d'Herbomez. Cartul. de Gorze, Paris
5. Lettre de Matthieu ap. Doublet, Histoire de St-Denis, 482; H. G., XV, 268, note b ; Labbe, Cvnc, X, 936; Luchaire, L:uis Vf, pp. 199-200; Suger, FiVa Lvd. ap. H.G., XII| 49 ; éd. Lecoy de la Marche, 115 ; M. G. H., XXVI, 53.
Reims, Louis VI confirma les mesures prises au synode de Saint- Germain-des-Prés et céda le prieuré d'Argenteuil à l'abbé de Saint- Denis (ï). De son côté, le pape Honorius II, par une lettre du 23 avril écrite à l'abbé Suger, donna également son approbation à la décision du légat (2).
Le légat intervint aussi dans un accord entre l'archevêque Henri de Sens et les chanoines d'Étampes, qui eut lieu à Saint- Denis, en présence des évéques Geoffroi de Chartres et Burchard de Meaux (3). Cet acte ne porte d'autre indication .chronologique que celle de la légation de Matthieu. Nous croyons pouvoir le placer pendant le voyage du légat à Paris avant le mois d'avril 11 29, de même qu'un autre document auquel il apposa son sceau, une charte de l'abbé Suger, qui confirmait une vente de terrain à bâtir situé devant le monastère de Saint-Denis (4).
Deux autres documents nous permettent de constater l'action du légat dans la province de Reims, et probablement vers le milieu de l'année 1129.
L'abbaye de Lobbes observait d'anciennes coutumes, différentes de celles de Cluny. Celles-ci avaient commencé à se répandre dans les monastères de la province ; elles avaient leurs partisans et leurs adversaires; l'abbaye d'Anchin, notamment, était un centre de propagande clunisienne. Il ne semble pas qu'on eût des reproches sérieux à adresser aux moines de Lobbes ou à leur abbé Walter. Cependant une poussée se manifesta bientôt en faveur de l'observance clunisienne dans les abbayes rémoises, et l'évéque de Cambrai, à l'instigation de son archidiacre Erlebaid, ami intime de l'abbé Alvise d'Anchin, engagea les moines de Lobbes à adopter les usages de Cluny. Ce n'était pas en effet sans profit qu'on aurait entraîné Lobbes dans ce mouvement, et l'on pouvait espérer qu'une fois ce monastère gagné, on aurait bientôt à signalerd'autres conquêtes dans les maisons du diocèse de Liège. Les moines refusèrent d'agréer le changement tel qu'il était p/oposé par l'abbé Alvise, et ne voulurent pas accepter des moines d'Anchin comme instructeurs. On donna la préférence à des religieux des abbayes liégeoises de Saint- Jacques et de Saint-Laurent, où l'on observait également les règles de Cluny, et l'abbé Walter leur confia « la garde de l'ordre ».
1. Doublet, /. c. ; Félibien, Hist. de St- Denis, 95; Marlot, Hist. eccl. Rem., II, 30a ; Gallia, X, instr. 192.
2. Doublet, 483 ; Félibien, 96 ; Labbe, X, 937 ; Gallia, WW, pr. 52 ; H.G., XV. 268; Pat. lat. , 166, 1296 ; Jaffé, n» 7372 ; Luchaire, pp. 200-201.
3. Fleureau, Antiquités d'Estampes, p. 40; Pat. Lat., t. 173, 1201-1203.
4. Félibien, preuves XCVII ; Lecoy de la Marche, Œuvres de Suger, pp. 331-332.
On ne put s'entendre ; les moines liéf^eois ne parvinrent pas à faire adopter les nouveaux usac^es, et ils se retirèrent, en rendant, un témoignante de bonne vie à ceux qu'ils n'avaient pu gagner à l'observance clunisienne.
A cette nouvelle, grand scandale parmi les novateurs. On taxe l'abbé de faiblesse, on l'accuse ainsi que ses moines de mener une vie peu religieuse, et l'on porte ces plaintes auprès de l'archevêque de Reims et du légat apostolique, qui se trouvait en ce moment dans le pays. Le légat cite l'abbé à comparaître devant lui ; l'abbé, habitué aux affaires et sachant quel rôle le temps peut jouer dans la solution des difficultés, tarde de se rendre à l'appel. Le légat, croyant à une désobéissance formelle, le suspend de ses fonctions. Trompé dans ses calculs, Walter consulte ses collègues du voisinage, auteurs de cette dénonciation, et sur leur avis, va se présenter à Reims, où il abdique et remet sa charge entre les mains de l'archevêque (i).
Les moines essayèrent pendant quelque temps de résister au choix qu'on voulait leur imposer,mais ce fut le courant clunisîen qui l'emporta dans la personne du moine Léonins d'Anchin, en ce moment prieur de Saint-Georges d'Hesdin (2). Serait-il téméraire d'attribuer au légat une influence dans ce mouvement en faveur des observances de Cluny dans les monastères rémois, au moment même où il se trouvait de passage dans la province ? Il y a tout lieu de croire que la campagne menée contre l'abbé Walter de Lobbes ne fut possible qu'avec la connivence du légat, peut-être même sans l'appui direct de l'archevêque. Matthieu était trop clunisîen dans l'âme pour laisser échapper une occasion de faire triompher ses idées, et le dépit qu'il ressentit un peu plus tard, en voyant ces mêmes monastères abandonner une partie de ces idées, en est une preuve assez frappante.
L'autre document, daté delà même année, est celui de l'érection en abbaye du monastère de Saint-Léonard de Guines, où, sur le conseil du légat apostolique du chapitre de Tliérouanne et de l'abbaye de Saint-Bertin, l'évêque Jean de Thérouanne introduisit les coutumes de Marcignyet plaça les moniales sous la direction
1. La date de cette abdication n'est pas connue. Nous savons qu'à la fin de celte année ou au commencement de 1 130, l'archevêque de Reims partit pour Rome avec l'abbé Jean de Saint-Bertin, un de ceux que les Clunisiens poursuivaient également, mais qu'arrivé à mi-route il apprit la mort d'Honorius II (13-14 février 1130) et revint à Reims (Gesla abb. S. Bertini, ap. MGH., XIII, 660). A ce moment le légat se trouvait à Rome.