resté inconnu. Toute leur astronomie, comme celle des Grecs, devait se fonder sur des levers comparatifs d'étoiles à l'horiion^ Rien n'y était rapporté à Té^liptique
Il s'ensuit que, dans la sphère grecque, les constellations qui sont devenues depuis les signes du zodiaque ont été primitivement formées, comme toutes les
* Cette vue i été confirmée par le tablera des iniiMncea des astres, déamvert, en 1SS9, par ChampoUion <lans les tembeoox de Bîban^- IModk, k Thèbes. Dans ce tableau, tpu nous donne eo m é n i e tflnpe un
curieux eiemple de Tastrologie égyptienne, il n*est question que dps levm sticcossifs d'étoiles, sans aucune indicalion d'astcrisme zodiacal. (Voyez la Treizième Lettre écrite (TÊgypU, pag. 239 et suiv.)
< Cela sert à explii|uer Gonime.it les^jjptiens ont ignoré kpréoessioii des équinoxcs*
autres, indépendamment de l'idée d'un cercle quelocmqiie; qu'elles ont été, comme celles du reste de la sphère, inventées ou introduites sneoessÎTement,
ainsi que cela s'est pratiqué chez tous les peuples, dont la splière s'^t enrichie jpeu à peu d'astérismes nouveaux.
Cette conséquence est conforme à plusieurs faits importants, sur lesquels on n'a pas assez insisté.
Si notre sodiaque avait été formé tout d*une pièce,
ainsi que le voulaient Bailly et Dupuis, il y aurait une ecrtaine régularité, soit dans l'étendue des signes, soit dans leur poaitkm relative à Fécliplique. Tout le contraire a lieu.
1** Les constellations zodiacales sont rangées de la manière la plus irrëgulière par rapport à l'édiptique; plusieurs s'en écartent beaucoup, soit au nord, soit au midi; il est évident, au premier coup d'œil, qu'on a imaginé Técliptique, et qu'<m les a rapportées à ce cercle, bien longtemps après leur formation, laquelle a dû être successive, comme celle des autres . astérismes.
2" Leur étendue est extrêmement inégale ; les unes occupent dans le ciel plus de 40% les autres moins de 20* ; les unes sont séparées entre elles par de longs
so ORIGINE DES ZODIAQUES.
intervalles, les antres sont tellement rapprochées, qu'elles se pénètrent et se confondent. A ces caractères certains, on reconnaît encore qu'elles ont été formées bien ayant qu'on ait imaginé une division de Técliptique en dodécaUmories^ ou douze parties égales, puisque autrement, vu Textrème facilité de composer arbitrairement des groupes d*étoiles, il est -clair qu'on aurait disposé douze conslellalions d'une étendue à peu près égale, répondant à autant de parties égales de Técliptique, et rangées symétriquement le long de ce cercle.
Outre Tépoque tardive de l'introduction de la balance, un fait historique vient è l'appui de ces considérations : c'est que deux des constellations maintenant zodiacales ont été inventées à une époque connue. Selon Pline, Gléostrate de Ténédos p1a(;a dans le ciel le bélier et le satjiUaire\ vers la 71' olympiade. Ce passajge, qui a toujours iait beaucoup de peine aux partisans de l'antiquité du zodiaque, s'explique parfaitement, sironadmetquelesaslrcscompris au temps d'Ëudoxe dans la zone zodiacale n'étaient pas priinitivement séparés du reste de la sphère; il n'est pas plus surprenant alors de voir le bélier et le sagittaire introduits par Gléostrate dans l*uranographie grecque, que de voir les ekevreaux inventés par le même', la petite ourse empruntée par Thalès aux Phéniciens',