‹ Mélanges d'histoire des religionsChapitre 126 sur 197 · Noir plus haut, p. 102, n · texte numérisé non relu

Noir plus haut, p. 102, n

. 8. Ainsi Héraclès institue le culte d'Athena Aïyowxyos après son combat contre Hippocoon (Paus., III, 15, 9) ; — après avoir jeté des bœufs de Géryon dans la source Kyane, il ordonne le renouvellement de-son acte (Diod., V, 4; 1, 2).

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fice, faisait naître le dieu pouvait donner un autre aspect aux mêmes pratiques. Par un procédé analogue au dédoublement qui a produit les théomachies, elle pouvait séparer le dieu de la victime. Dans les mythes étudiés plus haut, les deux adversaires sont également divins; l’un d'eux apparaît comme le prêtre du sacrifice où saccombe son prédécesseur. Mais la divinité virtuelle de la victime ne s’est pas toujours développée. Souvent elle est restée terrestre, et par suite, le dieu créé, sorti autrefois de la victime, demeure maintenant en dehors du sacrifice. Alors, la consécration, qui fait passer la victime dans le monde . sacré, prend l'aspect d'une attribution à une personne

divine, d'un don. Cependant, même dans ce cas; c’est sou-

veut un animal sacré qu’on sacrifie ou, tout au moins, quelque chose qui rappelle l’origine du sacrifice. En

somme, On offrait le dieu à lui-même : Dionysos bélier

devenait Dionysos Kriophage‘. Parfois, au contraire,

comme dans les -dédoublements d’où sont résultées les

théomachies, l'animal sacrifié passait pour un ennemi du

dieu?. S’il était immolé, c'était pour expier une faute

commise contre le dieu par son espèce. Au Virbius de Nemi,

tué par des chevaux, on sacrifiait un cheval®. La notion du

sacrifice au dieu s’est développée parallèlement à celle du

sacrifice du dieu.

Les types de sacrifice du dieu que nous venons de passer en revue se trouvent réalisés in concreto et réunis ensemble dans un seul et même rite hindou : le sacrifice du soma *. On y peut voir tout d’abord ce qu'est dans le rituel

1. Roschér, Lexikon, 1, 1059. — Frazer, Gold. B1p.398; cf Héra Aiyopzyos (Paus., INT, D, gi

2. Frazer, Gold. B., Il; p. 58 sqq. — Cf. Seidel, Fetischverbote in Togo. Globus, 1898, p. 355. s

3. Frazér, 10,11, p.62. — f. Diod”, V, 62 "Cf lle principe, Servius ad Æn., WI, IS : Victimæ numinibus aut per similitudinem aut per contrarietater 1immolabantur. |

4. On trouverà une bibliographie de ce qui concerne Soma dans Macdonnéll. Vedic Mythology. (Grundriss. d. nd. Ar. Philologie), p. 415. — Voir surtout Bergaigne, Rel. Ved.. 1, 148, 195 ; ÎT, 298, 366, ete — Hille-

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un véritable sacrifice du dieu. Nous ne pouvons exposer ici comment Soma dieu se confond avec la plante soma, comment il y est réellement présent, ni décrire les cérémonies au milieu desquelles on l’amène et on le reçoit sur le lieu du sacrifice. On le porte sur un payois, on l'adore, puis on le presse et on le tue. Alors, de ces branches pressurées, le dieu se dégage et se répand dans le monde; une série d’attributions distinctes le communiquent aux différents règnes de la nature. Cette présence réelle, cette naissance du dieu, succédant à sa mort, sont, en quelque sorte, les formes rituelles du mythe. Quant aux formes purement mythiques qu’a revêtues ce sacrifice, elles sont bien celles que nous avons décrites plus haut. C’est d'abord l’identification du dieu Soma avec l'ennemi des dieux, Vrtra, le démon qui retient les trésors d’immortalité et qu’'Indra tue‘. Car pour s'expliquer comment un dieu pouvait être tué, on $e l’est représenté sous les espèces d’un démon ;c'est le démon qui est mis à mort; de lui sort le dieu ; de l'enveloppe mauvaise qui la retenait, se dégage l’essence excellente. Mais, d’un autre côté, c’est bien souvent Soma qui tue Vitra; en tout cas, c’est lui qui donne des forces à Indra, le dieu guerrier, destructeur des démons. Même dans certains textes, c’est Soma, qui est son propre sacrificateur ; on va jusqu'à le représenter comme le type des sacrificateurs célestes. De là au suicide du dieu la dis-

brandt, Ved. Mythologie, 1 (exposé succinct du rite lui-même, p. 146 sq.) — Sur Soma dans les Brâhmanas, voir S- Lévi, Doctrine, p.169. — Le soma, planté annuelle, sacrifiée au printemps, cf. plus haut, p. 19, n. 1, nous semble avoir surtout servi originairement à un rile agraire (v. Bergaigne, Rel. Véd., IL, p. 8 et-9. n. 1); il est le « roi des plantes » dès le Rg veda, et l'Inde brahmanique à plulôl développé ce thème : v. Hillebrandt, Ved. Myth., p. 390. — Une clude complète du sacrifice du soma n'est pas faite encore, on comprend dès lors que nous n'ayons tenté de rien appuyer par cles textes, la matière élant ici infinie. — Quant aux interprétations naturalistes du mythe de Soma, nous ne pouvons les discuter toutes, nous les admettons d’ailleurs toutes, ne les trouvant nullement inconciliables.

4.$. Lévi, Doctr., p.162. Bergaigne, Rel. Véd., il, 84,85 :063 n.1, etc. — llillebrandt, Ved. Myth. Vicvdrüpa, p. 531, etc.

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tance n’était pas grande; les Brahmanes l'ont franchie

Par là, ils ont mis en lumière un point important de la théorie du sacrifice. Nous avons vu qu'entre la victime et le dieu il y atoujours quelque affinité : à Apollon Karnéios on offre des béliers, à Varura de l'orge, etc. C’est par le semblable qu'on nourrit le semblable et la victime est la nourriture des dieux. Aussi le sacrifice a-t-il été rapidement considéré comme la condition même de l'existence divine. C'est lui qui fournit la matière immortelle dont vivent les dieux. Ainsi, non seulement c'est dans le sacrifice que quelques dieux prennent naissance, mais encore c'est par le sacrifice que tous entretiennent leur existence. I à donc fini par apparaitre comme leur essence, leur origine, leur créateur !. Il est aussi le créateur des choses: car c'est en lui qu'est le principe de toute vie. Soma est à la fois le soleil et la lune au ciel, le nuage, l'éclair et la pluie dans l'atmosphère, le roi des plantes sur la terre: or, dans le soma victime, toutes ces formes de Soma sont réunies. IL est le dépositaire de tous les principes natritifs et fécon-

dants de la nature. ILest, en même lemps, nourriture des

dieux et boisson enivrante des hommes, auteur de l’immortalité des uns et de la vie éphémère des autres Toutes ces. forces sont concentrées, créées et distribuées à nouveau par le sacrifice. Celui-ci est donc « le maître des êtres ». Prajàpati. Il est le Purusa? du fameux hymne X, 90 du Rig Veda, dont naissent les dieux, les rites, les hommes, les castes, le soleil, la lune, les plantes, le bétail : il sera le Brahman. de l'Inde classique. Toutes les théologies lui ont attribué celte puissance créatrice. Répandant et rassemblant tour à tour la divinité, il sème les êtres comme Jason et Cadmos sèment les dents du dragon d’où naissent les guerriers. De la mort il tire la vie. Les fleurs et les plantes poussent sur le cadavre d'Adonis ; des essaims d'abeilles s’envolent du

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