ET DE LA MER ROUGE
Par terre, les deux rWes ne sont qu*à 25 lieues Tune de Vautre ; par mer, elles sont éloignées de plus de 5000 lieues.
On ne doit donc pas s'étonner de tronver une légère différence de niveau; il y aurait plutôt lieu de
le faire s'il se trouvait une égalité parfaite entre les deux niveaux, car elle ne pourrait arriver que dans le cas où le globe terrestre serait un sphéroïde de révolution et d'une densité constante dans toutes ses parties. Or le contraire est démontré. Il est toujours à présumer qu'on trouvera une différence quelconque de niveau entre Tocéan Pacifique et le golfe du Mexique f lorsque, par un nivellement bien exact à travers Tisthme de Panama, ou ce qui est plus facile, par la rivière de Saint-Jean et les lacs de Nicaragua et de Léon, on aura mesuré exactement les hauteurs relatives des deux mers ; car l'isthme du Mexique offre un cas parfaitement analogue à celui que présente l'isthme de Suez.
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Bvmt L^KTABUSNoisn BBS CBBCB tooi fumtmom tn9B\ u oomtotn i»*aiikabbbb.
OBSBBVATIOIIS PIÉUMINAIRES
La plupart des écrits relatifs à Tarchéologie égyptienne antérieure à Tan 1821 ont été rédigés sous l'influence d'une opinion historique que Ton croyait alors certaine : c'est que Tinvasion des Perses et leur domination, pendant près de deux sièdes, avaient porté un coup mortel aux institutions civiles et religieuses de rËgypte, et par conséquent aux arts qui en étaient rexpreasion. On devait naturellement en conclure que les monuments qui portent le earaetire égyptien, sans mélange de principe étrangeri appartiennent exclusivement aux tempo pharaoniqueB.
Cette opinion parut eoafirmée, Ion de Texpédition
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d'Ëgyple, par la découverte de zodiaques et d'autres représentations astronomiques, où l'on crut reoonnattro des indices certains d'une antiquité très-re-
culée^ Comme ils se trouvaient dans des édilicesqui semblaient avoir le même style et être de la même époque que tous les autres, on pensa qu'ils devaient, sans exception, appartenir à des temps qui avaient de beaucoup précédé l'invasion persane, et que, depuis cet événement, les Égyptiens n'avaient plus élevé aucun de ces monuments sacrés, portant le caractère propre aux arts et aux anciennes institutions de leur pays. Telle est, en effet, l'idée qui domine dans les mémoires d'antiquité que contient la grande Description de l'Egypte*; mais, bien loin d'en faire un reproche aux savants qui les ont rédigés, il est juste de reconnaître que cette opinion est parfaitement conséquente au\ seuls laits qui fussent alors connus.
On allait même jusqu'à croire que la ruine des institutions égyptiennes s'était étendue au système graphique. Fourier pensait que la connaissance de la langue hiéroglyphique était en grande partie perdue à répoque grecque*; d'autres savants' regardaient la
« Voir plus liaul rariicle sur l'Origine du Zodiaque. * Fourier, Préface historique, p. x. — Jallois et DeTÎHiers, Dacrip' 40 fhêbes, p. 4S8 — e/ paxOm, ^ BkL nalureUe, t. Il, p.SOl.elc.
s Fourier, Préface hiitorique, p. xii.
« Jomard, Ménurin tw la immptimu mUiquii,^Antiq. mém..
SDR LA CIVILISATION ÉGYPTIBNRE. 140
présence des signes hiéroglyphiques sur uu monument d'archileclure égyptienne, comme une preuve inoonlestable qu'il est antérieur à Gambyse ; la pierre de Roselte elle-même ne fit pas tomber enlièrcinent ce pr^ttgé, et je ne puis oublier qu'en 1821, dans l'enceinte même de TAcadémie des inscriptions, un savant archéologue (feu Mongez, qui ne fut pas seul de son ayis) mettait encore en doute si le texte hiéroglyphique de cette pierre ne serait pas une pure fiction, et si les prêtres égyptiens, ne sadiant plus la langue sacrée, ne se seraient pas amusés à rassembler au hasard des Signes et des figures pour faire croire aux Grecs qu'ils la comprenaient encore. C'est ce doute que j'ai pris à tâche de lever dans une note de mon mémoire imprimé en 1821 ^, note qui doit sembler aujourd'hui ausû inutile qu'elle me paraisBaît alors nécessaire.
D'après celte disposition, générale à celle époque, des esprits les plus distingués, on ne peut être surpris de l'incrédulité et de la défiance qui accueilliraiit les conclusions du mémoire que je vins lire à l'Académie en juillet 1821. Dans ce travail, je tirais sans hésiter les conséquences immédiates et rigoureuses des in* scriptions grecques gravées sur la façade des temples de Teniijra^ à! Anixoyoli% d'Apoilomlii Pana et d'autres villes antiques. Je soutenais que ces édilices, tout égyptiens qu'ils sont, avaient été probablement
* Jowrnaldes &nNmlt, juillet 1831, p. 453 el 454.
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œnslruite, et certainement décorés sous les Grecs et sous les Bomains.
On traita cette idée de paradoxe insontenable. Cham* poUion lui-même prit la peine d*en relever ce qu'il appelait alors VinioraiiemblaiH€e\ Cependant, peu de mois après, en septembre 1829 % ses propres déoou* vertes l'y ramenèrent et finirent par l'obliger, nonseulement à Tadmctlre, mais encore à lui donner une extension nouyelie*.
Atant que sa mémorable découverte vint apporter cette confirmation inattendue, j'avais cru pouvoir combattre le principal argument qu'on m'opposait alors, en recbercbant s'il était vrai que la conquête persanne eût exercé sur les arts et les instilulious de l'Ëgjpte rinfluenœ désastreuse qu'on lui supposait, et si les Égyptiens, à l'époquede la domination grecque, eussent réellement perdu depuis des siècles, comme on le disait, la volonté cl le pouvoir d'exécuter lotis ces grands tiUTanx d*art dont on était dans bi nécessité indispensable de placer l'exécution à celte époque ré* cenle, quand on voulait rester fidèle au sens des inscriptions grecques graTées sur des monuments qui ne présentent presque aucune trace d*un art étranger. En mars i8!22, je commençai à lire a l'Académie une série de mémoires sur l'état des arts en Egypte depuis
I Revue encyclopédique, mars 182^.
* UtUre à M. Dacier sur Us hiérùgl§pka fhonêUquH.
* Préeii du t§tUtue hUroglyfMqiœ,
SLU LA CIVILISATION ÉGYPTIE.N.NE. 151
Gamb][8e, où je me proposais d'établir qoe la cWilisalion n'y avait subi que de faibles modîflcations soi»
la dominiition persane, et qu'elle restait presque intacie lorsque Alexandre vint s* emparer du pays^; mais la dëeoaverte de Champollion, exposée devant cette conipnfrnio le 22 septembre 1822, me fit comprendre qu'une nouvelle ère s'ouvrait pour l'archéologie égyptienne, par rintroductiond'un élément historique qui avait manqué jusqu'alors : je crus prudent d'attendre les applications nombreuses qui allaient soceessivement en sortir. J'interrompis donc la lectare d'an travail déjà tout préparé avec les seules ressources que l'on possédait; et je bornai cette lecture à des considérations générales et à un premîr mémoire sur la domination persane en Ëgypte, dont le résumé fut indiqué dans mes Ikchcrches^ publiées en 1823.
Ce n'est pas ici le lien de rappeler comment les vues émises dans mon mémmre de juillet i82i , et
développées dans celui de mars 1822, ontété appuyées par toutes les observations qu'ont amenées d'abord la découverte de Ghampollionf ensuite les applications de l'alphabet plionrlique dues à cet illustre philologue, ainsi qu'à d'autres savants ou voyageurs : d'où est résultée la preuve qu'un grand nombre des édifices qui subsistent dans la vallée du ^il ont été construits^
« Voir rintroduclioii de mes Reclierdies pour servir à l'Uisloire de (Egypte, p. ixiii ft xsiv (Mi, 1825).
m MÉMOIRE
décorés, achevés ou répatés pendant les dominations successives des Perses, des Grecs et des Roniains\
Ma thèse principale, relative à l'effet de la domination persane, se trouvant ainsi conlirmée sous tous les rapports, je croyais inutile de la reprendre, lorsque je me suis aperçu que des sayants distingués hésitant encore à présent sur ce point, qui me paraît ôtre un des plus importants de l'histoire ancienne. Un des hommes qui ont le mieux étudié les antiquités égyptiennes, sir Gardner Wilkinson, continue de penser que les Perses oniporlé 111» coup mortel amartietam imtUuUon$ de l'Égypte*, en sorte que tout monument de beau style égyptien devrait cire considéré comme antérieur à cette époque.
D'antres savants pensent encore qu'il n'existe réellement aucun monument égyptien qui soit de l'époque grecque ou romaine, et que les cartouches hiéroglyphiques des Ptolémées ou des empereurs qu'on y trouve gravés ont été remplis après coup. Ce retour Ycrs des opinions qui, bien examinées, ne peuvent plus se soutenir, provient de ce que la question principale sur l'influence de la domination des Pèrses n'a jamais été discutée régulièrement, ni approlondiedaus
• L'ensomhle de t( s ulvcs, liées iiititiienieiU à l élutle des iiioniiiiipnts aitronomiques de l'anliquité, a été présente daus le premier iiicaiairu do oevolniBe*
• Momien and Ctîtimi 0/ àie mtdent inpt,, 1. 1, p. 181, 194, 31S.
ses détails, aa moyen d'une comparaison suivie des textes el des monuments. C'est là ce qui m'engage à la rqirendre, maintenant qu'on a tous les moyens de combiner ces deux sources de renseignements, et, en les contrôlant les uns par les antres, d'arriver à un résultat certain et définitif.
Cette étude se bornerait à flaire connaître le sort de la dvilisation égyptienne sous les dominations étrangères, qu'elle serait encore digne de rattenlion et de l'intérêt de tout esprit sérieux; mais elle a une portée plus grande, puisqu'elle doit amener la solution d'un des problèmes les plus intéressants que présente Thisloire des sciences.
Depuis Bailly, on s'est lait en général une trèshaute opinion de l'état où elles étaient parvenues cher les anciens Égyptiens. Malgré les résultats contraires amenés par des recherches récentes, le préjugé subsiste encore, et des personnes instruites continuent de prêter à ce peuple des connaissances malhémaliques et astronomiques perfectionnées, dont on est bien forcé de convenir qu'il restait très-peu de traces à l'époque où des Grecs d'un esprit éminent, tels qu'Eudoxe et Platon, voyageaient en Égypte; el surtout lorsque l'école d'Alexandrie fut obligée de construire pièce à pièce, en grande partie par ses propres efforts, ce vaste monument dont Plolémée, dans son Âlmageste, nous a conservé les propylées magniiiques.
Pour expliquer la disparition de cette sdence pré-
I5i MÉMOIRE
tendue', on continue d*avoir recours « aux révolutions,
aux conquêtes qui ont bouleversé l'ÉgypIe,* éteint ses institutions, dispersé ses collèges de prêtres et anéanti leurs doctrines saTan(es^ »
Mais, s'il était établi que ces effets désastreux n^ont jamais été produits; qu'en Egypte, comme en Chine, les invasions étrangères n*ont eu qu'une très-faible influence sur les institutions locales, et que la civilisation égyptienne a réellement conservé son caractère propre et presque sans mélange, depuis Sésostris jusqu'à Alexandre, cette (fisparî^ton ((es «ctencei deviendrait une hypothèse sans fondement; il serait historiquement démontré qu'au temps de Platon et d'£udoxe les Égyptiens savaient encore tout ce qu'ils avaient su aux époques les plus florissantes de leur empire. Dans ce cas, l'imperfection des connaissances chez des disciples aussi intelligents que zélés serait une preuve manifeste que les maîtres n'avaient jamais été fort habiles. Or, comme personne ne soulienl plus à présent la grande science astronomique des Chinois, des Indiens, ni même oelle des Cbaldéens, à qui Ton n'accorde plus que la connaissance exacte de quelques périodes, i'Égypte restait le seul pays où ceux qui tiennent encore un peu aux chimères de Bailly et de Dupuis
* Fourier, Préface hUtorique, p. xi. « Les philo^ophc5> gi-ecs u'y puis&rcnl 4{u*iiiie iminictioo kagutuUs, pai*ce qiio la religion, lei lois et . ïf% scU*noflt étaient jnwifiie mUirmeiU anéantîM. »
• Biot, dam le Joum, dei Sw. 1 SIS, p. 487.
poavaient espérer de trouver quelque secours. Mais si le résultat de cette étude tendait à détruire cette dernière ressource, il faudrait bien en déduire, comme conséquence nécessaire, la vérité d'une assertion que j'ai déjà mise en avant, à savoir qu'avant l'école d'Alexandrie il n'a point existé chez les anciens peuples de icience proprement dite.
Tel est donc, en définitive, le grave fait historique qui doit sortir du tableau dont je tâcherai do réunir les principaux traits; et j'en avertis, aiiu qu'on lasse plus d'attention aux détails où je vais entrer, et qu'on mette plus de sévérité à recevoir les faits ou les arguments que je vais produire.
Avant d*examiner si la conquête persane a causé dans rétat intérieur de l'Ëgypte d'aussi grands changements qu'on le pense en général, il importe de bien connaître la situation de ce pays lors de l'arrivée de Cambyse, 535 ans avant Jésus-Christ. Il faut s'assurer si, à cette époque, et môme un siècle plus tôt, à partir de l'établissement des Grecs en Ëgypte, de nombreux signes de décadence, comme on le croit généralement, se faisaient déjà rcnianjuer dans les institutions et les arts de ce pays, et si la force qui avait élevé les monuments de Thèbes s'était affaiblie ou subsistait encore à peu près intacte.