SERRES LS
XVIII TL; ÉBRÉTAGES
à la certitude des représentations de la religion. Il y entre des mythes dont la simple récitation agit comme charme!
et des notions, comme celles de substance, de nature, de
force, eÿoiç et ôüvas, dont le bien fondé fut si peu contesté
qu’elles ont été admises par les sciences et les techniques.
Cependant, ni ces mythes, ni ces représentations abstraites
dont la valeur pratique est si haute, ne sont explicitement
l'objet de l'accord unanime et nécessaire d’une société. —
Enfin, pas plus que les rites, ces notions et ces mythes ne …
semblent avoir pour principe la notion du sacré. L’effica-
cité des pratiques était-elle donc du même genre que celle …
des techniques ; la certitude des notions et des mythes du
même genre que celle des sciences ?
Au moment où nous nous posions ces questions, les opérations mentales d'où dérive la magie étaient données comme des sophismes naturels de l'esprit humain. Associations d'idées, raisonnements analogiques, fausses apj/lica-
tions du principe de causalité, pour MM. Frazer? et Jevonss
en Coustituaient tout le mécanisme. L'école anthropologique anglaise arrivait ainsi, à des résultate tout à fait opposés à ceux vers lesquels nous conduisaient nos investigations sur la religion. Nous étions donc conduits à réviser ses travaux.
Notre enquèle* a établit que tous les éléments de la magie : magiciens, rites représentations magiques sont qualifiés par la société pour entrer dans la magie
Le mémoire que nous publions plus loin sur l Origine
ri
des pouvoirs magiques duns les sociétés australiennes en fait -
précisément la preuve avec détails en ce qui concerne la’ conscience même du magicien : le magicien est un fonc-
4. C£. Hubert et Mauss, PAS d une théorie générale de la Magie, Année sociologique, t. NII. 1904, p. 56.
em]
: J.-R. Frazer, Golden Bough, 2 édit. t. II, p. 460 ; LE, p. 370, sic: . Jevons, Introduction to the History of Religion, p.35, 297, 411.
em C0] )
4. Voir chap. su. Nous ne réimprimons pas ici ce travail que nous
nous proposons d'achever ct de rééditer.
PRÉFACE IX
tionnäire de la société, souvent institué par elle, et qui ne trouve jamais en lui-même la source de son propre pouvoir. On nous a reproché d’avoir étendu indûment ce que nous avions dit des corporations de magiciens. Mais en réalité les magiciens isolés sont reliés par les traditions magiques et forment des associations.
En ce qui concerne les rites et les représentations, le magicien n'invente pas à chaque coup. La tradition qu'il observe est garante de l’efficace des gestes et de l'autorité des idées. Or qui dit tradition dit société. En second lieu, si la magie n'est pas publique comme les sacrifices, la société n’y est pas moins présente. Si le magicien se retire, se cache, c’est de la société; et si celle ci le repousse, c'est qu'il ne lui est pas indifférent. Elle n’a peur des magiciens qu'en raison des pouvoirs qu’elle lui prête et il n'agit contre elle qu'armé par elle.
Enfin, ces pouvoirs, ces qualités ont tous un même caractère, procèdent tous d’une même idée générale. Cette notion. nous lui avons donné lenom de mana emprunté aux langues
malayo-polynésiennes, mais par lequel elle est désignée dans là magie mélanésienne, où M. Codrington? a révélé.
son existence. Elle est à la fois celle d’un pouvoir, celle
d’une cause, d’une force, celle d’une qualité et d’une
substance,celle d’un milieu. Le mot mana est à la fois substantif, adjectif, verbe, désigne des attributs, des actions, des natures, des choses. Ils’applique aux rites, aux acteurs, aux matières, aux esprits de la magie, aussi bien qu'à ceux de la religion. | |
Ï1 en résulte que les rites et les représentation magiques ont le même caractère social que le sacrffice et qu'ils dépendent d’une notion identique ou analogue à la notion de sacré. De plus nous avons commencé à montrer qu’il y
a des cérémonies magiques où se produisent des phéno-
1. Cf. H. Berr, Les Progrès de la Sociologie religieuse, Revue de synthèse historique, t. XII,1906, p. 84.