Petr. Ven , c. 13, col
le pape ; les partisans de Ponce, relevés de leur excommunication, essayèrent de prouver que l'ancien abbé de Cluny n'avait été privé de sa dignité que par surprise et par fraude et qu'il n avait jamais donné librement sa démission. Ce fut le prieur de Saint-Martin qui prit la parole pour la défense de Pierre de Mnntboisier. Après avoir exposé les circonstances qui avaient accompagné l'élection de ce dernier et les actes de violence commis récemment par Ponce de Melgueil, il fit comparaître les témoins qui avaient assisté à la démission volontaire de Ponce, il rappela les paroles de Calixte II et les lettres d'Honorius II lui-même en faveur de Pierre. Ce discours terminé, le pape se leva et se retira pour délibérer avec les cardinaux. Quand il revint quelques heures après, l'évêque de Porto prononça la sentence qui déclarait Ponce déchu de toute juridiction sur Cluny (^). Le pape ratifia cette sentence dans une bulle qui exposait toute la suite des débats (2).
Le zèle déployé par le prieur de Saînt-Martin-des-Champs avait appelé sur lui l'attention de la cour romaine, et le pape Honorius avait admiré les talents et les vertus de l'ardent défenseur de Pierre de Montboisier. Au moment où l'abbé de Cluny allait quitter la ville avec ses compagnons, le pape retint le prieur de Saint-Martin, lui conféra le titre cardinalice d'Albano et le sacra lui-même évêque. La date de cette nomination n'est pas connue ; elle doit être postérieure au 20 octobre 1 126, car, dans la bulle donnée en ce jour pour Cluny, le pape parle encore du prieur de St-Martin, sans faire mention de la dignité dont il le revêtit (3). C'était assurément un honneur pour CUiny et un hommage public rendu aux vertus de Matthieu, mais l'éclat de cette haute dignité ne jeta pas le trouble dans l'âme de l'humble moine. Moine dans le fond de son âme, moine par vocation, il devait le rester toute sa vie par l'attachement inébranlable qu'il avait voué aux observances claustrales et l'amour de la solitude qui le dominait.
Le nouveau cardinal choisit sa résidence dans le monastère de Palladium (^). Ce monastère, dont l'emplacement est marqué aujourd'hui par la petite église de San Sebastiano alla Polveriera, dit
1. Petr, Ven., c. 13. col. 924-925 ; Bibl. Clun., 43 ; Mabillon, VI, 139-140.