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sacrifice, un objet passe du domaine commun dans le domaine religieux; il est consacré. Mais toutes les consécrations ne sont pas de même nature. Il en est qui épuisent leurs effets sur l’objet consacré, quel qu’il soit, homme ou chose, C'est, par exemple, le cas de l’onction. Sacre-t-on un roi? Seule, la personnalité religieuse du roi est modifiée; en dehors d’elle, rien n’est changé. Dans le sacrifice, au contraire, la consécration rayonne au delà de la chose consacrée ; elle atteint entre autres la personne morale qui fait les frais de la cérémonie. Le fidèle qui a fourni la victime, objet de la consécration, n’est pas, à la fin de l’opération, ce qu’il était au commencement. Il a acquis un caractère religieux qu’il n’avait pas, ou il s’est débarrassé
Pentateuque. Nous n’essayerons pas d'emprunter à la critique biblique
les éléments d’une histoire des rites sacrificiels hébreux. D'abord, les
matériaux sont, à notre sens, insuffisants, Ensuite, si nous croyons
que la critique biblique peut constituer l’histoire des textes, nous refu-. sons de confondre cette histoire avec celle des faits. En particulier,
quelle que soit là date de la rédaction du Lévitique et du Priestercodex
en général, l’âge du texte n’est pas, selon nous, nécessairement l'âge du rite ; les traits du rituel n'ont, peut-être, été fixés que tardivement, mais
ils existaient avant d'être enregistrés. Ainsi nous avons pu éviter de poser,
à propos de chaque rite, la question de savoir. s’il appartenait ou non à
un rituel ancien. Sur la fragilité d’un certain nombre des conclusions de
l'école critique, Voy. Halévy, Rev. Sémilique, 1898, p. 1 sqq., 97 sqq.,
193 sqq., 289 sqq., 1899, p. { sqq. — Sur le sacrifice hébreu, comme
ouvrages généraux : Munk, Palestine,. Paris, 1845 ; — Nowack, Lehrbuch
der Hebräischen Archaeologie, 1894, II, p. 138 sqq.; — Benzinger,. Hebrüische Archaeologie, 1894, p. 431 sqq.; comme ouvrages spéciaux : Hupfeld, De prima el vera festorum apud Hebraeos ralione, Progr.
Halle, 1851; — Riehm, Ueber das Schuldopfer, Theol. Studien und Kri-
tiken, 1854; — Rinck, Uëber das Schüuldopfer, ibid., 4855 ; — J. Bach-
mann, Die Festgesetze des Pentateuchs, Berl., 1858: — Kurtz, Der Alltes-
tamentliche Opferkultus, Mitau, 1862 ; — Riehm, Der Begriff der Sühne,: Theol. St. Krit., 1877; — Orelli, Einige Alttestamentl. Prämissen zur
Neutest. Versühnungslehre, Zeitsch. f. Christl Wissen. u. Christ.
Leben, 1884; — Müller, Kritischer Versuch über den Ursprung und die
Geschichtliche Entwicklung des Pessach und Mazzothfestes. Inaug.
Diss., Bonn. 1884. — Schmoller, Das Wesen der Sühne in der Alttestam.
Opfertora. Theol. St. u. Krit., A8M; — Folck, De Nonnullis Veteris
Testamenti Prophelarum locis, etc, Progr, Dorpat, 1893;:— Br-
Baentsch, Das Heiligkitsgesetz, etc., Erfurt, 1893 : — Kamphausen, Das
Verhäliniss des Menschenopfers zur Israelitschen Religion, 1896. Progr.
Univ. Bonn. — Sur les textes évangéliques concernant le sacrifice, voir Berdmore Compton, Sacrifice, Londres, 1896.
ESSAI SUR LA NATURE ET LA FONCTION DU: SACRIFICE all
d'un caractère défavorable dont il était aflligé ; il s'est élevé à un état de grâce, ou il est sorti d’un état de péché.
Dans un cas comme dans l'autre, il est religieusement transformé.
Nous appelons sacrifiant le sujet qui recueille ainsi les bénéfices du Sacrifice ou en subit les effets :. Ce sujet est tantôt un individu* et tantôt une collectivité”, famille, clan, tribu, nation, société secrète. Quand c’est une collectivité, il arrive que le groupe remplit collectivement l'office de sacrifiant, c’est-à-dire assiste en corps au sacrifice * ; mais, parfois aussi, il délègue un de ses membres qui agit en son lieu et place. C’est ainsi que la famille est généralement représentée par son chef, la société par ses magistrats ©. C’est un premier degré dans cette série de représentations que nous rencontrerons à chacune des étapes du sacrifice.
Toutefois, il y a des cas où le rayonnement de la consé-
1. Le yajaména des textes sanscrits. Remarquons l'emploi de ce mot, . partièipe présent moyen du verbe yaÿ (sacrifier). Le sacrifiant est, pour les auteurs hindous, celui qui attend un retour sur. soi de l'effet de ses actes. (Rapprocher la formule védique « nous qui sacrifions pour nous», ye yajämahe, de la formule avestique yazamaide.Voir Hillebrandt, Rifual Litteratur, p. 11.) — Ces bénéfices du sacrifice sont, suivant nous, des contre-coups nécessaires du rite. Ils ne sont pas dus :
à une volonté divine libre, que la théologie 4, peu à peu, intercalé entre l'acte religieux et ses suites. On comprendra, dès lors, que nous négligions un certain nombre de questions qui impliquent l'hypothèse du sacrifice don et l'intervention de dieux rigoureusement personnels.
2. C'est le cas normal dans le sacrifice hindou, qui est, aussi rigoureusement que possible, en théorie du moins, individuel. 3. Par exemple, 1/. À, 313 sqq.
4. C’est le cas, en particulier, des sacrifices vraiment totémiques, et de ceux où le groupe remplit lui-même le rôle de sacrificateur, tue, déchire et dévore la victime; enfin d'un bon nombre de sacrifices humains, surtout ceux de l’endocannibalisme. Mais, souvent, le seul d'assister suffit.
: Dans l'Inde antique, le maître de maison (grhapali) sacrifie quelae pour toute sa famille. Quand il n’est que participant aux cérémonies, sa famille et sa femme (cette dernière assistant aux grands sacrifices), en reçoivent certains effets.
6. Selon Ezechiel, le prince (naçi — exilarque) devait faire les frais
du sacrifice des fêtes, fournir les libations et la victime. Ezech. XLW, 47 ; IL Chron. XXXI, 3.
cration sacrificielle ne se fait pas directement sentir sur le sacrifiant lui-même, mais sur certaines choses quitiennent plus ou moins directement à sa personne. Dans le sacrifice qui a lieu lors de la construction d’une maison !, c’est la maison qui est affectée et la qualité qu’elle a acquise ainsi peut survivre à son propriétaire actuel. Dans d’autres cas, c'est te champ du sacrifiant, la rivière qu'il doit passer, le serment qu’il prête, l'alliance qu'il conclut, etc. Nous appellerons objets du sacrifice ces sortes de choses en
vue desquelles le sacrifice a lieu. Il importe, d'ailleurs, de
remarquer que le sacrifiant est atteint, lui aussi, en raison même de sa présence au sacrifice et de la part ou de l’inté- . rêt qu’il y prend. L'action rayonnante du sacrifice est ici particulièrement sensible; car il produit un double eftet, l’un sur l'objet pour lequel il est offert et sur lequel on veut agir, l’autre sur la personne morale qui désire et provoque cet effet. Quelquefois même, il n’est utile qu’à condition d’avoir ce double résultat. Quand un père de famille sacrifie pour l'inauguration de sa maison, il faut non seulement que la maison puisse recevoir sa famille, mais encore que celle-ci soit en état d’y entrer ?.
On voit quel est le trait distinctif de la consécration dans le sacrifice; c’est que la chose consacrée sert d’'intermédiaire entre le sacrifiant, ou l'objet qui doit recevoir les effets utiles du sacrifice, et la divinité à qui le sacrifice est généralement adressé. L'homme et le dieu ne sont pas en Contact immédiat. Par là, le sacrifice se distingue de la plupart des faits désignés sous le nom d’alliance par le sang, où se produit, par l'échange du sang, une fusion directe de la vie humaine et de la vie divine *. Nous en dirons autant