‹ Mélanges d'histoire du Moyen Âge publiés sous la direction de M. le Professeur Luchaire (volume 2)Chapitre 35 sur 51 · Inv · texte numérisé non relu

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MÉLANGES d’hISTOIRE DU MOYEN AGE

s’approcher des perfections de Y Anti-Claudien 1 et maître Alain de Lille resta toujours pour lui un ami qu’il chérissait tendrement 2. Il s’armait contre la luxure, il se mettait en garde contre la flatterie ; il célébrait la toute-puissance de la raison « qui discipline les affections et gouverne les emportements 3 ». Il tentait, à force de considérations, de parer aux faveurs ou aux coups de la Fortune 4. D’autre part, il était appliqué à profiter des préceptes que Christine de Pisan donne aux princes dans le Corps de Pollicie 5. Il relisait les devoirs du jeune Chevalier, codifiés dans le Bréviaire des Nobles °. Le Jouvencel de Jean du Beuil lui offrait d’utiles conseils pour son éducation militaire7. Dans le Curial d’Alain Chartier, il avait appris la Cour8. Il examinait les graves questions qu’un prince de son sang avait à résoudre : les Seigneurs et le Clergé doivent-ils être entièrement soumis aux Rois9, les Rois doivent-ils être soumis au Pape10, le Pape doit-il être soumis au Concile11. Il marquait au passage, en dépit des préjugés de sa caste et de son rang, cette belle pensée de Juvénal : « La seule noblesse de l’homme c’est la vertu » ; et il soulignait cette autre : « Les peuples seront heureux quand les rois seront philosophes et quand les philosophes seront rois 12 » . Antonin ou Marc-Aurèle ne se réglaient pas sur d’autres maximes.

Ainsi, Jean d’Angoulème, qui cherchait à commander à ses instincts avant de commander à ses sujets, n’était en rien un rêveur ni un spéculatif; il avait le sens de l’utile, le goût des idées pratiques. Il aimait le bien autant que le vrai, et ses livres étaient mieux que l’agréable délassement de son esprit ; il y voulait trouver le premier apprentissage de la vie 13 .

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