M. L'ABBÉ DELVINCOURT
charges, qui eussent été accablantes pour un homme moins actif, il ne négligeait pas la paroisse de Charleville, et il en donna la preuve dans une grave circonstance.
A la suite des dernières guerres de l'Empire, des milliers de malades avaient envahi les villes du nord de la France, amenant avec eux des épidémies et la mort. A Charle ville, la contagion exerça d'épouvantables ravages ; les secours religieux manquaient, Tabbé Delvincourt accourut. « On le vit alors parcourir tous les quartiers de la ville, administrer les sacrements aux malades; il fit plus, U pénétra jusque dans ce vaste hôpital où les malheureux militaires étaient pressés; il s'approcha de leur couche infecte, consola ces vieux guerriers accablés de misère, et s'oublia lui-même pour ne penser qu'à eux. » Tant de soins et de fatigues influèrent fatalement sur sa santé, et lorsqu'il fut nommé curé de Charleville, en 1817, U se vit obligé de pourvoir à l'administration des maisons qu'il avait fondées^ en mettant à leur tête des personnes sur le zèle et les lunûères desquelles il pouvait compter. Dès iors^ il se consacra tout entier aux soins de son troupeau.
U encouragea la création d'une école primaire^ destinée à recevoir les enfants pauvres, et il contribua aux premiers frais de l'établissement. Lorsque les frères des écoles chrétiennes en reçurent la direction, ce fut l'abbé Delvincourt qui fournit le mobilier.
L'éducation des filles ne lui semblait pas exiger une moindre attention; il rétablit ou contribua Â
M. L'ABBÉ DELVINCOUHT 238
faire rétablir à Charleville la maison des Daines Sépulchrines, avec la pensée d*y fonder comme un noviciat d'institutrices.
Les pauvres, cela va sans se dire, devaient avoir une grande part dans sa sollicitude pastorale. Sachante était inépuisable et ingénieuse en ressources ; « tout son cœur, dit son biographe, était à la bienfaisance. » C'est à lui qu'on doit l'institution des Dames de Charité.
L'hospice, dont il était administrateur, fut comblé de ses bienfaits. On y recevait des malades et des pauvres, qui, faute de bâtituents assez vastes, s'y trouvaient entassés et confondus. Il laissa par son testament une somme destinée à la construction de deux nouvelles salles, outre une rente annuelle de plusieurs milliers de francs.
De la vie privée et du caractère de M. l'abbé Delvincourt, nous n'avons rien à dire; ses actes font assez connaître l'une et l'autre. Mais cette belle existence devait avoir une fin, et une fin malheureusement prématurée. Il tomba malade dans le courant de février 1826, et hâtons-nous de dire, à l'honneur des habitants de Charleville, que lorsqu'ils apprirent cette nouvelle, la consternation fut générale et profonde. Toute la ville en fut émue; les corridors du collège, où il habitait, étaient remplis du matin au soir de personnes de toutes les classes qui ne paraissaient occupées que d'un seul objet, la crainte de perdre leur pasteur.
M. Delvincourt mourut le 26 février ; il n'était âgé que de quarante-neuf ans.
240 M. l'abbé DËLVINCOURT
Peu de temps avant sa mort, M. Delvincourt avait fait un testament, qui restera comme un monument public de sa charité et en même temps de sa sagesse. Les pauvres y occupent la première place; c'est même presque entièrement pour eux qu'il a été écrit. Outre les dispositions en faveur de Thôpital et la constitution d'une rente perpétuelle en faveur des institutrices de campagne, voici les plus remarquables : tous les ans, à perpétuité, pendant la rigueur des froids de l'hiver, il sera distribué une certaine quantité de bois aux pauvres de la ville. On choisira chaque année, parmi les enfants de la première communion, quatre des plus sages auxquels on donnera une somme de quatre cents francs pour les aider à se procurer un état honnête. Il sera remis entre les mains du supérieur des écoles chr^jtiennes, et cela à perpétuité, une somme d'argent; destinée à l'acquisition de bons livres, qu'on donnera aux enfants pauvres qui feront preuve de plus d'application.
(( Mon collège, disait M. Delvincourt, suffit à mes dépenses particulières et à celles de ma maison. Le revenu entier de ma cure est distribué aux malheureux. Quant aux biens que je tiens de ma famille, les rentes mises en réserve m'ont donné les moyens de soutenir les établissements que j'ai fondés : c'était là mon but. »
Tel fut, en effet, l'usage qu'il fit de sa fortune- Mgr Regnault n'évalue pas à moins de 150 mille francs les dons faits par M. Delvincourt aux seuls établissements de l'hospice et du petit séminaire.