‹ Mélanges d'érudition et de critique historiqueChapitre 24 sur 62 · M.UI.SS · texte numérisé non relu

M.UI.SS

m ?>]ÉM01RE

de remarquable cet établissemeat des Gi*ecs dans le désert h Toucst de Thèbes. I/bislorien fait même assez

clairemenl enlcndre que l oasis était exclusivement peuplëe par les Sa miens, ou du moins que ceux-ci en étaient les principaui habitants.

Dans les doux cas, on voit que l'esprit aventureux et commercial des Grecs avait senti de l>onne heur^ l'importance d'une colonie placée sur la route des caravanes venant du Darfour et du Khordofan. Les figvptions, sur les pas des Grecs, s'y portèrent en grand nombre; leur population y devint considérable et finit par absorber la race grecque; car il n*en pouvait è(re de cet établissement lointain, ni de ceux qui furent alors formés dans la baule Ëgypte, comme de * Nancratis, dont la population, toujours en contact avec les négociants de la Grèce, conserva son caractère primitif. Dans l'intérieur deFËgypte, la race grecque, s'altérant par les alliances, dut se fondre peu h peu dans la population égyptienne et disparaître tout 5 lait sans laisser de traces distinctes, il faut même que, de très-bonpe beure, les usages grecs, dans Toasts de Thèbes, aient été étouffés par les usages nationaux, puisqu'on n'y a trouvé aucune ruine qui puisse se rapporter à cette race étrangère. Les temples, dont il subsiste des vestiges considérables, sont tous de style égyptien; mais ces vestiges eux-mêmes, comme on le ferra plus bas, attestent le peu d'ancienneté de la colonie égyptienne.

!1 paraît peu vraisemblable que les Samiens fussent Tenus s'établir de prime abord uu milieu du dcserl libyque; on doit croire qu'ils s'étaient en premier lieu fixés dans nn canton de l'Égypte, situé en Thébaîde, à portée de l'oasis, en sorte que cotte colonie ne serait qu'un démembrement d'une colonie grecque établie antérien l'ornent sur le bord du Nil. Quand on cherche le poiiil iVoù les Grecs ont dû partir pour fonder cette ci)lonie, onn'ea trouve pas de plus la vorablequ'Âbydos, ville située à la moindre distance entre la grande oasis et l'Egypte, et qui, par sa position et son ancienne importance, a été regardée avec raison comme ayant été jadis le point où les caravanes d'Éthiopie entraient en Ëgyptc, à la sortie du désert, après avoir traversé Toasis. Cette considération donne quelque consistance au passage où Éticnne de fiyzance attribue la fondation d'Abydos à une colonie milé8icnne^ Ce passage a été rejeté comme indigne de confiance. En effet, l'existence antérieure de la ville égyptienne à'Ebot^ dont les Grecs ont fait Àbydos, est démontrée, non-seule» ment par la description que Slrabon* a faite de ses monuments, mais par les monuments eux-mômes, dont les restes appartiennent au temps de Menephthah I^; mais rien n'empêche h présent de croire qu'une colonie de Grecs de l'Asie Mineure, détachée

« Slc|ih. B)z.. voce ''aCv^o;.

• Strab., XVil, p. 81S.

du Delta, se fài établie dans cette Tille ou dans son

voisinage, au Icmps d'Amasis, comme les Carieiis et les Tyriens s'établirent à Mempbis vers la même époque.

Un autre fait, qui se lie ayec rétablissement des Grecs en divers points de 1 Egypte, est aussi rapporté par Hérodote. Il dit que Psammitichils s'empressa de conûer aux Grecs, dès qu'ils furent établis dans le Delta, des enfants du pays pour apprendre parfaitemmU la langue grecque^ ei servir i'inUrprèUs enire les deux peuples. Remarquons que les Égyptiens font ici les avances; ce sont eux qui veulent apprendre le grec, et non les Grecs l'égyptien, car Hérodote ne dit pas que ceux-ci aient donné à leur tour des enfiints grecs pour qu'on leur enseignât la langue du pays. £n ceci se montre le peu de goût qu'ils ont toujours eu pour les langues étrangères, et le peu d'empressement qu'ils ont mis à les apprendre.

Celte mesure annonce de la part du roi d'Ëgyple le ferme propos de mettre les indigènes et les Grecs dans un contact immédiat. Ses successeurs la favorisèrent constamment et les Perses, dans la suite, n'y mirent aucun obstacle; aussi voyons-nous qu'au temps d'Hérodote les interprète$ ^yptiens s'étaient tellement multipliés, qu'ils formaient une clam d'habitants^ car cet bistorien compte ces interprètes pour une des

« Borod., n, «54.

SUR LA CIVILISATIOÎH ÉGYPTIEÎSKE. 165

iepl classes dans lesquelles il divise la nation égyptienne» Sans doute on doit reconnaître que cinq de

ces classes n'en forment à ia rigueur qu'une seule, celle des artisans ei laboureurs ou gens vivant du produit de leur industrie, subdivisée en cinq ordres de professions; mais il n'en est pas moins remarquable qu'Hérodote fasse une c/^use eiUièn de ces interprètes, dont la fcmction unique, craime il le dit, était de servir d^intermédiaire entre les deux peuples. Cette classe nombreuse ne pouvait vivre qu'en étant occupée, étoile ne pouvait T^tre qu*à traduire verbalement ou par écrit de Tégyptien en grec ou du grec en égyptien ; d'où l'on peut conclure que les relations des deux peuples devaient être bien multipliées pour auger tant d'interprètes.

Ainsi, de ce texte seul d'Hérodote on pourrait lirer la conséquence qui ressort en même temps de tous les autres faits qu'il a rapportés, à savoir l'extenaion successive du nombre des Grecs, la fondation de leurs colonies commerciales dans les parti «s les plus reculées de l'Ëgypte, et la protection dont jouirent leurs établissements sous la domination perse; ce qui indique déjà que cette domination ne fut point oppressive, et que ces conquérants ne changèrent rien en Ëgypte à ce qu'ils y trouvèrent établi.

L'instilullon des interj)rètcs, établie par Psammitichus, évidemment continuée et encouragée par ses successeurs, nous indique, dans la protection qu'ils

166 HÉMOIRB

accordèrenl aux Grecs, un but cvidenl d'ulilitë publique, et non pas seulement le désir de trouver dans ces élrangers une garde sûre pour leur personne; elle annonce des vues politiques tendant à augmenter les richesses dtf pays au moyen des relations oommerciales. Fias on réfléchit à l'ensemble de tous ces faits, plus on se sent disposé à croire que Psammitichus voulut vaincre l'apathie des Égyptiens et leur répugnance à faire autre chose que ce qu'avaient fait leurs pères. DéscspiTanl de pouvoir jamais, avec leur unique secours, prolitcr de tous les avantiiges commerciaux que présentait le pays le plus fertile du monde, il voulut les mettre en contact avec une nation active, industrieuse, enln^prcnante, et de plus la seule peut-être avec laquelle les Égyptiens ne devaient avoir aucune répugnance d'entrer en communication, par suite de celte disposition où les Grecs lurent toujours de ne voir dans les dieux des peuples étrangers que des divinités grecques sous uki autre nom. Dans un autre mémoire, j'ai développé les edcts de cette disposition remarquable, que je me contente d indiquer; mais je dois encore relever ici trois ciroonslances importantes qui me paraissent être un résultat de Tinfluence étrangère en Égypte.

La première est le creusement du canal des deux mers, entrepris par Néchos. Ce fils de Psammitichus, pour entrer dans les vues de son |)ère, voulut étendre par le commerce les ressouroes de PÉgyple. Les oom*

municatkms, derenues plus fréquentes afee les

étrangers, agrandirent ses idées et le firent songer à des mesures auxquelles ses prédécesseurs n*avaienl jamab prasé. Tel est le projet de joindre la mer Rouge ayec le Nil, au moyen d*un eana^. Une tradition qui nous a été conservée par Âristote etStrabon* en altribuait la première idée à Sésostris, tradition qui doit avoir été inventée après eoup, eamme beaucoup d*autres relatives à ce prince; car Hérodote n'a eu nulle connaissance de cette tradition : il dit au contraire que Néehos /ttf le premier qui enlrqw^â de ereuier ce canal; Diodore de Sicile dit eipreaséiiient la même chose'.

D serait bien étrange que, si le grand Sésostris eût étérautenr de cette entreprise, Hérodote n*en eût point entendu parler, et que les Égyptiens, si jaloux de la gloire de leurs anciens rois, si fiers de leur antique prospérité, n*en eussent rien dit à cet bistorien. La tradition doit donc lui être postérieure. Quant à la cause qui obligea Néchos de suspendre les travaux commeneés, ce fut, selon Hérodote, la réponse d'un oracle qui avertit le roi qu'il travaillait pour le barbare. Cela veut dire, je pense, que les prêtres égyptiens ne voyaient pas de bon osil une opération si nouvelle, si contraire à l'esprit égyptien, et qui avait

< Voir plus haut, p. 56,68. Ici je me borne h l*iiiiif|priwile Néeliot. > Arist., Meteonl, l, 14, p. SIS, B. — Sfnb., XVII, p. m. • lUné., n, 15S. Diod. Sic, I, S8.

168 MÉMOmB

peutrétre à leurs yeux le graiw incoii?énieiii d'avoir été (ioiiaeillée par des élrasgers. Cette eanse n'a rien

de commun avec celle qui, selon ÂrisloLe el Slrabon, avait empêché Sésoslris d'exécuter son projet, à savoir la différence du niyeau des deux mers. C'est là une raison scientifique à laquelle on ne songeait pas encore sous Néchos,

La diilérenee de niTean ne fui probablement connue, ou du moins constatée, que lorsque Darius rejprit et continua les travaux du canal. C'est aloi^ seulement qu'on acquit la preuve que la mer Rouge était plus haute que la Méditerranée* Cette dilTérence ne pouvait en effet échapper à ceux qui conduisirenl le canal jusqu'au golfe Arabique; or c'est ce que Darius avait eiéeuté, d'après les termes exprès d'Hérodote. Cet historien dit que le canal fut aloi^ conduit du Nil au golfe Arabique, dans lequel il débouchait^ et qu'il reçut i'eau du iVtl. U est vrai que, selon Strabon , Diodore et Pline, Darius ne finit point le canal, et qu'il en fut détourné par la crainte que la différence de niveau entre la mer Rouge et la plaine d'Égypte n'entraînât la submersion de ce pays ; mais on ne peut hésiter entre leur autorité et celle d'un témoin oculaire ; ils ont évidemment confondu deux faits très-distincts. Darius avait achevé la communication du Nil k la mer Rouge ^ opération qui dut révéler la différence de niveau des deux mers. Par la suite, le canal se combla el devint hors d'usage, jusqu'au moment où Ptolémée Phila-

deiphe 6B reprit ks tra^ox, œ qui donna lieu de croire qu'on ne l'efait ^int terminé anpenifant, et

que la seule crainte de l'inondalion avail forcé de les abandoBner.

Il ett difficile de savoir si Tidée de joindre les denx

incrs fut réellement suggérée par les Grecs alors établis en Égypte. Tout ce qu'on peut dire, d'après Hérodote, c^est que les Égyptien» ne s'en étaient pas avisés auparavant. Il est donc aseef vraisemblable que les conseils de Tétrangcr furent pour quelque chose dans cette entreprise toute nouvelle.' • Â cet égard, on peut foire- un rapprocheraenl qui me semble avoir été négligé. C'est vers la même époque que Périandre essaya de couper l'isthme de Corintlie au moysn d'un canal. Ce prince (selon This» lorien Sosicrate) mourut quarante ans^ avant le détrônement de Grésus (dont la date, selon Volney, est de l'an &ô7), ooBséquemmeBt en 597 ou 598; et, comme son règneavait été de quarante ans, d'après le témoignage précis d'Âristole* et du même Sosicrate, il devait ôtre monté sur le trône vers 656 ou 637. Or Néchos, d'après la chronologie de lianéthon, a régné de 601 à 611, c'est à-dire que tout son règne s'est passé pendant les dernières années de celui de Périandre. 11 est done asses vraisemblable que 1 opéra-

« Sosicrat., ap. Dîog. LMft. I. M ^Ékkt H lud tèv M^iwfS^.

• Poiu., Y, 9, as.

i7« MÉMOIHE

tioB, ooDçue par ce prince, de ereuw un canal pour joindre ensemble les golfes Saronîqne elGorinthiaqiie,

a précédé de quelques années Topération entreprise par les ordres de Néchos, en conséquence, que celle-ci put être suggérée par Teiemple ou le conseil des Grecs.

La deuxième circonslance à remarquer est la nouvelle tendanoede Néchos vers les expéditions maritimes dans la Méditerranée et dans la mer Ronge. D fit construire des flottes qui allèrent attaquer les côtes de Syrie et de Palestine^, tandis qu'auparavant les rois d'Êgypte n*attaquaient ces contrées que par terre. Les vaisseaux qu'il conslniisit étaient des trirèmes, selon Texpression formelle d'Hérodote (j&âd rpiupc^... ettoc^dnffoy). Ce n'est certes pas sans raison qu'il emploie ce motf au lieu du terme générique de vaisseaux (vritc) ; il veut nous apprendre que ces navires de guerre n'étaient pas du genre de ceux que les Égyptiens avaient construits jusqu'alors, et qui se montrent sur leurs monuments comme de simples barques pontées à un seul rang de rameurs, qui n'ont jamais pu, quoi qu'on en ait dit, transporter des armées jusque dans Tlnde. C'étaient de ces vaisseaux à trois rangs de rames, inventés par les Corinthiens' un siècle seulement avant le règne de Méchos, et qui, à l'époque de ce (Hrinee,

« Dérod., II, i59.

* Tbucjd., 1, 13.

cMnposuent, en grande perlie, les flottes militaîros

des Grecs. Ici rimitation grecque ou phénicienne est évidente.

La troîsiènie droonstanee où l'on peut encore feoonnatlre nne influenGe étrangère est le projet de la eircumnavigalîon de l'Afrique. Jamais pareille idée n'était entrée dans la téled'unËgyptien. Méchos, éprouvant ce sentiment de curionté qui semble avoir été, dans Tanliquilé, une qualité propre à la race hellénique, voulut savoir la figure de la Libye; il chargea des Phéniciens de fiùre le tour de ce continent, en partant du golfe Arabique et en rerenant par le détroit des GolonuesV Sans rappeler ici les longues controverses sur la possibilité de ce périple, si dangereux pour les vaisseaux du tmnps, et, sansdécider si la drcumnavigation a été entièrement exécutée, comme le croit Hérodote', ou peut affirmer du moins qu'elle fut réellement entreprise. Or c*est l'idée qn*il importe de signaler, ainsi que le choix du peuple navigateur qui fut charge de l'opération. Néchos ne pouvait la confier à de plus habiles, et ceci montre que ce prince savait employer les peuples étrangers selon les qualités qui leur étaient propres ; car les Grecs ne furent pas la seule race étrangère à laquelle les rois d'Ëgypte accor* dèrent l'entrée du pays. Les Phéniciens y furent égale-

< Oérod., IV, 42.

■ Voyex la critique approfondie et Judicieuse de Gossellin, G^fOfAie

t^Êtém. éêt Grm.i. 1, p. 904*917.

m KÉIIOTIII

ment reçus. Au lemps d^Uérodote, on les voit établis à Memphis, où ils ooeapent autour du temple de Phthah un quartier appelé le camp des Tyriens^ ; il leur fut permis même d'élever aussi un temple à leur divinité principale, iiitorfe, et ce temple se trouwl, à l'époque ptolémaïque, renfermé dans TeBceÎBte du Serapeum de Memphis, sous le nom d'Astarteuutf eommeen Tapprend des papyrus grecs. Mais la colonie phénicienne paraît avoir été bornée k cet unique établissement, tandis que celle des Grecs s'était, de proche en proche, répandue sur toute la surface de l'Égyple.

Il semble donc clairement prouvé, par les faits qui précèdent, que, du moment où TÉgypte, cette Chine de raiiti<{uilé classique, eut été mise en contact avec la nation grecque, âablîe en divers points du pays, les entreprises et les travaux de ses rois prirent une direction nouvelle.

Il serait naturel de penser que cette nouvelle direc^ lion fut accompagnée de quelque diminution dans le principe religieux qui avait fait entreprendre autrefois ces gigantesques travaux dont les restes sont encore si imposants; mais un grand nombre de faits avérés, fournis par les textes et les monuments, attestent, au oontruîre, quey pendant cette période d'environ cent vingt ans, les rois égyptiens entreprirent d'aussi grandes constructions religieuses que leurs prédé-

> iiMi.»ii,iia.

SUR LA CIVILISATFON ÉGYPTIEiNNE. 175

eeamins» et qu'ils les exécutèrent praqiie «^ec h Blême ^rfemian eldan» le néme style qu'auparamt, jusqu'au moment où la conquête des Perses vint intenompreia suiie des dynasties nationales. C'est ce qui Ta rassortir de ia sadion suifaate.

11. — Travaux des roLs é<:yptions depuis rélabUsscmcnt des Grecs

jusqa à la coaquéle des Perses.

11 n'entre pas dans le plan de ce travail de remonter an delà du fègne de ftammitichos; antremeiit je

ferais voir facilement, en passant on revue les monuments exécutés par les rois éthiopiens qui ont précédé la fingt^xième dynastie, la dernière avant les Perses, que, sous le règne même de ces rois étrangers, l'activité religieuse de TÉgypte ne s'était pas affaiblie, et que la prospérité du pajs n'avait point souiîert de diminution, ni les arts de décadence sensible. Mais je me borne à la période dont j'ai parlé, qui commence à l'époque où, débarrassé de ses compétiteurs, Psamtiiiticlius occupa seul le trtoe de l'Ëgypte.

Son premier soin se porta sur les travaux nécessaires pour compléter certains édifices sacrés. Il semble avoir ▼oulo rendre grâce aux diem de la victoire qu'il avait obtenue sur ses rivaux. LortquHl fui maître àe fovfe rÉgiffte, dit Hérodote^ Psammitichus construisit à

* Bérod., U, 1S5 : Xfwim M Al^ftimS ném, OMdofe (1, 67) laipriiiM dam ktiiiéiiiei tMviM.

Memphis \e& propylées du tmpUd'Héfhm^ (Phthah), qui wiU Ummit vm h midi. Par là on é<rit entendre

très-probablement un de ces grands pylônes qui précédaient les temples, et qui étaient ordinairomant placés sur ralignement des enceintes en briques ou en grès qui circonscrivaient le téménos, ou le terrain sacré renfermant le naos principal, accompagné d'autres édifices. C'est ce qu'on voilà Ëdrou, à Ombos, à Dendéra, où deux de ces pylônes à l'est et à l'ouest existent encore, et en plusieurs points des immenses ruines de Karnak, notamment au téménos placé au sud-est de la grande enceinte \ On devait arriver à ce temple par deux ou quatre portes, ouvertes sur les quatre côtés du téménos^ qui là, comme partout, était quadrangulaire.

Ces propylées, 7rpo7ruXat«, du temple de Phlhah (ou it^mXamf comme dit Diodore), devaient donc être une oonstruction analogue aux pylônes de Thèbes ou d'Edfou, ou bien aux grands propylons de Dendéra. Selon Diodore, Psammitichus construisit en outre le propylon de l'orient, to v^^ç I» TtpvKÙXaw; il aura probablement pris Vesl pour Vouest, car il devait dire, à ce qu'il semble, z6 ttoô; âû<Tiy, puisque les propylées de l'orisal, selon Hérodote, avaient été construits par Asychis un siècle auparavant; et comme, d'après le

* Marqué U sur le plan de Nestor L'ilùle, LeUres écrites d'ÉgypU,

• Hàrod.» 1S6.

SUR LA CIVILISATION ÉGYPTIENNE. m

même Bérodotei ceux du iwrd l'avaient été par Mœris, on a Tépoque de la oonstrnction de frott des propylées

du temple de Phlhali, tourné vers trois des points cardinaux. 11 ne faudrait pas en conclure, comme on Ta fait, que le temple el son enceinte fassent exactement orientés, ce qui n'a eu lieu, en Egypte, pour aucun temple, à moins que ce ne fût par hasard, comme je l'ai remarqué ailleurs\ Les expressions onanl, oedieuî, nord et mài^ n*ont là qQ*un sens approximatif, et c'est ainsi que, dans le langage plus séfère et plus précis des modernes, on a pu, avec toute raison, appeler pyîânei de feA et pyléna dê Foue^^ ceux qui s'élèvent en deux points opposes à l'enceinte de Dendéra% quoiqu'ils lassent un angle de 17 degrés aTOo la perpendieulaireà la méridienne.

Qnoi qu*il en soit, on apprend de ces textes que trois pylônes, ou constructions accessoires du temple de Phthahi avaient été élevés successivement à partir de Hœris, et qu'au tonps de Psammitichus il y en avait encore deux a ajouter. Ce prince compléta donc oe qu'avaient laissé à faire les anciens rois. Selon Héro* dote, il construisit encore dans Tencttute du même temple un édifice destiné au bœuf Apis. Cet édifice, que rhistohen appelle auiài (cour découverte), était

' Voir mon Analyse critique des Zodiuqiies de Dendéra et (KEsiic, daiis la premiènpsurtie du tome XVI des Mémoires de V Académie des iraerif' oint,

• Gnmde deseriftion de CÉgypte^ Àniiq., t. Ul, pl. iir fi ont.

171 MÉMOmB

enûèresaenipémtylef couvert de sculptures, el soutenu par ifes €oloÊÊe$ de dmze coiMe$ qui feiaaient ToflGce de colonnes. €e devait être une cofittmction tout à fait analogue à celles qu'on trouve en divers points de Thèbes, c*e8trA-dire une cour carrée^ dont les murs sont couverts de bas-reliefs, ayant à rintérienr une galerie supportée par des piliers, en avant desquels se trouvent des colosses qui semblent faire office de co^ lonnes, quoique, par le fait, ib ne soutiennent rien. Les douze coudées équivalent à 6 mètres 3*24 naillimètres, ce qui excède d'un mèlre environ les colosses de la cour du temple de Rbamsès Miamoun et ceui d'un autre cdiGce à Ramak, qui n'ont qu'environ 5 mètres et demi jusqu'à la pointe du bonnet ^ Ge simple rapprochement donne l'idée du earaotère purement égyptien iju'olTre celte construction, qui ne le cédait pas en importance à des travaux du même genre exécutés par les anciena rois.

Uneautre construction de même nature est attribuée à ce prince par Diodore de Sicile : « Il construisit au Naos le p^ibaU*^ que soutenaient des .colosses de douie coudées, au lieu de eotomm. » L'expression é roi» vaoû TTcptêo/o; est remarquable. On ne peut entendre «tpièeloç d'une de ces mceinlet qui entourent la plupart

* Deicr, de l'Êgypte, Antiq , pl. xcnr, fig. 1.

• Diod. Sic,, l, C*71. Tû ^iv Mi^y^u ea^ TÔ «p^ (m «fMCÔlUuM Mnmiteat mI lit mptfioàov, JuXomiic ^Kmtamc èrtt wnim»

Digitizeû by LiOOglc

des tempks en figypte et en Nubie, et cela pour deox raisons : 1"* en paieil cae, e*e8l roO Icpov cm ttfthwç que

l*historien aurait dit certainement; 2* ces enceintes, ordinairement en briques, rarement en grès\ ne présentent jamais une de oas galeries avec des colosses en guise de colonnes; ce qui, vu la grandeur que devait avoir l'enceinte du temple de Phthah, aurait dépassé de beaucoup tout ce qu'on ywi à Tfaèbes.

On pourrait croire que Modore désigne cette espèce de péristyle qui, entourant le naos, se compose, soit . de piliers carrés, soit de colonnes. Ën effet, partout oè on le troufe, il semble n*étre pas entré dans le dessein primitif du monument et avoir été ajouté après coup; c'est ce qui paraît surtout au naos d'Hennontbis, au palil temple à^ApoUùncpolù magna (Bdfou*), au petit temple d'Elilhyïa*, au Mammim de Tentyra*, enfin au petit temple de l'ouest à Philes, dont la colonnade latérale doit avoir été ajoutée à la construction d'Ëpi* pbane par son fils Ëvergète II. Mais ce n'est pas là ce que les anciens auraient appelé un nepiêoAoç, mot qui semble impliquer une enceinte détachée du corps du bâtiment.

Je trouve, au contraire, toutes les conditions qu'exige Teqiression de Diodore, laplècXoç roô vmwf

I Comme k Mcdinct-Abou, h Edfou et ailleurs.

« Deter»derÈgypU, Antiq., pL uv.

• U mAm, pLua, tg. 1.

« Ltinéiiw, pl. mm, Sg. 4. •

m MÉMOIRE

dans une enœinfe pareille à celle du grand temple d*EdfoQ; celle-ci est en grès et tonte concerte de

sculptures; elle se rattache à une cour antérieure, péristyle, précédée d*utt grand pylône; elle forme un véritable péribole complet qui entoure à la fois le naos et le pronaos; un intervalle de 1 5 mètres la sépare du premier, et seulement de 1 mètre 30 centimètres du second'. La seule différence, c*est que la cour antérieure est soutenue par des colonnes et non par des colosses; mais il faut observer que le péribole entier d*£dfou appartient à l'époque des derniers Ptolémées, principalement à Plolémée Alexandre*. Or on ne trouve plus, je crois, en deçà de l'époque pliaraoniquOt l'usage de ces piliers STec colosses; maiS| de quelque façon qu*on se figure ce péribole du naos de Phtbah, c'était à coup sûr une construction considérable, ayant un caractère eiclusivement égyptien, qui donne une hante idée des travaux de Ptammitichus.

II en est d aulres, appartenant au même prince, dont rhistoire ne parle pas, mais qui subsistent encore, comme dans le grand temple de Kamak, où le nom de Psammitichusse lit sur plusieurs points de la partie antérieure. C'est au même prince qu'appartient l'obélisque de Monte Cilorio (CampeuiU) à Rome» long de 64 pieds 7 pouces 6 lignes (21 mètres). Pour

< Detcr. del'ÉgypUf Antiq.t U I, pl. t.

• CbampolUon» Uttnê éeriUi d'Êffypti, p. 193, 6l moa RtOMil dfliiiiicripliaiis gnopm, 1. 1, p. SI.

Je choii et l'égalité de U pierre el pour la beauté

du travail, il ne le cède (et encore dé trè»-peu) qu'aux obélisques de Sainl-Jean-de-Latran el de la porte du Peuple, dont Tun est de Thouthmoeis lU, et l'autre, de llénephtliab I*. La même conséquence peut se tirer de plusieurs monuments exécutés sous un de ses successeurs, Psammitichus 11, entre autres le bel autel de iMsalte du Cabinet des antiques (salle du Zodiaque), dont les hiéroglyphes ?ont sculptés avec une exquise délicatesse. La bibliothèque publique de Cambridge possède un superbe torse de basalte trouvé à Sais, portant le nom de ce prince^ La beauté du travail de ce monument démontre que Tail égyptien n'avait pas plus décbu à cette époque que le principe idigieu ne s'était ai&ibli, puisqu'il produisait d'aussi grandes choses que par le passé. On le trouve encore toutpuissant sous le règne d'Amasis, quelques années avant l'arrivée des Perses.

Le prédécesseur de ce prince, Apriès, continuant la politique de Psammitichus et de ^échos, avait porté 'ses forces du côté de la Méditerranée. 0 lutta sur mer avec les Tyriens*; mais, selon Hérodote, Amasis est le premier roi d'Égyptc qui ait conquis leur ile, et Tait forcée à lui payer tribut'. On s'attoid bien à ce que ces

> Torke et Leake, les Principaux MonumenU égypiufis du Musëc britannique, etc. LonArw, 1837» p. 17 et pl. lui.

« Dérad.» Il 101.

> M.» Il, ISi.

IM MtMOIRB

prinoeB, mèUnt leur politique avec eelle des Grées an point de leur permettre d'établir des temples sur le

sol de l'Égypte, leur donuèrenl d'autres niarques de cette tolérance religieuse.

En effet, le fils de PsammiliehoSt Néehos, envoie et consacre à rApollon des Branchides, près de Milet, le vétementqu'il portail pendant son expédition deSyrie^ Cette offrande a para foit invraisemblable, et Ton a cru qu'Hérodote avait fait ici quelque méprise; mais d'abord on en trouve natureiiemenl le molif dans les services que les Ioniens avaient rendus à ce prince lors de la guerre syrienne. Ensuite, pour être en droit de rejeter le fait, il faudrait, au moins, qu'on n'en pût citer aucun autre anaingue. Or il n'est ])as possible d'oublier qu'Àmaais, qualifié par IMrodote de ^iXeA- Xr,v% avait épousé une femme grecque de Cyrène, Ladicé, fille de Battus, d'Arcesilas ou de Crilobule, mais très-probablement de race royale*. On sait de plus qu'après l'incendie de leur temple lesDelphiens, taxés à 75 lalents (412,500 fr.), ayant fait une quête de ville en ville pour subvenir à -cette dépense, Amasis contribua â cette oeuvre pieuse en leur donnant nuMe talents d aiun, ou environ 25,000 kilogrammes pesant, dont la ventQ davaùuâtre pour eux d'un produit considérable\ âiiâiié Amasis fit déposer d'autres

« Hcrod., 11, 159. ■ = - ir-c^u v-,;,; . ..

• Id., lum. • ^ î>vè.vi,w.

s Id., Il 1S1.

* ld„ h, ISO. — Hérodote ajooto que les Grecs Mlit en Bgypie

SUR LA CIVILISATION ÉGVPTlEN£>iE. m

offirandes dans les temples des Grecs; à Cyrène il

envoya une statue dorée de Minerve, avec son portrait peint, au temple de cette déesse; à Liados, dans i'ile de Rhodes, il consacra deux statues de pierre et une cuirasse de lin admirablement tissue. Ce temple passait pour avoir été fondé par les filles de Danaùs à leur sortie de i'Égypte; et, sans doute, en disant cette offrande à Minerve de Lindos, Âmasis croyait honorer encore la Neith de Sais, sa patrie', déesse que les Grecs assimilaient à leur Minerve. Enfin il fit placer dans le temple de Junon, à Samos, deux statues de bois qui représentaient sa royale personne'.

La condescendance de ce Pharaon pour les dieux de la Grèce ne tai accompagnée d'aucune diminution dans son attachement pour la religion nationale. Cet

donn6rent vingt mines (itxeot (M<abs) éTi^un aos Ddphiens ; c*cst irois miUe fait moim qu Aniabis. Ce nombre cstbeaocoup trop faible; il doit y avoir quelque faule dans \v t"xlc. Je soupçonne que le mol y p jtv> ôlait joint à uxooi; en secte que ( c nomltn' si faible indiquait une i|iKitilit<' d'or, non d'alun. Tandis qu'Aniasis, l ossesscur des mines dithiii, oITrait 25,000 kilogrammes de celte substance, les Grecs donnaient une |>ortMMi de IV que leur apportait le commerce. Vbgl ndiies d*or, d'après h proporkioo dounème» repHaentaient 4 lalmfa d^argeol, oo emiroii S3,000 fr. Cette aonime répond assez bien ^ Vidée que noua devona noua tùn des richesses <|ue possédaient les Grecs d'Ég^ypte. chargés du ooni* mercc extérieur de ce pa^s. lia quantité énorme d'alun qu'Amasis donne aux Delphiens inoiifre assez que cette substance clait de jieu <le valeur. Les vingt mines d'alun (environ 8 1/3 kilogr.) auraient donc été ime offrande dérisoiiv, lorsque Amasis donnait trois mille fois davantage. La leçon d' Hérodote me parait presque absurde.

• n était de Siouph, près de Stli (Hérad., U, 171).

< JUiod., Il, 18S.

m MfiMOIBB

attachement est prouvé par les travaux qu*il fit exécuter dans les temples de rËgypte, travaux qui égalent, s'ils

ne surpassent, ceux des Pharaons de la dix-huitième dynastie. Il fît déposer dans tous les Umplei Ui plat ekèbrei de l'Égypte, dit Hérodote, des ouvrages remarquables par leur grandeur^ De ce nombre est le colosse couché sur le dos*, placé devant rHépbœstium, à Memphis, et long de 75 pieds.

Il y en avait deux autres sur la même base de cbaque côté du grand*. Amasis en fît élever un troisième à Sais, ayant même dimension et même posture, c^esià-dire long de 75 pieds et couché sur le dos. On n*a su comment s'expliquer ces colosses couchés, car on n'en oonnail pas d'exemples, tous étant assis ou debout. Je pense que ce devaient être des statues d'Osiris représenté couché sur le lit funèbre, comme on le voit souvent fîguré dans les bas-reliefs relatifs aux funérailles du dieu. On sait en effet qu'il était particulière* mei|l adoré à Hemphis, d*abord soùs le nom d*0sirÎ8, et plus tard sous celui de Sérapis, ainsi qu'à Sais, où Ton montrait, selon Athénagore, son tombeau et même son corps embaumé ^.

if^tk TÔ {«.t'jafic; À^ivra. (il, 176.) * itiriuv «atptffiv kAsot^.

> kydc Valh, SehMflèr et SdKwéiijbumer, je Us {u^oXau, au lieu de « I<f . pro Christ. § m, p. 115. OiyAml réf^ tc& (Mpè^

SUA LA CiViLiSATIOK ÊGYPTIBNMB. i»

Cette dimension de 75 pieds équivaut à 26 mètres 525 millimètres dans le module d'Ëléphantine, ou à 25 mèlres 1 millimètre dans le module grec; ea admettant même le plus feible des deux modules, ce colosse surpassait eu grandeur celui même du colosse . de Rbamessès, au Rhamesséum (ou prétendu tombeau d'Osymandyas), le plus grand oolosse connu, qui, s*il • avait été debout, n'aurait eu que '2'2 mèlres *.

Voilà donc deux colosses aussi grands, pour le moins, que lea plus grands de ceux qui furent ékféa à Thèbes.

Dans le téménos de Sais, Âmasis fit élever deux grands obélisques. L*épitbète de qrandi ne permet pas de douter que ce ne fussent des obélisques de grande dimension, comme ceux de Louqsor, de Kamak, d'Uéliopolis et d'Alexandrie.

C'est encore lui qui 6t construire entièrement à Memphis un temple dlsis, qullérodole qualifie de ^a/nd et de trèi'4ig^e d'être vu, qualifications qu'il ne donneà aucun autre, et qui supposent un édifice d*une grandeur et d'une beauté particulières.

11 construisit de plus au temple de Minerve, à Sais» des propylées qui surpassaient de beaucoup, dit Hérodote, tous les monuments de ce genre, tatU par leur élévation et leur gramleur, que par la grosseur et la qualité des matériam» L'bistoriea met sans hésiter ces

^ Description de Thébe*, jf. iÀ&,

m MÉHOIftB

propylées au-dessus de ceux qu'on voyait dans le reste de rËgyple; ils devaient donc surpasser tout ce qu'il avait Ttt k Thèbea en ce genre. Ces propylées gigantesqaes étaient d*ailleurs ornés de colosses d'une grande dimermorit et de sphinx d'une longueur comi" dérabU; ce qoi signifie clairement qu'après avoir oonstmit un.de ces pylônes plus grands que tons les autres, il fit élever en avant, selon l'antique usage, déux énormes colossea assis, qui précédaient une arvenve de grands sphinx. Ainsi Fosuvre d'Amasis fîit empiète. 11 acheva ces magniliques propylées avec toutes leurs dépendances^ n'y laissant rien à faire à ses suoeoBseurs. Le verite iSnto/nvs, qu'emploie Héro-' dote à propos de cet édifice, olTrc iino grande propriété d'expression, et je ne dois pas négliger de remarquer qu'il a dit de même, à propos ' du temple d'isis à Hemphis, è^onto^ofXY^caç, pour faille hien entendre qu'à l'égard de ces grands travaux, Amasis ne fit pas comme tant d^auUai rois qui commençaient les temples, maisme le» tinisBatent pas. Lui, il finissait ceux qu'il entreprenait et terminait ceux des autres^ £n efifet^ Hérodote ajeula qu'Amasis fit encore transpotier à Sais det pierres énormee- pour ri^pmr oucom^éter^^ bien entendu, les édifices qui en avaient

* Hérod., II, 175. HcUbv ir«vTa< {«wp6aX).opw6ç t« tt il^cî nù

besoin ; les unes venaient des carrières situées vis-àyns de MemphifiS par œofléqiie&t de oelles d'où furent tirées les pierre» des pyramides et de leor revètemeat; les autres, qui étaient encore plus grosses, et proventienl d'Éléphantine, devaient être d'énormes blocs de granit roae. La richesse^ eomme la grandeor de ces matériaux, peut donner une idée de l'importance des agrandissements ou des embellissements qu'Amasis ajoHta auxÀiifiees de Sais.

Mais ce qu'Hérodote admire encore plus que tous ces grands travaux, c'est une chambre monolithe^ ^ ayant 31 coudées {il mètres) de long, 14 coudëes (7", 58) de large et 8 de haut (4 mètres), on 544 mètres cubes ; elle devait peser conséquemment près de 3 millions de kilogrammes, et environ 500,000 kilogrammes (le double de TobéUsque de Louqsor), après avoir été taillée et évidée.

Outre ces immenses ouvrages, les monuments attestent qu'Amasis en exécuta beaucoup d*autres dont l'histoire ne fait pas mention. Thèbes et d'autres lieux en ont conservé beaucoup de traces. A Tol-et-Mai, Tanciemie 7'AmtHt, dans le Delta, se trouve un mono« litfae tout à fait semblable à celui dont parle Hérodote, et d'une assez grande dimension, puisqu'il a 7 mètres de baut, 3*,9& de large, 3"yâl dans l'autre sens,

* Hêrod., II, 158.

* Id., Il, 175. Tè ^ifiàft imm AM^ (uOmts «mSimCw, Uvi

m MÉMOIRE

gelon les mesui'es de ChanaleUlee el de Girard^;

M. Burton y a lu le nom d'Amasis. D'après cela, on voit qu'Hérodote a seulement parlé de ce qu^Amasb a^ait fait de plus remarquable, et que ce prince avait un goût décidé pour ces monolithes de granit qu'il tirait à grands frais de Syène et d'Éiépliantine. àu témoignage de sir G. Wilkinson, les carrières de Syène portent encore plusieurs inscriptions qui annoncent que ce roi en a tiré des blocs pour les édifices qu'il voulait élever dans la vallée du Nil'. Ainsi, les monuments mêmes viennent confirmer le témoignage d'Hérodote sur les travaux exéculés par Amasis peu d'années avant l'arrivée de Gambyse.

Le ressort énergique qui avait élevé les colossales constructions de Thèhes, dix ou douze siècles auparavant, ne s*était nullement affaibli ; le goât pour ces grands ouvrages subsistait dans toute sa force; et les tiens savaient encore transporter des masses énormes.

Le grand monolithe d' Amasis, après avoir élé évidé, pesait cependant moins qu^one des énormes pierres qu'on trouve encore dans les ruines de Balbeck. Plusieurs de ces pierres ont 58 pieds de long, et Volney en a mesuré une de 60 pieds 2 pouces de long, de 12

« Descript. de l'ÈgypU; Antvmitéi, f. V, pl. xxix, n" 16 à 19. — On a récemment découvert une carrière d albùtre qui, d'après l'obscnaK tîoade M. Prisse, doit avoir été ouverte et exploitée par Amasis.

• WilkiBMn,lbmiim«dCitffa7iu, 1, 19t,19S. .

8U1I LA CIVILISATION tGTPTIBNNB. 197

à 15 pieds dans les deux autres sens. Cette pierre, qui est une espèce de granit, doit peser au moins 9(K),000 kilogrammes, et elle provient, comme tontes les autres, d'une carrière située dans la montagne adjacente à la ville, d'où les Romains ont su, à l'époque desÂntonins, Tamener sur le soi du temple^ Us n'ont pas été pins embarrassés pour dresser à Rome (comme les Grecs à Àleiundrie) les plus grands obélisques égyptiens, ainsi que la fameuse colonne dite de Pompée j élevée en Thonneur de Dioclétien, et tant d'autres colonnes triomphales d'égale dimension, qu'ils tiraient des carrières du mont Claudianus, dans le désert A Test de l'Ëgypte Ces travaux furent an moins égalés par celui que les Oslrogoths exécutèrent à Ravenne, au tombeau de Théodoric. Le toit monolithe de ce tombeau a été taillé dans un Uoc de pierre d*Istnc qui pesait, selon les calculs de Soufllot, plus de 2,500,000 livres. En supposant qu'il eût été évidé dans la carrière même, autant qu'il le fallait pour en diminuer le poids sans qu'il courût le risque de se briser, on trouve qu'il pesait uu moins 940 milliers lorsqu'il fut transporté des carrières de l'istrie à travers le golfe Adriatique, amené dans les environs de Ravenne, près du tombeau, et élevé sur les murs de fiice A 40 pieds de hauteur', c'est-A-dire A une éléva-

« VolnLV, Œuvra compléta, p. 258, éd. DiHot.

« Voyez I! on n cucil des inscriptions grecques de TÉgyple, 1. 1. p. 66.

^ ^QMÏÏ,o\ , cité par U\lu». {Ac. da intcr,, t. XXXI, hist., p. 59, 40.)

i» MÉMOIRB

tion trois fois plus grande que celle des piédestaux sur lesquels sont placés les colosses de Thèbes. Âssurteeat, ni les Grecs, oi les Romaias, eaoore moins les Ostrogoths, ne possédaient les puissants engins dont disposent les modernes ; tout annonce cependant qu'Us étaient plus avancés que les Égyptiens en mécanique.

Je suis étonné autant que personne de la patience et de l'adresse que ceux-ci ont déployées en ces eecasions; mais j*ai toujonra été fort éloigné de leur attribuer, comme on l'a fait souvent, une mécanique aussi perfectionnée, pour le moins, que celle des modernes. S'ils afaîent possédé de telles ressources, les Grecs en auraient eu connaissance, eux qui, depuis Psammitichus, parcourant librement TÊgypte, furent les témoins des immenses travaux deee prince et de ses successeurs. Or, que la mécanique des Grecs fût encore à cette époque dans Tenfance, cela résuile du moyen grossier qu'employa Chers&phron, rarchilecte du premier temple d'Ëpfaèse, commencé au temps de Crésus et d'Amasis*. N'ayant point de machine pour élever les énormes architraves de ce temple à la grande hauteur où elles devaient être portées, il int réduit' à enterrer les colonnes au moyeu de sacs de

* Ce synchronisme résulte ù mos y»»ux de co que, srlon Hérodote (I, 92), Crésus avail fourni lapUipart det coionnet de ce teioplc (t«»« msymv

• pyn,. XXXVI, 21 (14).

SUA LA CIVILISATI0I4 ÉGYPTIENNE. m

table formaDt un pbn ineliné, sar lequel les ardii-

Iraves étaient roulées à force de bras. Ce passage de Pline est une autorité bislorique en faveur de l'usage que les Égyptiens eux-méme^ fiûsfueni du plaii iaelnié pour porter les lourds fardeaux à un niveau élevé, car il est impossible que, s'ils avaient eu un moyen plus perfectionné ei moins pénible, les Grecs de ce tempe ne l'eussent peint connu. C'est è l'aide de ce procédé que purent être élevés facilement les blocs des colonnes de la salle hypostyle de Karnak, qui oui SI mètres de haut et 10 mètres, de tour, ainsi que leurs énormes architraves. On enterrait toutes les colonnes à mesure qu'elles s-'élevaient, et l'oi) alloQr geait graduellement le plan indiné, ou Ton en nmltir pliait les rampes, selon le besoin. Une application du même procédé, c'est-à-dire u^.plan incliné e^ spirale, à peu près tel que l'avait conçu Huyot^ a fourni le moyen de dresser les obélisques, et cela sans «utre secours, comme les Indiens d'aujourd'bui, que celui des leviers et d'une multitude de bras babilemeiit combinés. C'est ainsi que Rhamessès avait employé 120,000 hommes pour dresser un des obélisques de Thèbes, fait qui sei4 annoncerait l'extrême imperlection ou piutdt l'absence totale de la mécanique*. Et, en effet, dans aucune peinture égyptienne on n'aperçoit ni poulies, ni moufles, ni cabestans, ni macbines

* SoD desMn est déposé à l'École dt& beaux-arU.

•niii.,mvi, 0.

m MÉMOIRE

qfiielooiiqu€0. Si les Égyptiens en avaient eo !*nsagc, on

en trouverait la trace dans un bas-relief du temps d'Osoriasen^, qui nous représente le transport d*un colosse : on le voit entouré de cordages, et tiré immédialemont par plusieurs rangées d'hommes a Haches à des câbles; d'autres portent des seaux pour mouiller les cordes et graisser le sol factice sur lequel le colosse est traîné. La force traclive de leurs bras était concentrée dans un effort unique, au moyen d'un chant ou d'un battement rhythmé qu'exécute un homme monté sur les genoux du colosse. Si i «000 hommes ne suffisaient pas, on en prenait 10,000, ou tout autant qu'on en ikmvait réunir sur un point et pour une même action. Ce bas-relief remarquable fait tomber bien des préjugés, en nous montrant que la mécanique des Egyptiens, comme celle des Indiens actuels et des Mexicains, qui, sousHontésuma, transportaient d es masses énormes sans machines d aucune sorte*, a dû consister dans l'emploi de procédés très-simples, ind^niment multipliés, et coordonnés habilement par une longue habitude de remuer de Irès-lourdcs masses*.

Les savants qui, de nos jours encore, pensent que

* Publié d'abord par Cailliai^, pon pv Chtmpolllon cl RowUioiy e nfin par sir G. 'Mlkinson, Manners and Customs, III, 325.

* V. Martyr, De Orbe vovo, docnd. V, cap. x, cil«> par Pn'scott.

* M. Prisse (qui vient de faire pn'-scnt à son pavs des ha^-rrlit-fs de la chambre de Thouthmosis Hl). m'cnlendant lire rc pussagc à TAcadt mie, in*a coamniiqné ue obsemiion qu'il a Taitc à Tliclies, oà il a nmaniué

SUR LA CIVILISATION ÉGYPTlËNiSË. 191

les tniYanx des derniers Pharaons se distinguaient des

plus anciens par des dimensions beaucoup moindies, soil dans l'ensemble des édifices, soit dans l'échantillon des matériaux, n*aTaient certainement pas rnpprodië

* las nstes <l^ln pbn mcliné qni a lem ii âevor les énomiM pierm d*iNi des pyldncs de Karnàk :

f Monsieur,

« Entre les traits qui m'nnt frappe en vous entendant lire h rAcadcmio Totr.' Mémoire sur l'état de I Kgypte pendant la doniinalion des Perses, j ui >ur[oul remarque ce que vous dites de la mécanique des anciens Égyptiens; tous avez reporté ma pensée sur une observation que j'avais AÂe denrièremaotk Karoali, lelitive krempl i |ue les Kgxpiiens eiitdft Dure du plan ûuliné pour élever do grosses masses, et, en général, ^ la simplicité des moyens mis en usage par leurs architectes pour élever ces blocs cotossaoi qu'on remarque dans tous leurs monoments.

i L'entrée du grand palais des l'Iiaraoïis à Karnak s'annonce par un gigantesque pvione dont les deux mole? n'ont jamais été terminés. La constniction parait en avoir été commencée par Amoun le Pebor, de la vingtième dynastie, qui en fit sculpter une élévation parmi les ba«-reliers qni décorent le temple de Rhons. Ces masses pyranddales, malgré Tab. aenoa de leur conrooMQieDt, ont èhacime enviiôo qoarante-doq mMnes de hmlear sur cent quatorze de largeur k leur base. Ils sont bâtis de gros blocadistriliués en assises irrégulièn^, et dont les joints n'ont été dressés que sur les bords. On remarque de chaque rôté de ce pyliîne, tant à l'extérieur qu'à Tintérieur de la (our, d','s massifs d'énormes briques crues ados^f's à ces l»;Miss<'s de pii rre, au pied desquelles il forme maintenant un immense monticule. A l'intérieur, ces massifs de briquos sont encore assez bien conservés, et s'élèvent, do côté nord, fw «npetitédifioe iiolé composé do trois saUes, dont les mura sont covfnto de bas-reKelii portant les légemlesde Médephthah 11. Lesénormestméat de pierre qui couvrent ce petit édifice, antérieur & la constniction du pjldne, n'ont pu résister pendant des siècles au poids des massifs de briquj's dont on les avait surchargées, et s»^ sont écroulées. Le temps, qui use tout, même en l',<:yj»te. a leUemciit décomposé ces constructions de briques, qu'elles ressemblent à des monticules de décombres couverts de tessons de poterie. Biais des fouilles entreprise» dernièrement pour fnbrem an bénins d« b 8Blp4lrièi« de Kirnok m'ool iUt apercent

les (bits que je mns de signaler, et qui proofent que, sous ce double rapporl, les travaux du^temps d'Amasb, tels que les décrit Hërodole, •téoraÎD oeahnie, égalent tout ce que nous IfoavoiM encore dans iés ruines de Thèbes.

Qaant au stjle de ces monumenls, on peut être assuré qu'il n'avait presque rien perdu à cette même époque lies voyageurs attestent que les restes des travaux des rois des dernières dynasties, avant celle des Saïtes, sont en général d*un fort bon style, et qu'on les distinguerait avec -peine de ceux des époques anté* rieures, si les noms royaux qu'ils portent n'en indiquaient la date.

Sans aller chercher loin de nous, le musée da Louvre en fournit des preuves irrécusables. Telle est une statuette en bronse, incrustée de filets d'or, représentant la femme du roi Takellothis; c'est un chefd'œuvre en son genre; il n'y a rien de plus beau du

plan incliné construit d'énonnes briques crues dont les assises consécutives ont dù être superposées au fur et k mesure de la nécessité 4'aiigiiieDter la hauteur de ces rampes, dans un rapport ceuttant aiec la bnlnr de k bUiiie. Le sjtIèiiM adopté in*a para avoir été diapoté de mmièn I fawMr plmieiira angles qui dewieiit pr ob a hl e mmit ae rep m» symélriqucBMiIsur les deux môles du pyldoe. Ouffiate, cip l o c < M da p u i i des siècles pour subvenir aux besoins des huttes du voisinage, ces constructions d(> torre n*rtteigBeat plus ai^oord'hni qu'à la moitié de lu hauteur du p^lùne.

■ Celte obse^^ation, qui a échappe, je crois, à tous les voyageurs, acquiert maintenant quelque intérêt de vos savantes et curieuses lues sur

sua LA CIVILISÂTIOIS ÉGYPTIENNE. 195

temps de Rfaaniefisès. On en peal dire autant deden

divinités lëontocéphales, en granit noir, du règne de Sésonchis; d'une grande cage monolithe en granit ro8e du règne de Psammiliehna I*, dont les figures et lë«gendes hiéroglyphiques sont parfaitement exécutées; d'une statue en basalte vert de ce même roi; d'un grand et magnifique sarcophage en granit noir et blanc qui appartient an temps de Psammitichus U ; on peut citer d'Amasis le sarcophage en basalte vert trouvé à fioulaq, maintenant au Musée britanniqoe. D y en a un excellent dessia dans la DearipUon dé l'Egypte^. Les ligures et légendes qui s'y trouvent sont, d'après le jugement dee connaissenrs, exécutées avec une perfection qu'aucun monument ne surpasse, f^e sarcophage d'Onknas, la Femme d'Amasis, trouvé à Thèbes» rapporté par les marins du Louçsor, et qui orne à présent le Musée britannique, est également d'un superbe travail.

Ainsi, sous le rapport de la perfection comme de la grandeur des travaux, le dernier siècle de l'empire pharaonique paraît avoir eu peu de chose à envier an temps de Rhamessès.

Il suffirait de ces résultats pour établir que l'Ëgypte devaitétre alorsaussi peuplée etaussi prospère qu'elle l'avait été sous la dix-huitième dynastie. Cette conséquence de fiiits avérés est confirmée par ee passage

* AtUiq., Pl., t. V, pl. xxin.

m MÉMOIRE

positif d*Hërodote : « On dit que TÊgypte ne fot

jamais dans un ét<it plus llarissatU et plus prosphre que sous Amasis, que jamais le Ûeuve ne fut aussi bienfaisant pour la terre, ni la terre aussi léconde pour les hommes*, et qu'on y comptait alors vingt mille villes habitées. » Ce n'est pas ici lo lieu de discuter la réalité de ee nombre; il nous suffit de savoir ce qui se disait en Égypte au temps d'Hérodote, car Topinion qu'il émet n'est pas la sienne; c'est celle des Égyptiens euxmêmes, et leur témoignage a d'autant plus de poids, qu'on connaît leur penchant à vanter les andens temps de leur monarchie. On ne peut guère les soupçonner d'avoir, sans une intime conviction, placé le siècle d'Amasis au-dessus de tous les autres.

Voilà dans quel élal les IVrses Irouvorent l'Egypte. Quels changements vont suivre leur invasion? Verronsnous s'éteindre cette antique religion si profondément empreinte dans toutes les habitudes nationales? Que deviendront et cette classe tout entière de prôires chargés du culte de tant de divinités, et cette autre classe si nombreuse d'artisans ou d'artistes occupés de bâtir, de sculpter des temples et des tombeaux, de lieindre des caisses de momies, de fabriquer cette innombrable multitude d'idoles de toutes grandeurs et d'amulettes de toutes les formes dont la supersti-

' K-' Aftàaio; ^oiatXioç Xi^itsu Afpimc |ju(>.ta7x ^tî lù^aiocv^iw, dwôftincioi... (Il, 177.)

tion des Égyptiens faisait une oonsommatioii si prodi-

gieuse?

Quand on s^est bien pénétré de l'esprit de ce peuple singulier, on demeure à prian eonyaincu que de

grands changements n'ont pu avoir lieu pendant cette période, que les Penet n'ont anéanti ni le$ ard, ni la iMêiiution$ de VÉgyptSy comme on Ta prétendu. Mais, dans une question historique aussi grave, on ne peut se contenter de simples inductions; il faut tâcher de déterminer d'une manière précise, a?ec le double secours de l'histoire et des monuments, en quel état les l^erses ont dû transmettre l'Ëgypte aux Grecs, leurs successeurs.

SËGOISDË PARTIË

DB L*i6fm MOI U MMHATM» KKIAIB ll»«l*A LA WÊÇfika P^AUtASIM.

L'opinion que je combats, sur riofluenoe de la do* mination des Perses, lient principalement à l'idée

exagérée qu'on s'est faite des dévastations causées par Gambyse. On aurait dû pourtant se demander quelles en étaient au juste la nature et l'importance, et si, dans tous les cas, les successeurs de ce prince avaient imité son exemple, car il est hien évident que cette domination n'aurait pu a?oir les efifets désastreux qu'on lui suppose, que si elle avait été constamment oppres*

IM MfiMOUK

site et intolérante, pendant les deux siècles qui en forment la durée.

'«Tete Mflt les deux points qu'il me resté à examiner

dans cette seconde partie de mon travail.

L'extrait des dynasties deManéthon donné par Jules Africain et Ëusèbe établit une diTÎsîon remarquable dans la.përiede de deux -sièdes enfiron (1 95 ans) dont il s'agit. L'annaliste égyptien les divise en deux parts : la première, comprenant la dynastie persane, ou les rois qui ont régné en Ëgypte et en Perse, de Gamhyse à Darius H, dans un espace de cent vingt et un ans; la seconde, d'environ .soixante et douze ans, pendant laquelle TÉgypte, sauf un espace d'une dousaine d'années, fut gouvernée par ses rois nationaux, formant, selon Manéthon, les trois dynasties taite^ mcndétienne et $&fmnyliqué.

D'où il suit que, pendant ce second intervalle, rËgypte fut rendue à son indépendance et traitée seulement en pays tributaire. G est également ce qui résulte, comme on va le voir, des monuments qui subsistent encore.

' Je irais considérer sucoessitement chacune de ces deux parties.

I. — L'Égypte depuis Canibjte iM|u à ravéneiiieot du roi égyptien

. Gambyse était un homme cfaes qui la violence naturelle du caractère et Thabilude de tout soumettre à

SUB LA GlViLiSATiON ÉGYPTIENNE. 199 sa volonlé furent de plus exehées par une «MMtitntioii maladive; car, selon Hérodote, il était de naissance fl^îel4i réfMiepsie. teia m fel homme, Tîtrase ëe la pttissanee et de la vîetoiro suffirait pour expliquer lea excès auxquels il se livra dès non entrée en Égypte*; mais Hérodote leur aiBsigne en outre des causes (fai penvent jus(ju'à <in oertain point les eiKuser.

Ainsi, la rigueur dont il usa envers les habitants de Meiupbia s'explique par le désir de venger le meurtre des députés qu41 kNir avait envoyés pour négocier de la paix'. Le Irailemtnt qu'il flt subir au cadavre d'Amasis était une punition de Tinjure sanglante qu'il avait reçue de ee fuinee, iMqu'il lui demanda sa fille en mariage. Amasis, qui redoutait ou dédaignait œlte alliance, lui envoya la iille d'Âpriès, qu'il ût passer pour la sienne, subterfuge qui avait irrité Cambyse au dernier-point'. La rigueur dont il voulut d'abord user envers l'samménite avait aussi pour cause l'opinion que ce prince avait conseillé aux Nemphitea le-massaere de ses envoyés. Cependant, le premier moment de colère passé, sa conduite à l'égard de ce {iriace fut douœ et humaine; il lui pardonna, comme aon père à Crésu8\ què Cyrus voulut d*abord faire brûler vif. Cambyse eut aussi compassion du

> Ilérod.. III, 28,^» 34, S6.

* Id., III, 14.

^ Id., III. 1,3, 16,

« Id., 1, 86.

m MÉMOIRE

triste sort où la fortune avait réduit un roi*; il le

garda auprès de lui, dit Hérodote, sans lui faire subir aucun mauvais traitement, et il était même sur le point de reeouii>rer V Egypte^ dont Cambfse défait lui confier le goiwernemoit, lorsque ce prince découvrit que Psamménitc conspirait contre lui. Ses machinations prouTées, Psamménite fut forcé de boire du sang de taureau, dont il mourut'.

Ce prince avait alors tellement besoin d'un motif sérieux pour se livrer à quelques excès, que, malgré sa haine et sa colère contre Amasis, il ne fit subir aucun mauvais traitement à sa femme Ladicé, qu'il renvoya honorablement dans sa famille, à Gyrène'.

Jusqu'ici, il paraît que le roi de Perse, quoique peu sensé^ comme dit Hérodote, avait quelques hoîis 7m)menU^ et l'on ne voit pas que d'autres rois perses, Çyrus lui-même, se fassent mieux conduits en pareilles occurrences. Ses actes de folie semblent n'avoir réellement commencé qu'après ses deux malheureuses expéditions contre les Ammoniens et les Éthiopiens. La première se termina par la perte d'une armée de cinquante mille hommes ensevelis sous les sables du désert^; dans la seconde, il fut contraint de revenir, après avoir perdu une partie de ses soldats, réduits à

* Iltroii.. III. A0TftTiKc|ifi6«i^ jvsXluvoUTWTws.

« /rf.,lll, 14, 15.

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