‹ Mélanges d'histoire du Moyen Âge publiés sous la direction de M. le Professeur Luchaire (volume 2)Chapitre 18 sur 51 · L. Delisle. Chronique de Robert de Torigni · texte numérisé non relu

L. Delisle. Chronique de Robert de Torigni

2. Ibid., I, p. 351. « Cornes Carnotensis Tedbaudus despondit filiam Ludovici regis Franciæ, et ideo rex ei concessit dapiferatum Franciæ quem cornes Andegavensis antiquitus habebat, unde etiam nostris temporibus Radulfus de Parrona pro eo serviebat, et inde ei homagium faciens, ut domi- ,num honorabat. »

3. Ibid., II, p. 10. « In Epiphania Domini, concordati sunt rex Francorum et rex Anglorum. Henricus, filius Henrici regis Anglorum, fecit homagium régi Francorum, socero suo, de Andegavensi comitatu et de ducatu Brittanniæ, quem rex concessit eidem generi suo. Nam de Normannia fecerat ei ante homagium, et concessit ei rex Francorum ut esset senescallus Franciæ, quod pertinet ad feudum Andegavense. Richardus, fdius Henrici regis Anglorum, fecit homagium régi Francorum de ducatu Aquitaniæ. »

4. Ibid., II, p. 11. « In purificatione Beate Marie, fuit Henricus filius regis Anglorum, Parisius, et servi vit régi Francorum ad mensam, ut senescallus Franciæ. Hanc senescalliam, vel, ut antiquitus dicebatur, majoratum domus regiæ, Robertus rex Francorum dédit Gaufrido Grisagonella comiti Andegavorum, propter adjutorium quod ei impendit contra Othonem imperatorem Alemanniæ. Dédit etiam ei quicquid habebat in episcopatu Andegavensi. Postea vero, cum Gaufridus, cornes Perticensiset David, cornes Ceno-

Nous devons conclure de ces trois passages : 1° que Robert de Torigni a mis une insistance particulière à persuader à ses lecteurs que la sénéchaussée de France était une charge attachée au comté d’Anjou, et qu’en somme, avec la brièveté relative que lui imposait sa tâche d’auteur d’une histoire universelle continuant celle de Sigebertde Gembloux, l’abbé du Mont-Saint-Michel soutient une thèse qui est exactement celle d’Hugue de Clers ; 2° qu’il a non seulement connu, mais utilisé pour sa propre démonstration, le traité de Senescalcia , car il n’a fait qu’en abréger la partie préliminaire dont il endosse tous les anachronismes, et il y a certaines raisons de penser qu’il lui emprunte aussi le passage relatif à Raoul de Péronne. Sur ce dernier point, les expressions qu’il emploie « nostris temporibus » sont de nature, il est vrai, à donner le change en faisant croire à un souvenir personnel ; mais en admettant meme qu’il en soit ainsi, on est fondé à révoquer en doute l’exactitude du souvenir, puisque, dans le même passage, Robert commet l’erreur très grosse d’affirmer qu’en 1164 Louis VII donna le dapiférat au comte de Blois, Thibaut V, alors que celui-ci avait été nommé sénéchal dix ans auparavant1.

L’abbé du Mont-Saint-Michel est d’ailleurs le seul chroniqueur qui nous informe qu’à l’entrevue de Montmirail, Louis VII accorda la charge de sénéchal à Henri le Jeune. Il n’est question de cette concession ni dans les autres historiens anglais, ni dans les lettres de Jean de Salisbury qui nous font connaître pourtant les négociations et les actes de la conférence dans le plus grand détail. On se demande comment Louis VII aurait pu le faire sans blesser profondément son allié et beau-frère, Thibaud, le comte de Blois, le sénéchal de France en exercice, qui, étant le pair du comte d’Anjou, n’aurait eu aucune raison de lui faire hommage et de se résigner à une situation subordonnée. Robert de Torigni est également la source unique pour ce détail que, le 2 février 1169, Henri le Jeune, pendant un séjour à Paris, aurait servi le roi de France à table, en qualité de sénéchal. En supposant que le fait soit exact, il ne faudrait pas en conclure que le

mannensis, essent rebelles eidem Roberto régi Francorum, predictus rex Francorum,Gaufrido Grisagonella ferente sibiauxilium, obsedit municioneni Moritoniæ et cepit.Et quia David, cornes Cenomannorum, evocatus a regead eum venire contempsit, dédit rex Gaufrido Grisagonella homagium illius et ipsam civitatem, et quicquid habebat in episcopatu Cenomannensi. »

1. Cette erreur a été très justement relevée par M. Bémont (p. 259, note 3).

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roi de France reconnaissait, par là même, le droit de son vassal d’Anjou à la sénéchaussée héréditaire. Au moyen âge, quand un roi recevait dans un festin d’apparat des princes étrangers ou de hauts barons, servir à la table royale et faire l’office de dapifer était un honneur que l’on réservait d’habitude à l’hôte le plus élevé en dignité. Cette prérogative purement honorique et temporaire n’engageait en aucune façon le souverain qui la conférait.

Il résulte des observations précédentes que le témoignage de Robert de Torigni, inspiré visiblement de récrit de Hugue de Clers, ne peut être accepté qu’avec défiance. Fidèle serviteur de Henri II, ce chroniqueur voulait que les prétendus droits de son maître au grand dapiférat de France fussent mis hors de contestation. Rappelons-nous qu’il est l’historiographe sinon officiel, du moins très officieux du Plantagenet, officieux au point d’avoir gardé un silence presque absolu sur le conflit de Henri II et de Thomas Becket, c’est-à-dire sur l’événement le plus considérable de l’histoire de l’Angleterre et de la France pendant une période de six années1.

La preuve que la thèse sur le dapiférat héréditaire des comtes d’Anjou était à l’ordre du jour parmi les fonctionnaires et les sujets dévoués de Henri II, se trouve encore dans ce fait que l’auteur de l’ Historia comitum Andegavensium 2 a reproduit littéralement à la fin de sa chronique les deux derniers passages de Robert de Torigni. De même Fauteur de la Chronica de Gestis consulum Andegavensium avait inséré dans la sienne la première partie de l’écrit de Hugue de Clers3, ces légendes relatives à Geoffroi-Grisegonelle et au roi Robert dont l’abbé du Mont-Saint- Michel nous a donné seulement le résumé.

La charte de Saint-Julien de Tours .

Le seul document diplomatique où il soit fait mention expresse

1. La remarque est de M. L. Delisle lui-même (Robert de Torigni , II,

p. XI l).

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