‹ Mélanges d'histoire bénédictineChapitre 6 sur 69 · Petr. V^en., lib. II, c. 8, col · texte numérisé non relu

Petr. V^en., lib. II, c. 8, col

que dans les celles ou prieurés forains. La maison n'était pas riche, et la pénurie de ressources était pour le prieur une cause de nombreux et cruels soucîs.Aussi se voyait-il parfois forcé d'aller implorer la charité des grands et des princes pour subvenir aux nécessités de ses frères. Lorsqu'il se trouvait à Saint-Martin, lui-même prenait soin des hôtes, des pauvres et des infirmes;devait-il s'absenter,il rappelait à ses frères l'obligation de veiller particulièrement à l'exercice de la charité envers ces trois classes de personnes. Affectueux et paternel pour les moines fidèles à leur règle et dévoués au service de la communauté, il savait reprendre avec rigueur ceux qui manquaient à leurs obligations. Trouvait-il un religieux incorrigible, rien n'arrêtait son zèle pour le ramener dans le chemin du devoir, dûtil employer, comme la coutume de Cluny l'y autorisait, le châtiment des verges, les chaînes ou même la prison, où le coupable expiait par des jeûnes prolongés les fautes dont il ne voulait pas s'amender. Sa rigueur lui fit même jeter dans un cachot souterrain un moine coupable d'une faute énorme, mort spirituellement, mais que la solitude de cette réclusion et les exhortations du prieur ramenèrent à la vie de l'âme. Ces châtiments n'avaient rien qui étonnât le biographe de Matthieu, le doux et discret abbé de Cluny, Pierre le Vénérable, et nous aurions tort de vouloir les juger uniquement au point de vue humanitaire de notre époque. Sans prétendre vouloir justifier complètement leur emploi, même au moyen-âge, nous croyons que les mœurs de ce temps réclamaient des mesures énergiques, et que l'argument frappant avait parfois plus d'empire sur certaines âmes que la persuasion et la force des syllogismes (i). Semblable au Chérubin qui gardait l'entrée du paradis, continue Pierre le Vénérable, le prieur de Saint-Martin avait toujours l'épée tirée pour punir les coupables. Aussi son seul nom suffisait-il à terrifier les négligents, et sa maison passait-elle pour un modèle de discipline claustrale.

Le zèle de Matthieu ne se limitait pas à l'enceinte de son prieuré, et bien des monastères voisins, où l'observance s'était attiédie, lui durent un retour à des traditions meilleures (2). Le prieur de Saint- Martin avait bien conscience de la réputation qu'on lui faisait. Dans une controverse qu'il eut en 1 1 3 i ou 1 1 32 avec les abbés bénédictins de la province de Reims, il n'hésitera pas à faire appel au renom qu'on lui avait fait: «qui satis perspicax in ordine illo a

1. Petr. Vcn, c. 9, col. 918-919, L'éditeur du tome VI des Annales de Mabillon trouve qu'une fois était déjà de trop.

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