‹ Mélanges d'histoire du Moyen Âge publiés sous la direction de M. le Professeur Luchaire (volume 2)Chapitre 36 sur 51 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

Les leçons un peu sèches de la morale, l’histoire les illustrait par des exemples vivants. Il retrouvait, dans la Légende Dorée 1 et dans la Vie des Anciens Pères2, les miracles et les faits glorieux des Annales de l’Eglise, transformés par la poésie et la naïve inconscience des siècles de Foi.

Du reste, ce n’était pas à l’histoire qu’il attachait le plus volontiers ou le plus intelligemment sa pensée. Sans doute, Valère Maxime3 lui donnait, sur les mœurs de Rome et du monde ancien, une foule d’anecdoctes curieuses et quelquefois puériles ; sans doute, il avait honoré d’une copie de sa main les Chroniques de Martin le Polonais 4, dans lesquelles il trouvait les principaux événements depuis Auguste et depuis saint Pierre jusqu’en 12775; sans doute encore, Guillaume de Tyr l’instruisait de cette « Terre d'au-delà les mers » que les Croisés ne réussirent pas à coloniser 6 et il pouvait lui arriver de parcourir tous ces auteurs non sans plaisir. Mais, assurément, il les lisait sans critique. Ses remarques prouvent qu’il ne songeait guère à séparer chez eux la vérité de l’erreur et qu’il ne valait pas mieux, sur ce point, que ses contemporains. lise bornait, dans la recherche des sources, à souligner le nom des auteurs qu’il rencontrait7, alors que, comme toute son époque, il était- friand des fables les plus invraisemblables de Dictis et de Darès 8 , des récits les plus suspects d’Orose9. Il faisait donc remonter au Troyen Priam les origines de la maison de France10. 11 étudiait, sans autre étonnement, l’architecture de « la loige que flst Adam pour soy logier », de la ville qu’édifia Caïn 11 , les mâchicoulis de la Tour de Babel12, le dessin de l’Arche de Noé13. Certainement il habillait les soldats romains en chevaliers et, pour un peu, il eût, comme

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