‹ Mélanges d'érudition et de critique historiqueChapitre 57 sur 62 · DES PYRAMIDES DE GIZEH · texte numérisé non relu

DES PYRAMIDES DE GIZEH

«ont couTertet if aneÎMit earaetèrei^ maintenant inin*

telligibles... Les inscriptions sont ni nombreuses ^ que la copie de celles-là seules qui peuvent être lues sur la sarface des deux pyramides remplirait plus de dix mille pages. » Qi'îïntl l'expression dis mille se prendrait ici pour un nombre indélerminé, comme le fwpiot des Grecs, elle indiquerait, sans nul doute, une masse d'inscriptions, dont l'objet n'a pu être que d'exprimer tout ce que nous trouvons dans les innombrables légendes qui couvrentles parois des hypogées. Ce passage nous dispense d*en citer d'autres, et il démontre quelle extension il faut donner aux textes d*Hérodole et de Diodore.

Le premier dit qu'on civait marqué sur la pyramidCy en caractères égyptiens, combien il avait été déjiensé pour la nourriture des travailleurs ^ Larcher* a conclu, de ce passage, qu'il n'y avait pas eu de figures sculptées sur cet édifice, puisque Hérodote n'a pas iait, à cet égard, la même remarque que pour la chaussée.

Mais cet historien ne s'astreint nulle part à donner une description complète des monuments ; il n'indique ordinairement que les circonstances auxquollos ramène T intérêt de sa narration. Selon toute apparence, il n'aurait pas parlé même de cette inscrip-

* BéitNi. U, 125, 5 : 2i07«{icBirm Jkît ^«{ifiSTMif Aipirrîtiv ii

< TnàaeU d^Hirod., Il, p. 136.

408 LB BEVÊTfiNENT

lion, s'il n'avait élé frappé de l'extraordinaire dépense qui s élait faile seulemenl en raiforts, en ail et en oignons, la partie la moins coûteuse de la nourriture des ouvriers. Son silence ne prouve donc pas qu'il n'y eût ni d'autres inscriptions, ni de figures aonlptëes. Ce serait peu connaître les usages égyptiens que (le croire qu'on se fût borné à graver sur cette tombe royale ce qu'avait coûté la nourriture des ouniers ; c'est là un détail qui venait nécessairement après beaucoup d'autres, plus importants parce qu'ils se liaient au but religieux et funéraire des édifices, mais qui frappaient médiocrement les étrangers, habitués qu'ils étaient à voir les édifices égyptiens tout couverts de sculptures. 11 n'en devait pas être ainsi du compte des seize eeato talents dépensés seulement pour l'achat des denrées de la plus mince valeur. Voilà un trait qu'ils ne pouvaient passer sous silenee.

Il faut bien appliquer cette observation au passage de Diodore*, si l'on veut le concilier avec les auteurs

* I»64. Il est kn^tterque rhlstorien s'expriino gi va^mement sur une* iutre circonstance, celle d'une vté&twt^ entaillée dans Tun des côtés de la pyra»nid(* (ivaî€a«tv i' fx*' |*'*î "^-ô»/ ^ - jpwv t'^xtxoXaufi.fvrvy I, 04) Que cette «vaSan; fui un escalier tontu-dc (îo^rrps, unoà'»x- 6aoi; xV.'.y.^y.MTtî OU jtXip.flutw^Ti;, cela peut èlrc, jjuisfjuc loute expressioa générique embrasse les espèces, et que, (ruiUt urs, celle-ci a smifeDt été prise dans ce sem particulier; pourtant le participe ifiuM» X«f4uvr. Jette du doute sur cette sigiiiUcatioii. Quoi ijull en soit, oo annit désiré que récrivain eût dit où oooduisait et k cpioi pmrrut wernt cette montée, quefle qa*eafiUla dispoiitioa; te n^ébU pu, kcMpsftr,

DBS PYRAMIDES D£ GiZËU. ' 400

arabes. Cet historien parle de la même inscription, non comme l'ayant vue, ou comme se Tétant fait traduire ; et il semble n*a?air fait ici que copier Hérodote. 11 ajoute que la seconde pyramide est àveTriypa^jç, sans inscription ; ce qui, pris à la lettre, serait formellement contraire au dire d'Âbdaliatif. Ce mot ne peut donc s'entendre de l'absence de toute inscription : il doit se rapporter à celle que rhistorien ?ient de dter comme exprimantce qu'a coûté la nourri ture des ouvr'iei*s de la première pyramide, et signi fier qu'une telle inscription n'eiistait pas sur la se conde. Je ne vois guère que cette interprétation qu. puisse faire concorder son témoignage avec celui d'Ab*dallatif et des autres écrivains arabes, qui est si précis et si formel ; car personne ne supposera, sans doute, que ces inscriptions si nombreuses avaient été mises sur la pyramide après le voyage de Diodore de Sidie.

Il est cependant un passage d'Ebn-Haukal, dté par Makrizy , qui mérite une attention particulière. L'auteur dit que, parmi ces caractères, il y en

pour mferjaaipi^m sommet; car on eo retmifcnilenoor» la trace k la partie supérieure du paremeot qui «xute sur les quatre fiices ; mais éHe n*en a conservé nul vestige. Comme mms savons par Hérodote que le irpûTc; ^opoc de cette pyramide était en granit, on pourrait présumer

que la montée servait à s'élever sur le rebord de ce irpûTo; Jo{i.&; ou souba^sempnt, dont Thistoricn nous a laissé ii:norpr la h;ui!oiir. Le soubassenjcnt n'ayant pas reçu d'hif''ro;ilyphe, ainsi qu'on le verra plus bas, en montant sur le rebord on pouvait bre plus facilement ceui qui étaient gravés an-dessus.

avait de greet. Ce fait reyient à oeini que j*ai rapporté d'après Guillaume de Baidensel, qui, en 1556, vit^ sur les pjramides, dea inscriptions en diverses langues, in quifm inveni tariptnroê dwen(mimidiùfna-' tum\ El ce double témoignage nous montre que, outre les légendes hiéroglyphiques qui se rapportaient à la destination de ces monuments, on y voyait encore de ces inscriptions en vers et en prose dont j'ai parlé plus haut, que les anciensvoyageurs gecs et latins ont laissées en si grand nombre sur les monuments égyptiens, principalement <à Philcs, à Pselcis en Nubie, et dans les tombeaux des rois à Tbèbes. Dans ces espèeetie cartei de visite des voyageurs, comme les appelle Cbampol lion, en exprimant leur admiration pour les monuments, ils ont déduit leurs qualités, indiqué Fépoque de leur voyage, et nous ont ainsi transmis, sans y penser, une foule de renseignements maintenant précieux pour l'histoire de leur temps. De ces inscriptions, qui ont dû être si nombreuses, il ne restait plus, sur le sol des pyramides, que celle qu'un certain Arrien a gravée, en vers élégiaques grecs, sur le deuxième doigt de la patte gauche du grand sphinx, et qui est arrivée au nuisée du Louvre dans la collection Drovetti, en huit morceaux que j*ai le premier reconnus et réunis. Il n*e8t pas possible de douter que les anciens voyageurs n'en aient aussi

i Ph» haut, p. 591*

DES PVKAMIDES DE GIZËU. 411

gravé sur le parement extérieur des pyramides ellesmêmes qui exdtaient par-dessus tout leur admiration ; mais celles-là ont dù nécessairement disparaître, ainsi que les hiéroglyphes, avec le parement qui les avait reçus.

.Cependant il en est échappé deux à la destruction commune; à la vérité, elles ne se retrouvent plus sur le monument lui-même^ mais elles y furent certaine* ment gravées.

La première est un distique conservé par le scholiaste de Clément d*Alexandrie\ qui l'annonce en ces termes : « Les pyramides sont des édifices, en Egypte, qui ont été hâtis en place de tombeaux (c'est-à-dire pour servir de tombeaux ) , comme le témoigne rinscription gravée sur ces monuments, ainsi eonçue. »

Le scboliasle a dit h ovrafç, au lieu de h fiià avzôivy probablement parce que Maxime, Tau leur de répigramme, Tavait répétée sur chacune des trois pyramides ; ce qui était assez l'usage de ces faiseura d'inscriptions, connu par plusieurs de celles de Philes, de Pselcis et des tombeaux des rois, à Thèbes.

•Publié, pour la première fois, dans le Cléaicnl irAloxaiidritMlc Klolz, t. IV, p. 113. Voici le texte de cette scholie, tirée du beau manuscrit de h Kblîolliiqiie royale, n* 451 : njpaiiî^i; 0Mo^0|4.iQ|iaT« h Ai^^icrM,

«Sr»c ^0». H. ônoD, qui a relâvé cette iMcriptino d*aprte le maiiiiserit» et ra iwbUée ^Uoffe ùucriptt p. 41S,) a la tic p9|mi tdv x*^t et propoie d*i|ioater vt^énm, tt d*j a ri» I xjoittrr.

4i$ LB BBVfiTEMENT

Quant à l'épi gramme elle-même, la voici, corrigée de deux fautes évidentes :

Moi, Ifaiiine^ iprfts avoîrcootomplé les tocnbeaax de Géphreo» 49 difin Myonriotts at de Chëops, je les ai admiré.

Cette épigramme est conçue comme plusieurs de celles qui ont été gravées dans les tombeaux des

rois, où nous lisons i$<ùv ou ivTopr,7oLi iGaû/xacra. Celte pièce unique, que nous retrouvons dans un obscur seholiaste, provenait, sans doute, de quelque an<»en recueil qui en coulenail d'auti^es du même genre.

* Cod. Kal <^py,vo;T^. Ih'Todotc ('cnt Xioirv, et Diodore Kîopf.v. poète, ayant besoin d'une s\llab(' longue, a (k rit Kaiojprvcî, dont l;i pronoDuation est la mouie. Un autre exemple de ce genre do séparation vi* ciense existe dans- les manuscrits de Diodore, qui dooneol Xipwov {h Ttvi; {jL(v Xtfîvcv &vc,uâ;ou9tv, 1, 64), au lieu dé MtvxtpîvM» qui ert k naie orthographe du nom, du moins la plus môme du nom égYptie» MmeharémklUndiérés, comme récrit Hanéthon. lli«xt>ac (ap. Syncell., p. 56 D) ; ce que donne aussi la lecture hiéroglYphique, le nom connmencant par Men. Les noureaui éditenra de Diodore auroot donc à lui restituer la leçon Mevxipîvtv.

* J'ai consorvo h Ifron MjxeoTvvj, parce que cctlo orthograplio a jni sortir de la main de: l aulcnr. L'iolnrisinp eiïace toute diffiTence, et la mesure reste la même; car les inanuscriLs d'ilcrodolf, de Diodore et d'Athénée (X. p. 438 b), font lougue la péiiulliènie de Mum^îvo;, et» aiee toute raison» le nom grec défifaot de Miwx'pa?*

s te manuscrit porte ijr^i^rt*^ ce qui est contre le sens et la mesure.

* Je conjecture que Maxime. Tautcur de ce distique» est le mènio poète qui a laisMé deux inscriptions latines sur le colosse de Mcmnon» la première en vers trochaïques tétraraèlres catalectiqucs, la seconde en vers iambiques (ii" lxi, lui); ce(|tti mditrait Tépoque de ceilc>ci au temps de Trajan ou d'Adiieii.

Page 1