‹ Mélanges d'histoire du Moyen Âge publiés sous la direction de M. le Professeur Luchaire (volume 2)Chapitre 15 sur 51 · Luchaire. — Moyen Aye · texte numérisé non relu

Luchaire. — Moyen Aye

MÉLANGES D’lilST01RE DU MOYEN AGE

sonne. N’est-ce pas lui qui a révélé au monde savant 1 l’impudente supercherie commise en 1216 par Louis de France, l’héritier de Philippe- Auguste, ou par les hommes de loi à ses gages? Pour justifier ses prétentions au trône d’Angleterre, le fils du roi de France adresse alors au pape et aux Anglais un mémoire où la vérité historique est effrontément travestie, où abondent les arguments mensongers et mêmes contradictoires et cela sur des faits (comme celui du fameux procès intenté à Jeaû-Sans-Terre par devant les pairs de France au sujet du meurtre d’Artur) qui s’étaient passés, il y avait quinze ans à peine! Et le pape à qui on voulait faire croire tant de faussetés2 et qui les accepta en partie, Innocent III, était celui-là même qui était en fonctions et en rapports journaliers avec la France et l’Angleterre, au moment où s'étaient produits les événements qu’on dénaturait ou qu’on inventait avec tant d’audace ! Un pareil exemple suffit à faire comprendre comment, en 1158, des officiers du comté d’Anjou, fonctionnaires du roi Plantagenet, ont pu oser, sur un événement soi-disant arrivé quarante ans plus tôt et sur d’obscurs détails d’institutions, produire un document rempli d’allégations fausses, et même s’en servir à la cour de France pour appuyer les prétentions de leur maître. Gomme l’a très bien dit l’historien de Louis VIII3 : « la crédulité des gens de cette époque s’explique aisément si l’on songe aux conditions de la vie au moyen âge, aux difficultés des communications et à la pauvreté des informations ». On connaissait mal le passé, même récent, et l’on avait la mémoire courte, autant que le sens critique peu développé.

Telles sont les observations que nous a suggérées l’analyse

1. Bémont,Z)e la condamnation de Jean-Sans-Terre par la cour des pairs en 4 202 y dans Reçue historique , XXXII.

2. Les assertions inexactes des envoyés de Louis de France, en 1216, ne portent pas seulement sur les faits historiques de premier ordre, mais sur de menus détails dont la vérification était pourtant facile. Par exemple, ils affirment au pape que, depuis le procès de 1202, Jean-Sans-Terre n’a jamais été qualifié roi par la cour de France, mais seulement roi déposé ou ex-roi. Or, comme l’a remarqué M. Petit-Dutaillis ( LouisVIII , p. 82), cette allégation est absolument fausse. Dans tous les actes et dans toutes les lettres émanées de Philippe-Auguste, de 1203 à 1216, Jean-Sans-Terre est qualifié « rex Anglie » et le roi de France n'a jamais cessé de traiter avec lui d’égal à égal. Ceci prouve que les affirmations précises et détaillées des faussaires ne doivent pas nous faire illusion.

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