Claude de Villers fut le dernier des abbés ré
le Concile de Mayence ordonna que les laïques, devenus abbés commendataires, établiraient dans les abbayes qu'ils gouvernaient des prévôts instruits et pieux, pour présider les reUgieu\, pour assister aux synodes, pour répondre à l'évèque diocésain, et enfin pour avoir soin du troupeau confié à leur garde. Plus rigoureux, le Concile de Trente déclara que les Commendes qui vaqueraient k l'avenir ne devraient être conférées qu'à des réguliers d'une sainteté reconnue ; mais le Concile de Trente avait parlé en vain, ses prescriptions ne furent pas suivies, et l'abus des Commendes» devenu presque habituel aux xvii^ et wiw siècles, s'est maintenu en France jusqu'en 1789. — Dans la plupart des cas, les abbés commendataires percevaient les deux tiers des revenus de l'abbaye.
* Allusion à la peste de 1523.
guliera de Mouzon. Il donna ses soins à la réédification des bâtiments de l'abbaye détruits par le temps ou par le feu, mais il afferma beaucoup de terres par bail emphjthéotique, soit qu'il y fût contraint par la nécessité^ soit qu'il voulût être utile à sa famille. « De son temps, la discipline régulière commença beaucoup à se relascher, de quoy je ne sçais si je doibs accuser sa n%ligence ou la misère du temps» et des lors les séculiers furent introduits en Tadministration du temporel, ce qui a causé la perte des vieux titres et escritures de cette abbaye, qui furent dispercés çà et là soubs prétexte d'en procurer le bien et la conservation. » Avide de bénéfices, Claude de VUlers sut faire ajouter à son titre d'abbé de Mouzon ceux d'Abbé commendataire d'Élan et de Prieur du Val-des-Écoliers. C'est là qu'il mourut en 1545.
48. Robert de Lenoncourty cardinal et évéque de Châlons, puis évéque de Metz, fut le premier abbé commendataire de Mou2on (1545). Il résigna sa charge la même année entre les mains de son neveu, Philippe de Lenoncourt \
49. Philippe de Lenoncourt, évéque de Châlons près d'Auxerre, cardinal, abbé d'Épernay et d'autres monastères, permuta avec son successeur son abbaye de Mouzon contre celles d'Élan et de Chéhéry, en 1554. (Chéhéry était de l'ordre des Prémontrés).
50. François Butor y devenu par cette permutation abbé de Mouzon, fut peu de temps «qprès nonmaé
i Suivant D. Habert, Robert de Lenoncourt était encore abbé de Mouzon en 1540.
l'abbaye de mouzon 147
abbë Trésorier de la Sainte-Chapelle de Paris, mais il ne tarda pas à abandonner ces fonctions. Il était encore abbé de Mouzon en 1564.
51. Jean de Rochefort^ de l'illustre maison de Sallevert en Auvergne, était religieux profès au couvent d'Ébreuil, diocèse de Clermont, lorsqu'il fut nommé par le roi à l'abbaye de Mouzon (1567). Il n'administra pas en personne, mais seulement par procureur, ce qui fut une calamité pour son monastère. A cette calamité vint se joindre celle des guerres de religion. Pour subvenir aux besoins pressants de l'État, le Saint-Siège exigea de toutes les églises de France une contribution pécuniaire. L'abbaye de Moueon ne put fournir la sienne qu'en aliénant une partie de ses meilleurs biens, entre autres les censés de Pouron et du faubourg, les moulins d'Foncg, dU»trecov/rt et de Remilly. Quoique son revenu personnel fût assez modique, Jean de Rochefort ne voulut jamais rien retrancher de la mense de ses religieux. — Il mourut regretté de sa communauté le 31 mars
62. Anne de Fondrai^ prêtre du diocèse de Clermont, fot nommé par le roi à l'abbaye de Mouzon sur la recommandation de Pierre de Rochefort, baron de Sallevert, qui était en grand crédit auprès d'Henri IV. Le Pape, en lui accordant ses buUes, l'obligea de prendre l'habit de saint Benoît. En 1604, il prit possession par procureur de l'abbaye de Mouzon, où il ne parut jamais. En 1604, Henri IV revenant du siège de Sedan, vint à Mouzon accompagné de Marie de Médias et d'un grand nombre de
148 l'abbaye de mouzon
seigneurs de sa cour. II entendit la messe dans l'église de l'abbaye et assura les religieux de sa bienveillance, ce qui ne l'empêcha pas, la même année, de donner l'abbaye de Mouzon au sieur de Roquelaure, son grand chambellan, et d'envoyer des Lettres-patentes à la cour souveraine de Mouzon avec ordre de mettre les biens de l'abbaye en séquestre et de les faire gérer par un économe jusqu'à ce que le Pape eût pourvu un titulaire, sur la présentation du sieur de Roquelaure. Claude de Montrognon, prévôt de l'abbaye et vicaire général de l'abbé Fondrat, s'opposa de toutes ses forces à l'exécution de cette mesure. 11 obtint de la haute cour de Mouzon un arrêt qui maintenait Fondrat dans la possession de son titre et déclarait les Lettres-patentes subreptices et de nulle valeur. Informé de ce qui se passait, Claude de Joyeuse, comte de Grandpré, lieutenant du roi pour Mouzon, mais alors absent de cette ville, traita avec le sieur de Roquelaure de ses prétentions à l'abbaye, puis, ayant obtenu la démission des juges de la cour de Mouzon, il leur substitua d'autres magistrats qui condamnèrent Fondrat à se démettre de son abbaye dans les six mois, entre les mains du Pape, en faveur de celui que le comte de Grandpré aurait nommé Jure regio (1607). — On ignore si l'abbé Fondrat obtempéra à cet arrêt et en quelle année il mourut; ce qui est certain, c'est que son successeur ne fut nommé que vers l'année 1612 ou 1613.
53. Ce successeur fut René-Louis de Fiquelmont^ fils d'une sœur du comte de Grandpré et clerc au
l'abbaye de mouzon 149
diocèse de Metz. Aux termes de ses bulles d'institution, il dut prendre Thabit religieux, ce qu'il fit seulement en 1619. Dès l'année 1614, il avait choisi pour son vicaire temporel le moine François Richard, ijui était déjà son vicaire spirituel. — L'abbaye de Mouzon contribua à l'établissement des Capucins dans un des faubourgs de la ville, en leur donnant un pré qui lui appartenait et sur lequel ils bâtirent leur couvent; l'église en fut consacrée en 1625. — Le duc de Nevers, qui venait de fonder un collège de Jésuites dans sa nouvelle ville de Charle ville, obtint des religieux de Mouzon, moyennant une rente annuelle de cinquante écus, la cession de leur Prieuré de Saint-Julien, près Mézières *. Les Chroniques de Saint'Benoît et le P. Delahaut ne sont pas d'accord sur les motifs qui déterminèrent les religieux à faire cette cession. Le P. Delahaut en fait honneur à la libre générosité des moines, tandis que les Chro^ niques générales prétendent que le duc de Nevers « les y contraignit par la force. » — L'an 1634, c( ledit René-Louis de Fiquelmont se voyant inquiété par ses religieux pour diverses prétentions, et jugeant que le seul moyen de mettre son esprit en repos était d'appeler en son abbaye les Pères de la congrégation de Saint-Vannes et Saint-Hydulphe, traita avec eux pour leur introduction en icelle, lesquels en prirent possession le premier jour d'octobre de l'année susdite, au grand contentement et consola-
1 Le Prieuré de Saint-Julien était un des plus anciens patrimoines de l'abbaye de Mouzon.
150 L'ABBAYE DE BfOUEON
tion de toute la ville de Mouzon, et y rétablirent oette ancienne observance et pureté de vie, qui lui avaient acquis dans les premiers siècles tant de gloire et de réputation. » ^ — Quelques années avant sa mort, Péglise de Tabbaye ayant éprouvé de graves dommages, l'abbé Fiquelmont se mit en devoir de la réparer, mais comme il s'agissait d'une assez grande dépense, il traîna si bien l'affaire en longueur qu'il mourut avant d'avoir rien entrepris (1654). Il était alors à l'abbaye de Luxeuil, en Bourgogne, « où il était allé chercher la vie et le soulagement de ses incommodités dans les bains dudit lieu et de Plombières, sans avoir rien fait digne de mémoire et de recommandation durant quarante-quatre ans qu'il a joui des revenus de l'abbaye de Mouzon. j»
54. Claude de Joyeuse, de l'illustre maison de Grandpré, neveu du précédent, après avoir reçu la prêtrise, prit possession de son abbaye en personne, le 2 février 1658. Nous savons que, depuis plusieurs années, l'église de l'abbaye était dans un état dé-
« Chroniques générales, T. VI, p, SK)4. — Le besoin général de réformes qui travaiUait les institutions ecclésiastiques dès le XV« et le XVI« siècle, se faisait particulièrement sentir dans l'ordre bénédictin. Une des principales congrégations issues de ce mouvement religieux fut instituée par Dom Didier de la Cour. Les deux premières maisons qu'il réforma furent Saint- Vannes de Verdun, etSaint-Hydulphe, de Moyenmoutier. Le plus grand honneur de la congrégation de Baint- Vannes est d'avoir donné naissance h oelle de Saint-Maur. C'est à cette dernière congrégation que la France est redevable des Mabillon, des Montfaucon, des Sainte-Marthe, des d'Achery et d'une foule d'autres savants laborieux et modestes.
l'àwàye de MOUZON 151
plorable ; une grande partie des voûtes delà grande nef s'était effondrée; les piliers et les fenâtres étaient à moitié détraits. Par une transaction intervenue entre l'abbé de Joyeuse et les religieux, il Ait convenu qu'on mettrait la main à Fœuvre sans délai, aux frais de l'abbé pour les deux tiers, et des reli<gieux pour l'autre tiers. En moins de deux ans^ la restauration fut complète ; l'édifice n'avait fidt que gagner en magnificence et en majesté. Les bâtiments du monastère furent l'objet d'une restauration semblable. — Claude de Joyeuse était en même temps abbé d'Élan. Il mourut en 1710.
55. Melchior de Polignac, cardinal et archevêque d'Auch, prend possession de l'abbaye par procureur en 1710. — Mort en 1741.
56. Après une vacance de trois ans, pendant la^ quelle l'abbaye fut gérée en économat, le roi investit de la dignité abbatiale Maximilien-Henri-Jean-FrançoiSy comte d'Horion^ grand chancelier du Chapitre de Saint-Lambert de Liège. — Mort en 1759.
57. Ferdinand-Maximilien-Meredeck de Rohan^ Guéménée, archevêque de Bordeaux, succéda au comte d'Horion, mais ce fut D. Romuald Pouron, Prieur claustral de l'abbaye, qui en prit possession au nom du prince. Celui-ci donna sa démission lorsqu'il fut nommé à l'archevêché de Cambrai (1781).
58. François-Gabriel Moreau, évêque de Mftcon, (1782), fut le dernier abbé de Mouzon. Il conserva cette charge, qu'il ne géra du reste que par procuration, jusqu'en 1790, époque à laquelle l'abbaye de Mouzon fut supprimée comme tous les autres établissements du même genre.
152 l'abbaye de nouzon
Indépendamment de Tabbaye, il y avait à Mouzon plusieurs établissements religieux, entre autres un prieuré fondé en 1629 par M"* Henriette de la Vieuvilie, veuve d'Antoine de Joyeuse, comte de Qrandpréy — une église dédiée à Saint Martin, qui était paroissiale, — une autre dédiée à Sainte Geneviève dans un des faubourgs, — et enfin le couvent des Capucins dont nous avons parlé plus haut.
Mouzon était le siège d'un Doyenné qui fut longtemps unique, mais qui, en 1761, fut divisé en Doyenné de MouzofirMeuse et Doyenné de MouzœirBar. Voici la nomenclature des paroisses qui composaient Tun et l'autre.
Doyenné de Mouzon-Meuse.
Aile en Ardenne, et ses annexes Frehan etCorbion.
Autrecourt, et son annexe Villers.
Baseilles.
BeaumoDt.
Brevilly.
Cesse, et son annexe Luzy.
Douzy.
Escombres, et ses annexes Sachy et Messincourt.
Floing.
Francheval, et son annexe Rubécourt.
Givonne.
lUy, et son annexe Fleigneux.
Létanne.
Mairy, et son annexe Amblimont.
Mouzon.
Pouilly, et ses annexes Autre ville et Moulin.
Pouru-Saint-Remi.
Saint-Menges.
Sedan^ et son annexe Balan.
Villemontry, et Sainte-Geneviève au faubourg.
Villers-Cernay, et son annexe Pouru-aux-Bois.
Yoncq.
Doyenné de Mouzon-Bar.
Bulson.
Chémery, et son annexe Maire.
Cheveuge, et son annexe Chaumont.
Connage, et son annexe Chëhéry.
Flaba.
Haraucourt, et son annexe Angecourt.
La Berlière.
La Besace.
La Neuville, et son annexe Artaise.
Malmy, et son annexe Omicourt.
Noyers.
Raucourt.
Renûlly.
Saint-Aignan, et son annexe Villers-sur-Bar.
Stonne, et son annexe les Grandes-Armoises.
Sy.
Tannay, et son annexe les Petites-Armoises.
Torcy.
Vendresse.
Villers-devant-Raucourty et son annexe Mesoncelle Wadelincourt, et son annexe Fresnois.
Yges, et son annexe Glaire-et-Villette.
DEUX WXm PMNCIfiRES
DEUX VISITES PRINCIÊRES
(Documents à joindre à VHistoire de Charleville).
Visite de Ferdinand-Charles de Gonzaque.
Depuis la mort de Charles P% fondateur de Charleville, les princes de cette famille n'avaient visité que de loin en loin leur Souveraineté. En 1704, Ferdinand-Charles , appelé à Paris par les événements de la guerre dans laquelle il avait em^ brassé le parti de la France et de l'Espagne confé-^ dérées, profita de ce voyage pour venir jusqu'à Charleville. '^'
Voici, dans toute sa naïveté enthousiaste, la re»
i58 DEUX VISITES PRINaÈRES
lation de cette visite, écrite par un témoin oculaire. Au point de vue de Thistoire locale, ce document ne manque pas d'intérêt :
Détail de ce qui s'est fait pendant le séjour de S. A. à Churleville.
Le bonheur des sujets de Monseigneur le Duc de Mantoue à Charleville n'a jamais été interrompu depuis la fondation de cette ville paisible au milieu des agitations qui les environnent de toute part ; ils n'ont rien ressenti des calamités des guerres passées, et quoique par leur situation entre les puissances efttietmes ils parussent mettàcés des mêmes malheurs que leurs voisins, Féloignement de S. A. S. n'a point laissé de les faire jouir d'une tranquillité parfaite à l'abri de sa souveraine protection^ aussi rien ne manquait aux désirs de ces peuples que là consolation de pouvoir signaler leur reconnoissance , de tant de bienfaits et de rendre en personne leurs hommages à l'auteur de leurs féUcités; rien ne permettoit cette douce espérance si par des ressorts inconnus de la Providence la guerre allumée dans toute l'Italie et dont les Etats de S. A. S. étoient le principal théâtre en ce pays-là n'avoit engagé notre auguste Souverain dans le parti des deux couronnes de France et d'Espagne. Chacun sçait combien cette alliance étoit nécessaire et le fhiit qu'en ont tiré les armes des confédérés, et comme la France par sa situation étoit plus à portée de jouir de la présence de S. A. S. et qu'il étoit boa qu'elle se rendit à Paris pour y concerter les moyetis
DEUX VISItES t>RINCIÈRES 459
de conserver les avantages que ce Prince avoit pro* curas aux deux monarques, S. A. S. voulut bien se mettre en chemin pour passer à la cour du Roy Très^Ohrëtien et j recevoir les remerciements qui leur étoient dus, et les témoignages de la reconnaissance que Sa Majesté en conservera toujours....
S. Â. S. avoit dessein d'aUer droit à la cour ; mais étant avancée à Lyon, elle voulut bien se détourner et prendre le chemin de Charleville, et donner à ses sujets la satisfaction qu'ils attendoient depuis si longtemps. Messieurs de la ville, qui en finrent avertis, ne purent dissimuler la joie qu*ils ressentoient de cet agréable honneur qui, ayant été porté dans toute Tétendue de la Souveraineté, fit éclater Tamour respectueux que les sujets de S. A. S. ont toujours eu pour leurs souverains.
Leur impatience était extrême, et après avoir envttyé des courriers pour apprendre des nouvelles assurées du voyage de S. A. S., ils apprirent enfin avec une satisfaction qui ne se peut exprimer que ce prince, véritablement le père de son peuple, arriveroit en cette ville le samedi troisième jour du mois de may de la présente année 1704. Tout fiit disposé en diligence pour recevoir notre S. prince, et M. Collart, le Consul et M" les Directeurs et Syndics donnèrent en cette occasion des preuves assurées de leur zèle et de leur empressement.
Le vendredi au soir M. Collart, premier Président de la Cour souveraine, partit en poste pour alter recevoir S. A. S.; mais il ne put passer Be-
160 DEUX VISITES PRINCIÈRfiS
lair, ayant eu avis que ce prince, qui venoit en poste, avoit couché à Rethel et qu'il devoit dîner dans sa Souveraineté. Sur cet avis on fit préparer à Charleville un magnifique repas et on envoya à Belair, avant le jour, deux fourgons chargés de vins, de glaces, de poissons, de fruits, de confitures pour rafraîchissement à S. A. S. qui y arriva à neuf heures du matin et qui fut à la descente de sa calèche reçu par mondit sieur Collart, Premier Président, et par M. Coulon, Grand-maître des eaux et forêts de la généralité de Metz, qui s'y étoit rendu rendu ainsi que M. le Président, chacun avec un carosse à six chevaux.
S. A. S. trouva à propos de s'arrêter on ce lieu pour s'y rafraîchir, de sorte qu'il fut surpris du repas magnifique qui luy avoit été préparé, et M. le Président, M. Coulon, M. l'envoyé de France avec les seigneurs de sa cour eurent l'honnneur de manger avec S. A. S.
Notre souverain monta dans le carosse de M. Coulon aussitôt qu'il eut dîné, avec quelques sei* gneurs qu'il nomma^ et, suivi de l'autre carosse et de toutes les charges de sa suite, il prit la route de Charleville. Il trouva à la sortie de Belair une troupe très-leste des habitants de Charleville bien montée et qui entoura son carosse à Jandun. Cette troupe fut jointe par une autre également bien équipée, de sorte que S. A. S. fut très-bien escortée. S. A. S. arriva à Mézières en cette disposition, et quoiqu'elle y passât incognito on fit tirer le canon à l'entrée du Pont-d' Arches, toute la cava*
DEUX VISITES PRINGIËRES 161
lerie mit Tépée à la main, et S. A. S. trouva tous les habitants et ceux des villages de la Souveraineté sous les armes, rangés en haye, proprement vêtus et ayant tous sur les retrousses de leurs chapeaux une toufie de rubans noirs, jaunes et blancs.
Le chemin qui restoit à faire jusqu'à la ville étoit pareillement bordé de bourgeois armés, et hors de la porte S. A. S. ayant fait arrêter son carrosse, Messieurs de ville, M. le Consul étant à leur tête et portant la parole, firent leur compliment et présentèrent au prince les clefs de la ville qu'on avoit fait dorer et qu'on avoit mis dans un bassin d'argent couvert d'un drap d'or, et on luy présenta en même temps un dais porté par M" les Directeurs et Syndics que S. A. S. refusa; à la porte de la ville en dedans tout le clergé séculier et régulier, M. le Doyen à la tête en surpUs et en étole rendit ses hommages à S. A. S. qui y ayant répondu continua sa route toujours entre deux hayes do mousquetaires tant des compagnie^ de la jeunesse que des bourgeois et des chevaliers de l'arquebuze. S. A. traversa la place et passa sous un arc de triomphe dressé à la porte du palais et alla descendre chez M. Fournier ou on luy avoit préparé son logement.
La ville parut belle à S. A. S., mais elle fut encore plus touchée des acclamations de joie de tous les habitants de l'un et de l'autre sexe. Messieurs de la Cour souveraine ne luy eurent pas plutôt rendu leurs hommages amsi que Messieurs de la
ville, que S. A. S. monta en chaiseï et s'alli^ proponer par la ville suivi du capitaine de la jeui^essai cette troupe luy ayant tovyours servie de garde et les bourgeois ayant eq le soin de la garde des postes.
S. A. S. fut aussi au Petit-Bois et revint à 9QXi palais fort satisfait de sa promenade, et ayant seu qu'on devait faire un feu d'artifice avec des iUur minations par toute la ville en réjouissance de sor heureuse arrivée, elle se rendit à la maison dQ M. Le Chevalier, controlleur des ^ns^ices de 1^ Souveraineté, pourvoir le feu, et S, A. yfutm*compagnée de la plupart des dames de la ville et de la plupart des dames de sa cour. Lep acdain^tions du peuple augmentèrent ei^traordinairepient en voyant S. A. S. aux fenêtres, et ne se la39oit point de se louer des bontés de son prince qi» d^ son côté fit connoître la satisfaction qu'il goutoU» W déclarant à toute l'assemblée qu'il voyoit biei» qu'il étoit aimé de ses peuples et qu'U étoit plus en sûreté à Charleville qu'il ne l'étoit à Mantoue et à Ga^al* Sur les dix heures du soir, S. A. S. retounw à son palais ou la ville luy fit servir un magnifique repas de tout ce qu'elle put trouver de plus exquis dans la saison. Le couvert étoit 90US un dais de damas cramoisi garni de grandes crespiqes d'or. M. le Consul eut Thonneur de servir S. A. S. et M" les Directeurs et Syndics, l'épée au côté, portaient les plats. Le palais fut illuminé toute la nuit par une grande quantité de flapdbeaux de cire blanche.
UJ£UX VISITES PRINGIÈRJËS 163
Le lenden^ain dimanche quatrième may S. Â. S. tut entendre la messe à la paroisse où on luy avoit préparé sous un dais fort riche un prie-Dieu trèspropre, le tout du côté de l'épître et un peu éloigné de l'autel. On luy présenta le pain béni et la Paix. S. A. S. disna en public, servi de la même manière que le jour précédent et trouva la symphonie trèsbelle ainsi que pendant tout le séjour qu'elle a fait en cette ville. Le soir il y eut un grand bal auquel les dames furent invitées, après quoy S. A. S. voulut manger à son petit couvert.
i> Le lendemain lundi cinquième du mois S. A. S. entendit la messe aux Jésuites, ensuite de quoy elle s'en retourna et fut servie à son dîner en la manière accoutumée. S. A. S. ayant été retenue au palais à cause du mauvais temps y tint appartement et les dames en grand nombre eurent l'honneur de jouer avec S. A. S. Il y eut aussi ce jour 1^ grande illumination partout, et M" les Directeurs, dont les fonctions dévoient finir le lendemain sixième de may suivant les règlements de notre fondateur de glorieuse mémoire, furent continués encore pour une année par une grâce spécialle de S. A. S. qui ne pouvait leur donner une marque plus assurée de la satisfaction qu'ils lui avoient donnée.
Le lenflemain sixième S. A. S. voulant donner des marques de la distinction qu'il faisoit des services de ses sujets et les récompenser de titres d'honneur nomma à la dignité de marquis M. Collart. Président et Consul, et M. Coulon, Grand- Qudtre des eaux et forêts du département de Mets ;
164 DEUX VISITES PHINCIÈRES
nomma comtes M'* Canel, Le Chevalier, Ancelet, Fournier et Duménil en considération tant do leurs iiervices que de ceux de leurs ancêtres.
S. A. S. se rendit ensuite au Sëpulchre, dont elle visita pareillement la maison d'où il vit la procession, après quoy il retourna dîner à son palais.
L'après dîné, après avoir tenu conseil, le prince alla au Petit-Bois et le soir il soupa chez M. CoUart le Consul où il y avait deux tables de douze couverts chacune dans la même chambre. Plusieurs seigneurs,une partie des dames les plus distinguées de la ville, M. Coulon et M" de la cour y furent invités, et M. le Consul eut l'honneur de manger à la table de S. A. S. qui fut ce jour-là servie par M. le Président. Ce souper avoit été précédé d'une grande feste, d'un bal très-bien ordonné et d'un feu d'artifice que S. A. S. trouva très-beau.
Rien n'est comparable aux délices que S. A. S. faisoit goûter à ses peuples lors de son séjour à Charleville ; mais comme il ne lui étoit pas possible de rester plus longtemps en cette ville, elle prit le parti de se rendre à la cour, et partit pour cet effet de cette ville le 7 avec les mêmes cérémonies que celles qui avoient été observées à son avènement, y ayant cependant cette différence que la joie que ses fidèles sujets avoient ressentie à son arrivée se changea tout-à-coup en une tristesse inconcevable par la perte qu'ils allaient faire par l'éloignement de leur souverain pour lequel ils conserveront cependant toujours le respect et la vénération que leur fidélité et leur reconnaissance leur a si for* tement imprimés dans les cœurs. »
Voici maintenant le récit de ce qui s'est passé â Charleville lors de la visite du prince de Condé :
CharleviUe, le 30 juillet 1783.
» Enfin Monsieur nous avons joui du bonheur de voir ici LL. AA. SS. qui a touttes les marques de bontés dont elles nous ont comblés ont ajouté celle de nous assurer quelles avaient été infiniment satisfaites de notre réception. Je dois, Monsieur, avoir l'honneur de vous rendre compte de nos procédés et singulièrement de la conduite que j'ai tenue puisque vous avez bien voulu la diriger et quelle ma valu un accueil si gratieux que tout le monde m'en a fait compliment.
Javais dabord pensé que le moment de complimenter les Princes devait être celui où je leur présenterais les clefs à la porte de la ville. Mais on mavait fait sentir quil convenait également de leur offrir des vins de ville, ce qui ne pouvait se faire que lorsquils seraient descendus dans l'appartement qui leur avait été préparé chez M™' de Ségent; au moyen de quoi nous eûmes Ihonneur de nous présenter deux fois.
Ce fut vers les sept heures du soir qu'ils arrivèrent après avoir vu et fait manœuvrer le Régiment de Bourbon sur nos triots. Ils étaient à la tête de ce Régiment en arrivant. Nous avions fait sortir hors de la ville la compagnie de notre jeunesse qui était très nombreuse et qui bordait la haye jusqu'à
ifJt) DEUX VISITES PRINCIÈRKS
la porte de la ville ; joignant cette porte et en dedans était la compagnie de T Arquebuse; ensuite la bourgeoisie au nombre de plus de 1200 hommes, qui bordait la haye jusqua la place des Capucins, où était placé le piquet de 150 hommes du Régiment de Walsh pour la garde de S. A. S. comme colonel général ; c'est à ce titre que ce piquet était commandé par un colonel avec le drapeau blanc.
Nous nous étions rendus à la porte de Flandres placés en dehors à la tête du pont-levis. Les Princes mirent pied à terre en arrivant à la tête de la compagnie de la jeunesse ainsi que les officiers généraux qui les accompagnaient, le régiment suivait immédiatement à cheval. Lorsquils furent près de nous je présentai trois clefs dorées dans un grand bassin d'argent à M*^le Prince de Condé qui lorsque je fléchis les genoux me releva de ses deux mains et se baissa pour me prêter l'oreille. Alors je dis : a M^ cette j> ville glorieuse de vous appartenir, que vous com- » blez sans cesse de nouveaux bienfaits s'empresse » de vous offrir ces types de son dévouement et de » sa fidélité.»
Je lui demandai en même temps la permission de lui rendre nos respects lorsquil serait chez lui ; il nae répondit que ce serait un grand plaisir. Je fis la même demande à M^ le duc de Bourbon qui eut la bonté de me faire la même réponse. Alors nous les accompagnâmes chez M"* de Ségent à la tête du régiment de Bourbon qui vint jusque là. Nous fimes apporter quatre corbeilles de vin, deux pour le Prince et deux pour son fils, que nos sergents de
DEUX VISITES PhlNCIÈRBS 1Ô7
ville portèrent jusque dans la salle où étaient les Princes à qui nous fumes présentés par M. D'Autrichamps. Alors j'adressai encore la parole à M»*" le Prince de Condé qui se baissa encore pour mécoutef, et je lui dis.
a M^ que ces instants sont précieux pour nous » puis quil nous est encore permis de mettre aux » pieds de V. A. S. de nouveaux hommages; celui n surtout de nos respects , de notre reconnaissance » et de nott'e amour. Souffrez, M^, que votre au- » guste et digne fils (il était à ses côtés) partage les » sentiments que nous inspirent vos vertus et les » siennes* » J'ajoutai l'invitation pour le bal.
Je crus devoir profiter d'une circonstance aussi feVorable, pour lui faire mes remerciments particuliers sur la faveur signallée dont il venait de tiie combler en procurant à mon gendre une lieutenance colonelle. A quoi il eut la bonté de répondre en pitopres termes qu'il avait été flatté de trouver une oCiiasion de m'obliger, et quil lavait saisi avec empressement. Et comme M. de Noirefontaine était p^éseIlt, il fut immédiatement présenté au Prince qui lui dit les choses les plus obligeantes.
Il me demanda ensuite à quelle heure le bal commenéerait et si ce serait après souper* Je répondis qUe ôette heure avait paru pour lui la plus Convenable, n finit par me dire qu'il y viendrait avec {dftisir.
Le Prince reçut ensuite les compliments de différents corps, du baillage, du clergé, des cotomunautés religieuses, du collège, etë. Peu aftrèd il se
rendit à larquebuse, dont la compagnie avait fait préparer une illumination agréable, et un feu d'artifice autant bien que pouvait l'exécuter un de nos bourgeois qui en fait métier.
Les Princes se rendirent de là à souper chez M. le marquis de la Guiche eu il y avait deux cents couverts sous un grand pavillon dans le jardin de la maison quil occupe à un angle de la place Ducale.
Nous avions ordonné une illumination générale dans touttes les rues qui devait se faire à dii heures, mais celle que la ville faisait faire sur cette place ne devait commencer qu'à onze heures pendant le temps du souper ; on avait évité de faire passer les Princes sur cette même place jusqu'au moment où ils se rendraient au bal afin qu'ils ne vissent le salon que nous avions fait élever que lorsquil serait illuminé en dehors par des lampions et en dedans par 300 bougies dans des lustres et des girandoUes ; et que la place le serait également par plus de vingt mil lampions. Vous sçavez, Monsieur, combien par sa construction régulière elle est susceptible d'être illuminée agréablement ; d'abord par un cordon de lumière qui régnait tout autour et qui suivait celui des arcades; ensuite par la régularité des croisées des deux étages de chaque maison. Et comme le salon faisait face à ce portique de l'ancien palais que vous connaissez, toutte cette façade était illuminée et cette partie représentait en lampions les armes et trophées de L. A. S. avec les inscriptions de Vive, etc.*..
Nous avions réduit tout l'artifice à un l^ouquet de
400 fusëes qui devaient partir en même temps à l'instant où le Prince sortirait de chez M. de la Guiche pour venir au bal et j'avais prié M. de la Guiche de retenir LL. AA. SS. sous l'arcade pendant que ce bouquet de fusées partirait afin qu'elles ne fussent point incommodées de la chute des baguettes . Il me fît avertir avec une précision singulière de façon que le bouquet ne se fit point attendre. Jallai à linstant même avec les magistrats au devant des Princes jusqu'à l'arcade et de là j accompagnai M«' qui sarrêta plusieurs fois pour me marquer combien le spectacle de la place lui plaisait, quon ne pouvait rien de mieux, qu'il en était on ne peut pas plus satisfait.
Chemin faisant je le prévins qu'il allait être fort incommodé de la chaleur et de la presse qu'il éprouverait dans notre salon, où il trouverait une affluence prodigieuse; car il était venu des villes voisines et de la campagne de Reims même, de Rethel, de Sedan, etc., un monde étonnant. Je lui dis que nous avions peut-être eu tort de faire notre salon trop petit, mais que S. A. S. pouvait aussi s'en prendre à elle de l'incommodité qu'elle éprouverait, puisque c'était elle qui faisait naître cette empressement extraordinaire de la voir. Nous arrivâmes enfin au salon qui était plein comme un œuf quoi qu'il fût de 60 pieds de long sur 36 de largeur et qu'il pût encore tenir dans le portique du vestibule plus de deux cents personnes. On avait préparé dans le fond une ottomane pour les deux Princes, j'y conduisis M'' qui me dit qu'il ne s'as-
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soierftit pas. Il parut plus content encore du salon que de lillumination de la Place, il eut la bonté d'en faire le plus pompeux éloge. Les 300 bougies qtli ëclaii^ient étaient répétées par douze trumeaux uniformes entre les croiselles au nombre de tingt y compris des ôVaux au dessus.
J'accompagnai son altesse seigneuriale qui fit le tour du bal et alors je lui proposai de nous faire rhonneur de louvrir. Il me répondit avec ce ton obligeant qui lui est si naturel quà son âge on ne dabsait plus, mais que son fils prendrait sa {^lace ; et celui-ci parut l'approuver. Alors M^ me demanda où était ma fille pour danser avec M^ le duc de Bourbon. Je le suppliai de faire à d'autre cet honneur; il insista et le jeune prince alla la prendre pour danser une première contre-danse. Le bal a continué jusqu'à cinq heures du matin. M^ le duc de Bourbon y a beaucoup dansé jusqu'à quatre heures du matin quil en est sorti.
M*^ en était sorti deux heures auparavant aprèfe m'avoir dit de venir le voir à son levé, à sept heures et demi. M. de la Quiche mavertit que M»* allait sortir et de me tenir seul aux aguets ; et la circonstance de cette sortie la un peu amusé. Personne ne sen aperçut que moi et M. de la Gniche. Nous l'accompagnâmes. 11 nous dit d'abord qu'il voulait faire le tour de la place pour voir le reste de l'illumination ; car elle touchait â sa fin et n*éclairait plus que faiblement. Il ne voulait point être connu et me dit de ne pas souffrir que des fusiliers de notre jeunesse laccompagnàssent, je \m fis bien
DEUX VÎSItES PhlNCtÊl\ES4 171
vite retirer ; mais nos sergents de ville vinrent étourdiment avec des torches ce qui le fit reconnaître, et aussi tôt tout le peuple qui ëtait encore sur la place de le suivre et de crier Vive M^*" le Prince de Cond^. îl n'était pas possible de tenir à des acclamatioiis ^ bruyantes, de façon que M'' dit : 11 faut s'en aller, montrez-moi le chemin. Nous primes des rues détournées qui notaient plus éclairée». Comme je voulais mettre tous les instants à profit je demandai à MT s*il était vrai qu'il dût aller souper chei M. FArchevesque de Reims ; m'ayant répondu que oui, je pris la liberté de lui dire que les grands vicaires de ce prélat tourmentaient cruellement nos imprimeurs pour les empêcher de continuer à imprimer comme ils avaient toujours fait des Heures d'Eglise. 11 faut vous observer, Monsieur, que je venais de recevoir une lettre de M. de S* Albans à la sollicitation de l'imprimeur de Reims, et M. de Si Albans me mande que M. de Coucy doit se rendre à CharleviUe et traiter avec moi de cette affaire que je croiais terminée.
Quoi qu'il en soit, M^' me dit qU'il en parlerait à M. FArchevesque et m'invita de le mettre au fait, je lui expliquai le plus succinctement possible, et il conclut lui-même que puisque les imprimeurs lavaient toujours fait quils devaient continuer à le faire quil en dirait un mot au prélat. Je me reproche de n'en avoir pas rappelle le souvenir en quittant S. A. S. je crains quelle ne lait oublié. Cette conversation. Monsieur, s'est tenue pendant que je reconduisais S. A. S. chez elle doù nous sommes revenus au bal avec M. de la Guiche.
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Vers sept heures un quart j e me rendis chez le Prince qui se levait ; son valet de chambre layant avant averti que jetais là, il dit quon me fit entrer dans la salle à côté de sa chambre dont on vint mouvrir la porte. Dès qu'il fut habillé, jentrai dans sa chambre et y restai à peu près trois quarts d'heure tête à tête.
n me demanda d'abord s'il y avait bien des pauvres à Charleville, je lui répondis qu'il y en avait toujours beaucoup dans les villes à privilège; que quoi que cela parut un paradoxe cela était cependant très-vrai par les raisons que je détaillai. Il me dit qu'il voulait leur donner quelque argent. Je le remerciai en lui observant qu'il leur donnait chaque année des secours en contribuant de 400 fr. au bureau de charité dont je vantai l'établissement. Il répondit que cela n'empêchait pas et que c'était à l'occasion de son passage, sur quoi il eut la bonté de me donner vingt-cinq louis. Je les ai annoncés de suitte, mais j'ai été surpris quand le receveur du bureau de charité m'a dit que depuis 18 mois il navait rien touché de la contribution de 400 fr.; je ne doute pas, Monsieur, que vous n'ayez la bonté de donner vos soins pour que cette contribution soit payée.
Ce que je venais de dire que Charleville était une villle à privilège donna à M^' la'curiosité de me faire des questions ; comment et à quel titre il possédait cette principauté, quel en était le revenu, etc. Je lui expliquai tout cela de mon mieux, et sur ce qu'il parut me croire instruit de ces objets, je dis que
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cela était assez naturel, puisque mon beau-père avait occupé pendant 60 ans les places que j'occupais depuis 30. Je vous avoue, Monsieur, que sans blesser la vérité je crus pouvoir dire à S. A. S. que ce domaine était le plus éclatant de ceux qu'elle possède ; et sur ce qu'elle mi cita le Clermontois, je lui dis que je sçavais quillui produisait 600,000 liv., que le duché de Guise lui en produisait autant, mais que si je vantais CharleviUe ce n'était que relativement au titre auquel il lui appartenait, aux prérogatives qui y étaient attachées, et finis par dire quil n'y avait qu'un prince comme lui qui pût conserver une possession aussi privilégiée. Sur la circonstance quil en appartenait un tiers aux Princes de Salm, il me dit que ce tiers serait bien bon à acquérir, sur quoi je lui répondis que Ion en avait toujours eu le désir.
Je profitai encore de la circonstance pour lui rappeller le souvenir du projet des nouvelles écuries à construire derrière nos casernes pour rendre la garnison de CharleviUe la plus agréable du Royaume, qu'un pareil objet militaire ne pouvait que l'intéresser vivement (ce dont il convint), je lui ajoutai que javais été dix fois tenté en lui présentant les clefs de la ville de le supplier de jeter un coup d'œuil sur le local où il sétait précisément arrêté ; que ce coup d'œuil juste et pénétrant lui aurait fait connaître beaucoup mieux que des mémoires multipliés la convenance et l'avantage du projet; il me dit que M. le marquis de la Guiche le lui avait fait remarquer en passant.
194 \^WX VibITEb PfllNCIIplRKS
Sur cela, nous entrâmes en matière sur le moyen de fournir à la dépense de cette construction ; jobservai qu'il ny en avait qu'un qui était de décharger la ville de l'ameublement des casernes et de le mettre au compte du roi ; quil en coûte à la ville 4,000 liv. tous leis ans pour cet objet, et que ces 4,000 Uv. serviraient à payer lemprunt c'est-à-dire lintérêt de lemprunt que Ion ferait »pour fournir à cette dépense, quil résulterait dei là deux autres avantages, lun 'd'enrichir la ville loin de l'obérer puisquelle vendrait lemplacement des anciennes écuries et avec le prix payerait les dettes dont elle est chargée ; lautre de fournir de nouvelles maisons pour augmenter la population de la ville, ny ayant plus d'autres terreins pour bâtir.
Je ne didsimulai point à Mg les difficultés que Ion peut éprouver de la part du Ministre qui pourra dire que ce nest point des deniers de l'Extraordinaire des guerres que les ameublements des. casernes se pftJôQtj que ce sont les provinces qui contribuent par un impôt particulier dont les intendants ordonnent et quil ne serait pas juste que Charleville ne contribuant en rien on prit pour cette dépense les deniers de cette province. Que si Ion dit que cest sur l'Extraordinaire des guerres quil faut asseoir cette même dépense, le Ministre répondra que ce serait une innovation et un embarras dans la comptabilité.
Mais ces raisons n'annonceraient que le peu de bonne volonté à nous obliger. Dabord cela n'est point sans exemple, on la fait pour Stenay qui eçt
dans 1@ wêmq casi que Gharleville, pourquoi ne le %aitrrQn paa pour cette ville. On a obtenu ç$t ayautage pour gtanay qù préqédemment U y ^vait 4^ mftUYaises écuries et il est intéressant pour le .servicfi du {loi quil y en ait de bonnes ; on a en conséquence offert d'en bâtir si le Roi voulait sci cbargeir de Tammeublement. On dira ici de même ; l'éloigpement' des écuries qui sont d^ailleura défectueuses fatigue excessivement les troupes ; on lèvera ces Inconvénients et Ton fera de nouvelles écuries ai 1^ Roi veut se charger de lammeublen^ent 4âH c^ornes : le motif est le même.
M^ a paru goûter ces raisons. Et sur ce qu^ je li)i dis que depuis que jetais prévenu de 9on arrivée j'avais toujours eu dans ma poche le plan des écu^ ries projetées, je le tirai et le lui présentai. Il la trouvé on ne put pas mieu:2(. Il a trouvé superbp la cour qui se trouverait au milieu pour la manoeuvre des troupes.
Ma conclusion a été que l'affaire pe pouvait réussir qu'autant. que S. A. S. voudrait eUe-mân^ei la traiter directement avec le Ministre, que cela dépendait des termes dans lesquels elle était avec lui. Mais je ny suis pas mal, ma répoudu M^, le Miqistre se montre disposé à mobliger. Sur cela j'ai démodé la permission de lui rédiger un petit piémoire^ ce quil ma accordé en jne disant d'y joindre UQ plan moins étendu que celui quil venait de voir. Je vais le faire dresser et vous l'envoyer de suite. M'^ a promis d'en faire usage.
Après cela j'ai pris congé et suis descendu. Alors
je me suis rappelle IhabiUement de nos gardes. Eohardi par le ton de bonté du Prince je suis remonté, et lui ai dit que j'avais oublié une demande qu'il trouverait peut-être impertinente parce que je ne pouvais lui dissimuler quil lavait déjà rejettée. C'est, ai-je dit, au sujet des gardes-bois de cette principauté qui ne sont quau nombre de cinq. Par tout ce que j'ai euThonneur de vous dire, M'*", des prérogatives de cette principauté, V. A. S. a pu comprendre quil était convenable que ces gardes fussent vêtus de votre livrée. Il ma paru accorder sur le champ ma demande et m'a dit d'avoir l'honneur de vous écrire et de vous mander de lui en parler à son retour. Je vous suppUe, Monsieur, de me faire part de ce qui sera décidé et surtout de me dire si vous approuvez la conduite que j'ai tenue et si je ne me suis perpiis que des choses convenables.
La dernière circonstance , cest quen quittant le Prince et lui demandant l'heure de àon départ, je lui ajoutai que j'avais désiré lui épargner les évolutions ridicules de nos milices bourgeoises qui voulaient encore prendre les armes pour le conduire et qui avaient dit que quand on leur deffendrait, elles ne les prendraient pas moins ; cette saillie n'a point paru lui déplaire. Nous nous sommes tenus nous-mêmes à la porte par où il sortait ; M. de Guiche, qui précédait de quelques instants la voiture, me dit que S. A. S. avait fait chercher après moi, qu'il avait encore quelque chose à me dire et que je fisse arrêter les postillons et la voiture quand èUe passe-
DEUX VISITES PRINGIÈRES 177
rait. Ce que jai fait et suis monté sur le marche pied doù S. A. S. après nous avoir donné de nouvelles marques de sa satisfaction a continué sa route.
Une nouvelle preuve que M^' a été satisfait cest que lui ayant dit plusieurs fois que sans ses ordres qui avaient arrêté nos préparatifs nous eussions peut-être réussi à faire des choses plus dignes d'une circonstance aussi éclatante ; que si par bienfaisance il daignoit paraître satisfait, nous ne Tétions pas de nous-mêmes et nos citoyens encore moins ; il ma toujours répondu que *)us neusssions pu mieux faire. Quauriez-vous donc fait de plus ?
Signé : SiMONNART. »
GHATEAD-REGNAULT
L'abbaye de La Val-Dieu avait donné au Chapitre de Braux des territoires assez étendus sur la MeilKe et sur la Semoy. Parmi ces territoires se trouvait celui sur lequel fut édifié le château Regnaultj et que sa situation, aux confins de rAUemagne et de la France, exposait aux entreprises sans cesse renouvelées des seigneurs voisins. Les comtes de Castrice n'étaient pas, à ce qu'il paraît, les moins audacieux de ces voleurs titrés. Pour se les rendre favorables, le Chapitre de Braux les avait pris pour
ses avouéSy c'est-à-dire pour ses protecteurs. Mais la précaution tourna contre les chanoines. Sous prétexte de protéger le pays, les avoiués l'occupèrent et s'en firent les maîtres et les tyrans. Pour assurer leur domination, ils construisaient des châteaux et s'y établissaient. C'est ainsi que prit naissance la petite forteresse qui donna son nom au village actuel de Château-Regnault. A quelle époque fut-elle bâtie? C'est ce qu'on ignore; mais ce qui est certain, c'est qu'en 1226, elle fut remplacée par un autre château que Hugues II, comte de Rethel \ fit élever sur la montagne nommée Chastelier^ et probablement sur les ruines de l'ancien. Hugues II, qui sans doute n'avait pas une grande confiance dans la légitimité de sa possession, acheta remplacement de son château à l'abbaye de La Val-Dieu, moyennant deux muids de grains à prendre sur les moulins de Mézières. Il accorda aux habitants qui étaient venus s'établir au pied du château, sur le bord de la Meuse, « l'usage de leurs libertés et coutumes, telles qu'elles se suivaient à Bouillon. »
a Ego Hugo, comes Regitestensis primogenitus, » cmnibus tam prœsentibus quam futuris prœsentes » litteras inspecturis, notum facio quod ego Cas- » trum Renaldij quod de novo contruxi inter villam » Braquensem et Vallem-Dei^ super montem qui dice- » batur Chasteliersj ad legem Castri Bullionensis ins- » titui, et juravi eamdem libertatem et easdem con- » suetudines me observaturum burgensibus ibi man-
' Les comtes de Rethel avaient hérilé du comté de Castriee vers la fin du X« siècle.
CBATEAU*R£GNAULT 183
» suris quas habere noscuntur in Castro de Bouillon » commorantes. In cujus rei testimonium prœsentes » litteras sigilli mei muninine roboravi. Datum anno » D. 1227. Mense maio. »
A dater de ce moment, Château-Regnault devient le siège d'une de ces principautés souveraines comme il en exista à diverses époques dans les pays frontières, et dont la plupart se formèrent par des usurpations plus souvent clandestines que violentes. D. Calmet, dans son Histoire de Lorrainey raconte par quelles révolutions se constituaient ces souverainetés, comment elles étaient reconnues, soutenues même par les souverains pour s*en servir comme de remparts et d'appuis sur leurs frontières pour leur propre défense.
La principauté de Château-Regnault sortit des mains des comtes de Rethel pour passer dans celles des comtes de Flandre et de Nevers, en 1290, par le mariage de Jeanne, fille de Hugues IV, avec Louis de Flandre, comte de Nevers. Elle resta dans la maison de Nevers jusqu'au mariage d'Élizabeth, fille de Jean de Bourgogne, comte de Nevers, second fils de Philippe, duc de Bourgogne, avec Jean, fils d'Adolphe, duc de Clèves et de Brabant, c'est-à, dire jusqu'en 1455 <.
^ Dans un Aveu du onzième jour d'avril 1345 on lit ce qui suit : < Item je tiens de vous. ... et pour cause des choses » dessus dites et appartenances et fiefs.... Je suis votre » homme de foy lige à un mois de garde en votre chasteau 9 de Ghasteau-Regnault, et quand je suis semoncde faire mes » gardes je puis prendre la melieur meson qui soit au chas- > teau dessus d. . . . Et se madame vre famé venoit audit
Un autre mariage transmit la principauté de Château-Regnault à la maison de Lorraine, en 1568 : c'est celui de Catherine de Clèves, fille de François de Clèves, épouse en premières noces de Antoine de Croy, prince de Porcien, avec Henry de Lorraine ^ Jusque-là, le comté de Rethel et la principauté de Château-Regnault n'avaient formé qu'une . seule et même propriété appartenant aux comtes de Rethel. Mais alors la propriété se divise; une transaction signée des trois sœurs, Catherine, Marie et Henriette de Clèves, sanctionne le partage, qui est lui-même ratifié et confirmé par lettres-patentes du ^ roi Charles IX. Les terres souveraines de Château- Regnault « et autres de ci et de là de la Meuse, » furent dévolues à Catherine, « hors le pont, village et faubourg d'Arches, qui furent attribués à Henriette.» Par un acte additionnel à ce partage, les villages d'Aiglemont, Montcy-Saint-Pierre, Maraucourtet La Tour-à-Glaire furent rendus à Catherine.
Il ne tint pas à la maison de Lorraine que, sous sa domination, la principauté de Château-Regnault n'acquît ime grande importance. Et d'abord, le duc de Guise sentit la nécessité de régulariser une situa-
» chasteau mes gardes faisant ie puis prendre son pallefroy et » sera mien et si elle venoit en char ie puis prendre le limonier » et sera mien et suis tenu de la descendre et sera mienne la » coupe à quoy vous beuvrez et suis tenu à vous servir au 9 mengier en ma chemise une queue de goupil sur ma teste » et devez donner robe a moy. ...»
1 Henry de Lorraine, duc de Guise, dit le Balafré, fut assassiné à Biois, le 23 décembre 1588.
tion depuis longtemps assez irrégulière, et de resserrer les liens trop relâchés qui devaient unir les sujets à leur seigneur. Les lettres-patentes du 6 août 1573 accusent hautement cette intention de relever l'autorité féodale, et de remettre à leur place les manants qui avaient profité^ pour s'émanciper, de l'indulgence ou de l'incurie des précédents souverains.
Mais ce qui ne laisse aucun doute sur le but que se proposait la maison de Lorraine, c'est, d'une part, la Sentence générale du 12 avril 1575, et de l'autre, YOrdonnance politique du 2 octobre 1586,
La Sentence de 1575 n'est autre chose qu'un arrêt rendu par le gouverneur général et par le bailli des terres de Château-Regnault, dans une instance introduite à la requête du procureur général contre les « habitants et communauté » de la principauté. Par cet arrêt, émané de deux fonctionnaires à sa dévotion, nous pouvons connaître quelles étaient les prétentions du duc de Guise et les droits qu'il s'attribuait sur sa souveraineté.
La déclaration par laquelle il débute ne manque pas d'une certaine fierté : — « A mondit seigneur, » à cause de sa principauté, terre et seigneurie sou- » veraine de Château-Regnault, compète et appar- » tient les dignités, prééminences, autorités et puis- » sances, droits et domaines: à savoir , de se pouvoir » dire et nommer roi et empereur desdites terres, y » ayant autorité d'y porter couronne d'or ou d'acier; » reconnaissant icelle tenir de Dieu seul et non » d'hommes supérieurs quelconques. »
186 CHATBAU-REONAULT
La Sentence ajoute « que le domaine ancien d'icelle » Seigneurie souveraine est inaliénable en tout ou ]> partie^ sauf cause légitime et solennité requise, en » sorte que, si la partie dudit domaine avait été » usurpée ou mal aliénée, Monseigneur peut icelui » réunir, et sans que le détenteur ou usurpateur d'ice- » lui puisse pour ce regard se prévaloir du droit ou » possession au contraire. »
Puis vient une longue nomenclature des droits seigneuriaux, tels que : — droit de faire édits, règlements, lois et ordonnances, d'établir ou instituer gouverneur, lieutenants généraux, chancelier, mcutre des requêtes, et autres officiers; — droit de convoquer le ban et l'arrière-ban des gentilshommes et autres hommes du fief des pays de la Souveraineté ; — de faire bâtir villes, châteaux et forteresses, forger monnaies ^ au coin des armes, » lever gens de guerre, ordonner tailles, subsides, emprunt, impôt, quand la nécessité le requerra, établir poids, aunage et mesure ; — droit de faire ouvrir les veines de la terre pour en pouvoir, « lui seul et ses officiers, » recueillir les. fruits intérieurs, comme trésors, minières, ardoisières et carrières quelconques ; — droit d'octroyer grâce, rémission, pardon, abolition, rappel de ban, lettres de passeport, naturalité, anoblisse* ment, légitimation, affi*anchissement, etc.
La propriété des fleuves, rivières et ruisseaux étant adjugée au prince, lui seul a le droit d'y pêcher et d'y établir des forts, des moulins et des passages; les manants ne peuvent pêcher qu'à la ligne et à l'étiquet volant.
CHATKAU-REONAULT 187
Les privilèges pécuniaires avaient aussi leur importance ; ils ne sont pas négliges dans la Sentence de 1575, où ils figurent sous le nom de : — droit de hallage (pour étalage et vente de marchandises les jours de foires et de marchés), — de stellage (redevance d'une écuellée pour chaque septier de grains), — de huitième (impôt sur les boissons vendues au détail), i'affbrage^ — droit à^aunage et à'étalonage, — droit de bourgeoisie (dix sous pour un étranger, cinq sous pour un fils de bourgeois), — droit de jonson (une carte d'avoine pour chaque bête de trait); — droit de censive et de cens (impôt sur les terres labourables, prés, sarts, maisons); — droit de vente sur les immeubles (15 deniers par livre); — droit de terrage (la 17* gerbe sur les empouiUes) ; — droit de quin et de requin (pour les terres tenues en fief); — droit de travers (sur les voitures et les bestiaux traversant le pays); — droit de sel ^ et droit de péage ".
' Il n'était pas permis de vendre du vin, de la bière ou du cidre, sans que ces boissons eussent été afforées et mises à un prix raisonnable par les magistrats ; et pour cet afTorage, il était dû un pot de vin, de bière ou de cidre par poingon.
s Ce droit se percevait sur les bateaux chargés de sel qui passaient devant le port de Braux ; il était de cinq quartels par bateau ou train de bateaux appartenant à un seul marchand. Le produit de ce droit se partageait ainsi : 2 quartels pour les prévôt, chanoines et Chapitre de Braux ; — 1/2 quartel pour le franc-sergent ; — le surplus pour le seigneur.
s Tout bateau montant ou descendant la Meuse était assujéti au droit de péage, communément appelé droit à chaîne.
Le duc de Guise fit encore publier le 2 octobre 1586 un règlement de police en 30 articles, qu'il décora pompeusement du titre à^Ordojinances politiques des terres souveraines do Chât-eau-Regnault et dépendances <. L'article 1" de ce code frappe d'une amende de soixante sols pour la première fois, et pour la seconde d'une amende arbitraire, tout individu, <c de quel état et qualité qu'il soit, qui aura pris le nom de Dieu en vain, ou aura juré, blasphémé et renié le nom de Dieu. «
Les 29 autres articles sont des dispositions de police rurale et de police municipale.
A la maison de Lorraine succéda celle de Conti, en 1605, par le mariage de Louise-Marguerite de Lorraine, fille de Catherine de Clèves et du duc de Guise, avec François de Bourbon, prince de Conti,
Le temps était venu où la principauté de Château-Regnault devait voir son sort uni pour jamais aux destinées de la France. La princesse de Conti étant devenue veuve et douairière, le cardinal de Richelieu se hâta d'entamer avec elle des négocia-
Pour s'en assurer le paiement, les seigneurs barraient la rivière au moyen d'une chaîne. Une de ces chaînes était établie vis-à-vis de Cbclteau-Regnault. — Nous avons encore vu l'anneau énorme auquel était attachée la chaîne du château de Linchamps.
ï Imprimé, comme le précé^lent, chez Antoine de Gamaches, à Charleville, in-4o, 1769.
tions pour l'acquisition de la principauté. Le contrat fut passé entre, les commissaires de la princesse et ceux du roi le 10 mars 1629. Ce contrat porte (c que Sa Majesté acquiert les terres souveraines de » Château-Regnault, Linchamps, Mohon, La Tour- » à-Glaire et autres souverainetés d'outre et deçà » la Meuse avec toutes leurs appartenances, et ce » qui à ladite dame peut compéter et appartenir, » compète et appartient, à cause desdites terres » souveraines, tout ainsy que ladite princesse en a y> jouï et jouît. »
Toutefois, la princesse de Conti ne voulut pas abandonner ses fidèles sujets sans avoir fait confirmer par le roi les privilèges qu'ils avaient obtenus de leurs anciens maîtres.
Leà lettres-patentes de 1630 déclarent « que les » habitants de la principauté de Château-Regnault y> ayant fait remontrer au roy par ladite dame, sa » tante, que eu égard que lesdits privilèges leur » ont été accordés en considération des signalés » services qu'ils ont rendus à la couronne, ainsi » qu'il paraît clairement et disertement par iceux, » le bon plaisir de Sa Majesté tût de les y maintenir )) et conserver. ... à quoi inclinant libéralement, » Sa Majesté, en la faveur et recommandation à lui » faite par ladite dame, sa tante, déclare son vou- » loir et intention être que les sujets et habitants » desdites terres souveraines jouissent à l'avenir, » selon et ainsi qu'ils ont bien et dûment fait jus- » qu'à présent, de tous leurs privilèges, tant de ceux » qui leur ont été donnés par les rois prédécesseurs^
190 OHATEAU-HKGNAL'LT
>> que par les seigneurs souverains d'icelles, etc., » à la charge seulement de rapporter les titres de » leur jouissance desdits privilèges. )>
Mentionnons les plus importants de ces titres.
En 1399, lettres-patentes de Charles VI en faveur de Philippe, duc de Bourgogne, son oncle, souverain de Château-Regnault; ces lettres portent exemption du droit des traites foraines, c'est-à-dire de rimpôt établi sur les étrangers faisant entrer des marchandises dans le royaume, « attendu que les- Ji dits habitants de la province de Château-Regnault » sont hors du royaume, frontières d'Allemagne et » de liége, et bienveillants du royaume. »
Lettres semblables de Louis XI, de Louis XII, de François P* et d'Henri IV.
En 1606, un nonmié Moteys, ayant relevé au Parlement de Paris un appel du jugement des officiers de la principauté de Château-Regnault, le roi rendit un arrêt de son Conseil d'Etat en faveur de la duchesse de Guise le 2 avril de la même année, <ï pour empêcher tous troubles de ladite juridiction souveraine. »
Lettres-patentes du 12 décembre 1607, par lesquelles Henri IV accorde l'exemption du droit d'avrbaine aux habitants de la principauté en faveur du prince de Conti. Quelques jours plus tard, Henri IV leur accorde des lettres de naturalité.
Le 20 décembre 1611, Louis XIII renouvela les privilèges antérieurement concédés et les étendit même aux « denrées et manufactures desdites terres, sans payer aucun droit d'entrée dans le royaume. »
Voyons maiotenant de quoi se composait cette principauté de Château-Regnault.
Jusqu'au moment où les terres de Linchamps et de Mohon furent réunies à ce domaine, il comprenait :