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L'ORDRE

J'ai raconté, dans mon Histoire de Charleville, que le duc de Nevers, dans un voyage qu'il fit en Italie en 1623, avait obtenu du pape Urbain VIII la confirmation de l'Ordre qu'il avait établi quelques années auparavant sous le titre de la Conception de la Vierge Immaculée. De nouveaux renseignements me permettent de compléter l'indication sommaire que j'avais donnée de ce fait intéressant dans la vie du fondateur de Charleville.

264 l'ordre des chevaliers de la conception

Le P. Honoré de Sainte-Marie dit que Charles de Gonzague de Clèves, duc de Nivernais et Rethelois, institua l'ordre de sa Milice chrétienne en 1618, dans la ville d'Olmutz, et que Tannée suivante plusieurs seigneurs le reçurent ou en furent faits chevaliers à Vienne en Autriche.

Mais le duc de Nevers n'est pas le seul fondateur de l'Ordre de la Conception; la bulle du Souverain Pontife, datée du 12 février 1624, lui donne comme associés Ferdinand, duc de Mantoue, et Adolphe, comte d'Althan.

C'est Urbain VIII lui-même qui conféra V habit et la croix de l'Ordre au duc de Nevers. Depuis, le cardinal Sforza, au nom de Sa Sainteté^ donna le collier à cinq seigneurs, dont deux Français et un Polonais.

Les chevaliers prirent d'abord le nom de Chevaliers de V Immaculée Conception {Imm^culatœ Concept tùmis gloriosœ Virginis), « de quoy, dit le Mercure dé France, les CordeUers et les autres qui sont de ceste opinion estoient très-aises. Mais sur les plaintes des Jacobins (afin que ce point tant débattu entre ces reUgieux ne semblast avoir esté décidé absolument). Sa Sainteté voulut qu'ils missent Gloriosx Conception nis Immaculatœ Virginis; de quoy chacun d'eux demeura très-content et satisfaict. »

Le nouvel ordre fut soumis à la règle de Saint- François, et placé sous la protection de Varchange Michel et de Samt-Basile. Le Grand-Maître devait être élu dans un Chapitre général, et trois mois après, il était tenu de demander au Saint-Siège la confir-

mation de son élection. Il pouvait assigner l'endroit qui serait le siège du Couvent et chef-lieu de VOrdre^ et fixer le nombre des chevaliers et des officiers. Le Grand-Maître et les chevaliers étaient obligés de porter Thabit de l'Ordre ; chacun d'eux donnait à sa réception deux cents écus d'or pour son passage. Outre les vœux de chasteté conjugale et de pauvreté, chaque profès devait faire profession de foi et serment de fidélité au Saint-Siège et au pape, avec promesse que toutes les fois qu'on le lui ordonnerait ou que l'occasion s'en présenterait, il serait tenu de combattre les infidèles et les hérétiques.

Urbain VIII permit au Grand-Maître de recevoir des chevaliei's nobles ou de familles honora blés y mariés ou non mariés, sans en excepter les bigames, soit avec fille ou veuve, et consentit qu'ils eussent des pensions sur des Bénéfices jusqu'à la somme de 300 écus romains.

Un Chapitre général devait dresser les Statuts et Constitutions, et comme ce Chapitre général ne pouvait se tenir qu'à la Pentecôte de 1625, le Pape donna au duc do Nevers le pouvoir d'établir, pendant l'intervalle, un Conseil de douze Chevaliers dans les districts d'Orient, du Midi, de l'Occident et du Septentrion. Enfin l'Ordre fut exempté de la jjiridiction de tous Primats, Patriarches, Archevêque, Evéques et Ordinaires, et soumis immédiatement au Saint-Siège.

Une bulle du 14 novembre 1624 permit au Grand- Maître de recevoir dans l'Ordre les patriarches, les archevêques, évoques, auditeurs de rote, proto-

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notaires, référendaires et autres prélats de la Cour romaine.

Le 10 mai 1625 une nouvelle bulle prorogea d'un an les convocations du Chapitre général, qui ne pouvait se tenir cette année à Rome, à cause de la guerre. Pendant ce temps-là, le Conseil suprême de l'Ordre, établi à Rome, avait rédigé des Constitutions que le Pape confirma, à la prière du duc de Nevers, par une bulle du 24 mai 1625.

Aux termes de ces Constitutions, pour être admis dans rOrdre, il fallait : V être iwbky au moins de quatre races paternelles et maternelles ^ ; — 2* être légitime ^; — 3* avoir au moins douze ans accomplis * ; — 4* posséder au moins deux cents écus d'or de revenu par an, excepté pour les^ compagnons d'armes y auxquels il suffisait d'en avoir la moitié *.

1 Néanmoins ceux que leur vertu, ou celle de leurs ancêtres, avaient élevés à la dignité de prince ou de général d'armée, étaient exceptés de cette loi. Moyennant une dispense du grand-maitre et le consentement du pape, on admettait aussi ceux qui ne pouvaient faire preuves que du côté paternel. On pouvait encore espérer entrer dans cet ordre en lui rendant quelques services, ou en fondant àes Gommanderies. *

* Aucun bâtard n*y pouvait être reçu, à moins qu'il ne fût fils d'empereur, de roi ou de prince qui eût pour vassaux des marquis ou des comtes .

' Quoiqu'on fût regu à douze ans, on ne pouvait faire sa profession avant seize ans accomplis.

^ Les compagnons d'atomes étaient dispensés de faire preuve de noblesse, mais ils devaient fournir des attesti^tions de vie et de mœurs ; ils ne payaient que la moitié du passage, cent écus d'or seulement.

l'ordre des chevaliers PB LA CONCEPTION Î67

En attendant que FOrdre eût des églises particulières, le récipiendaire ne pouvait recevoir Vhabii que dans un couvent soumis à la règle de Saint- François. Le supérieur, après avoir béni l'habit, le présentait au chevalier qui était chargé de le donner au postulant, et qui l'ayant vêtu du manteau, lui mettait le baudrier et l'épée, lui fietisait attacher les éperons et l'embrassait en lui disant :

a Je vous reçois en l'ordre et religion de la milice » chrétienne érigé, sous le titre de la Conception de » la Bienheureuse Vierge Marie Immaculée et sous j^ la protection de la même Vierge, de saint Michel* » Archange, de saint François, de saint Basile, afin » que la Sainte-Trinité vous préserve par leur inter- » cession, et vous fortifie pour avancer la gloire de » son nom, procurer la paix des chrétiens et les dé- » livrer de la captivité des infidèles. »

Lorsque l'année de probation était terminée, le novice ifaisait une retraite de quinze jours, ou au moins de huit, puis il faisait sa profession entre les mains du supérieur du monastère. Aussitôt qu'il avait prononcé ses vœux, on le revêtait du manteau bleu et du ruban de même couleur, tissu d'or, auquel était attachée la croix qu'il devait porter au cou \

1 Les chevaliers devaient communier à certaines fôtes et toutes les fois qu'Us devaient aller à la guerre. Ils récitaient cinq fois par jour l'opaison dominicale en mémoire des cinq plaies de Jésus-Christ, et cinq fois la salutation angélique en l'hopnear de la Sainte- Vierge. Ils devaient aussi, tous les jours, ou au moins tous les dimanches et les fêtes, réciter les Litanies et rOfflce de la Vierge ; et quand Us avaient dit cinq fois le Pater, ils disaient pour les défunts un De pro-

L'étendard général de TOrdre devait être blanc <( et avoir d'un côté l'image de Jésus crucifié y et audessous un Mont du Calvaire ; au côté droit du crucifix, la Sainte- Vierge, compatissant anx douleurs de son fils, et à gauche l'archange Saint-Michel perçant avec une lance en forme de croix le dragon renversé sous ses pieds, et tenant de la main droite une épée; de l'autre côté de l'étendard il devait y avoir une croix bleue, au milieu de laquelle on devait voir une image de la Sainte- Vierge, convenable au mystère de la Conception^ entourée d'un soleily ayant la lune sous ses pieds, et portant sur sa tête une couronne entourée d'étoiles; à sa droite un Saint-François recevant les stigmates, et à sa gauche un Saint- Basile, habillé à la façon des patriarches grecs. »

L'Ordre des ChevaUers de la Conception ne subsista pas longtemps; la mésintelligence se glissa parmi ses fondateurs, et amena la ruine de l'œuvre avant même qu'elle fut complètement achevée* « At zizaniae ille superseminator hostis nescio quo titulo discordias graves inter funda tores sive institutores, interposuity quo factum fuit ut tanti cœpti cursus retardatu^ sit vel mamma ex parte. » On prétend même qu'il n'y eut jamais de Grand-Maître, puisque

fundi^ et le Salw Regina : ceux qui ne les sachant pas ne savaient pas lire, récitaient trois Pater et trois Ave, Lorsque les chevaliers n'étaient point de service, ils devaient s'exercer aux œuvres de charité, visiter les malades, secodrir les prisonniers, racheter les captifs, défendre les veuves et les orphelins, donner Taumône aux pauvres, accompagner le Saint-Sacrement lorsqu'on le portait aux malades, etc.

ce Grand-Maître devait être élu dans le premier Chapitre général, et que ce Chapitre général ne fut pas réuni.

Toutefois, il paraît que le duc de Nevers avait pris son idée au sérieux. Il avait fait dresser les plans d'un hospice qu'il voulait fonder à Charleville sous le titre de Grand-Prieuré de V Ordre et Religion de la Milice chrétienne. Cet établissement, qui devait avoir des proportions grandioses, fut commencé, mais ne fut pas complètement achevé. L'égUse paroissiale que nous avons vu démohr, il y a quelques années, en était la chapelle. C'était à peu près tout ce qui restait du Grand-Prieuré de la Milice chrétienne^ et la seule trace qui fût demeurée de l'Ordre des Chevaliers de la Conception^ ordre fondé avec beaucoup d'ostentation et de luxe extérieur, mais peu compatible, du reste, par son esprit et par son but, avec l'esprit et les tendances de l'époque.

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