‹ Mélanges d'histoire du Moyen Âge publiés sous la direction de M. le Professeur Luchaire (volume 2)Chapitre 41 sur 51 · V. suprà, et Inventaire infrii, passim · texte numérisé non relu

V. suprà, et Inventaire infrii, passim

ans 1 . Cela témoigne dune évidente précocité ; car le poème a cent cinquante vers et, pour une œuvre d’enfant, il est fort passable. Il nous apprend que, dès ce moment de sa vie, le prince lisait déjà les auteurs qu’il affectionnera plus tard2.

1. Le ms. lat. 9684, d’où nous extrayons le Poème contre tout péché, contient des vers latins adressés aux enfants d’Orléans, Charles, Philippe, Jean; quelques-uns sont du précepteur de Jean d’Angoulême, Oudart de Fouillloy.

On lit à l’épilogue (v. 124-127) :

Cy désine maintenant Ce livret lequel, Dieu donnant,

Je nommé d’Orléans

Fiz quant je eus accompli dix ans.

Le copiste avait écrit d’abord : Charles d’Orléans, puis il a effacé Charles (et sans un réactif nous n’aurions pu lire ce mot). S'il n’a pas voulu écrire Charles, c’est donc qu’il devait écrire Philippe ou Jehan nom de l’un des deux autres enfants d’Orléans; et, le vers réclamant ici un mot de deux syllabes, ce ne peut être Philippe; c’est Jehan (d’Orléans, comte d’Angoulême).

Serait-ce pour épargner la modestie de Charles que le nom a été gratté ? Non, l’auteur ne redoutait pas d’être nommé, puisqu’il a fait un vers pour l’être et son nom forme une rime; et puis, quelles indulgences littéraires pourrait-on refuser à un enfant de dix ans ; enfin, jamais que nous sachions, Charles d’Orléans n’a évité de se nommer dans ses poésies ; il n’en est guère à son époque qui soient plus personnelles.

Ajoutons que Jean d’Angoulême a eu ce ms. entre les mains car c’est lui qui a tracé de son écriture, au début du volume, quatre grandes pages présentant un tableau complet de l’histoire des empereurs romains. Il est vraisemblable qu’il ait fait écrire plus tard quelques vers qui lui rappelaient ses travaux d’écoliers sur un livre où son précepteur, Oudart du Fouilloy, avait écrit, lui aussi, des vers de sa façon.

L’épilogue du petit poème est en effet postérieur au reste ; l’auteur y réclame l’indulgence du lecteur, car alors, dit-il,

Car je n’estoie pas si saige Pour ce qu’ estoie jeune d’aage Que je peeuse faire traitté Qui fust de grant moralité. >»

En dehors des raisons qu’on pourrait appeler extrinsèques, d’attribuer à Jean d’Orléans cette poésie, il en est une tirée des idées mêmes exprimées du début à la fin de ces 149 vers : ce poème est une prière à la Vierge, « au Dieu de Paradis », une suite de réflexions érudites ou très édifiantes, un acte de foi. Tout cela est bien dans l’esprit du comte ; pour s’en convaincre il suffirait de lire les remarques qu’il a faites en étudiant le Corps de Pollicie (cf. Inv., n° 12). Ce même esprit se retrouve dans YOratio ad Crucifixum et dans la pièce « De Jeunesse ».

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