‹ Mélanges d'histoire bénédictineChapitre 24 sur 69 · I. Bernhardi, 369-371; cf. H. G., XIV · texte numérisé non relu

I. Bernhardi, 369-371; cf. H. G., XIV

du légat et du clergé, se rendit au château de Dieulouart pour supplier le comte d'acquiescer à sa demande. Renaud resta insensible à cette démarche. Mais la ruse eut raison de la violence du comte : un des gardiens de la tour, gagné par le primicier et par l'évêque, promit de livrer le donjon au jour de la Pentecôte (3 juin), ce qui eut lieu effectivement (i).

Comme on en était convenu, l'empereur se trouva au synode de Mayence, qui devait être présidé par le cardinal d'Albano. Cette réunion est postérieure au 24 juin, date du séjour de Lothaire à Strasbourg. L'archevêque de Mayence s'y trouva avec les évêques d'Augsbourg, d'Eichstaedt, de Bamberg, de Spire et de Worms. L'évêque de Strasbourg, contre lequel le clergé avait formulé de graves accusations, se sentant d'ailleurs abandonné par le roi, prévînt une sentence de déposition en remettant sa charge entre les mains du légat et de l'archevêque (2).

Restait la question de l'archevêque élu de Trêves. Les partisans d'Albéron comparurent, et notifièrent au roi l'élection de ce dernier, mais les plaintes formulées au sujet de l'irrégularité de cette élection empêchèrent le roi de donner l'investiture au primicier de Metz. Le légat lui rappela la promesse faite à Trêves, mais le roi déclara qu'il n'avait rien promis, et que son intention avait été d'investir Albéron, dans le cas seulement où son élection aurait été faite du consentement de tous les intéressés. Le cardinal-légat et l'évêque de Metz avaient-ils outrepassé leurs pouvoirs et dissimulé en partie la pensée du roi, dans l'espoir de peser sur un certain nombre d'électeurs et avec l'arrière-pensée de faire ratifier après coup la candidature de leur choix ? On serait porté à le croire. C'est bien d'ailleurs là l'opinion exprimée par la minorité des électeurs dans une lettre adressée à Innocent II, quand, rentrés à Trêves, ils virent que la presque totalité des membres du clergé et le peuple étaient contre eux. Ils supplièrent donc le pape ou de ratifier le choix fait précédemment de Bruno, ou de les autoriser à procéder à une élection qui réunît cette fois tous les suffrages, ou bien encore d'agir aup;cs de Lothaire en faveur d'Albéron. Le concile qu'Innocent II allait bientôt tenir à Reims devait terminer cette malheureuse affaire. Albéron avait pour lui l'appui du cardinal-légat et de S. Norbert. Le choix paraissait heureux ; Innocent II ratifia son élection et lui fit prendre rang parmi les archevêques (3)

I. MGH, X. 508-509 ; Albéric. ib. XXIII. 830. 2 Annal. Disibod. ap. MGH.. XVIl, 245; Bernhardi, 375.

3. Honiheim, Frodrom. hist. Trfvir, 1,517; Hartzheim, Conc. Germ., III, 320; Bintcrini, Concilien, IV, 47; Bernhardi, 376-377.

De Mayence le lëj^at dut re^aprner la France où le pape devait ouvrir le concile de Reims le i8 octobre de cette année. Le silence des documents ne nous permet pas dédire à quelle date il rejoif^nit le pape. Deux traditions très tardives signalent sa présence en Belgique dans le courant de l'année 1131. D'après la première, dont on ne trouve de trace qu'à une époque assez récente, il aurait été présent à la consécration de l'église de Salzînnes près de Namur faite par le pape lui-même en 11 31, avec le cardinal d'Ostie, l'archevéque Hugues de Rouen et les évêques de Verdun, de Châlonssur Marne, de Soîssons et d'Arras (>). Malheureusement cette tradition ne cadre pas avec les étapes connues de l'itinéraire du pontife, et il y a lieu de la considérer comme dénuée de fondement historique (2).

Il en est de même d'une prétendue bulle du même pape, qui aurait con^^acré, toujours en présence des mêmes prélats, l'église de St-Jean-au-Maraîs à Bruxelles le 15 octobre 1x31. Chose curieuse, tandis que la traditic-i de Salzînnes rapporte que le pape consacra l'église de ce monastère i. à l'honneur de la sainte Vierge, de S. Pierre et de S. Paul, de S. Etienne premier martyr, de S. Hilaire et de S. Médard (3), » celle de Bruxelles mentionne les mêmes saints, sauf que S. Gildard a pris la place de S. Hilaire. La tradition de Bruxelles est attestée par un acte de l'évêque de Cambrai, Henri de Berghes, du 22 novembre 1497 {^\ Il est inutile de faire ressortir ici le défaut d'authenticité de ce prétendu document pontifical (^). Abstraction faite d'autres points, la date du 15 octobre e<t absolument insoutenable. Car c'est précisément en ce jour que le pape consacrait l'église du monastère de St-Médard de Soissons « en l'honneur de la Vierge, des SS. Apôtres et martyrs et de S. Médard, évêque et confesseur (6).» La tradition de Salzinnes et de Bruxelles a donc localisé en deux endroits différents un fait qui ne s'est réellement présenté qu'à Soissons.

De Blois, où il se trouvait encore le 6 octobre. Innocent II avait gagné Paris par Étampes. Louis VI et son fils Philippe lui avaient fait un accueil très affectueux et lui avaient également prodigué les marques de respect à son départ. Le pape était en route pour Reims et ne devait pas être bien loin de la capitale du royaume,

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