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ESSAI SUR LA NATURE ET LA FONOTION DU SACRIFICE a
attentivement purifiés. Mais il en est un qui doit retenir notre attention ; car il fait, à vrai dire, partie de l’autel:; c’est le yäpa, le poteau auquel va être liée la bête. Ce n’est pas une matière brute; mais l'arbre avec lequel il a été fait avait déjà par lui-même une nature divine?, que des onctions et des libations ont encore renforcée®. Il occupe, lui aussi, une situation éminente, car c’est là que se tiendra le plus important de tous les personnages visibles qui prendront part à la cérémonie, la victime. Aussi les Brâähmanas le représentent-ils comme un des points où viennent converger et se concentrer toutes les forces religieuses qui sont en jeu dans le sacrifice. Par sa tige élancée, il rappelle la manière dont les dieux sont montés au ciel”; par sa partie. supérieure, il donne pouvoir sur les
Le Àp. gr. sû., NII, 9, 6. Il est planté de telle facon qu'une moitié eu soit dans la limite de la vedi, une autre moitié en dehors.
2. On recherche un arbre d'essence déterminée (T. S.,6, 3, 3, 4. Ap. çr. si., VI, 1, 46.17. Voir Schwab, p. 2 sqq). On l’adore et le propitie (4p. cr. sû., NLE, 2, 1); on l’oint; on le coupe avec précautions; on oint et on incante la souche, Toutes cérémonies qui, comme l’a vu M. Oldenberg, marquent bien un cas d’ancien culte de la végétation, (Rel. d. Ved., p. 256). M. Old. compare encore (p. 90) ce poteau, d’une part aux poteaux sacrificiels en général et en particulier à l'ashera sémitique, plantée, elle aussi, sur l'autel (Voy. Rob. Smith, Rel. of Sem., p- 187, n. 4). Les deux rapprochements sont en partie fondés.
3. Àp. cr. st, NIX, 10. 4 sqq. Pour le sens du rite (T.'S., 6, 3, 4, 2. 3). Le, rite tout entier avec tout son symbolisme est certainement ancien. Pendant qu'on oint le yäpa, qu’on l’enfonce et le dresse, ce sont des mantras du Rg veda que récite le hotar (ago. çr. sû., 3, 4, 8-11). — Les mantras sont dans l’ordre suivant : I, 36, 13. 14; III, 8, 13. 2. 5. # (Hymne âpri); au cas ou il y à plusieurs bêtes sacrifiées et plusieurs poteaux, II, 8, 6, 11. Le même rituel est prescrit, AL OBT NON 2 T3; qui commente les vers du Rig-veda. Cet hymne exprime déjà les diverses fonctions du yäpa, qui tue les démons, protège les hommes, symbolise la vie, porte l’offrande aux dieux, étaie le ciel et la terre. Cf. T. S., 6, 3. 4,1. 3.
4. Le sacrifiant reste lui aussi, un certain temps, tenant le yüpa. (4p. gr. sû., T, 11, 5. Selon certains sûtras, la femme et l’officiant y restent aussi. La tradition des Âpastambins paraît meilleure). En tous cas c'est le sacrifiant qui fait une partie des onctions, et passé sa main tout le long du poteau. Tous ces rites ont pour but d'identifier le sacrifiant au poteau et à la victime dont on lui fait prendre pendant un certain temps la place.
D dté. Br, 61,4, CCG EBr., 1,672,A5ete.
choses célestes, par sa partie médiane, sur les choses de J'atmosphère, par sa partie inférieure, sur celles de la terre ‘. Mais en même temps, il représente le sacrifiant ; c'est la taille du sacrifiant, qui détermine ses dimensions?. Quand on l’oint, on oint le sacrifiant; quand on l’affermit, c'est le sacrifiant qu’on affermit #. En lui s’opère, d'une manière plus forte que dans le prêtre, cette communica-. tion, cette fusion des dieux et du sacrifiant, qui deviendra plus complète encore dans la victime *.
La mise en scène est maintenant réglée. Les acteurs sont prêts. L’entrée de la victime va commencer la pièce. Mais avant de l'introduire, il nous faut noter un caractère
essentiel du sacrifice : c’est la parfaite continuité qu'il est …
requis d’avoir. À partir du moment où il est commencé *, il doit se poursuivre jusqu’au bout sans interruption et dans l’ordre rituel. I faut que toutes les opérations dont il est composé se succèdent sans lacune et soient à leur place. Les forces qui sont en action, si elles ne se dirigent pas exactement dans le sens prescrit, échappent au sacrifiant et au prêtre et se retournent contre eux, terribles. Cette
LT S6, DA BAT OR TS S, E TU ESS, RAS, . 2. I a la taille du sacrifiant quand celui-ci est Soit sur un char, soit debout et les bras levés (T. S., 6,3, 4, 1. AD. cr. sû., NII, 2,41. sqq.). DIS 7,169 1e
4. Nous supposons que ce qui est vrai de la vedi et du yüpa l’est, en général, des autels, bétyles et pierres levées sur lesquels où au pied desquels on sacrifie. L’autel est le signe de l’alliance des hommes et des dieux. D’un bout à l’autre du sacrifice le profane s’unit au divin.
$. De là la prière dite au commencement de tout sacrifice, par le Sacrifiant « puissé-je m'égaler à ce rite » C. B., 1, 1, 1, 7. De là surtout la métaphore courante dans les textes sanscrits qui compare le sacrifice à une toile que l’on tisse et que l’on tend : R. V., X. 130 ; Bergaigne et Henry, Manuel pour éludier Le sanscrit védique, p. 125,.n.; S. Lévi, Doctr., p. 19; p. 80, n. 4.
6.S. Lévi, i0., 23 sqq. Toute faute rituelle est une coupure dans:la toile du sacrifice. Par cette coupure, les forces magiques s’échappent et font mourir, ou affolent, où ruinent le sacrifiant. — Nous n'avons pas besoin de rappeler les cas fameux racontés par la Bible, d’hérésies rituelles terriblement punies ; les fils d'Héli, la lèpre du roi Osias, ete. — C'est qu’en général, il est dangereux de manier les choses sacrées : par exemple, il faut avoir soin, dans l’Inde védique, que le sacrifiant ne touche pas la vedi
continuité extérieure des rites n'est même pas suffisante :
Il faut encore unetferme constance dans l’état d'esprit où se trouvent le sacrifiant et le sacrificateur en ce qui concerne les dieux, la victime, le vœu dont on demande l'exécution?. Ils doivent avoir dans le résultat automatique du sacrifice une confiance que rien ne démente. En somme, il s’agit d'accomplir un acte religieux dans une pensée religieuse ; il faut que l'attitude interne corresponde à l’attitude externe *. On voit comment, dès le principe, le sacrifice a exigé un credo (çraddhà équivaut à credo, même phonétiquement) ; comment l’acte a entraîné à sa suite la foi.
La victime.
Nous disions tout à l’heure que la construction de l’autel, dans le rite hindou, consiste à décrire sur le sol un .cercle magique. En réalité, toutes les opérations que nous venons de passèr en revue ont le même objet. Elles aboutissent à tracer comme une série de cercles magiques concentriques, intérieurs à l'espace sacré. Sur le cercle extérieur, se tient le sacrifiant ; puis, viennent successivement le
(GC. B., 1. 2, 5, 4) et de ne toucher personne avec le sabre de bois magique, etc.
4. Les expiations rituelles ont EE te pour but d'isoler les ans des fautes qui sont commises au cours du rite (voir plus haut). Cf. Serv. ad Aen. IV, 696. EF sciendum si quid cærimoniis non fuerit observatum, piaculum admitti. — Arnob. IV. 31.— Cic. d.har. resp., XI. 23. — De même, le frontal du grand-prêtre à Jérusalem expiait toutés les fautes légères commises au cours du rite: Ex. XXVIIL, 38. Cf. Talm. J. Yoma NH, 1 (Schwab, V,.p. 175). -
2. Ici nous avons un curieux parallèle à établir avec les théories du rituel judaïque. Un agneau consacré au sacrifice pascal ne pouvait être changé (Talm.Pesachim, IX, 6, Mischné); de même une bête désignée pour un sacrifice doit être sacrifiée, même si la personne meurt pour qui le sacrifice devait être fait (ib. Haggigha 1, 4, Gem. fin, Schwab, VI, p. 261). Pour là même raison on faisait passer devant le grand-prêtre,la veille du Kippour, toutes les bêtes qu'il devait égorger le lendemain, afin qu'il ne fit pas de confusion entre les diverses victimes.
3. On sait que l'attitude ordinairement recommandée est le silence. Voir plus loin, p. 48. Cf. Marquardt, op. cit, VI, p. 178.