Pet. Ven. , De viir. col
2. Ernald, II. c. 3, n"!- 18, 19 ap. S. Bernard. Ofp. II (1690), col. 1099-1100.
Bientôt la maladie dont il avait souffert l'année précédente à Cluny le reprit avec une nouvelle violence à Milan : les chaleurs de l'été, les fatigues du voyage occasionnèrent une fièvre qui l'affaiblirent considérablement. Rentré à Pise vers le milieu de juillet, il reprit son logement dans le monastère de St-Frigdien, et lutta quelques mois contre le mal. Quelque grandes que fussent ses douleurs, il refusait de s'aliter et d'interrompre ses travaux, prenant aux affaires de la curie une part aussi active que par le passé. Même assiduité à l'office divin, même ardeur pour la prière et la psalmodie clunisienne, même zèle pour la célébration des saints mystères (').
Cette lutte dura depuis les ides de juillet jusqu'aux calendes de décembre. Mais dans la première semaine de l'Avent, ses forces le trahirent et il dut se mettre au lit. Sentant sa fin prochaine, il appela les frères attachés à son service ainsi que ses serviteurs, et, après les avoir consolés avec une grande bonté : « mes frères et mes fils, leur dit-il, je sens que je vais bientôt quitter ce monde ; saluez affectueusement de ma part le seigneur abbé de Cluny, le prieur et le sous-prieur, le chambrier Hugues, le sacristain Arbert, ainsi que tout le couvent de Cluny, l'abbé Albéric de Vézelay et le prieur de la Charité. Saluez aussi mes enfants de prédilection, les moines de Saint-Martin-des-Champs, que j'ai élevés de mon mieux dans le service de Dieu. »
Peu de jours auparavant, continue Pierre-le-Vénérable, le prieur du monastère de Saint-Zénon à Pise avait vu en songe Matthieu, revêtu de l'habit monastique, et auprès de lui, un enfant d'une grande beauté, qu'on disait être le fils du roi de la contrée. L'enfant tenait à la main un livre écrit en lettres d'or. L'ayant ouvert, il le présenta à Matthieu et l'invita à lire. Celui-ci demanda quel profit il pourrait tirer de cette lecture. « En lisant ce livre, lui répondit l'enfant, tu acquerras la connaissance de toutes les langues. ^ Le cardinal se met à lire ; l'enfant l'interroge en hébreu, et il répond dans cette langue ; puis en grec, et il répond de même, i Eh bien, lui dit alors l'enfant, te voilà maître de deux langues, sache que tu possèdes également la connaissance de tous les idiomes. » Il lui montra ensuite un palais royal, d'une admirable et superbe architecture, et lui ordonna d'y entrer. Matthieu fit observer que l'état de ses vêtements ne lui permettait pas d'obéir sur-le-champ. <L Va donc, reprit l'enfant, prépare-toi en toute hâie et entre. >
I. Pet. Ven., 929. On rencontre le nom de Matthieu parmi .les signataires d'une bulle da 7 novembre P. L, 179, 247).
Le cardinal se retira et reparut bientôt revêtu de ses ornements sacerdotaux et épiscopaux. Alors des troupes d'anges vinrent se joindre à l'enfant et au chant 6' Alléluia, Bénissons le Père et le Fils avec l'Esprit-Saint, l'introduisirent dans le palais royal (i).
La dernière semaine de l'Avent un religieux d'un autre monastère de Pise, dédié à S. Michel, eut également un songe. Il vit venir à lui le vénérable Jean, jadis prieur de Camaldule, puis évéque d'Ostie. Il lui demanda : « Où allez-vous, seigneur? » « Je viens à Pise, lui répondit Tévêque, chercher mon frère, l'évêque d'Albano, pour l'introduire dans nos rangs. Sache que le huitième jour avant les calendes de janvier, il doit nous rejoindre pour ne plus nous quitter (2). »
On était arrivé à la nuit du dimanche qui précède la Noël. Le malade, épuisé par de longues souffrances, gisait dans son lit, tandis que ses compagnons prenaient quelque repos. Tout à coup, il pousse un cri et les appelle à ses côtés. On accourt : € Je voyais, leur dit-il, une troupe de démons, et si distinctement que je m'étonne qu'elle ait pu se dérober à vos yeux. J'ai fait le signe de la croix ; ils ont pris aussitôt la fuite, mais laissant derrière eux une odeur fétide et insupportable. Allez aussitôt trouver le chancelier du seigneur pape et priez-le de venir me voir. » On s'empressa de déférer à ce désir, et le cardinal Aimeric, compatriote de Matthieu et ami de S. Bernard, accourut au chevet du malade, qui lui fit part de sa vision. Le chancelier lui rappela l'exemple des saints, l'encouragea et ranima sa confiance.
Cependant le mal s'aggravait, mais le malade ne cessait de tenir son cœur élevé vers Dieu et de prier. Sa bouche et ses oreilles étaient fermées aux choses de ce monde. Lui parlait-on d'affaires temporelles, il ne répondait pas, il semblait qu'il n'eût rien entendu. L'entretenait-on, au contraire, des choses du ciel, à l'instant il se tournait vers son interlocuteur et, oubliant ses souffrances, lui répondait avec la plus grande netteté d'esprit. Toutes les fois que des évoques, des moines et des clercs, ses compagnons eux-mêmes s'approchaient de son lit, il récitait le ConfileorySmwd^nt. l'usage monastique, s'accusait des fautes qu'il avait commises et en demandait l'absolution, cherchant à se purifier de plus en plus, et à se sanctifier par la confession, la prière et l'absolution de ses frères. Cette pratique, il la continua jusqu'à son dernier soupir (3).