Stucken, Astralmythen, IL. Lol
quefois, la lutte survenait entre un oncle et son neveu, ou même entre un père et son fils.
A défaut de cette parenté, une autre relation unit les acteurs du drame et mentre leur identité fondamentale. L'animal sacré de Persée à Sériphos était le crabe, le xapxivoc ?, Or le crabe qui, dans la légende de Sériphos, était l'ennemi du poulpe, se joint à l'hydre de Lerne, qui est un poulpe, pour combattre Hercule. Le crabe, comme le scorpion, est tantôt l’allié, tantôt l'ennemi du dieu solaire ; au total, ce sont des formes du même dieu. Les bas-reliefs mithriaques montrent Mithra chevauchant le taureau qu'il va sacrifier. Ainsi Persée montait Pégase, né du sang dela Gorgone. Le monstre ou l'animal sacrifié servait de monture au dieu victorieux avant ou après le sacritice. En somme, les deux dieux de la lutte ou de la chasse mythique sont des collaborateurs. Mithra et le taureau, dit Porphyre, sont démiurges au mème titre *
Ainsi le sacrifice avait produit dans la mythologie une infinité de rejetons. D’abstraction en abstraction, il était devenu lun des thèmes fondamentaux des légendes
1. Oineus et les fils d’Agrios. Usener, Gôét. Syn. (Rh. Mus., LI,
2. Tümpel, Der Karabos des Perseus in Philotoqus. Neue Folge, VH, p. 544: — Cf. Stucken, Aséralmythen, 1, Abraham, 233 sqq.
3. Porphyre, Antr. Nymph:, 24. — Darmesteter, Ormazd et Ahriman, p. 327 sqq. — Il va sans dire que les explications symboliques (ex. : Gruppe, Griech. Cult. und Myth., p. 153 sqq.; Frazer, Gold. B., I, p. 402) ne sauraient convenir. Le symbole n’est qu'une explication après coup et du mythe et du rite. En effet, ces légendes sont si naturellement sacrificielles qu'elles peuvent être remplacées par des épisodes où le dieu offre lui-même un sacrifice. Ex. : légende de Persée (Pausan. de Damas, frg. 4) : Persée offre un sacrifice pour faire cesser une inondation (légende d'introduction probablement récente dans le cycle); ‘légende d’Aristéè (Diod., IV, 81-82) : Aristée sacrifie pour faire cesser une pesté (autre légende, Virg., Géorg., LV, 548 sqq. Cf. Maas, Orpheus, p. 278- 297 ; Gruppe, Gr. Myth., p. 249, n. 2; Porphyre, Antr, Nymph., c. xvin). Cf. lion de Samson (Juges, XIV, 8). Sur le sacrifice mithriaque, voir Cumont. Textes el Monum rel. au culte de Mithra, passim ; Darmesteter, .Ormazd et Ahriman, p. 150, p. 256; sur les dieux sacrifiants, dans l'Inde védique, équivalents aux dieux lutteurs, ou luttent à l'aide du sacrifice, voir S. Lévi. Doctr., 1
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divines. Mais c’est précisément l'introduction de cet épisode dans la légende d’un dieu qui a déterminé la formation rituelle du sacrifice du dieu. Prêtre ou victime, prêtre et victime, c’est un dieu déjà formé qui agit et pâtit à la. fois dans le sacrifice. Or la divinité de la victime n’est pas limitée au sacrifice mythologique ; mais elle apparaît également dans le sacrifice réel qui lui correspond. Le mythe, une fois constitué, réagit sur le rite d'où il est sorti et s’y. réalise. Ainsi le sacrifice du dieu n’est pas simplement le
sujet d’un beau conte mythologique. Quelle que soit deve-
nue la personnalité du dieu dans le syncrétisme des paga-
nismes, adultes ou vieillis, c’est toujours le dieu qui subit
le sacrifice; ce n’est pas un simple figurant‘. Il y a, du moins à l’origine, « présence réelle » comme dans la messe catholique. Saint Cyrille ? rapporte que, dans certains combats de gladiateurs, rituels et périodiques, un certain
-Kronos (ris Kpévos), caché sous terre, recevait le sang puri-.
ficateur qui coulait des blessures. Ce Koévos ris est le Saturne des Saturnales qui, dans d’autres rituels, était mis à mort*. Lenom donné au représentant du dieu tendait à l'identifier |
au dieu. C’est pour cette raison que le grand prêtre d’Attis,
qui lui aussi jouait le rôle de victime, portait le nom de son dieu et prédécesseur mythique‘. La religion mexicaine offre des exemples bien connus de l'identité de La victime et du dieu. Notamment à la fête d'Huitzilopochtli 5, la statue même du dieu, faite de pâte de bette, pétrie avec du sang humain, était mise ep morceaux, partagée entre. les fidèles et mangée. Sans doute, comme nous l'avons remar-
qué, dans tout sacrifice, la victime a quelque chose du dieu.
+ Mannhardt, W. F. K., I, p. 316.
. Ado. Julianuin, IV, p. 128 D.
- Parmentier, Rev. de Phil., 4897, p.143 sq.
. Exemple : 4{h. Mitlh., XXII, 38 (Pessinonte).
. Torquemada, Monarquia Indiana, NI, 38, (Kinsborough, VI, note
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‘P. 414). — Cortez, 8° lettre à Charles- Quint FRA NII, note.
‘ Mais ici elle est le dieu lui-même et c’est cette identifica- tion qui caractérise le sacrifice du dieu.
Mais nous savons que le sacrifice se répète périodiquement parce que le rythme de la nature exige cette périodicité. Le mythe ne fait donc sortirle dieu vivant de l'épreuve
È que pour l’y soumettre à nouveau et compose ainsi sa vie