Pignot, III
lO LE CARDINAL MATTHIEU DALBANO.
naissait point d'obstacle, quand il s'agissait de faire respecter l'observance. Austère pour lui-même, condescendant et miséricordieux pour les faibles, il n'usait de sévérité qu'à l'égard des abus. Il y en avait à Cluny, ce n'était un mystère pour personne, mais ces taches, qui souillaient la pureté de l'observance clunisienne, Matthieu ne les put souffrir. L'abbé de Cluny, tout en lui conservant son titre de prieur de Saint-Martin, le chargea de veiller « sur l'ordre et sur le cloître», en l'établissant son grand-prieur. Matthieu rencontra plus d'un obstacle à vaincre et plus d'une volonté rebelle qu'il dut faire plier devant la sienne, mais à force de prudence et de sollicitude, il arriva, selon le témoignage de Pierre le Vénérable, à extirper du champ de Cluny les plantes nuisibles qui l'avaient envahi, et à supprimer dans la vie quotidienne les superfluités que la faiblesse de l'abbé Ponce avait laissées s'introduire. Au bout de quelques mois l'œuvre de restauration était assez avancée, pour que l'abbé de Cluny pût autoriser le prieur de Saint-Martin à retourner à Paris et lui donner un successeur dans l'abbaye-mère (^).
Cependant deux ans à peine s'étaient écoulés, que Cluny subissait une nouvelle tempête. L'ancien abbé Ponce, de retour d'un voyage en Orient, était rentré en France, et, tandis que Pierre le Vénérable se trouvait en Aquitaine, occupé à la visite des maisons de l'ordre, avait envahi l'abbaye, chassé le prieur Bernard et les moines fidèles. Il parvint même à occuper les propriétés du monastère depuis le Carême jusqu'au mois d'octobre. Honorius II chargea le cardinal-diacre Pierre de régler cette affaire ; le résultat de l'examen entrepris par le délégué apostolique et par l'archevêque de Lyon fut la condamnation de Ponce et de ses partisans. Ceux-ci en appelèrent au Pape, et Pierre le Vénérable dut prendre le chemin de la Ville éternelle pour aller y défendre les droits et la dignité de son abbaye (2).
L'opiniâtreté de Ponce et les troubles qu'elle provoquait au sein de l'importante congrégation de Cluny, avaient forcé le pape à recourir à cette dernière mesure de conciliation.
Les deux parties se présentèrent à Rome pendant l'octave de la Saint-Michel de 1 126. D'un côté se trouvait Pierre de Montboisier, entouré du prieur de Saiiit-Martin-des-Champs, de nombreux prieurs et de moines restés fidèles, de l'autre Ponce accompagné de ses moines et de bourgeois de Cluny. La cause fut débattue devant