MI
• Hygin., P. Astr., II, 13.
* Strab.» 1, 5. -> Scbol. Ant., t. 30. ^ Hjgtn., P. Àstr,, II, S.
ÛRIGIME DES ZODIAQUES. St
Canope et la chevelure de Bérénice mlroduite aoas les
PtoiéméeSf elc.
On sait, par le oommentaîre d'Hipparque sur Aratus*, qu'Eudoxe plaçait les points éqninoxiaux et solsliciuux au milieu des signes, dou au couimeucement, comme Hipparqne. 0 se trouvait donc un intervalle de 15* on un demi-signe entre les longitudes de ces deux astronomes. Cette diiïérence fut attribuée à la précession des équinoxes. liais comme il ne s'est écoulé qu'environ deux cents ans entre l'époque du premier et celle du second, tandis que le déplacement d'un dani'-signe suppose un intervalle d'environ onse cents ans, on dut remonter plus haut pour expliquer cette diiférence; on supposa donc qu'Eudoxe nous avait transmis, sans s'en douter, les positions appartenant à une sphère très^ancienne. De U des recherches savantes et des hypothèses ingénieuses sur l'origine et l'époque de cette sphère primitive.
Personne n* ignore lesdiscussions qui se sont élevées dans le dernier siècle à cette occasion. Tout le système chronologique de Newton est fondé sur l'hypothèse de cette ancienne sphère dont il faisait remonter l'origine à l'an 956, et que» selon lui, Chiron avait fabriquée pour l'usage des Argonautes*. Fréreten reculait Tépoque jusqu'en 1353', et fiailly, adoptant la plus
* I, 10 cl passim.
* Ckrtm, ofaneient kingdomi, pag. To, 26.
' Défeme de la ehrcndogie, p. 4SS
as . OaiGiNS DBS ZODIAQUES.
ancienne deB deux époques, prenait cette prétendue
splière pour celle des Chaldëens et des Perses, qu'Hercule avait transportée dans laGrèce^ La critique approfondie de M« Delambre a prouvé que la splicre Cliiron ou lleraile ne mériuit guère la vive et longue polémique dont elle fut l'objet, et que la sphère d*Eudoxe, bien loin de nous avoir conservé une ancienne uranographie exacle el complète, est elle-même d'une extrême inexactitude , puisque de toutes les positions des étoiles qui s'y trouvent indiquées, les unes se rapportent à des époques fort différenleSf les autres ne sont d'aucune époque, et n'ont pu être observées dans aucun temps. Cette sphère, au lieu de prouver une science perfectionnée à l'époque des ArgonauteSydéposeseulemcQtdel'extrémeimperfection de Tastronomie au tmps môme d'Eudoxe. S'il a mis les points équinoxiaux et solsliciaux au milieu des signes, c estparceque cette méthode résulte tout naturel- * kment de Tusage élémentaire de diviser le lodiaque par les levers et les couchers des aslres. Hipparque, au contraire, « qui avait inventé ou perfectionné la trigonométrie, sentit le besoin de placer le zéro du zodiaque cl de l'équateur à l'intersection de ces deux cercles, au point où était l'angle constant du triangle sphérique avee le commencement de l'hypothénuse et de la base. Mais ensuite, pour comparer ses calculs
^ H1$lMre de FAUronmie mieinm, p^. iS5, 434, 485.
OBiGiME ZOMAQUES. »
am nombres d'Ëadmce , il nous avertit qu'il faut ajouter 15° aux arcs qu'il calcule sur l'écliptique. Ainsi les ib' d'Ëudoie neaignifieiit pas qu'Hipparque et lui eussent plaeé'le solstice en des points différents. Le point était le même, le chifîre seul était changé .» 11 n^existe aucune preuve qu'Hipparque lui-même ait invenléle signe de la bah»ee*; maison peut regar- ' der comme certain que l'époque du changement notable fait par cet astronome dans la graduation des signes a préoédd de peu de lemps J'introduction de la balance dans le zodiaque. Lorsqu'un eut placé le point ëqwnonal.d'attlorane 'att'pferaier degré des serres du scorpion, on songea enfin k couper cet asiA*
'Delambre, Histoire de P Astronomie ancienne^ tom. I, pag. 123. ' «-Ceémifeniii^wMM d» DilMibra oot élé^ «enfir- «é0t difuii ptr IL L. Idflar» à 1% rqii> saraot «stiroiioiM et bibile philolo^, dans son second Mémoire sur Euàoie, lu, en 1 85) , à rAcaddmie «les Sciences de Berlin (pag. 'St-SS) , Méknoin oà fariUe h sdoioo fifofonde aulMii que ia cvùîqne encte <fà distkigueDt tout Uê écrits do l'auteur.
* Dupuis a coiK lu, df ce que le mot !!v>yi;, balance, se rencontre dans nn traitéd'Éraslosttiène ou d'ilipparque (iu Telav. Cranol., pag. Ï56 sq.) que c«tte conslellatioD était connue avant cet astronome {Origine des cultes, loin. 111, pag. 338). Mais ce traité où il est dit qu'Orion se lèro le njuWêtt etle Chien lo7 uoêl(c. u)), est^ (oute nécessité pottérieur à rétablissement du calendrier fiio Julien» c*e8t4-diro de plus d'un siècle k Dipparqoe. Cest une compilation rédigée assez tard. J*y tnnrodëià le nonide VétliifHqii£{p. 264 d.), qui ne se lit point ailleurs, avant Achilles Tatins au quatrième siècle (c. xtiii, p. 14C c). Chef les Ltlins, on n*' If r- nronlr»' nvnnt Servius (ad JEn., X, 2ir>).
La plus ancifinie citation de la balance, connue astërisroc zodiacal, est dan!« Varroii {Ling. lat.. Vil, pag. 83 Bip.), et dans Geminus, qui vivait i la mcmc époque.
S4 OAitilKfi DES ZODIAQUES.
mme en denx, pour avoir autant de oonfigurations et
de (iénominations que de diHiécalémories. Or ou ne pouTait trooTer nn emblème plus clair deTéquinoxe, que les deux plateaux d'une balance.
L'usage de nommer l'astërisme des deux manières subsista encore longtemps.
C'est après que la balance eut remplacé les terref , que le zodiaque fut introduit dans les lemples égyptiens.
On doit reconnaître maintenant que tout zodiaque
où la balance et le bélier sont des signes équinoxiaux, le cancer et le capricorne des signes solsticiaux^ dérive de la spbère d'Hipparque.
(icci s'accorde avec une autre observation qui n'a point été faite, quoiqu'elle soit importante pour cette question. Les configurations de la sphère grecque ont subi successivement diver'ses modifications, dont il est facile de s'assurer en comparant les descriptions qui en sont données à diverses époques. Pour se borner aux figures zodiacales, on peut citer le capricorne et le sagittaire. Le premier, comme l'indique son nom grec ((x^yoxcpuç, à cornes de clihre)^ et comme Texpli* quenl les anciennes descriptions, était représenté sous la forme humaine, celle de Pan, ou d'un salyrem Le sagittaire était aussi une figure humaine debout, tenant un arc, et ayant deux pieds de cheval. C'est plus tard que le premier devint une chèvre terminée en queue de poisson, figure qui ne paraît sur aucun
monumeiit atant le règne d'Auguste; le second, un
centaurCy Ogure tout à liait clrangère à l'art comme à la religion des Égypti^s. Or oeUe forme posté* rieure est celle que ces deux signes affectent sur presque tous les monuments de Tépoque romaine, sans excepter les zodiaques égypti^s. Nouvelle prouve deTintroduction tardive du xodiaque en Ëgypte et de son origine grecque.
Ici se présente Targument sur lequel Bailly, Dupuis et leurs partisans ont tant insisté pour prouver lorigine orientale du zodiaque grec. On le trouve, nous disent*ils, soit dans les sphères persique, chaldéenQS et indienne, soit dans les livres sacrés clee Perses et des Indiens ; donc il viemt de TOrient.
Mais là se montre Terreur commune qui affecte presque toutes les recherches de ces deux savants hommes. Elle consiste, comme on l'a vu, en ce que, par défaut de critique, ils ont regardé comme fort anciens des monuments dont Tépoque récente résulte de leur examen même, ou se sont appuyés sur des texlesd*écrivains très-récents. C'est le cas de tous ceux qu'ils ont cités è cette occasion .
i** La plus simple application de la critique fait rejeter les trois sphères tirées d'Aben Ëzra par
S6 OUIGLNË DES ZOmAQlKS.
Scaliger* et la sphère égyptienne du père Kircber
(en les supposanl authentiques), auxquelles ÎU ont attaché une importance qu'elles ne méritent guère..
2* Quant aux textes de Sextue Empiricus, d'Achillea Tatius, de Macrobe, de Théon et de Servîus, relatifs à des signes de noire zodiaque, qui auraient été em« ployés par les Ghaldéens m les ÉgypUenSy ils se rap> portent aux siècles postérieurs (du troisième au cinquième), où le zodiaque grec s'était introduit partout, et était employé par les astrologues égyptiens, ehaldéens et grecs.
3"* Relativement aux livres sacrés desPerses, Dupuis aurait dû remarquer que dans les plus anciens^ tels que BOUS les a transmis Anquetil du Perron, on ne découvre aucune trace d'astronomie zodiacale. 11 n'en a trouvé que dans le BoundeheA où les signes de notre sodiaque sonten effet eités, le bélier ellabalaneerépon. dant aux équinoxes, le cancer et le capricx)rne aux solstices, justeomt conune dans la sf àèie d'Hipparque. Mais le Bùtindeheik^i dont on a &it sou^nt Tem* ploi le plus abusif, est une compilation sans autorité dans une question pareille, puisqu'elle a été formée postérieurement à la domination sassanide, et même à l'introduction de 1 islamisme, par conséquent longtemps après que le lodiaque grec eut pénétré dans UmtrOrient.
4*" il D'y a non plus nul fond à faire sur tes monuments romains du culte miihriaque. Selon Thypothèse favorite deDupuis, leur sujet se rapporte à l'époque OÙ le taureau était équinoxial et le lion solsticialf deux mille quatre cents ans avant notre ère. Quoique celle opinion ait été admise presque géncraiement, elle n'est pas moins gratuite et arbitraire. Rien ne prouve que l'astronomie joue aucun rdle dans ces représentations. Nul ne peut dire qu'elles ne soient pas purement religieuses. Tout ce qu'on sait de ces basrdiefs, dont le mi sens est et sera longtem ps inconnu , c'est que le type principal qu'ils nous oiTrent est emprunté à l'art grec ou romain ; qu'il n'y a pas trace dans l'Orient d'un pareil type, et que le plus ancien bas-relief miihriaque ne remonte pas au delà du règne d'Adrien ^
5* Quant à d*autres monuments égy ptiens oA, selon les principes de Dupuis, on avait trouvé un thème astronomique remontant à quatre mille ans avant Jésus-Cbrist, il est visible cpi'ilsnesont pas antérieure au troisième siècle de notre ère, qu ils se rapportent aux superstitions gnostiqnes, et sont analogues aux figures des abraxas
* Je rennais tout co qiip l'on a écrit depuis 1824, en France et dans rélrnuger, sur les bas-reliefs niilhriaqiics. Je n'y vois rien qui puisse me faire modifier ce jugemotit. Je rappuicrai, quand il sera née^ssaire, par un Mémoire spéci;»!, dont Us résultats ne concordent pas beaucoup avec les explications que l'on essaye mabteoant de foire pvéviloir*
*VofM muObiervaiiuUt mrla repréienMkm%odiêeulti,^M,
Si OhlUirSE DES ZODIAQUES.
'6* Le iodiaqoe inaen^ trouvé par John Gall dans une pagode \ présente, ainsi qu'un autre publié plus tard, la succession des signes de notre zodiaque, sauf quelques modilications dans les formes. Mais les édifices oA ils existent sont d'une construction fort moderne. Le zodiaque proprcmonl indien est le lodiaque lunaire en vingt-sept nakichatras^ dont le premier est CriUica ou les Pléiades. C'est celui dont il est fait mention dans les Vedas et les anciens livres de l'Inde ^ selon Tobservalion de Til» lustre Golebmoke*, le Ga^tbil des indianistes. Quoi qu'en ait dit W. Jones \ dont la critique n égalait ni la sdence ni le talent, tout montre que le zodiaque en douie signes a été importé de l'Occident dans l'Inde avec l'astrologie. La plus ancienne men- I tion se trouve dans Aryabhatta^ dont l'époque est indiquée par M. Colebrooke entre 300 et 400* de
• FMUn. inm»,, vm, pag. 66S.
• Trmu, ofûie roffûl anal. SocUtg 9f Cr.'Brit.t III, part. I. > Colebrooke, on tlie Vedm, danf les At. Bet,, WU, 470.
• As. Hes., II, 289.
'Colebrooke, Algebra, etc. Nofes and illustrât., pag. 4S. Aryabhalla.U' plus ancien des nialhënialicieiis indiens qui soit cite, a donc pu connaiire les écrits de Diophanle dont répo jitc n'est pas inférieure à 389 do notre ère, puisqu'il avait eu pour couinientaleur Uipparchie, la iîUe de Théuu, tueo en 415. Mais il a pu vivre prè^ do deui siècles plus tôt.
M. de BoUea (dos alU Indien, H, S53) dit que. dans le calendrier des Vëdas, sont mentionnés les Nalrâchatras, et « çk et là les douie signes du lodiaque solaire, i Ucite À$. Jfes., Vill, 470, 400. Hais à cos deux endroils on ne tronre rien de pareil. Il dit encore que, dans le
ORIGINE BES ZODIAQUES. S9 noire ère". Comme il plaçait les poinls cquinoxiaux au premier degré du bélier et de la balance, on ne peut doater qu'il n*ait connu et employé les déterminations d*Hipparque.
Je regarde comme certain que cette importation est due à rinfluenoe grecque dans les première siècles de notre ère, lorsque les relations commerciales entre l'Inde cl l'empire romain avaient pris tant d ex-
Rainnyana et dans le Wia^avadyila, les douze aditya^ <;c nipiu.rlt'nl aux douze signes dnns le zodiaque {pag. 255); niais rien ne juuuve que ces douie génies des mois aient quclt^ue chose de commun avec les signes.
Sur la fin de 1830, fai eiposi mes idées sur ee point m célèbre M. A. W. ScUegd» dtDS des coniisnatMiis oli j*ens occasioB dTadminr les vestes connaissaDcos et Fâendue d^sprit de ce grand pUlolagae. Il
fut d'abord un peu siirpris de ma hardiesse. Son incrédulité céda cependant, je crois, à j'eBchainemsnl des preuves. Il me parut persuadé qu'il rherchemil en vain des indices de l'emploi des douze signes dans les nionuinenls indiens, antérieurs à l'influenc»^ des Occideiitiiux. IV'puis, M. Slulir a dévclo|ipé des idées analogues sur l'influeuce grecque, nouseuloment d'aprè< M. Coleitrooke, niais d'après un Mémoire insiVe dans le lonio 1" des Transactions de Madras, que je n'ai pu me procurer à Paris. (Voyez ses Untenuchungen, etc.» é'esMhdira JMerêft«s sttr l'origine et CanliquUéde Fmtrwomieeheji Utlndieittetlei Cftinoti, et sur Finfluence âet Grecs iur la marche de leur dviHeaUoiL Ber- Kd, 1851, pag. 106-m.)
[ Voyez aussi sur ce sujet Sédillot, MatériOMX, etc., cités plus haut; Paris. "I8i6-i849, p. 421, 563 et suiv.)
• M. Sliibr, dans roiivra;»^ c\iè (pag. 109), indique un passage dos lois de Maiiou (IV, f)9j, où il est question du signe de la Vierge. Il le regarde comme une interpolation. Le savant et modeste traducteur franeais de Manou , M. Loiseleur-Dcslongchamps , qui a traduit le passage, sous le signe de la Vierge (pag. 155), convient que lelsilt M pféiente pas le sens de Geii*est qii*un0 imerpfélation dea oom-
tension et amené des relations politiques entre les deox
régions*.
C'est à celte époque que l'astrologie grecque s'introduisit dans rinde, et avec elle le zodiaque^ dpn|
elle ne j)ouvait se passer. La preuve évidente existe dans certaines dénominations purement grecques^ dont se servent les astrologues indiens; telles qu^ les irenle-six drcschcanai du ciel, qui sont les décans des astrologues grecs; ils appellent la vingt-quatrième partie du jour astrologique hora (oSpa) ; l'équation du centre, cendra (xevTpov) ; les moyens mouvements midya (fteV») ; la minute de degré lipta (Xctrra) ; certains pcnnts du cours des planètes miapha {à»afn), et mnapha (crjva^^r'), etc. L'origine grecque est palpable, et remarquez qu'on ne peut admettre ici l'intermédiaire des Arabes, puisque leurs astrologues ne se servent d'aucune de ces exi»ressions.
A la même cause appartient l'introduction de la semaine ches les brames de l'Inde, qui nomment les jouis de la même manière que nous, répondant aux
* M. Colebrooke pense que cette introduction est duc à 1 infloenoe des Grecs de la Baclrian • {Algehra, pag. ixii-xxiv). Mais cet empire dfùl avoir éié détruit à une c'i)()i{uo anlcricure à rcilensiou d«8 idées astrologiques à laquelle j'allnbur celle intrcnluction.
Les étoonautes sculptures des grottes d'Ellora, où rcmpreinte du ciseau grec ett évidente (si le crapu de M. B. Guy BaLiiigton ne les a pas Inf llitléM), aonlprobéblemeDl de la méoie époque. Voyet TrmisactUm ofthe rojfd «. SÂne% ^Grettt'Briiamand Ireiand, vol. 11, part. IV, p«g. m, 3S7.
mêmes instants physiques V Cette coïncidence, qui
lait rétonnemenl de nos astronomes, s'explique facilement. J'ai montré ailleurs qu'il faut distinguer la lemottie, simplement période de sept jours, de la semaine planélaive^ dont chaque jour porte le nom d'une planète ; la première, étrangère à la Grèce, est fort ancienne dans l'Asie ocddoitale où elle était liée au calendrier lunaire' ; la seconde est d'une invention et d'un usage récents'. La plus ancienne mention s'en trouve dans Dion Cassius*. Elle est exclusivement d'origine astrologique; c'est par l'astrologie qu'elle est venue à Home, qu'elle a pénétré chez les nations germaniques, qu'elle s*est introduite dans les calendriers chrétiens, malgré son origine toute païenne, et qu'elle a voyagé vers l'Orient jusque dans l'Inde, où elle est arrivée en compagnie de Tastrologie grecque, sa mère; car cette période est étrangère à l'Inde où elle était anciennement inconnue. Les astrologues alexandrins avaient des tables dmit le point initial était constant, où les périodes septen- Jliaires se suivaient dans le même ordre. Cette succès-
' Lft Place» Exposition du systèmê du wtonde. Ut. V, clnp. t. Tom. lî. J»ag. 2C0. rinquit'ine édition.
• Observations sur les repréunlalions zodiacales, pap. 90.
' Je puis prouver ([u eiie n'a eu primitivement aucun rapport avec les sept plané les.
«xixvii, 18. — Dans les Observations sur les représentations wtiiÊ/eaks, p. 99, j'ai doué k nm ipBwtÎBO ée h nceesiioo des jom d0 It semaiiie.
sion ayant été la même depuis Tcpoque de l'introduction de l'astrologie grecque, soit dans l'Inde, soil dans noire Occident, il est naturel que chacun des jours de la semaine ait encore lieu maintenant, chei
les Indiens, aux mêmes instanb physiques que chez
nott8\
7* Que le todiaque lunaire soit également le seul
qui ait été enij)loyé à h Chine, c'est un fait reconnu. Lesodiaque en douze signes y a été introduit fort tard. En Tan 164, des étrangers, envoyés par Gan-Toun (Marc-Âurèle Antonin), roi de Ta-Tsin (empire romain), arrivèrent à la Chine, et y apportèrent la counaissance de la sphère; c'est alors qu'on fit des armilles et un globe cëlestc', et que l'on connut les douze signes. L'usage en fut encore enseigné sous les Tang, entre 6^4 et 006 de Jésus-Christ', par un prêtre de Fo (Bouddha) , probablement venu de l'Inde.
Ces dits, indiqués sommairement ici, suffisent
pour démontrer que partout dans FOrient, le zodiaque solaire en douze signes est celui de Tastronomie
* Im Plaee, qui, sur la fin d« ^ vie, trait reporté Taclivilé de aon
esprit pénétrant sur les questions historiques, sur celles principalement qû afaient rapport h l'astronomie, aimait ii faire tomber la conversation sur ce sujet. Cette explication de la correspondance de^: jours de la semaine, dans rinde et en Occident, rav:iil beaucoup frappé par sa sinil^licitc. Elle lui paraissait donner la solution d'un problème qui 1 occupait depuis loiiglemiis.
< Gkubil, Hûtoireée toitronomie chinoise, pag. 24-26.
* La néne, pag. ISS.
grecque. C'est de l'Occidenl qu'il est arrivé, de proche en proche, jusque dans l'Inde et à la Chine. Cette itmte est rinverse de celle qu'on lui avait fiut
parcourir.
De tontes les notions que j'ai pu recueillir, il résulte que notre zodiaque était chez les Grecs une institution récente, et qu'il ne passa du domaine de la science dans le cercle des opinions vulgaires qu'à une époque tardive, qui coïncide avec celle où l'astrologie orientale vint prendre place parmi les superstitions de rOccident. Cette doctrine qui, dans l'Égypte et laClialdée, n'avait pu s'appuyer que sur des procédés fort imparfaits pour mesurer la position des astres, et sur une théorie incomplète des mouvements planétaires, ne tarda pas à s'emparer et à profiter de tous les perfectionnements que k's méthodes avaient reçus dans l'école d'Alexandrie. Elle prit donc un caractère scientifique qu'elle n'avait pas auparavant. Elle devint V astrologie grecque. Les astrologues cbaldéens et égyptiens furent alors obligés d'adopter les divisions et les dénominations des signes du zodiaque grec, auxquels l'école d'IIipparque rapportait tous les mouvements célestes, et d'après lesquels toutes les tables étaient dressées ; ils y rattachèrent également
u ORIGINE DBS ZODIAQUES,
les prédictions de leur science mensongère*. Alors le zodiaque acquit une importance proportionnée à celle de l'astrologie; aussi iroyons-nons à cette époque les ropn''s(Mila!ions zodiacales paraître sur une foule de monuments divers, tandis qu'auparavant elles étaient presque inconnues. Telle est la conTiction où je suis des causes qui amenèrent leur apparition sur les monuments de l'art, qu'après avoir constaté, dans de précédents ouvrages, qu'on n*en a pas trouvé en Éjrypte qui fussent antérieurs à la domination romaine, je m'avance maintenant jusqu'à dire qu'on n*en trouvera jamais*.
• L'astrologie judiciaire, qui avait su profiter des progrès de l'astronomie, parait les avoir ensuite arrêtés. Depuis Ploléiuée jusqu'aux Anbes, elle resta presque statkmnaire. Il est remrqiuUe que ce fut ^gakiiMnt, en Chine, Teiffet àa «rédit que Taelrologie était aoqniae aona la dynastie des Hans. On n*<dMemit plus les phénomènes ; les a4tr»nemes donnaient tous leurs soins k chercher les rapports entre le ciel et les action» de» hommes. {(IvaUSU^^serv., etc., pag. Si.)
* Mon illustre ami Champollion assistait à la séanc^^ où ces paroles furent prononcées. Dans sa prévention bien natuivlle pour l'K^nple qui était coinïTie sa pairie scienlilique, il senioutnit peu disposé à accueillir les e.vplicalions (pii leiulaicnt à lau'e croire qu'elle u avait pas tout ioveiité. Il se promit dune bien que, si jamais les circonstances lui permet* tuent 4*a]ler en Égypte, il aurait y timlTcr des représenlitions lodbcalcs proprement égyptiennes. Lorsque, quatre ans après, il partit ponr son mémorable voyage, je lui mppehi sa promesse. A son retour, tt (ut obligé de convenir qu'il n'avait rieiV trouvé que des scènes religieuses, analogues à cdlos que Ton connaissait déjà par le bas-relief du temple d llennonthis, qui est du règne de t.léopâlre, et par celui d'un des tombeaux de Tlièbes. On y voit figurer, dans des rapports et avec une significylion jiarf iileiuent inconnus, que chacun fK-ut expliquer à sa guise, divers auiujaux. (jui se trouvent partout, un lion, un Ixi-ul , di-i. crocodiles, un seoi pioo, etc. (^ue de pareilles scènes soient religieuses plutôt qaasr
Telle est en résumé la liaison des faits principanx donl se composent mes recherches. Elles diffèrent de celles qui les ont précédées, en ce que Télément historîqne remplace, dans la discussion de ce sujet, Télément mathématique qu'on y avait presque exclusivement appliqué. Ëlles détruisit radicalement les principes sur lesquels Dupuis a fonde son explication du zodiaque et des autres constellations, comme, plus tard, son système sur l'origine de tous les cultes ainsi que des fables antiques. Elles frappent d'avance de nullité tout système qui tendrait à faire jouer un rdle au sodiaque en douze signes dans Tinterprétation des monuments appartenant à la haute antiquité grecque; elles ramènent dans le champ de l'histoire positive une multitude de faits qu'on avait réussi à transporter dans une sorte de monde primitif où le^ hommes dont l'imagination est vive, la science légère et le jugement peu sûr ou mal exercé, peuvent errer
Ironomiques, c'est ce <|ui résulte de leur uniforinilt' même, sur des monuments d'i'|>ot(ues si dilTéieiiles. (Juand il seniit certain que les animaux qB*on y voit y ont été placés comme a^térismes de la sphère égyptiemie, ce que penooDe oe peot affirmer, oa n*en terait pat mokia dâ ip» oe m font point dea fignrea fodiaciles, puisqu'ils difffereiit esaentieUement far leur poaa des aniroau da iadia(|ife dea teniplea ^gypliena. €• ne sont pas là des représeotatioiiB lodiaeales. J'appelle ainsi une saooesnoB de plusieurs signes, Iroîs on quatre, comme le bétier, le taureau, les gémeaux, etc., ou bien encore un seul signe, mais de ceux qui n'existent que diuîs le zodiaque, coiniue le Capricorne et le Sagittaire. Or, ni Cbampollinn, ni aucun autre, n'a rien trouvé de tel sur des monuments d'une épo(|Uf antérieure à la domination greojue. Jusqu'ici, l'annouco qu^on n'en trouverait pas n'a point été démentie.
40 OUliiliNË DES ZODiAQLË^.
tout à leur aise au milieu des nuages; elles rempla-
conl enfin, par une méthode qui n'admet que des déductions naturelles de faits ciairemeni élalilis, toutes ces interprétations arbitraires, ces suppositions gratuites, cet échafaudage d'allégories, d'emblèmes, de symboles, d'élymologics, qu'on trouve toujours à point nommé, quand on en a besoin, et dont l'élasticité parfaite permet à la main (|ui les emploie de les resserrer ou de les étendre à Yolouté.
L*ensemble de ces recherches, en me conduisant à
la conséquence que les constellations de la sphère grecque sont d'invenlion greccjue, sauf quelques emprunts partiels, et que celles du zodiaque ont la même origine, m'a confirmé dans l'idée que les Grecs doivent beaucoup moins à rOrieut elà l'Égypte qu'on ne le pense généralement de nos jours. Sans doute, les colonies asiati(jues' qui vinrent, à des époques reculées, s'établir dans la Grèce, apportèrent le germe des premiers arts, et quelques idées ou pratiques religieuses à des peuples qui n'étaient pas civilisés
* Je ne dis pas Ias eotoniis égyptiennes, parce que jo n garde celles ^*on attrOme à loaehiis, k Cécrops et i DuiaOs, comme des inTentioiis poetéricures k rétaUisieoMni des Grecs eo Égypte sous le règne de
ORiiiiiNË DES ZODIAQUES. 47
comme elles. Mais, de très-bonne heure, nous ▼oyons
la nation hellénique prendre un essor indépendant; par une foule de combinaisons qui lui élaient propres, consûUier. la sorîété sur des bases que l'Orient n'avait jamais connues, créer une langue admirable (jui semble n'avoir conservé quelques traces des idiomes orientaux que pour montrer tout ce qu'elle a dû au génie parliculier du peuple qui l'a inventée, et, grâce à un merveilleux instinct du beau en tous genres, perfectionner tellement les rudiments imparfaits des arts qu'elle devait aux colonies étrangères, qu'on a souvent peine à discerner la trace de l'impression primitive. On a dit encore que la Grèce devait à 1*0* rient tout ce qu'elle a possédé de connaissances scientifiques ; mais on n'a point fait attention que les Grecs, avant Técole d'Alexandrie , sont restés à peu près étrangers à ce (jue nous appelons leç sciences ; les mathématiques et l'aslronomie encore étaient dans l'enfance au temps même de Platon et d'Ëudoxe, et, si l'on veut que ces philosophes aient tout appris en £gyple, on est obligé de convenir qu'à en juger par le savoir des disciples, les maîtres devaient être fort inhabiles. Nous voyons au contraire, la faible somme des connaissances positives des Grecs s'augmenter peu à peu, et s'enrichir de loin en loin de quelques notions si rares, si imparfaites, qu'il serait presque inutile de recourir à une influence étrangère, il faut bien le reconnaître, les vraies sciences ne sont néesi
48 ORIGiI«£ DES ZODIAQUES.
dans l^antiquitë qu*à Fëpoquede Técole d'Alexandrie, alors que F esprit posilil Vie recherches et d'observation, anooédant à Tesprit poétique des andens temps, conduisît les Grecs sur des routes nouvelles ; on les yit porter dans rélude des sciences cette même activité inlellectuelle , cette finesse et ce discernement parfkit qui sont le caractère dîstînctif de toutes leurs œuvres. £n môme temps qu'ils étendaient partout rinfluence de leurs arts et de leur littérature, ils perfectionnèrent les connaissances astronomiques el mathématiques; ils vinrent enseigner à la Chaldée comme à TËgypte des théories qu'elles n'avaient jamab connues, et leur rendirent une véritable science pour prix des notions vagues et incertaines qu'ils en avaient reçues jadis.
90V8 LBS 0BIG8, LIS KOMAIRS BT LIS ABABBS.
L'altealion de l'Ëurope se reporte plus que jamais m les moyens de faire communiquer entre elles la
mer Rouge et la mer Méditerranée. Les plus grands intérêts s'attachent à l'existence d'une telle communication. Siristhme qui sépare leurs bassins était coupé par un canal navigable pour les bateaux à vapeur, un iiateau parti de Marseille ou de Londres ne mettrait que trente-six à quarante-cinq jours pour se rendre à Bombay. Sî, au lieu d'un canal, on établissait un chemin de fer entre Suez et Faramah, près de la bouche de Tyneh, le voyage ne serait pas plus long, pui^ que le temps nécessaire au transbordement serait
UCAliALMJOmMilKlQLIBKS
compensé parla rapidité do Toyageà travers l*isthnie.
Par muUmn\ il s'écoulera sans doute encore beaucoup de temps avant que les intérêts opposés qui combattont pour la po<«session de ce coin du globe permettent lie choisir entre ces deux voies de communication, qui donneraient un si grand essor au commerce de Tancien continent.
En alltuidantque Tune de ces opérations désirables s'exécute, il est intéressant de savoir ce que les anciens avaient fait pour cette même communication dont ils ontde bonue heure senti l'iniporlance. Qu'ils aient, à diverses époques, entreprisde l'exécuter, personne ne le nie ; caries témoignages de leurs historiens suffiraient pour l'établir, quand les ve^stiges de leur entreprise lie seraient pas encore là pour l'attester. Mais quel a été le résultat de leurs efforts? Ici les opinions se partagent. Les uns doutent qu'une communication régulière, au moyen d'un canal navigable, ait existé avant les Arabes ; d*autres niait formellement que le canal qu'on a creusé à divei-ses époques ait pu jamais être autre chose qu'un canal d'irrigation.
Ce sont, à mon avis, des erreurs qui tiennent k ce qu'on a mal apprécié plusieurs textes anciens où l'on a trouvé des contradictions faciles à concilier, et à ce qu'on a négligé ou méconnu quelques faits qui jettent beaucoup de jour sur cette (jueslion historique. Je pense que l'examen nuque! je vais me livrer l'éclaircira suffisamment.
nSTHMK DE SUEZ. 51
L'isthme qui sépare les deux mers n'a pas plus de 120,000 mètres de largeur, entre Suez et lerWage, au nord de Faramah , prètf de Tandenne Péluse ; comme les eaux du golfe romonlcnt encore à environ 5,000 mètres dans leurs laisses moyennes, il en résulte que le minimum de distance entre les deux points extrêmes est de 1 1 5 à 1 1 6,000 mètres, ou environ vingt-six de nos anciennes lieues de 25 au degré.
Le sol de l'isthme est peu élevé au-dessus des mers qui le bordent ; souvent ce n'est qu'une plaine rase où les couches solides du terrain se dessinent à peine sous les sables par de légères ondulations ; il se distingue du reste de l' Egypte par l'absence de toute verdure, d'habitations et d'eaux vives.
Cet espace, d'environ vingt-six de nos lieues, peut se diviser en trois parlies différentes ; la première est un bourrelet sablonneux qui sépare le fond du golfe du bassin que les anciens appelaient les laa amen; la seconde est formée par ce bassin, va^^te dépression, dont la profondeur n'est pas moins de 25 à 50 mètres, dont le fond est par conséquent beaucoup au-dessous du niveau des deux mers ; la troisième partie est une plaine sablonneuse qui part de l'extrémité supérieure de ce bassin, maiiitenantà sec; cette plaine, à pente continue, malgré quelques bas-fonds et quelques lagunes, aboutit à la Méditerranée.
C'est vers l'extrémité des iaaaimm que se termine une grande vallée, portant les noms de TuimiUi et de
5S LMSTHME DE SU£Z.
SahahrEgaty laquelle vient du Delta presque à angle
droit, en commençant près de l'ancienne branche Pélusiaque. Celle vallée, cultivée de temps immémorial, et qu'on croit être la Twre de Geiten^ habitée ]»ar les Hébreux lors de leur séjour en Egypte, recevait les eaux du Nil, avant le dessèchement de cette branche, par une dérÎTation qui 8*ouYrait près é% Bubasle.
La jonction entre la Méditerranée et la mer liouge peut donc se fiiirede d^ux manières :
Ou directement, de Suez à Péluse, par un canal creusé dans le bourrelet montagneux entre Suez et les lacs amers, ensuite par le bassia de ces mêmes lacs» el enfin par un second canal, entre leur extrémité et la Méditerranée;
Ou bien indirectement par Tintermédiaire du Nil, en profitant de la vallée de Sabah-Byar, et en joignant l'extrémité des lacs amers par un canal aboutissant sur un point quelconque de la branche Pélusiaque, ou un peu au-dessus de la pointe du Delta.
G est ce second parti qu'ont pris les anciens. Jamais ils n'oni^ songé à établir la communication directe qui cependant eût été plus facile, qui du moins leur eut donné une navigation continue, t^indis que la Toie qu'ils ont choisie ne leur a pu donner qu'une navigation temporaire, subordonnée aux chances de l'inondation du fleuve. Pourquoi ont-ils préféré cette seconde voie et négligé entièrement la
première? Us ont eu, on le pense bien, d'excellentes raisons pour agir ainsi.
La première est la nécessité de Caire profiter le Delta de cette grande eommunication, car l'un des principaux objets du canal a dû être Teiportation des denrées pour l'Arabie ; il fallait donc le mettre en rapport avec une branche du fleuve. ^
La seconde est l'impossibilité d'établir un port durable sur la côtedePéluse, non-seulemeotà cause delà disposition de la côte, mais surtout à cause de l'existence du courant continu de l'ouest à l'est, qui règne le long de la cote septentrionale de l'Afrique, .coulant qui, en ratrai|[iant le limon du Nil, comblerait en peu de temps tout port qu'on voudrait établir sur uii point du rivage à Torient des bouches de ce fleuve. L'existence de ce courantest, pour le dire en passant, s une des causes de l'extrême lenteur de l'avancement du Delta dans la Méditerranée; car ce qu'a dit notre illustre Cuvier sur Texliausenient rapide et l'agrandissement de cette partie de l'Ëgypte est entièrement chimérique et aussi contraire à l'histoire qu'aux conditions véritables du régime du NU ^
La troisième raison qui a pu influer sur le choix des anciens, c'est l'opinion où ils ont été que le niveau de la. mer Bouge surpasse celui de la Médite^ ranée ; cette différence de niveau, déjà remarquée par
• C*e8t ce que j'ai établi par nne (litcusnoo approfondie dans KM eoun an Collés* de Ffaoce, dès ISM.
AristotB', niée parSlrabon* et quelques modernes', a été mise hors de doulc par les opérations précises des Français en Ëgypte. 11 esl à présenl élabli que cette difîérence est, au maiimnm, de 50 pieds 6 pouces (neuf mètres neuf cent sept millimètres).
Celle diiïérence de niveau esl un desfails les plus singuliers que puisse offrir la physique du globe. La cause n*en est pas encore connue. J'ai émis ailleurs ro|»inion ([u'ellc esl une conséquence à la fois des inégalités de la surface du globe el des différences d*attraction résultant des variations de densilé. Les mesures Irigonométriques du degré lerreslre à différentes laliludes, cl les observations faites sur la longueur du pendule dans diverses parties du monde, ont prouvé que le globe n'est point un sphéroïde de révolution; que sa surface présente de grandes inégalités, et que sa densité n'est pas la même sur fous les points. Dans la supposition qu'un liquide recouvre un sphéroïde de ce genre à une hauteur quelconque, on comprend que la surface liquide qui Tenveloppe ne forme pas non plus un sphéroidede révolution. Si maintenant la continuité de celle surface liquide vient à être interrompue par une lerre d'une trèsgrande étendue, et que deux points viennent cependant à ce rapprocher, comme la Méditerranée et la
* Meteorol., I, 14.
* Lib. XVII, p. 80t.
i GoneUinsurStraboD. Tom. 1, p. 82 et 85.
L'ISTflME DE SLëZ. 55
mer Rouge à Tisthme de Sues, ou le golfe du
Mexique et le grand Océan à l'isllime de Panania, on conçoit que le niveau des deux mers correspondantes puisse ne pas se trouTer exactement dans un même plan horizontal. Or c'est le cas pour les parties de la mer Rouge et de la Méditerranée, qui bordent i'istbme de Suez. La différence d*enYiron 10 mètres=;7^ du rayon terrestre est dans les limites d'une telle inégalité. Si celte théorie est vraie, on devra trouver une in^alitë du même ordre entre le golfe du Mexique et le grand Océan, quand un niTellemenl exact à travers l'isthme de Panama, ou par la rivière de Saint-Jean et les lacs de Nicaraga et de Léon, aura été exécuté. Dans ce cas, la théorie que je propose prendra beaucoup de consistance.
Quoi qu'il en soit de la cause, le fait est constant ; la Méditerranée est plus basse que la mer Rouge d'une
quantité extrême d'environ dix mètres ; ainsi la communication directe entre les deux mers est soumise à des inconvénients qui n'ont peut-être pas échappé aux anciens. Le résultat d'une telle différenœ seraitde causer un courant rapide qui élargirait hientôl le canal, et, se précipitant avec force ym la Méditerranée, finirait par en élever le niveau; le premier effet de ce changement serait la submersion des terres basses du Delta.
Suivons maintenant les efforts successifsdes anciens, et voyons, à Taide des témoignages de Thistoire» quel en a été le résultat aux divei-ses époques.
M LMSTBMB DE SUEZ. -
g I. DU CAMàL SOUS LBB GRECS.
Selon AristoteS Strabon* et Pline*, Tidéede^» canal s était présentée en Ëgypte dès le temps de Sëaostria qui commençai mais discontinua Tentreprise, s'ëlant aperçu que la mer Rouge était plus haute que le sol de TÉgypic, et craignant que l'eau de la mer ne vint gâler celle du I^ii. U semble pourtant i{ue ce n*est qu'après Hérodote que les Égyptiens ont songe à faire remonter jusqu'à Sésostris l'idée de cette grande entreprise; cari au temps de cet historien, il n*en élaitpas question, il dit formellement* que Néchos^ le fils de Psammitichft (vers 615 ou 610 avant JésusrChrist), entreprit le premier de creuser le . canal qui portait à la mer Rouge. L*eiiprenmi eiilre^'f, littéralement mil la mam m tanal^ ne laisse point de doute sur le fait qu'Hérodote a voulu eiprimer. Il est bien singulier que si, à cette époque, Sésostris eût passé pour le premier aut^r de l'entreprise, les Égyptiens f si jaloux de la gloire de leurs anciens rois, si fiers de leur antique prospértiéi n'en eussent rien dit à cet historien. La tradition doit donc être postérieure. Le creusement du canal tient
• * MeUorol. l. l.
>Lib. I, p. 5S;XV1I, p. SOI.
>Lib.VI, S0,§165,fld.SiUig.
« Benà,, U, i58.-lNod. Sic» 1, 9S.
L'f 8THMB m SUBZ. 87
évidemment à ces vues de commerce maritime qui paraissent éire. restées étrangères à l'ancienne Égypte» et qui ne se montrent qu'à Fépoque où l'élabliflsenient des Ioniens, sous Psammilichus, vint si notablement nnodiûer la politique de ce prince et de ses suooesseurs. D^à les Grecs, quelque temps auparavant, avaient, sous le règne de Périandre, essayé de couper l'isthme deCorinthe' : je suis, quant à moi, convaincu que cette première opération a suggéré rautre, et que c*est là une idée grecqué dont jamais les anciens rois d'Egypte ne s'étaient avisés. Voilà pourquoi Uérodote n*en a rien ditf ce qui, je le répète, serait ineq»licable, si l'histoire écrite ou la simple tradition eftt alors conservé le souvenir d'une première opération. On n'y peut voir qu'une de ces traditions qui, depuis rétablissement des Grecs en Ëgypte, vinrent grossir la légende deSésoslris et d'autres anciens rois, faire supposer entre la Grèce et l'Ëgypte des rapports qui n'ont existé que pins lard, et suggérer l'idée de ces prétendues colonies égyptiennes d'Inachus,deCécrops et de Danaûs, qu'on faisait arriver en Grèce h une époque oà les deux pays ignoraient probablemoH rexielence l'un de l'antre.
Néchos interrompit Topcralion, dit Hérodote, dans la crttute de travailler pour le barbare. Darius, fils d*Hy8taspe, qui montra les vues les plus sages, et fil
i|Nog.lMffl.,l,S9.
5S LISTHME DB SUEZ.
tout ce qu'il put pour réparer les folies de Cambyse, la reprit et creusa de noaTeau le canal.
On ne peut douter qu'il ne Tait terminé et rendu navigable. Horodote, qui voyageait en Égyple vers 460, trente années seulement après l'entreprise de Darius, affirme que le canal est assez large pour que deux trirèmes y passent de front ; que Veau du Nil y entre un peu au-dessus de Bubaste^ et qu'il débouché dans la mer Érythrée (le golfe Arabique). Voilà un témoignage précis et formel. L^historien se trouve, à la vérité, en contradiction avec Arislote, Diodore de Sicile, Strabon et Pline, qui tons s*accordent à dire que Darius ne conduisit pas l'ouvrage à fin. Mais Hérodote parie de ce qu'il a vu, les autres, seulement par ouï-dire, d'un état de choses qui n'existait plus; son témoignage doit évidemment remporter sur le leur. Lorsque Âristote écrivit les MéléorologiqueSj à Athènes, après l'archontat de Nicomaque (Olymp. 109, 4 =341 A, G.) et avant Texpédition d'Alexandre, il y «ivail déjà longtemps que le canal était hors d'usage ; cet auteur a donc pu croire qu'on ne l'avait jamais terminé. D'ailleurs on doit convenir que ses infor-* mations à cet égard ont été bien incomplètes, puis> qu'il n'a pas su un mot de l'entreprise de ^iéchos.
Quant aux auteurs plus récente, tds que Diodore, Strabon et Pline, la cause de leur erreur s'explique
« Cf. J. Idder, PrœfatUf in ÂriU. UH., p. i.
Oigitized
nSTHMB DE SUEZ. 59
par cette circonstance, qu'ils écrivaient sous l'influence des historiens des Ptolémées.
On conçoit que ces historié aient cru ou voulu faire croire que ce canal que les derniers rois perses avaient laissé dépérir, n'avait jamais servi, et aient reporté sur ce prince Thonneur d'avoir achevé le premier cette grande entreprise, commencée en vain par ses prédécesseurs j mais le témoignage d'Hérodote vient ici déposer contre leurs flatteries, en prouvant que le canal avait auparavant servi à la navigation.
Achevé par Philadeiphe, comme le dit expressément Diodore de Sicile, le canal continua d'être an actifs vité pendant tout le teinps de la domination des Lagides; Diodore et Stralxm, qui voyageaiciU en Ëgyplc, le premier, soixante ans avant Jésus-Christ, sous Ptolémée Dionysos, et Strabon, quarante ans plus tord, lorsque la contrée était déjà réduite en province romaine, parlent du canal comme existant et servant à la navigation. Le premier décrit en ces termes le moyen employé pour y faire entrer les vaisseaux de la mer Uouge : «Ptolémée, deuxième du nom, acheva le canal et pratiqua une téparation ) arti$kment eonfîmite {fikwtyyov)^ dans l'endroit le plus favorable; on l'ouvrait quand on voulait passer, et on la refermait aussitôt après » Strabon le décrit ainsi : « U exuk un autre canal qui
< Diod., I, 33.
M L1STHMB DB SUBZ
Ya se décharger dans la mer Éryihrée ou golfe Arabique, près de la ville d'Arsinoé, appelée par quelquesuns Cléopatris. Il traverse les lacs dits amers,.. Les rois Ptolémées coupèrent cet isthme, et fermèrent le canal à TentréOi de manière qu'on pût k Tolonté et sans obstacle passer dans la mer extérieure (la mer Rouge) et rentrer dans le canal \ »
Quelle était cette jiéparalion ortigkmM wmintHe dont parle Biodoret Ce ne pouvait être un de ces barrages simples, de ces vannes, que ûiodore de Sicile appelle ailleurs des fortei^ en parlant de k fermeture ordinaire des canaui*. Il n*attrait point, dans ce cas, employé une telle expression; c'était à coup sûr une invention particulière appliquée uniquement à ce canal, dont les oonditions étaient différentes de celles de tous les autres canaux de l'Ëgypte. J'ai pensé il j a longtemps que ce pouvait, être un barrage double, c*est-à-dire qu'outre le premier hurrage à rextrémité du canal, vers la mer Rouge, on en avait pratiqué un autre du côté de terre; dans ce cas rintervalle fermait une sorte de sait que Strabon appelle un curipe fermée dont le niveau s'élevait et s'abaissait selon le besoin qu'on en avait pour le passage dea vaisseaux. J'avoue qu'aucun des deux au** teurs, comme le remarque le traducteur allemand de Strabon, M. Groskurd, ne parle de ce second bar-
» Strab., XVII, 804.
• Ibid., 1, 19.
L'ISTHBfE DE SUEZ. 61
rage; mais il me semble nécessaire de l'admettre pour se rendre compte de l'opération. S'il en était
ainsi, rinvention des écluses serait un peu plus ancienne qu'on ne croit; ce ne serait pas une invention des ingénieurs italiens au quinsième siècle ;
du moins, ils auraient inventé, ce qui est arrivé souYent, une chose trouvée, à leur insu, longtemps avant eux.
Mais, quelque idée qu'on se fasse du moyen employé pour Je passage des bâtiments, ce moyen existait, il était en usage; oonséquemment, le canal avait été fini par Ptoléraée Philadelphe, d'après l'assertion même de deux témoins oculaires. Leur témoignage doit l'emporter, comme celui d'Hérodote, cité plus «haut, sur ceux d'écrivains qui ne parlent que sur ouï-dire, tels que Pline et Plutarque, qu'on leur a toujours opposés. Deux passages de ces auteurs n'ont pas peu contribué à embrouiller la question ; toutefois il est facile d'écarter une difilculté qui n'est qu'apparente.
Le premier dit, en effet, que Philadelphe ne conduisit le canal que jus^juVzj/x lacs amers j retenu par la crainte d inonder l'Égypte^; mais il détruit luimême sa propre assertion, puisque, peu de lignes après, en parlant d'Ârsinoé sur le golfe, fondée par
* € .... Lkiiude Ptolenueus sequens qui et duut fo^sara... aU laoDt ainirat. Uttlt detomùt ioundalionis metiis... » (VI, S9, ou § ^.
r.2 LISTHMË DE SUEZ.
Philadclplie à IVxlrémilé du canal, il ajoute que ce prince iit le premier explorer la Troglody tique, et donna son nom an fleuve Plolémée^ qui arrose Arsinoé (eJ amnem qui Arsinoen prxfluit Ptolemsnm appellavil) ; ce qui suppose nécessairemenlqucrhiladelphe l'avait conduit jusqu'au fond du golfe, et non pas seulement jusqu'aux lacs amers. Cette singulière contradiction prouve que, dans le premier passage, mèlanl les noms de Sésostris, de Darius et de Philadelphe, il applique à l'opération du dernier ce qu'il ne devait dire que du premier et tout au plus du second.
Quant à Plutarque, il rapporte, dans la Vie d'Antoine, qu'après la bataille d'Actium, Gléopfttre, désespérée e! craigiiaiil de tomber entre les mains du vainqueur, résolut de se retirer, avec sa llotte et ses trésors, dans l'Inde ^ c'estnà-dire dans quelques-uns des établissements formés sur la côte méridionale de la Troglodytique (qu'alors on appelait Vlnde)^ où déjà elle avait envoyé CâBforion, le fils qu'elle avait eu de César : précaution inutile, puisque, plus tard, son précepteur Rhodon le ramena à Alexandrie, sous prétexte qu'Auguste voulait lui rendre la couronne; mais à son retour il fut mis à mort*. Lorsque Antoine revint à Alexandrie, il trouva, dit Plutarque, Cléopâtre occupée de l'entreprise gigantesque (ènixoXfmecof $^
< (Test dans rinde (lîc tiv IvAmi») qu'elle avait envojé mu 6b ' (Plut., m Anton., §82) : elle TOubHctilaineiiient aller lenjoiiMlre* «Plot., inÂntm.,%%%,
LISTHHE DE SUEZ. «5 TrapaêdXw xat pLîyoih.)) de faire passer sa ÛoLle par-dessus l'isthme qui sépare les deux mers'.
Lebeau% Larcher% MM. Le Père ^ et Rozière, ont regardé ce passage comme décisif ponr établir que sous les derniers Lagides la communication par le eanal n'existait plus; et, en effet, s'il fallait le prendre à la lettre, on n'en pourrait tirer une autre conséquence; mais le récit de Diodore et de Slrabon, témoins oculaires, ne permet pas d'admettre cette conséquence sans restriction. D'une autre part, quoique Plutarque écrivît cent vingt ans après l événement, et qu'il n'eût peut-être jamais visité TËgypte, comme il avait composé sa Vie d* Antoine avec de très-bons matériaux, tels que les mémoires d'Augiisle, il en coùlcrail trop à une critique prudente de rejeter tout à fait son récit. Mais heureusement on n'en est pas réduit à cette dure nécessité, puisqu'on peut le concilier facilement avec celui de Diodore et de Strabon .
n aété remarqué qu'à cause de la faiblesse de la pente entre Bubaste et la mer Rouge, laquelle n'excède pas deux mètres dans les circonstances les plus favorables, la navigation du canal ne pouvait durer que peu de mois chaque année. Aussitôt que le Nil était descendu au-dessous d'un certain niveau, elle devait être interrompue ; du moins le passage du canal
•Plul., id.§70.
• JKil. ifit Boê-Empire, Uy. LIX. § 14, t. XI, p. 298, 299, édit. Didol. > Tmd. éCBirçdùiê, U m, p. 449, 450.
64 L*]STII1IB DE SURZ.
au Nil se trouYait forcément arrêté'. L'étiage s'établit oïdinairemeiit en mars et se prolonge jusqu'à la fin
de juin ; mais longtemps avant et après ces époques, le chômage du canal devait avoir lieu. La bataille d'Actiumse donna le2 septembre del'an 51avant Jésus- Christ, et il résulte des événements qui suivirent ce tte bataille, qu'Antoine ne put rejoindre Cléopàtre que dans les premiers mois de Tan 30, en février ou plus tard encore*. Son retour a donc coïncidé avec le temps de l'étiage, c'est-à-dire avec l'époque où le canal devait nécessairement chômer. C'est alors qu'Antoine trouva Gléopfttre occupée de son entreprise. On conçoit que cette princesse, dans l'excès de sa frayeur, craignant à chaque instant de voir arriver Octave à la téte de sa flotte victorieuse, ne pouvait patiemment at« tendre trois ou quatre mois que le retour de Tinondation eût rendu le canal navigable .
Elle prit donc le parti extrême de faire passer des vaisseaux par-dessus Tisthme, de Péluse k ïïéroopolis. Antoine la fit renoncer à cette entreprise, en lui montrant qu'il disposait encore de ressources considérables. Hais il est probable qu'elle aurait d*ellemôme abandonné l'opération, ayant rencontré un obstacle, auquel elle ne s'attendait pas, dans i'oppo sition des Arabes de Pétra, qui brûlèrent les premiers vaisseaux qu'elle avait fait passer.
« Descr. de l È(jypU, Antiq. Mém , t. I, p. 144. • DroBn, CueMiU Ihm, Tb. I, S. 486, ff.
nSTUME DE SUEZ. G5
Ainsi le fait rapporié par.Plutarque peut étro fort exact sans eontredire les témoignages concordants
de Diodore et de Sirabon. On doit en conclure, non que le canal avait cessé d'être en usage, mais que la navigation y était forcément interrompue, lorsque Cléopàtre voulut faire passer sa Ûullc dans la mer Rouge.
C'est donc à présent un point démontré que le canal fut achevé par Ptolémée Philadelphc.
Ce résultat change les idées qu'on s était faites sur le but dn canal et de la route commerciale établie par le même prince entre Bérénice sur la mer Rouge etCoptos sur le ^il, un peu au-dessous de Thèbes. Cette route, tracée à grand frais et parfaitement entretenue, était divisée en onse stations, où se trouvaient des ai^piaiet f V^p£îî|jiaTa), c'est-à-dire des puits, des citernes, parfois des sources, et des logements pour abriter les caravanes* .
On a cru généralement, d'après Robertson ', que cette voie de communication avait été établie parce que PbiUdnlpbe, n'ayant pu acheter lajcanal oom* mencé, avait senti la nécessité de le remplacer parla nouvelle route de Bérénice à Coptos.
Hais puisqu'il est démontré que le canal a été terminé sous son règne et a servi pendant toute la domination des Lagides, il l'est également que la route
66 L'I^TilME DE SUEZ.
de Bérénice n'a point été établie pour le suppléer.
Une circonstance prouve même qu'elle a été tracée auparavant; c'est le nom d'Aninoê^ donné par Philadelphe à la ville qu'il fonda à l'emboucliure du canal. H résulte de recherches dont je ne puis donner ici que le résultai, que toutes les villes fondées par ee prince, dans les pays qu'il a successivement possédé f ont toutes porté le nom de sa mère Bérénice^ ou celui de ses deux sœurs Arsinoé et Pliilotira.
On ne compte pas moins de quatre villes du premier nom, quatorze du second, et trois du troisième. Les unes ont été fondées dans la prenii('re parlic de son règne, lorsque sa mère vivait encore, et les autres après la mort de cette princesse; c'est ce qui explique pourquoi l'on ne trouve pas une seule Bérénice hors des côtes de la mer Rouge \ On doit en conclure, en premier lieu, que Philadelphe avait commencé, dès son avènement à la couronne, l'exécution de ses grandes vues sur le commerce de la mer Rouge; en second lieu, que l'établissement de la route de Goptos h l'une de ces Bérémees, et la fondation de celte ville elle-même, dataient des deux premières annés de son règne, et sont antérieures aux opérations entreprises pour rendre le canal navigable, puisqu'il donna le nom d'Àrsinoc à la ville qu'il bâtit à l'em-
< Excepté celle de b Cyrénaitjue, tondée par Magas fils de Bérénice «tdftmpiaaaier mari.
USTHME DE SUEZ. 67
boochure de ce canal. Cest qu'en effet la destination
(le ces deux voies de communicalion élait difîérenle.
Le port de Bérénice fut fondé pour recevoir les denrées de TArabie méridionale, de la côte orientale d'Afrique, et celles de Tlnde, qui arrivaient priocipalement par rinlermédiaire des Arabes, au moyen du cabotage, car alors le voyage direct était rare, difficile, et ne prit un véritable accroissement que sous les Romains, principalement depuis la découverte, faite par Hippalus, de la mousson qui portait du cap Syagrus, en Arabie, droit à Musiris, sur la cote de Malabar. De Bérénice, ces marchandises arrivaient au Nil sur deux points différents ; à Goplos, par la nonvelleroule, endouzcjuurnées, età.l/>o//o/?o;>o//s ma^no, beaucoup plus au sud, en suivant une vallée transversale, où BelsEoni, MM. Gaillaud, Wilkinson et Lhôte ont relevé des stations antiques, avec de curieuses inscriptions. Les marchandises destinées pour l'Egypte inférieure suivaient la première route; celles qui devaient rester dans les villes de la haute Ëgypte arrivaient par la seconde , et toutes deux servaient en même temps au transport des produits des mines d'émeraude, exploitées non loin de Bérénice.
Quant au canal, il servait principalement au transport des denrées de l'Ëgypte en Arabie ; c'était la même destination qui lui fut donnée par les Arabes, au témoignage de Makrizy. Aussi Pbiladelphe, selon
68 LISTUME DE SUK2.
Sfrabon', lui donna une profondeur suffisante pour un vaisseau de charge. Les bâtiments, partis d'un point quelconque du Nil, arrivaient dans le canal, de là dans la mer Rouge, et se rendaient à leur destination, sans qu'il fût nécessaire de procéder à Topération longue et coûteuse du transbordement.
8 II. DO CANAL sous LES AOUAIRS CT LES ARABES.
Que le canal des deux mefô ait été entretenu sous les premiers empereurs, c*est ce dont il est difficile de douter. Les soins donnés aux canaux sous le règne d'Auguste, comme l'atteste Strabon', et la bonne administration de l Égypte sous ses successeurs, ne permettent pas de croire qu'on eût néglige le canal au* quel le grand développement qu'avait pris le commerce de la mer Ërylhrée et de l'Inde donnait une importance nouvelle. Aussi Pline, sous le règne de Néron , qualifie encore le canal qui aboutissait à Arsinoé de navigabilû alveus. 11 lui conserve le iiom de Ptolemseui amnit (fleuve Ptolëmée), qu1l continuait de porter comme au temps de Diodorc de Sicile. Les quatre premiers Césars n*avaieiit donc pas eu * lesoin d*y foire exécuter de ces grands travaux qui
« Sirab., XVII, p. 804.
• lib. XVII, p. m, a)^ mu de GosfeUin àtmktnA. imp. i. V, p. MS.
L1STHME DE 8UBZ. U1
pouvaient donner à la flatterie roccasion d'en changer le nom contre celui d'un empereur.
Mais, au temps du géographe Ptolémëe, le premier nom avait disparu pour faire place à œlui de lleiwe ïrajaii (Tpaïavô; 7:o7xy.Gç). Ce changement annonce que, sous le règne de Trajan, le canal avait attiré une attention nouyelle, et avait été Tobjet d'améliorations considérables' : en effet, Ptolémée ajoute* que le canal passe à Héroopolis et à Babylone. D*où il suit qu'il portait ce nouveau nom dans toute Tétendue de son cours et que le travail ordonné par Trajan avait consisté à la fois dans une grande réparation de la partie voisine de la mer Rouge et dans rétablissement d'un autre canal qui portait la prise d'eau à fiabylone, près du Caire actuel, environ 60 kilomètres en avant de Bubaste, opération qui avait pour but d'augmenter la pente , et par conséquent la durée du temps pendant lequel le canal pouvait être navigable.
Makrizy ne parle pas de Trajan ; il dit « que ce canal fut creusé une seconde fois par Adrien Kaîsar, un des rois grecs'. »
• ^^estsans ;iiicun inolif f|iii' M. Le Père doulc que Tnijan ail voulu rélablir la communication des dciii mers, et présume 4j;a'il a\ait seulement pour but le« irrigatîod& (p. G7}.
•Ceogr., IV, 5, p. lOS.
»yo|M la fnà, de Sil. de Sacy. dtne la Troi, ^HéndoU do LardMT, t. m, p. 455, etcellede La^gjlèe, daoe lee ITofto d^ tev^^ t. VI, p. 554 ft ntf .
70 L'ISTUME DE SUEZ.
D*Anville et d'autres après lui ^ ont essayé de eond-
licr les auteurs arabes avec Ptolémée, en disant que le nom de Trajan^ dans cet auteur, désigne Adrien qui s'appelait aussi Trajan. Sans nul doute, c'est un des noms qu'Adrien porte sur les monuments; mais on ne trouve pas d'exemple qu'il ait donné le nom de son prédécesseur à un travail qu'il aurait lui-même fait exécuter. Gela ne se voit de la part d*aucnn empereur et se concevrait moins de la part d'Adrien que de tout autre, Trajan ayant toujours été pour lui l'objet d'une rivalité que l'histoire lui reproche. Le nom de fteu/oe Trajaiif dansPlolémce, est un fait positif, contemporain, qui ne permet pas qu'on s'arrête à l'assertion de Makrizy sur un point de l'histoire romaine si éloigné de l'époque où il vivait. D'ailleurs le témoignage de IHolémée s'accorde avec des faits qui résultent de la découverte récente des anciennes carrières de porphyre.
Le gisement de ces carrières d'où les Uomains ont tiré cette belle roche qui leur a servi à décorer leurs temples, leurs basiliques, leurs palais et leurs bains, était resté inconnu ou du moins incertain. Winkelmann' et même Visoonti^ les plaçaient en Arabie; d'antres, avec plus déraison, sur la foi de Pline et de Ptolémée, les mettaient dans le désert de la Thébaïde,
« Mnn. s»r l'Ëgypte, etc., p. 15ô. Le Père,ouT. àté, p. 60.
« llisl. de IWrt, livre ÏI,c. xxi, § li).
^Museo Pii) Clément., t. VI, i>. 247, édit. de 5liliin.
USTflME DE SUEZ. 71
un peu annlessiis de la route de Qeneh à Qosseir.
C'est, en effet, là qu'ellesont été décoiiverles en 1821 et 1822 , par deux voyageurs anglais, M. Burton et •rir Gardner Wilkinson.
En explorant le désert entre le Nil et la mer Kouge^i ils sont parvenus à deux établissements antiques, abandonnés depuis des siècles, qui paraissent avoir en une grande importance ; l'un et l'autre sont situés dans une solitude profonde au milieu des montagnes prinùtiYes qui bordent la me occidentale de la mer Rouge à la latitude des ^7* et 28* degrés.
Le premier de ces établissements, formé dans la montagne appelée Djebei-Dokhan (montagne de la fumée), a tous les caraetères d*une ancienne ville, restes de rues et de maisons, place publique, citernes, temple, forteresse* On y trouve encore les boutiques et ateliers où Von travaillait le porphyre, ainsi qu'un grand nombre de mortiers et d'autres ustensiles non achevés; les carrières se trouvent dans les montagnes voisines, qui offrent encore de nombreux débris d'exploitation.
Le second, situé dans le Djebel-Fateereli, à environ 80 kilomètres plus au sud, est aussi considérable que le premier ; il présente les mêmes particularités et le même aspect ; il était aussi le centre d'une population que Ton estime av(nr été au moins de 1,500 à 2,000
' Voj. Journal of the H, Geographical i>ociely o( Londm, t. 11.
79 LMSTHME DE SUEZ.
individus. Mais ici l'exploitation était eidusifoment
granitique. On l'avait entreprise sur la plus grande échelle, comme ratteslenl les débris qui en restent dans toute l'étendue de ces carrières, puisqu'on y trouve une multitude de colonnes, ébauchées ou ler^ minées, de toutes les grandeurs, jusqu'à l'énorme dimension de 18 mètres de long.
A la vue de ces énormes matériaux, on se demande par quelle voie ils étaient transportés à Alexandrie. Les deux voyageurs que je viens de citer pensent qu'on les amenait jusqu'au Nil par la route du désert; mais la distance, non moins que la nature du terrain, s'y oppose, car les deux carrières sont à 80 ou 100 kilomètres du Nil, dont elkssont s^rées par plusieurs vallées transversales que partagent des versants plus ou moins élevés.
Sans doute, les principaux produits de l'exploitation du porphyre dans le Djebel*Dokhan ont pu asses facilement arriver au Nil par la voie de terre ; les urnes funéraires, les mortiers, quelques ornements d'architecture, pouvaient être apportés par cette route ; mais la difficulté devenait déjà considérable pour des baignoires telles que les deux qui sont déposées, Tune à la Bibliothèque royale, Feutre au musée du Louvre» et qui sont en porphyre égyptien. Elle était énorme pour dos objets d'un plus grand volume, tels, par exemple, que la grande vasque du Vatican, qui a 14 pieds (4 mètres 5 centimètres) de diamètre ; celle
LUSTflM£ DE SUEZ. 73
dttmnséede Naples, quia 10 pieds (3 mètres 25 centimètres) de diamètre, près de 5 pieds (1 mètre 62 centimètres) de hauteur, et dont les anses en forme de serpents sont prises dans la masse, le mausolée de sainte Hélène, mère de Constantin, le tombeau antique qui est devenu celui de Benoît Xiil, à Saint-Jean de Latran, et la statue, probablement de Dioclcticn, haule de 11 pieds (5 mètres 57 centimètres), dont les débris furent retrouvés au pied de la colonne de Pompée K On peut tenir pour à peu près certain que des pièces de ce Tolume ont dû descendre de la carrière au port deMps-Hormos.
A plus forte raison, la voie do mer, tant qne cette voie a été possible, a dû être suivie pour la plupart des produits de l'exploitation granitique du Djebel-Fatecreli. Entre cette montagne et le Nil, il existe plosieuis chaînes transversales, il est vrai, peu élevées, mais qui opposent une barrière presque infranchissable au transport de lourds fardeaux, et un obstacle invincible au passage de grandes colonnes telles que celles qui gisent encore sur le sol, au Djcb( 1-Fatccreh. Sans parler de celles, en si grand nombre, dont le fût atteint et dépasse 10 mètres, il suffît de rappeler celles qui ont près de 60 pieds anglais (i S mètres 59 cenlimèlres) de longueur, et 8 mètres de circonférence (2 mètres 59 centimètres de diamètre), qui par leur
* DuLois, Calaioyue de la Collection ChoUeul-Gouflier, ^Ail.
U LISTUMB DE SU£Z.
grosseur surpassent la colonne de Pompée (dont le diamèlre moyen est de 2 mèlrcs 551 cenlimèlres). Ces colonnes surpassent donc de beaucoup les plus grandes que Ton connût jusqu'ici (la seule colonne de Pompée exceptée), car celle dont les restes existent près de Monte-Gitorio, à Rome, n'avait que 14 mètres 784 centimètres de longueur (5 mètres S centimètres de moins que e^lle des carrii res de Djebel- Fateereh), et celles des Thermes de Dioclétien n'ont que 11 mètres 91 eentimèlres^; c*est à peu près la dimension des colonnes du Panthéon, qui proviennent en partie des carrières de l'ilc d'Elbe Voilà les plus grosses colonnes en granit qui aient été conservées dans les monuments antiques ; mais combien elles sont inférieures à quelques-unes de celles qui étaient travaillées dans les carrières de Djebel-Fateereh I
Jusqu'à présent on a pensé que les Romains tiraient les énormes colonnes monolithes qu ils employaient dans leurs grands monuments de carrières très-voisines dn lieu d*embarquement; ce qui en rendait le transport très-facile, puisqu'on pouvait les faire glisser par un plan incliné jusque dans le navire qui les transportait immédiatement à Qstie et à Rome. Cela est vrai pour les carrières de Syèue et de l'île d'Ëlbe; mais la position géographique du Djebel- Fateereh ne permet pas cette eiplication pour les
« Rondelet, Ari de bâtir, 1. 1, p. 17.
• fkUiMr. fioDMii, etc. Bachreibung derStadl Hom, I" B. S. S49.
L'ISTJIME DE SUEZ. 75
coIcDDes qu*on y exploitait. La distance d'environ dix de nos Heues qui sépare le Djebel-Fateereh de la mer
devait être déjk bien diflicile à franchir. Malgré les puissants moyens mécaniques que notre savant ingénieur L^Mis avait à sa disposition, nous savons avec quelle peine et quelle lenteur il a pu laire avancer de quelques centaines de pas l'obélisque le Louqsor, dont le poids ne doit pas eicéder de beaucoup celui des colonnes du Djebel-Fateereh. Ce n'est certes pas faire injure à la mécanique ancienne que de doutei'si les Romains pouvaient disposer de semblables ressources, surtout dans ce désert écarté. Ils employaient, selon toute apparence, des machines fort simples, remplaçant Timpuissanoe des moyens par le nombre de bras et une énergique volonté. Grâce à Tinclinaison du terrain depuis la carrière jusqu'au lieu d'embarcation, on avait pu pratiquer une chaussée à pente continue et diminuer ainsi beaucoup de tirage; mais il ne fallnil pas moins un énorme travail pour traîner de semblables fardeaux jusqu'à la mer. Quant à la route de terre, indépendamment de sa longueur, la disposition du terrain la rendait décidément impraticable pour de tels fardeaux.
Ainsi la voie de mer a dû être la seule possible en certains cas, et celle qu*on a dû toujours préférer, si la cote voisine ollrait quelque port comniode pour l'embarquement.
Maintenant, il est fort remarquable que précisé-
76 LMSTUME DE SUEZ.
ment sur les deux poiots de la côie qui correspondent
aux deux centres d'exploitation, se trouvent le port de Myos Hormos, qui, sous les empereui^. devint l'entrepôt da commerce de Tlnde, et celui de Philotéra^ fondé par on amiral de l'tolëmée-Philadelphe, qui lui donna le nom d'une sœur de ce prince. Celte correspondance ne peut être fortuite; elle nous explique pourquoi Ton avait choisi pour l*eiploitation du porphyre et du granit ces deux localités entre celles qui, au midi et au nord, pouvaient aussi bien convenir. La grande distance qui les sépare ( environ quatre-vingts kilomètres) devait d'autant plus surprendre, que des inscriptions dédicaloires, gravées sur la façade de deux temples dans chacune des deux localités, prouvent qu'elles étaient placées sous la même administration politique et financière; c étaient des espèces de haffties où Ton envoyait des condamnés (xoradcxoi, dit Aristide), qu*on réunissait en grand nombre dans ce désert; elles étaient gardées par la même cohorte, surveillées par le même procurateur de César, et affermées au même individu qui prend le titre d'^ clave de Cèmr. Leur éloignement devait être une source de graves difûcultés et de complications nombreuses, dans une région de montagnes oii Ton avait à se défendre contre les incursions des Arabes. Il fallait donc qu'on eût été contraint, par une puissante nécessité, à éloigner ainsi Tun de Fautre ces deux établissements. 11 ne pouvait y avoir que le besoin de les
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mettre tons les deux en oomrannîcation avec un port commode pour rembarquement des pièces colossales qa*on en tirait.
n résulte de recherches nonvelies que le porphyre ne fut point au nombre des pierres travaillées par les andens Égyptiens. On n'en trouve aucun vestige parmi les monuments de siy le purement égyptien, grands et petits, qui peuplent nos cabinets ou qui existent enoore sur le sol de l'Egypte. Ayant à leur disposition tant de belles matières, les granits, les basaltes, les albâtres, les brèches, etc., ils ont négligé le porphyre, doDl la dureté, qui surpasse celle de toute autre roche, exigeait un travail long et pénible, ou même résistait peut-être aux moyens d'eeiéeution dont ils pouvaient disposer.
Au témoignage de Pline \ ce fut Yitrasius Pollion, procurateur de César, qui envoya à Tempereur Claude
les premières statues de porphyre qu'on eût encore vues. Yisconti jMrésume que les carrières venaient d'être alors découvertes*. Cette conjecture est confirmée par deux inscriptions*, Tune du temps de Trajan, Tautre de la première année d'Adrien, qui nous
•XXXVI, c 7. §57.
> Umeo Pio Clément., t. VI, p. 347, éd. de Milan.
'Ces înscriplions, qui nous ont conservé les plus curieui détails, m'onl été communiqutH's pnr sir fîurdner \Vilkin«on, pour être publiées ihm mon liectieil des Inscriplions latines et grecquet de l'Êgypte; ô vuluincs in-i*, dont les deux premiers out paru.
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apprennent que les montagnes où se Iroimient les carrières portaient le nom ée MùrU Chudien ; il est clair qu'elles n'ont pu recevoir un tel nom (juo parce qne la découverte en fut faite sous le règne de Claude, ce qui s'accorde merveilleusement avec le dire de Pline, auteur conleniporain. Quant à rélablissement de Djebel-Fateereb, où Ton e&ploitait le granit, une autre inscription atteste qu'il a dù être formé plus tard, vers la xii* année de Trajan, époque à laquelle il reçut, en latin, le nom de Fom Trajanu$f en grec celui d*Hydreuma Tm^anum Cr^psufMTpafdetfov), que la géogra|)hie ancienne ne connaissait pas jusqu'ici *.
Or, nous avons vu plus haut que l'empereur Trajan est précisément celui qui reprit les travaux du canal et voulut donner une nouvelle activité à cette utile navigation. Ces inscriptions confirment donc pleinement le témoignage de Ptolémée, et la coïncidence des époques permet de croire que rétablissement des nouvel les carrières de granit et le besoin d'en faciliter l'exploitation, en se. procurant les moyens detranspor- 'ter les plus lourds matériaux directement du port de Philoléra au iSil, sont entrés dans les motifs qui dé-
«te
Ml e t ù ronarquer que la route de CoplM & Bérénice eftia seule
dont los stations aient été indiquées et nommées par los auteurs ancicnt (Pline, ht Table tliéoilosiontio cl ritinénire d'Anlonin). D'aulros route*? aussi lrès-fréquentét;s, cellos de Co(tlos à Mvos lloniios et au Lcucos Umeo (Qosseyr), et celle d ApollonopoIis im^m in H* rénice et aux fTémeraude, ne sont coiinii.s que par les vc>liges des stations î OU des monuments qu on y trouve. Aucun auteur n^en parle.
L'ISTHXE DE SUEZ. 79
terminèreiU Trajan à perfectianiier et à étendre la
navigation du canal.
Une autre coïncidence montre que Texistence de ces carrières était liée avec celle de ce canal, car nous Toyons cesser leur exploitation en même temps que la navigation du canal fut abandonnée.
Qu'elle fût encore en pldne activité dans les premières années d'Antonin, c'est ce qu'atteste un passage de Lucien où il est parlé d'un jeune homme « qui, étant embarqué (à Alexandrie), remonta le Nil . et naviqua jusqu'à Clyma (port à Teitrémité du canal sur la mer Rouge). » Ce texte est d'autant plus important que, comme Lucien, qui florissait vers IGO ou 170, avait exercé «q Ëgypte, ainsi qu'il le dit luimême*, des fonctions importantes, son témoignage n'est sujet à aucune erreur.
I>ans le silence absolu de l' histoire, il est impossible de savoir si le canal servit longtemps après cette époque. On peut admettre qu'il resta navigable au moins pendant le siècle ilorissant des Antenins, qui veillèrent avec tant de soin à entretenir les sources de la pros[)érité de l'empire. L'époque de l'ensablement du canal doit coïncider avec celle de l'abandon des carrières du mont Fateereh, et en même temps avec
* lîi Psiudom., § 4i, p. 539 de 1 excellente éUilion publiée pai M. Didot. (l;«ris sa hibliotlu-que des classiques grecs. *Apologiapro mercede cond.t g 12, p. SOS.
l*oaverlurc de nouTellcs carrières de granit plus foisinesduNil.*
Sir Gardner Wilkinson a reconnu, par l'examen attentif des lieux, que œiles de Djebel-Faleereh ont été abandonnées peu de temps après le règne d'Adrien ou d'Anlonin. Les nombreux fûts de colonnes, les chapiteaux et autres parties d*architecture qui s'y trouvent encore tontes préparées, et semblent n'attendre plus qu*un dernier effort pour être expédiées h leur destination, tout indique que, lorsque les carrières ont été délaissées, l'exploitation y était dans tout son déTeloppement. Pour perdre le fruit de tant de travaux, pour abandonner ces colonnes qu'on avait pris tant de peine à extraire, à tailler, à polir, il a fallu qu'on y fût contraint par quelque obstacle imprévu qui vînt arrêter tout à coup l'exécution des commandes. Ne serait-ce pas la cessation de la navigation du canal T Or, une inscription ^ trouvée à Syène atteste qu'entre les années 205 et 209 de notre ère, sous le règne simultané de Sept! me Sévère et de ses iilsy de nouvelles coÊTières (novx lapieidinse) furrat trouvées {aàit^ venUe)^ et qu'on en tira des pilastres {paraataticx)^ ainsi que des colonnes grandes et nombreuses (columnm grainàm et iiiu/l«), ce qui prouve que, dès le commencement! ces carrières furent exploitées en
* Cette inscriplion, cojjiLt' (I nbonl à Sycivc p.ir 15 •Izoni cl Caillaud, est entrée depuis au musée du Louvre, avec d'autres pièces provenant de la coHeetioii Mimaut.
LISTOME DE S.UEZ. 81
grand, et foarnîreni de ces eolonnes monolithes plus
ou moins colossales dont les carrières de Djebel-Fateereb conservent encore de si nombreux échantillons. Tout atteste, en effet, que, dans aucun temps, l'archi* teclurc ne lit plus d'usnge de monolîthes pour la décoration, soit des édilices, soit des places publiques, an moyen de ooloiincs triomphales, comme celle de Pompée. J*ai émis la conjecture que celte immense colonne était une des coluninu.' (jiandes tirées de ces nouvelles earrières; la nature du granit, qui est la même que celle du cippe sur lequel est gravée Tinsci'iption latine que je viens de citer, rend la conjecture bien probable.
Il devient donc vraisemblable que l'abandon des carrières de Djebel -Faleereh est dû à rensablenientdu canal; aussitôt qu'il cessa d'être navigable, on dut renoncer à terminer toutes ces colonnes qu'on n'avait plus de moyens do transporter en Égypte. On fut donc contraint de renoncer à cet établissement, et de transporter les grandes exploitations de cette belle matière dans une localité d*oè le transport fftt plus focile : louverture des nouvnlles carrières de Syène aura élé nne soîte de cet abandon .
Mais observons que le délaissement de l'exploitation du granit à Pjebel -Faleereh n'a pas nécessairement entraîné celui de l'exploitation du porphyre dans le Djebel-Dokhan. Celle ci a pu subsister, même après l'ensablement du canal, parce qu'elle produisait des
83 nSTHME DE SUEZ.
pièces d'une grandeur moindre « qu'on pouTaii, à
force de bras et d'efforts, transporter par la wie dn désert. Un passage d'Eusèbe' montre, en effet, que les carrières de porphyre étaient toujours en pleine activité sous le règne de Dioclétien, puisqu'on y envoyait en foule les chrétiens persécutés, condamnés à ces mdtt travaux; des passages de Paul le Silentiaire attestent qu'elles furent exploitées plus tard encore, et que leur produit était Iransporlé par la voie du Nil *. Tous ces renseignements s'accordent ou se concilient sans peine.
Le Ciinal ivsla ensablé et hors d'usage jusqu'à la conquête de rÉgypte» en 039 de notre ère. Les extraits de divers auteurs arabes cités par Makrixy donnent des détails circonstanciés sur le rétablisseBoent de cette voie par les ordres du kbalife Omar'. Le canal fut exécuté de nouveau, à partir de Fosthat (vieux Caire), c'est4-dire qu'on reprit celui de Trajan, qui, au dire dePtolémée, commençait à Babylone. En moins d'un an, disent ces auteurs, des bateaux chargés de grains arrivèrent à Qolaoum (le Clysma des anciens) et portèrent l'abondance sur les marchés de Médine et de la Mekke. Le canal fut donc rendu à la principale destination que lui avait donnée Ptolémée Philadel[^. La
- « Hist. Eccin., 11b. VII!, c. S {De Martyr. Palœtt,). « Descr. S. Sophiœ, \, v. 379, 580, (»'25 à 027. > V. lu notice sur Makrizy, par Laoj^lès, dans les ?iuUc€S des AfanuserUi, t. VI, p. 354 et sui\'anlcf .
L'ISTUMË D£ SUEZ. 8S
BatigatioB subsista saDt mterroplion jusqu'au khalife
Al-Manzoi% qui ordonna de combler le canal pour empêcher qu'on ne portât des vivres à Mohammed-ben- Abdoullàh, qm 8*ëlait révolté contre loi, te qni eut lieu Tan 145 ou 450 de Thégire (762 ou 767 de notre ère). Elle avait donc duré seulement cent vingt-deux ou oeni Tingt-sepi ans. Depub ce moment, ajoutent les auteurs arabes, le canal n*a plus été rétabli
De cet exposé historique, il résulte que le canal des deux mers a aerri à la navigation pendant une première période d'environ cinq siècles, sans autre in* torruplion que celle qui tenait à l'ctiage du Nil, depuis le règne de Philadelphe au moins jusqu'à la fin du règne de Marc Aurèle et peut^tre jusqu'à Septime Sévère, et pendant une seconde période de cent vingtdeux à cent vingt-sept ans sous la domination des Arabes.
On convenait généralement que le canal avait été navigable pendant cette seconde période, parce qu'en eflêt les témoignages des auteurs arabes sont tdiement précis et eireonstaneiés, qu'il n'est pas possible de rejeter le fait qu'ils établissent. Je crois avoir montré qu'il en est de même de oeux des auteurs anciens pour l'époque antérieure, et que les contradictions qu'on avait cru remarquer entre eux ne résistent pas à un examen approfondi.
£st-il maintenant possible de reprendre les travaux des anciens et des Arabes, et de rétablir la navigation
M I/ISTHHE DE SUEZ.
par la même voie qa*ils avaient suivie? On ne peut en douter, puisque les eondîtions sont à présent plus fa*
vorables qu'elles ne relaient jadis, le fond du Ml et oonséquenimenl le niveau de ses eaux s' étant élevés d'une quantité notable depuis les temps anciens. Indépendamnient de eet argument péreniptoire, on peut s'en convaincre encore par les nivellements précis et les redierches consciencieuses que M. Le Père a consignées dans son excellent mémoire sur le canal des deux mers. 11 a montré qu'avec une dépense de vingtquatre à trente millions, on pourrait op^r la jonction de la mer Rouge avec le Nil, et en même tempe avec la MéilitciTance, en prévenant, par les moyens que fournit le génie moderne, tous les inosnvénients qui pourraient résulter du versement de la première dans la seconde. Or, que serait-ce qu'une telle dépense en comparaison de l'immense utilité de cette grande opération?
On doit souhaiter que la complication actuelle des intérêts divers et opposés disparaisse devant la certitude des avantages qui pourraient résulter pour tous d'une telle entreprise, si l'on consenlailà s'entendre; mais il e^l à crcùndre qm nous en ioyons réduits pen' éoM lanj^mpi am vmw cij (oui m pfu«, à IVt /wfranice.
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