Fulbert, Lettre
MÉLANGES ü’HISTOIRE DU MOYEN-AGE
le pamphlet d’Adalbéron comme un manifeste rédigé au nom d’un parti tout entier ; nous ne croyons même pas que l’opposition se soit jamais organisée au point d’adopter un programme commun. Mais ce qu’il est fort raisonnable de supposer, c’est qu’il a pu n’être pas seulement un avertissement au roi Robert, mais surtout une exhortation adressée aux séculiers de la cour, un écrit circulant sous le manteau autour du roi. Robert peut n’avoir pas eu le moindre soupçon qu’il existait un poème satirique à lui adressé. Examinons de près cette formule du début :
Régi Rotberto sic praesul Adalbero scribo.
« Voici ce que j’écris, moi Adalbéron, au roi Robert », semble-t-il annoncer aux hommes de son parti. Nous admettons que le poème au roi Robert n’a pas d’autre prétention que d’exprimer les idées personnelles d’Adalbéron. Mais en est-il moins possible que le Carmen ad Rotbertum reyem ait été le point de départ d’une campagne heureuse dirigée contre le pouvoir royal et le parti progressiste ?
Quelques indices témoignent assez qu’à partir d’une certaine époque, qu’il est difficile de préciser, mais qu’on pourrait peutêtre placer aux environs du couronnement de Hugue II, en 1017, le parti réactionnaire, probablement sous l’impulsion d’Adalbéron, reprend de son assurance. Le plus clair, c’est ce que nous avons vu de l’aventure de Landry de Nevers. Les conservateurs de la cour ont réussi à faire complètement échec aux intrigues des aventuriers de bas étage, parvenus aux premiers honneurs. Le plus important, quoique moins apparent, c’est ce que nous permet d’entrevoir l’étude des Lettres de Fulbert : l’influence de plus en plus manifeste prise par l’évêque de Chartres sur la direction de la politique royale dans les dernières années du règne. D’autre part, à partir de 1022, le clergé séculier déploie une activité remarquable: des conciles et de fréquents synodes sont réunis, des conflits retentissants se produisent, au cours desquels le parti progressiste perd du terrain. La prépondérance de l’élément monastique a fait place à une suprématie des évêques qui ne s’exerce pas seulement sur la politique royale, mais sur tout le corps de la société.
Non pas que la réforme clunisienne ait été entravée, que la propagande monastique ait été empêchée ; mais elle a été circonscrite. Le parti conservateur semble du reste avoir subi une transformation remarquable dans les dernières années du règne : il a
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pris des tendances plus libérales. Il n’y a plus guère qu’un Adalbéron, (l’affaire de la succession à l’épiscopat de Laon en est assez la preuve), qui reste jusqu’au bout irréductible. L’influence de Fulbert de Chartres est la marque de cette déviation : nous savons que Fulbert a été un opportuniste libéral.
Il est curieux de retrouver, dans les deux dernières années de Robert, à l’époque même de la mort d’Adalbéron, ce qu’on peut considérer comme l’aboutissant du mouvement dont l’impulsion semble dériver du Carmen ad Rotbertum regem. L’usage s’était établi depuis quelque temps de ces synodes régionaux qui proclamaient la paix locale ; et si le grand rêve de paix universelle rêvé par Benoît VIII, Robert II et Henri II, le Saint-Siège, la royauté et l’Empire, avait échoué, de fréquentes assemblées se tenaient dans le royaume en vue de rétablir l’ordre dans les provinces. Le couronnement de cette œuvre pacifique, sous le seul patronage du clergé séculier, extérieurement à toute influence clunisienne ou monastique, est dans la réunion des conciles de Limoges et de Bourges en 1031.
Qu’on se rappelle la voie indiquée par Adalbéron pour mettre fin au bouleversement de l’ordre de l’Eglise et pour rétablir la paix : convocation d’une assemblée nationale, avec mission de sanction et de réformes. Des hommes éclairés, instruits des règles du droit, modérés, sans esprit de parti, examinant la situation et l’état du royaume, et remontant à la vraie cause de sa corruption. Le programme semble avoir été appliqué dans les deux conciles dont nous parlons, et qui furent chargés de proclamer la paix de Dieu et de réformer l’ordre des clercs, les mœurs des membres du clergé.
C’est le succès de cette politique modérée dont Adalbéron, qui s’en moque, a mis l’exposé dans la bouche même de son roi Robert ; si imprécise et si vague qu’il la trace à dessein, on y reconnaît à merveille les principes de la politique des synodes de 1031 et des conciles pour la paix de Dieu. Les prescriptions de détail qu’il donnait :
Nullus ad aecclesiam noctis nisi tempore pergat Ire semel; liceat cunctis orare diebus 374 ;
Septenas liceat laudes proferre per horas 375 ;
Pontifices umquam celebrentnon rura deinceps,
Si sua rura tenent: si non, ruralia curent 376 ,