Ib
miiltis quandoque videbar diligensque perscrutator in omnibus qua2 circa monastica versabantur (ï), » assuré qu'on ne le contredirait pas sur ce point (2).
On aurait tort de conclure de certains actes de sévérité que Matthieu fût un observateur de la lettre seule de la Rè^^le, et qu'en lui la lettre aurait tué l'esprit de charité qui la pénètre tout entière. Il n'en est rien, et Pierre le Vénérable rend un témoignage éclatant aux délicatesses de la charité du prieur de Saint-Martin. Son affabilité, sa jovialité même avaient fait de son monastère la grande hôtellerie des voyageurs. Évêques, abbés, nobles, moines, clercs, pauvres et mendiants se pressaient à la porte du prieuré, assurés d'y trouver toujours un accueil aussi charitable que prévoyant. Pour satisfaire à tant de besoins, il lui fallait des ressources plus qu'ordinaires. Matthieu le savait, mais, fidèle disciple de S. Benoît, il préférait que sa communauté souffrît de la gène, plutôt que de ne pas offrir à ses hôtes ce que ceux-ci pouvaient attendre de la charité monastique. Le prieur ne reculait pas devant des emprunts pour faire face à ces dépenses, plein de confiance dans la Providence, qui lui venait parfois en aide d'une façon extraordinaire par la main des rois et des princes. Témoins de ses vertus, les rois Louis VI de France et Henri d'Angleterre le tenaient en grande estime. Ce dernier particulièrement aimait à le recevoir et ne le congédiait jamais sans le charger d'abondantes aumônes, qui mettaient un terme à la pénurie des religieux et permettaient au prieur de continuer ses pratiques de charité envers les pauvres et les voyageurs (3).
Matthieu ne reculait même pas devant la nécessité de lever de l'argent, quand les ressources de sa maison ne suffisaient pas aux dépenses causées par son respect de l'hospitalité. Au début de son administration, le prieur avait constaté l'existence de plusieurs créances, notamment d'emprunts faits aux juifs. Matthieu éprouvait une aversion toute particulière pour les fils d'Israël, et il ne souffrait pas que des chrétiens pussent entrer en relations d'affaires avec eux. L'anti.sémitisme chez lui avait sa racine dans une pensée religieuse. Son aversion provenait de l'horreur que lui inspirait le crime commis par la nation déicide, et il ne comprenait pas que les lèvres qui avaient traité d'affaires avec les ennemis du nom chrétien,