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36 MÉLANGES D’HISTOIRE DU MOYEN AGE
traitée directement par le chancelier d’Angleterre , Thomas Becket. Il était très important pour le Plantagenet, qui n’avait sur la Bretagne que des droits fort problématiques, de pouvoir, au nom de l’autorité royale, citer devant lui les nobles bretons, juger leurs différends, et imposer ses volontés par les armes1. Les expressions employées par Gervais de Canterbury indiquent assez clairement que le chancelier de Henri II réussit, à force d’adresse « per industriaux », à persuader au crédule Louis VII « viro nimis simplici » que le Plantagenet avait certains droits à exercer le dapiférat. Que, pour la circonstance et afin d’aider au succès de la négociation, les hauts fonctionnaires de la cour d’Angers et les clercs de la chancellerie angevine aient mis au jour le document signé du sénéchal Hugue de Glers , il y a là quelque chose de très vraisemblable. Ce n’est pas, assurément, une conjecture en l’air : l’allusion du chroniqueur à la crédulité du Capétien « par trop simple » semblerait même indiquer que les moyens employés par la diplomatie anglaise ne furent pa£ toujours, en cette occurrence, d’une honnêteté parfaite. M. Hirsch, dans ses recherches très approfondies sur la première partie du règne de Louis VII2 a rattaché, avec raison, croyons-nous, l’apparition du De Senescalcia à la négociation de 1158; il n’est pas douteux, pour lui, que Thomas Becket ait, sur ce point, trompé le roi de France avec préméditation3.
Ce n’est pas d’ailleurs l’unique circonstance où le nom de Thomas Becket se trouve rapproché de celui de Hugiie de Clers. En 1163, un des amis dévoués du chancelier, l’évêque de Poitiers, Jean, lui écrivait4 pour lui rendre compte des négociations dont
1. « Ut quasi senescallus regis Francorum intraret Britanniam et quosdam ibidem inter se inquietos et funebre bellum exercentes coram se convocaret et pacificaret, et quem inveniret rebellem, violenter coherceret ».
2. Hirsch, Studien zur Geschichte Kônig Ludwigs VII von Frankreich (1119-1160), p. 96, et note 4.
3. Hirsch, ibid., note 4 « Scheint Thomas mit Erfolg den Kônig getaüscht zu haben, als er ihm auf Grund eines nach 1150 fabrizierten Pamphletes vorspiegelte, dass schon vor lângerer Zeit die franzôsische Seneschalkswürde an Mitglieder des Hauses Anjou verliehen worden sei. »
4. Robertson, Materials for the histotnj of Thomas Becket , IV, p. 37-41. Nous citons in extenso le passage relatif à Hugue de Glers, p. 40 : « Sed hujus consultationis obtenta cum Turonis pervenissem, inveni supra nominatos regis officiales, jam flrmato consilio quod in Arverniam proliciscerentur, ipso die ad castrum quod Luchiæ nominatur, profectos esse. Quod ego continuo duplomate usque ad idem castrum prosecutus, ibidem Willelmum
il l’avait chargé auprès des agents de Henri II en France, parmi lesquels on comptait les deux sénéchaux Guillaume, fils d’Haimon et Hugue de Clers. Il ressort de cette longue lettre que Thomas Becket était en correspondance particulière avec le sénéchal de la Flèche, ou plutôt avec son clerc ou secrétaire, dont le nom ne nous est connu que par l’initiale G. L’évêque devait remettre à ce clerc une lettre de Becket certainement très importante et tout à fait confidentielle, puisque Hugue de Clers, en l’absence de son secrétaire, demanda qu’on la laissât entre ses mains, et promit sur sa foi de ne la montrer à personne autre qu’au destinataire. La lettre de l’évêque de Poitiers prouve aussi que Hugue de Clers, bien que fonctionnaire de Henri II, était très sympathique à la cause pour laquelle combattait alors le chancelier d’Angleterre, et que son dévouement même au Plantagenet lui faisait craindre que son maître, « offensant Dieu », n’attirât sur lui la colère céleste. Les rapports intimes de Hugue de Clers avec Becket sont donc hors de doute ; et nous ne ferions pas, après tout, une hypothèse par trop invraisemblable si nous supposions que ce clerc G., confident et intermédiaire du sénéchal et du tout-puissant chancelier, n’a pas été étranger à l’élaboration du traité De senescalcia.
(ilium Hamonis et Hugonemde Cleers reperi.Cæteri jam ab ante auroram ad Castrum Radulfi iter arripuerant. Apud quos cum nihil consilii fere quod ad negotium ecclesiæ meæ attinebat, invenissem, gaudio tamen gavisus sum quod opportunitatem accepi conveniendi ipsum Hugonem de Cleers super litteris quas ei mittebatis. Cumque præsensissem quod G. clericus ejus ibidem prœsens non esset, adjeci me in mandatis accepisse a vobis, quod ego, si ille abesset, in litteris legendis, et in eisdem, postquam lectæ essent, communicandiset etiam in rescribendo vobis, si quid rescribere vellet, absentis locum supplerem. Et quoniam spatium illi ad ea quæ rescribere volebat non suppetebat, impetravit a me ut litteras quas G. suo mittebatis, ipse in manu sua fîdeliter reeiperet, et illas, quas ipsi prælegeram, sub fldei suæ pollicitatione, donec ad eas rescripsisset conscrvaret, nullius oculo nisi sæpedicti G. illas inspecturo. Et is, quantum mihi videtur, compatitur injuriis que ecclesiæ Dei irrogantur, etsi non usquequaque forsitan contemplatione divina, respectu tamen, ut existimo, afTectionis domini sui, eui, quantum animadvertere possum, timet ne forte, in his quæ agit, a Deo, quem ofTendere videtur, percutiatur. »