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LE COUVENT

JÉRONIMITES DE 6ELAIR

Charles de Gonzague, fondateur de Charleville, avait appelé à sa cour un homme qui jouissait dans toutes les Ardennes d'une grande réputation de savoir et de vertu, le P. Michel Leconiej Prieur des Jéronimites^ de Divers-Monts, à Fumay. Plein de

' Le6 Jéroniinites ou Hièronymites étaient une association de religieux qui se proposaient pour modèle la vie que saint Jérôme avait menée dans la solitude dn Bethléem; cette association comprenait quatre ordres distincts : 1" Les Uiéronymites d'Espagne^ qui s'occupaient de l'éducation de la jeunesse; — 2* Les Hiéronymites de VObsermnce^ institués en Lombardie;— S'Les ermites de Saint-Jérôme, fondés dans l'Ombrie par Pierre de Pise ; — 4* Enfin la Société de Saint-Jérôme de Fiesoti, qui suivait la règle de saint Augustin.

10 Lis: COUVENT DE!^ JÉHON IMITES DE BELÂIR

contiance dans son mérite, le prince voulut se l'attacher et lui fit les propositions les plus avantageuses. Le P. Leconte n'accepta qu'à la condition que le duc de Gonzague ferait bâtir un monastère dans le voisinage de Charleville, et le doterait suffisamment pour l'entretien de plusieurs ermites de l'ordre de saint Jérôme.

Le monastère, commencé en 1627, fut achevé en 1629. Il fut construit sur les roches de Belair, à quelques minutes de Charleville, dans un site trèspittoresque. Il dominait la viUe et voyait à ses pieds s'étendre des prairies verdoyantes et la Meuse serpenter capricieusement. On lui donna le nom de Calvaire^ ^ — humile suis œdihus, proventibus tenue, — et on y établit trois Jéronimites^. Le duc de Ne vers constitua

1 La tradition prétend que le couvent des Jéronimites de Belair prit le nom de Calvaire^ parce qu'il se trouvait à la même distance de Charleville que le Calvaire l'est de Jérusalem. Nous sommes loin de garantir le bien fondé de cette prétention .

2 Voici l'acte de fondation du Calvaire :

tt Fut présent très-haut, très-puissant et tr^îS-iUustre prmce Monseigneur Charles de Gonzague et de Clèves, duc de Niveruois, de Mayenne et de Refchelois, prince de Mantoue et de Porcien, par la gnlce de Dieu, prince du Saint- Empire, souverain d'Arches, etc.; lequel de son plein gré et libérale volonté a dit et reconnu qu'ayant fait édilier une maison en l'honneur du saint mont du Calvaire, où Notre Seigneur Jésus-Christ soutint mort et passion pour la rédemption du genre bumain, et désirant que Dieu y soit loué et servi, il a choisi les pères ermites de Saint- Jérôme pour l'habiter, et alin de leur donner plus grande occasion d'y servir Dieu plus attentivement et avec moins de distraction, il a très-volontiers accordé et par ces présentes accorde pour les considérations susdites, savoir la susdite maison, enclos et pourpris d'icelle, et avec ce trois cents livres de

LE COUVENT DES JÉRONIMITES DE BELAIH 17

à son profit une rente de 300 livres, 10 cordes de bois et 300 fagots. Une dame Elisabeth d'An eux lui assura, de son côté, une autre rente de 350 livres. Quelques années plus tard, le couvent possédait des censés et des terres à Champigneul, à Warcq, à Boulzicourt*.

« Le duc de Gonzàgue, qui avait admis le P. Leconte dans sa plus intime familiarité, aurait désiré qu'il ne quittât point son palais; mais, après avoir rempli ses devoirs à la cour du prince, l'humble religieux rentrait dans son cloître pour y vaquer aux pratiques de sa règle et à l'étude. Il parcourait ensuite les villes et les campagnes, travaillant avec zèle à affermir les catholiques dans la croyance de l'Eglise et à y ramener ceux que les calvinistes de Sedan avaient séduits.

rente par chacun an payables de quartier en quartier sur son duché de Rethelois, laqueUe rente les fermiers ou receveurs dudit duché seront obligés leur payer à perpétuité, et outre ce, deux cordes de bois et trois cents de fagots façonnés qui leur seront délivres par les officiers de mondit Seigneur dans la forêt de la Havetière dépendant de la Souveraineté d'Arches, à commencer lesdites prestations tant en deniers que chauffage au jour que lesdits Pères viendront habiter lesdites maisons, etc. — Par ainsi, etc.

c Fait et passée Gharleviile en l'hôtel de mondit Seigneur, l'an de grâce mil six cent vingt-sept, le septième jour de septembre et de la fondation de Gharleviile le 7(11*, — et ont signé, etc. * Voici l'état exact des revenus du Calvaire :

Rentes en argent 728 liv.

59 HOptiers de blé évalués 354

30 septiers d'avoine, évalués.. 66 10 cordes de bois, évaluées. . . 100

300 fagots, évalués 80

Total 1328 liv.

« Quelques personnes, trouvant dans sa conduite la condamnation de la leur, cherchèrent à traverser ses pieux desseins. Elles prétendirent que le supérieur d'une communauté d'ermites, non approuvée par le Saint-Siège, devait vaquer imiquement à la vie contemplative, sans s'immiscer dans les fonctions du saint ministère, etc., etc.

« Pour tarir la source de ces tracasseries, Charles de Gonzague, de concert avec le P. Leconte, fit agréger les monastères du Mont-Calvaire et de Divers-Monts à la Congrégation des Jéronimites du Bienheureux Pierre de Pise. Rome prononça cette union le 27 novembre 1637, et le Chapitre général de cet ordre y mit le sceau le 26 avril suivant.

« Le P. Antoine Balducci, chargé des pleins pouvoirs du P. Horace Drago, général de la Congrégation, vint donner l'habit aux Jéronimites de Belair, dans le mois de juin 1638. Les ayant ensuite accoutumés aux pratiques de la règle qu'ils devaient embrasser, il reçut leurs vœux solennels après six mois d'épreuve, le 6 janvier 1639.

a Le Chapitre général de l'Ordre ayant été convoqué à Rimini pour le 20 avril 1641, le P. Leconte s'y rendit et y parut avec éclat, ce qui lui valut d'être continué dans les charges de Prieur du Mont-Calvaire et de vicaire-général, charges dont le P. Balducci l'avait investi le jour de sa profession religieuse.

« De retour dans son couvent, au mois de juin 1641, le P. Leconte y consacra le reste de sa vie à la gloire de la religion.... Epuisé de fatigue, et âgé

d'environ soixante-six ans, il rendit le dernier soupir le 7 février 1648. » (L'abbé Bouillot, Biographie ardennaise,)

Le Jansénisme naissant lui avait donné de fréquentes occasions de signaler son zèle. De concert avec les jésuites de Charleville, il lui avait livré une guerre à outrance. On a prétendu que c'est cette circonstance qui suscita de puissants ennemis au monastère du Calvaire et qui provoqua même sa suppression, sous le pontificat de Charles-Maurice Letellier, archevêque de Reims, l'un des plus ardents défenseurs de la doctrine de Jansénius. .

J'ai peine à croire à cette explication, qui semblerait toute naturelle si le Calvaire avait continué d'être administré par le P. Leconte, et si l'archevêque Letellier, dont on connaît la roideur et le caractère passionné, avait pu agir seul, sans contrôle et sans critique. Mais la mauvaise volonté et l'animosité du prélat peuvent-elles encore se supposer en présence de la pubUcité qui fut donnée à la procédure, et de l'approbation que la suppression des Jéronimites reçut de la Cour souveraine de Charleville et du duc de Mantoue ?

Au surplus, je vais rapporter les faits dans toute leur simplicité et sur la foi d'une autorité dont on ne peut contester ni les lumières ni la sincérité, — celle des Prémontrés \

Après la mort du P. Leconte, le relâchement s'introduisit dans le couvent du Calvaire. Le peu de ressources de la maison, le petit nombre de reli-

1 Annales Ordinis Prœmonstr. T. I, p. 433 et seg.

gieux, l'éloignement des chefs de l'Ordre et leur mollesse, si l'on veut, enfin la faiblesse humaine abandonnée à elle-même, contribuèrent puissamment à la décadence de la discipline et des mœurs. Les choses en vinrent au point que Maurice LetelUer crut devoir rappeler à l'ordre les Jéronimites de Belair. Ceux-ci ne tinrent aucun compte de ses remontrances et persistèrent. L'archevêque se rendit à Charle ville, en 1675, et s'assura par lui-même de l'état des choses. Dès lors il n'hésita plus à apporter au mal un remède énergique. Les Jéronimites étaient accusés par la voix publique ; l'archevêque fit une enquête et les força de s'éloigner. Toutefois, afin de sauver les apparences, il leur ménagea la faculté de traiter eux-mêmes avec les Prémontrés, qui devaient les remplacer. L'archevêque se contenta de ratifier le traité. Comme cette ratification constate les faits que je viens de raconter, je crois devoir la reproduire en entier.

« Charles-Maurice LeteUier, par la grâce de Dieu, archevêque de Reims, etc., sur la requête à nous présentée par le vicaire-général de la Congrégation de l'étroite observance de l'Ordre de Prémontré, tendante à ce qu'il nous plût agréer et homologuer le traité [qu'il a fait avec les religieux Jéronimites du Mont-Calvaire de notre diocèse, le 17 du présent mois d'août, par nos ordres et pour notre bon plaisir, vu ledit traité, connaissant par nous-même, au moyen de la visite que nous avons faite à Charleville au mois de juillet dernier, où nous avons reconnu le fondement et la justice des plaintes

que l'on nous a faites depuis plusieurs années, que ce monastère était pour tomber dans les derniers désordres par Tabandonnement qu'en ont fait les supérieurs qui sont en Italie, et quequoy qu'ils n'aient pu ignorer la nécessité qu'il y avait d'y apporter des remèdes efficaces, ils avaient négligé au point que depuis deux ans il n'y avait point eu de supérieur, ce qui aurait mis ce monastère en un état que l'on peut s'imaginer d'une communauté qui n'aurait point de chef, et la chose étant d'une notoriété publique, nous n'aurions pu nous exempter d'en prendre connaissance, de quoy nous pûmes dresser notre procèsverbal du jour quatorzième de juillet. Sur quoy lesdits religieux dudit monastère ' reconnaissant que dans l'état des choses, toute l'inspection et disposition de leur monastère nous était dévolue par le Concile de Trente, sont recourus à nous, et nous ont supplié de traiter avec les supérieurs de l'étroite observance de l'Ordre de Prémontré, sur le pied des projets faits depuis plusieurs années, aux fins de leur abandonner ledit monastère pour y faire servir Bi^if^elon l'intention du fondateur ; ce que nous leur avons permis. Ensuite de quoy a été fait ledit traité du H'^'^h courant, que nous avons loué, agréé et ratifié, louons, agréons et ratifions par ces présentes, dans la certitude que nous avons que l'on ne peut attendre que des désordres, qui vont au déshonneur de l'Eglise et au scandale du prochain, pendant que ce monastère demeurera dans l'état où il est : Nous avons ordonné et ordonnons, sous le bon plaisir de Monsieur le duc de Mantoue et de l'agrément de

son Conseil souverain à Charleville, que les Pères de l'étroite observance de l'Ordre de Prémontré en prennent pleine et entière possession, et pour cet effet, de notre autorité ordinaire, et de celle qui nous est donnée par le Concile de Trente, nous avons donné et transporté, donnons et transportons ledit monastère en toute propriété, pour en jouir par eux et à jamais, comme de choses incorporées dans leur Congrégation, et à eux appartenantes, avec tous les fonds, revenus^ dépendances, meubles et immeubles, de quelque nature et condition qu'ils soient, titres, papiers, enseignements, avec les exemptions, immunités et privilèges dont ils sont en possession èz-monastères de leur Congrégation, qui sont dans notre diocèse, et partout ailleurs, leur avons enjoint et enjoignons d'entretenir dans ledit monastère du Mont-Calvaire le nombre de religieux suffisant pour satisfaire aux charges de la fondation, célébrer l'Office divin, et y entretenir la discipline et observance régulière, avec l'édification des peuples, comme aussi de pourvoir à l'entretien, à la nourriture et à la subsistance des religieux Jéronimites qui leur abandonnent leur monastère, conformément à ce qui a été stipulé avec eux, par ledit traité du 17 courant, que nous voulons être exécuté selon sa forme et teneur. — Donné à Paris sous le sceau de nos armes, et le seing de notre Secrétaire ordinaire, le 26 août 1676. — Signé Charles-M., arch. de Reims, n

Le 7 septembre suivant, cette décision de l'archevêque de Reims fut confirmée par la Cour souveraine

de Charleville. Edmond Sauvage, vicaire-général de Prémontré, fut immédiatement mis en possession du Calvaire par le curé-doyen de Charleville, Robert Bertrand.

Mais Tarchevêque de Reims craignait que les Jéronimites ne fissent quelque tentative pour rentrer dans leur couvent. Il voulut donc donner à rétablissement nouveau toute la sécurité possible. Il sollicita du duc de Mantoue la confirmation de ce qu'il avait fait, et le 28 avril 1677, le duc de Mantoue déclara approuver le remplacement des Jéronimites par des religieux de l'Ordre de Prémontré.

Les Jéronimites tentèrent plusieurs fois, mais en vain, de reconquérir leur couvent. Les Prémontrés en demeurèrent paisibles possesseurs jusqu'à la Révolution. On le vendit alors avec ses dépendances, à l'exception de la chapelle qui sert aujourd'hui d'église paroissiale aux habitants de Belair, et qui n'a de remarquable que sa position pittoresque.

LE rtmiUlUGE DE SAINT-LIÉ

LE PÊLEBINAGE DE SAINT-UÉ

Il a été publié, à Reims en 1609, chez Simon de Foigny^ à l'enseigne du Lion, un petit volume de 44 pages, qui a pour titre : la vib de monsieur saint- Lvé, prise et translata du latin (Tun ancien manuscrit, trouvé en V Eglise de Saint-Lyé en la Montaigne de Reims. Ce petit volume, revêtu de l'approbation de M. C. Àuberty grand vicaire de Monseigneur TArchevêque, duc de Reims, contient une relation assez curieuse des Yaits et gestes du saint dont TEglise de Mohon possède les reliques, et qui a donné lieu au pèlerinage du Lundi de Pâques et du Lundi de la Pentecôte.

Cette histoire, empruntée pour la plus grande partie aux vies des saints à^ Aloysius LipomarmSy imprimées en 1581, est précédée d'une inscription en vers latins qui se lisait sur la porte méridionale de TEglise de Saint-Lié, et dont le narrateur donne en même temps le texte et la traduction. Voici l'un et Tautre :

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