‹ Mélanges d'histoire du Moyen Âge publiés sous la direction de M. le Professeur Luchaire (volume 2)Chapitre 19 sur 51 · Marchegay et Salmon, Chroniques d'Anjou , p · texte numérisé non relu

Marchegay et Salmon, Chroniques d'Anjou , p

3. Ibid., p. 75 et suiv. Comme nous ne nous occupons pas, dans cette étude, de la première partie du traité de Senescalcia , nous laissons absolument de côté la question du rapprochement à établir entre l’écrit de Hugue de Clers et le De Gestis consulum Andegavensium , pour le texte qui leur est commun. Il n’y a pas identité absolue, et à certains égards, celui du De Gestis

dudapiférat des comtes d’Anjou est une charte non datée1 où Henri II déclare qu'à Orléans le roi de France a reconnu que la garde de l’abbaye de Saint-Julien de Tours appartenait au comte d’Anjou en vertu de sa dignité de sénéchal « ex dignitate dapiferatus mei » et que l’archevêque de Tours n’avait à exercer sur cette abbaye d’autre pouvoir que l’autorité spirituelle appartenant au chef du diocèse. Les témoins de cet acte ont été Josce, archevêque de Tours, l’abbé de Saint-Euverte (d’Orléans), l’abbé de Saint-Benoît-sur-Loire, deux chapelains, Geoffroi et Etienne, Richard, trésorier, Jean, chambrier de Vendôme, B. frère du roi de France2, Guillaume, fils d’Haimon3, Robert de Neubourg et Hugue de Glers.

M. Bémont reproche à Mabille d’avoir affirmé que cette charte était fausse et d’avoir dit : « Ce serait le seul acte qui pourrait être allégué en faveur des prétentions angevines, mais il est facile de voir que cette charte n’est pas authentique » , sans avoir démontré la non-authenticité du document. Mabille aurait du, en effet, donner ses raisons. Il a pensé probablement (ce que nous ne pouvons pas nous-même ne pas penser) que la mention d’Hugue de Clers au bas d’un acte unique dans son genre, et destiné évidemment à faire considérer comme hors de doute le droit du comte d’Anjou à exercer le dapiférat, suffisait à éveiller les soupçons. Après le De Senescalcia , voici un second document qui nous représente encore Hugue de Glers comme chargé d’une mission de confiance par son maître (puisqu’il se trouve à la cour de Louis VII avec deux des principaux conseillers de Henri II). Sa présence à la cour de France se trouve liée de nouveau à une reconnaissance officielle du gouvernement capétien en ce qui concerne la légitimité des revendications de l’Anjou! A priori, le doute est permis, et dans les observations qui vont suivre, on ne trouvera rien, si nous ne nous trompons, qui soit de nature à

pourrait être considéré comme plus complet. Mais ceci importe peu au but que nous poursuivons.

1. Les Bénédictins (II F. XVI, 17 et 636) font attribuée, avec toute raison, à l'année 1158, Josce n’ayant été élu archevêque de Tours qu’en 1157 (voir Dumas, De Joscii Turon. archiep. vif a , 1894) et un autre témoin, Robert de Neubourg, étant mort en 1159, au témoignage de Robert de Torigni.

2. Il n’y a pas de frère de Louis VII dont le nom commence par B. Les Bénédictins ont corrigé B. en P. (Philippe).

3. Le texte porte « Willelmo sil. Ilam. ». Les Bénédictins ont corrigé en « filio Hamonis ». Guillaume, fils de Haimon, sénéchal de Bretagne, était un des fonctionnaires les plus influents de Henri II, dans la France angevine.

MÉLANGES d’iïTSTOIRE DU MOYEN AGE

diminuer l’impression de méfiance qu’un tel document fait naître à première vue.

1° La charte de Saint -Julien ne se retrouve pas dans les collections des titres relatifs à cette abbaye que nous avons pu consulter, celle du t. 77 de Baluze et celle du ms. latin 5443, de la Bibliothèque Nationale. Gaignières, auteur de ce dernier recueil, ne dit pas un mot (soit en faisant l’histoire des abbés de Saint- Julien, soit en citant ses extraits), qui soit une allusion à cette pièce ou à son contenu.

2° Tous ceux qui l’ont citée l’ont empruntée aux Miscellanées de Baluze (IV, 486) 1 : Baluze lui-même ne l’a pas prise dans un cartulaire de Saint- Julien ou dans les archives de cette abbaye, mais dans le ms. 2669 de la Bibliothèque de Colbert, c’est-à-dire dans un registre de Philippe- Auguste. La pièce n’est d’ailleurs pas un original, mais un vidimus du bailli de Tours, R. Barbou, daté de 1288, et un vidimus qui n’est guère en forme. Pris en lui-même, ce document ne présente rien qui soit étranger aux usages de la chancellerie de Henri II, si ce n’est pourtant que la formule Testes et la mention du lieu, qui terminent d’ordinaire les chartes de ce roi, sont absentes. Les témoins mentionnés après les mots his audientibus sont évidemment ceux qui assistaient à Yaudientia d’Orléans et qui constituaient, dans cette circonstance, l’entourage du roi Louis VIL

3° Il est tout à fait étrange que l’archevêque de Tours, Josce, ait été témoin d’un acte dirigé précisément contre son autorité et contre les droits traditionnels de son église, car nous possédons une lettre de lui adressée à Louis VII 2 où il supplie le roi de France de faire exactement le contraire, c’est-à-dire d’empêcher les moines de Saint-Julien d’élire un abbé du parti angevin et de leur rappeler que, de toute antiquité, leur monastère relève temporellement de la royauté française et de l’archevêché de Tours. Cette lettre, très authentique, prouve, sans aucun doute,

1. Mabillon, De re diplomatica, 605, Ta reproduite aussi, d’après le t. III de dom Estiennot. Mais son texte n’est pas aussi complet que celui de Baluze, car il s’arrête aux mots « Gaufrido et Stephano capellanis » et il se termine par la mention chronologique suivante : Actum anno MCCLXXX1II die mercurii ante festum beati Georgii. Il ne s’est pas aperçu qu’une telle mention ne pouvait convenir à Henri II et que cette date n’était que celle d'un vidimus ; de sorte que plusieurs de nos anciens historiens (notamment Du Tillet, Recueil des rois de France , in-4°, 1618), l’ont attribuée à un roi anglais de la fin du xme siècle.

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