Ibid
MÉLANGES d’hISTOIRE DU MOYEN AGE
on le fit alors, décoré Jules César du titre d’évêque de Rome parce qu’il fut pontifex maximus.
Gardons-nous donc, devant tout cela, d’exagérer notre surprise. Il est plus sage de constater très simplement les notions historiques que s’efforçait de retenir Jean d’Angoulême et les erreurs dont il les accommodait. Nous sommes renseignés à cet égard par deux compilations qu’il rédigea : l’une sur les empereurs romains1, l’autre sur les événements de l’histoire universelle2. Cette sorte de chronique abrégée fut tenue par lui à jour jusqu’en 14503. Il y plaçait, sans hésitation, Hector en 1180 avant J.-C., et Arthus en 452 après notre ère; il croyait qu’ Alexandre était mort en 300, César en 40, et que la Normandie avait été réunie à la couronne en 1181. Deux faits surtout l’intéressaient au xie siècle : la conquête de l’Angleterre par Guillaume et la première croisade. Un autre au xne, mais il le connaît mal; un au xme, l’avènement de saint Louis; six au xive, la destruction des Templiers et quelques batailles4. C’est sur l’époque où il vivait, le xve siècle, qu’il concentrait son attention. Cousinot lui avait adressé le récit des luttes civiles entre Armagnacs et Bourguignons5, Guillaume Astesan lui avait envoyé les chroniques de Milan6, Robert Blondel — celui-là aussi un (( domestique » de la famille d’Orléans — lui avait donné la Désolation de Paris ou la Complainte des bons Français '. La sanglante querelle franco-anglaise dont il fut une des victimes ne pouvait, dans ses détails, lui être indifférente, non plus que le grand schisme. Là encore cependant, en dehors de ce qu’il ne connaissait que trop, tout ce qu’il voulait confier à sa mémoire se réduisait à une aride chronologie : soixante dates environ, prises de villes, batailles, naissance ou mort de princes8.
Ce n’était donc pas l’histoire, le temps qu’il y consacrait et surtout la manière dont il l’entendait, qui aurait interdit à Jean d’Angoulême les belles chevauchées d’imagination. Et, de fait, les romans d’aventures ne manquaient pas dans la Bibliothèque9.