‹ Mélanges d'histoire du Moyen Âge publiés sous la direction de M. le Professeur LuchaireChapitre 104 sur 117 · LE TEXTE, LA TRADUCTION ET LE COMMENTAIRE DU POÈME D’ADALBÉRON · texte numérisé non relu

LE TEXTE, LA TRADUCTION ET LE COMMENTAIRE DU POÈME D’ADALBÉRON

Notice critique .

Le texte du Carmen ad Rotbertum regem n'a jamais été connu que par un seul manuscrit, actuellement n° 14192 du fonds latin de la Bibliothèque nationale de Paris, feuillets 32 à 43 inclusivement. L'histoire et l'étude de cet exemplaire unique appellent quelques observations.

Le manuscrit du poème d’Adalbéron fait partie d’un recueil factice qui a appartenu autrefois à P. Petau, ce dont témoigne la suscription P . Petauii (lat. 14192, f° 1). En 1663, Adrien Valois, historiographe du roi, qui avait découvert ce recueil de Petau 379 , donnait la première édition du Carmen ad Rotbertum , à la suite duCarmen panegyricum de laudibus Berengarii Augusti. accompagnée d’un long commentaire sous forme dénotés rejetées à la fin du texte 38 °. Cette édition de 1663 est la seule qui doive entrer en ligne de compte : deux autres, faites au courant du xviii 0 et du xix® siècle, celle du tome X des Historiens de France et celle du tome CXLI de la Patrologie latine de l’abbé Migne, ne sont qu’une réimpression pure et simple du travail de Valois, texte et commentaire 381 . Quant au recueil de Petau, il passe au

379. Hadriani Valesii Notae (voir note 2), p. 265 : « Ante aliquot annos naclus sum veterem codicem ex libris P. Petauii, nomine ejus superscriptum et ab ipso notis illustrahira ». Le codex 14192 présente en effet quelques notes marginales modernes, de la même main que la suscription ci-dessus mentionnée.

380. Carmen panegyricum de laudibus Berengarii Augusti , et Adalberonis episcopi Laudunensis ad Rotbertum regem Francorum carmen , ab Hadriano Valcsio , historiographo regis y veteribus codicibus eruta , ac notis illustrata . Parisiis , 1663, 8°, avec privilège du roi, du 26 octobre 1662. Le texte d’Adalbéron occupe les pages 239 à 264 ; les notes de Valois, les pages 265 à 329. Un exemplaire de cette édition se trouve à la Bibliothèque Nationale, 8°, Yc. 12619 des imprimés.

381. Historiens de France , tome X (1756), pp. 65-72 (notes de Valois, pp. 73-93). J’ai pu m’assurer que cette réimpression est intégrale, sans une

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xvn e siècle aux mains du chancelier Séguier, puis à celles de Henri de Camboüt, duc de Coislin, mort en 1757 ; celui-ci le lègue à l'abbaye de Saint-Germain des Prés m , et c’est de là qu’il passe à la Bibliothèque Nationale où il est coté d’abord n° 1085 du fonds Saint-Germain, actuellement 14192 du fonds latin.

Il n’est pas douteux que ce soit bien là le manuscrit consulté par Valois, et édité par lui : le détail qu’il donne de la composition du recueil factice qu’il a eu entre les mains lève, malgré ses inexactitudes, tous les doutes sur son identité avec le ms. 14192 383 .

Or le texte donné dans l’édition de 1663 a fait jusqu’ici autorité ; on en a oublié l’original : tous les travaux et toutes les citations qui se réfèrent au Carmen ad liothertum procèdent de la réimpression, intégrale d’ailleurs, de Valois dans le tome X des Historiens de France, et y renvoient. Il s’en faut de beaucoup cependant que le texte donné par Adrien Valois soit identique au texte du manuscrit 14192. Il n’est pas nécessaire d’avoir fait une longue étude du manuscrit en question, pour constater des divergences très nombreuses, parfois singulières, rarement explicables, entre ce texte et l’édition de 1663. Et si l’on n'était sûr que Valois a eu entre les mains le recueil de Petau, si d’autres

seule variante dans le texte. Quant h la réimpression Migne ( Pntrol. lat., t. CXLI, coll. 772-786, commentaire de Valois, coll. 787-822) elle ne justifie même pas sa prétention d’être une reproduction fidèle de l’édition des Historiens de France. J'ai compté jusqu'à treize fautes de texte dans les soixante premiers vers.

382. Ainsi qu’en témoigne une note placée sur le feuillet de garde du ms. 14192.

383. Le recueil factice 14192 comprend : Vita Sugerii , de Guillaume, xn c siècle (1-16). Lettres de Suger, fragment, xii® siècle (17-23). Stephanus cornes Adelae dulcissimae atque amabilissimae conjugi (lettre sur le siège d’Antioche), xii c siècle (24-26). Lettres d'ive de Chartres , fragment, xii° siècle (27-31). Poème d'Adalbéron,xi° siècle (32-43). Charte de Vabbaye de Gigny , 898, et Passion de saint Xazaire et saint Celse , xi® siècle (44). Jugement de la reine Ermengarde, 1398 (45). Règlements de la corporation de Sainte-Macre et Saint-Fiacre à Paris, xv°-xvn° siècles (46-65). Ad Paulum III pontificum maximum Augustini bibliolhecarii de via Pauli et de fontibus, xvi e siècle, imprimé (66-72). Cérémonie du sacre, xn c siècle (73-81).

Valois indiquait, outre le poème d'Adalbéron ; le Chartarium Liciencis monasterii (?), la Vita Sugerii, YEpistola Stephani comitis ad Adelam conjugem, le Judicium Varennense (vulgo , dil-il, Placitum Ermengardis), la Perunctatio sive electio episcoporum ad Regem consecrandum, cum ordinatione reginae (cérémonie du sacre).

JLES POÈMES SATIRIQUES d'aDALBÉRON

détails ne témoignaient qu’évidemment l’impression du xvn° siècle ne peut procéder que du manuscrit de la Bibliothèque nationale 384 , qui est bien réellement le seul subsistant, on pourrait se demander si Valois n’a pas eu sous les yeux une rédaction toute différente.

Il n’en est rien, et Adrien Valois est bien responsable des singulières négligences que nous essayons de classer ci-dessous. Voici, exemples en note, une liste des erreurs que Ton relève en comparant le texte de 1663 au manuscrit 14192 :

1° Variantes orthographiques 385 ;

2° Fautes de lecture 388 ;

3° Modifications plus ou moins volontaires apportées au texte sans raisons motivées ; conjectures non justifiées 387 ;

4° Choix arbitraire d’un titre, alors que le ms. 14192 n’est pas intitulé 388 ; addition d’un protocole final imaginaire 389 ;

384. La preuve en est dans les trois considérations suivantes : — 1° les lacunes du ms. 14192 se retrouvent dans le ms de Valois : vers inachevés, 81 ; 112 ; mot illisible, v. 365 de Valois ; 2° le vers 231 : Nomine quae pcrfunctorio.., raturé et à demi illisible dans le 14192, est signalé comme tel dans les notes de Valois; 3° lorsque le texte présente deux leçons différentes, il est rare que Valois, qui adopte indifféremment l’une ou l’autre, ne signale pas dans une note celle qu'il abandonne.

385. Valois ne reproduit jamais les particularités orthographiques du ms. 14192, qui tiennent surtout à l’hésitation entre les formes en ae, e : aecclesiae , sacre , praesul et presul , praeceplum et preceptum.

386. Valois lit. v.83, Legibus e patriis , pour Legibus esse piis ; v. 74, cum sueta pour consueta ; v. 93, tum pour tune ; v. 94, priori pour priore.

387. Exemples : v. 17, Valois lit mole pour more ; v. 47, constrinxeril pour eonslrinserat ; v. 48 ,nec quem pour quem nec; 51 ,jubet pour juvet; promet tum , pour prome tu ; 185, sit pour sed\ 186, capiens pour cupiens ; 304, et jam paæ pour et pax jam> etc.

Si certaines de ces modifications sont dues à de simples fautes de copie, fréquentes et inconscientes, des corrections comme sit substitué à sec/, et mole au lieu de more, proviennent nécessairement de la volonté consciente de l’éditeur. Valois devait avertir qu’il faisait ces transformations. IL n’est pas indifférent par exemple, au vers 17, de lire more gravis ou mole gravis. De même, quand Valois lit v. 231 : nomine quae perfunc.torio... pourquoi n’avertit-il pas que nomine , illisible dans le texte, est une conjecture de lui, que nous adoptons d’ailleurs ?

388. Valois devait signaler que le texte du ms. 14192 n’est pas intitulé, et que le titre : Adalberonis episcopi Laudunensis ad Rotbcrtum regem Carmen est de sa composition.

389. Jamais on n’a lu dans le ms. 14192 la conclusion : Explicit carmen Adalberonis .., etc. qui figure dans l’édition de 1663.

MÉLANGES d’hïSTOIKE DU MOYEN-AGE

5° Omission importante 390 ; transposition de texte négligée 391 ; 6° Modifications tout arbitraires, que Valois ne prend la peine ni de signaler ni de justifier, dans les coupures du dialogue entre Adalbéron et le roi Robert 39 * 2 .

L’étude paléographique de ce texte, qui occupe les feuillets 32 y 0 à 43 r° du ms. 14192, permet de le dater, sans chances d’erreur, du premier tiers du xi® siècle. Il est certainement d’époque très ancienne, très sensiblement rapprochée de la date de la composition même du manuscrit original. Il est paléographiquement possible qu'il ait été en rapport avec cet original. Qu’il ne le soit pas lui-même, d’ailleurs, rien de plus certain; le soin et le soutenu de la rédaction atteste que nous avons là une copie ancienne, et une copie fort soignée.

D’une écriture fort belle, régulière, soutenue, le Carmen ad Rothertum regem a été transcrit d’un bout à l’autre par une même main, sur parchemin réglé à vingt lignes à la page. Les abréviations sont rares; les fautes de transcription apparentes insignifiantes ; le tout dénote, sinon un manuscrit de luxe (l’encre est ordinaire et le manuscrit ne présente pas d’ornements), au moins une copie destinée évidemment à être conservée. La ponctuation même est moins arbitraire qu’à l'ordinaire, le dialogue entre Adalbéron et le roi Robert toujours coupé. Les omissions

390. Valois ne reproduit pas les vers 377-379 qui ont été grattés et rejetés à la fin du texte avec addition des vv. 373-370. Il est possible qu’il ait cru à une correction postérieure : conséquence : tout le passage 373-379 manque dans l’édition Valois.

391. Valois donne dans l’ordre où les présente le manuscrit les vers 51, 60-67, 52-59, 68 de notre édition (Valois 51-68). Il ne s’est pas aperçu d’une transposition (indiquée par des signes sur la nature desquels il n’est pas permis de se méprendre, et conseillée, exigée même par le sens), qui rétablit le texte dans l’ordre, vv. 51-68 de notre édition (Valois 51 ; 60-67 ; 52-59; 68).

392. Inexactitude des plus graves, et quia pour conséquence de conduire Valois à attribuerpar exemple (vv. 164-170) à Adalbéron et à Robert tout un dialogue, alors qu’en réalité Adalbéron parle seul, et que le dialogue est dans son récit où il fait converser un évêque et un moine. Un passage (286- 296) où Adalbéron expose ses idées sur les serfs, est morcelé par Valois entre le roi et l’évêque. De même, vv. 395 suiv., où, dans le ms., le monologue du roi Robert n’est pas interrompu jusqu’à la fin.

sont soigneusement indiqués par des signes, qui ne laissent aucun doute sur les transpositions à faire. Des gloses marginales, remarques sur l’ordonnance logique du poème, montrent que le texte a été l’objet d’un travail d’école. Pas de lacunes, sinon volontaires ; pas la moindre difficulté de lecture : manuscrit très bien conservé, en somme, et bon texte.

On y remarque une trentaine de corrections qu’il est difficile d’attribuer à une époque postérieure. Sans doute la plupart de ces corrections sont d’une main différente, mais elles paraissent bien appartenir à une époque contemporaine de la première rédaction du manuscrit. Leur nature ne permet pas d’admettre qu’elles aient pour origine de simples fautes de copie du premier copiste : elles sont des modifications fort importantes du premier texte, qui subsiste en bien des cas, et que l’on peut leur comparer. Des fins de vers, des vers entiers, des groupes de vers ont été retranscrits dans les interlignes, au bord des pages ou à la fin du manuscrit, sous une forme toute nouvelle ; à coté de cela il y a des retouches moins importantes, corrections de mots ou de lettres dues à la même main.

Dans les passages où le texte est modifié d’une façon importante, les nouvelles leçons sont parfaitement conformes à la pensée générale du poème, et en rapport avec le sens du contexte. Il ne s’agit donc pas de retouches quelconques, injustifiées ; mais de modifications qui peuvent paraître émaner d’une inspiration originale. En d’autres termes, nous croyons y trouver la trace d’une seconde rédaction du poème d’Adalbéron, alors que le texte du ms. 14192, sous sa forme primitive, représente la transcription d’une première rédaction.

Si l’on admet l’hypothèse que le Carmen ad Rotbertum regem a existé sous deux formes différentes, la question se pose de savoir laquelle des deux peut être considérée comme le meilleur texte. Nous ne pouvons en effet nous résoudre à suivre l’exemple d’Adrien Valois qui, chaque fois que le texte présentait une double leçon, choisissait au hasard, semble-t-il, tantôt la leçon primitive, tantôt la leçon suscrite et toujours probablement celle qui lui paraissait le plus intelligible. Nous avons cherché ce qui pouvait expliquer le plus vraisemblablement la présence de deux textes superposés en maint endroit, et divers indices, dont nous ne reproduisons pas le détail, nous ont conduit à formuler la supposition suivante :

Le ms. 14192 aurait été transcrit sur Voriginal. L'original était raturé ; le copiste du 14192 aurait d'abord reproduit le texte

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primitif , puis placé les ratures en süscription, nous donnant ainsi une image fidèle de Voriginal. Les suscriplions représentent donc les corrections faites par l'auteur lui-même ; et de toute façon c'est toujours la leçon suscrite qui doit être préférée à la leçon primitive , et considérée comme le meilleur texte .

La présente édition du Carmen ad Rothertum est la reproduction intégrale du texte du ms. 14192, évitant les négligences de Valois. En particulier, nous ne nous sommes jamais permis aucune modification dans la coupure du dialogue. Nous avons voulu tout expliquer sans modifier, autant que possible, le texte du ms. 14192. Les conjectures suivantes ont été cependant jugées nécessaires, qu’elles se soient imposées de toute évidence, ou qu elles aient paru nécessaires à l’intelligence du texte:

1° Les fautes de copie: striotissima, fcrrrum; trilicemque loricamque, ont été remplacées par les leçons: strictissima (v. 100), ferrum (v. 103), trilicemque loricam (v. 138);

2° Les leçons inintelligibles: et iuhet (v. 51), regis (v. 73), promc tu (y. 183), est alii (v. 324), par les conjectures et iubent , reges (sic Valois), promet tu, est aliis (sic Valois).

Le titre: Adalberonis Carmen ad Rotbertum rcgem, est conventionnel. Au vers 1, le mot Praesul a été ajouté, pour couper plus régulièrement le dialogue.

On a conjecturé la fin de vers Cluniacum aux vv. 86 et 112, mais en laissant le texte dans l'état, et en ne signalant la conjecture qu’en note, puisque la lacune est évidemment volontaire. Au v. 231, à demi effacé, et dont le premier mot est indéchiffrable, on a conjecturé, avec Valois, nomine , exigé parle sens.

Si l’on compare le nouveau texte avec l’édition de Valois, on trouvera, au point de vue de l’ordre des vers, les modifications suivantes :

1° Par suite d’une transposition omise par Adrien Valois, les vers 51-68 de l’ancienne édition ont été rétablis dans l'ordre indiqué par les renvois du manuscrit.

Ancienne édition : 60-67 = nouvelle édition 52-59,

2° Le vers 365, conservé par Valois, a été supprimé dans lapré-

LES POÈMES SATIRIQUES d’aDALBÉRON

sente édition comme leçon primitive. De sorte que nos vers 365- 372 répondent anx vers 366-373 d'Adrien Valois.

3° Les vers 373-379 de la présente édition, rejetés à la fin du manuscrit, ne figurent pas dans le texte édité par Valois qui les aura probablement regardés comme interpolés. Et il en résulte pour la tin du poème, la relation suivante :

Édit. Valois, vv. 374-430 = vv. 380-436 de la présente édition.

Nous avons indiqué en note, d’une part toutes les doubles leçons que nous n’adoptions pas ; d’autre part, toutes les variantes du texte de Valois, de quelque nature qu’elles soient.

Le long commentaire explicatif d'Adrien Valois, imprimé à la suite de l’édition de 1663, et reproduit, nous l’avons signalé, clans les Historiens de France et dans la Patrologie latine , se compose de notes plus ou moins longues, au nombre de cent quarantequatre, pour 430 vers. Il y avait là un sérieux effort pour éclaircir dans une certaine mesure un texte très obscur, et une contribution très appréciable à l’analyse du Carmen ad Iiot ber tu m. Mais ces annotations n’ont généralement pas de caractère historique ouscientiticjue : les neuf dixièmes des notes sont consacrées à un commentaire littéraire, le'plus souvent sans portée, très utile quelquefois pour l’intelligence du texte. Valois a tranché rarement, mais soulevé parfois, et entrevu souvent quelques difficultés importantes. Il y à des erreurs grossières de dates, des rapprochements sans intérêt, des réflexions puériles, le tout sous une forme incohérente ou indigeste. Quant à l’interprétation historique, elle n’a aucune valeur ; Adrien Valois connaissait évidemment fort peu l’histoire de Robert le Pieux, et n’a su tirer aucun parti des faits déjà connus.

Les notes du commentaire d’Adrien Valois ont été le point de départ et forment le fond de la traduction du poème d’Adalbéron préparée sous la direction de Guizot, et parue, en 1824, au tome VI de la Collection des mémoires pour servir à Vhistoire de France . Les morceaux les plus passables de ce travail sont ceux pour lesquels les notes de Valois ont été le plus abondantes et le plus claires ; et, dans l’ensemble, l’auteur a réussi à suivre, non sans effort, la pensée d’Adalbéron. Mais la traduction reste souvent inintelligible, incohérente comme le texte, toujours

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informe et jamais soignée. De plus, l’auteur n’a pas pris la peine de s’éclairer lui-même : les notes de Valois lui ont fourni tout ce qu’il a su d’Adalbéron et de Robert, c’est-à-dire presque rien. Une connaissance tout à fait insuffisante du latin du moyen âge est déjà bien regrettable ; il s y ajoute des contre-sens burlesques et inexplicables. Ce travail nous a cependant été utile, comme» base d’opérations : il est tel passage de notre interprétation qui l’a suivi de très près pour le fond, et il faut rendre au premier traducteur cette justice qu’il a persévéré jusqu’au bout à vouloir tout interpréter.

Nous ne pouvons formuler d’appréciation sur le travail de M. Beaudoin, Traduction du poème d'Adalbe’ron au roi Robert , présenté en 1852, sous forme de thèse, à l’École des Chartes, et que nous n’avons pas eu sous les yeux. A en juger par les positions de sa thèse, cependant, M. Beaudoin semble avoir attaché beaucoup d’importance au document qu’il interprétait, sans en mesurer toute la portée, puisqu’il n’y est point question de Cluny. Il paraît l’avoir considéré au point de vue trop exclusif de la lutte de Robert, du pape et des moines d’une part, contre les évêques et l’Empire d’autre part. C’était singulièrement restreindre la question, et l’élargir en même temps. Surtout, c’était voir les choses de bien loin et de bien haut, étant donné qu’il n’est question, à notre connaissance, dans Adalbéron, ni de pape ni d’empereur. M. Beaudoin semble s’être moins occupé, dans son travail d’introduction à l’interprétation littérale du Carmen ad Rotbertum , d’en faire une étude approfondie, que de développer, à l’occasion, un sujet adjacent, extérieur même, et du reste de grand intérêt.

ADALBERONIS CARMEN AD ROTBERTUM REGEM

[praesul 6 ] [Ms. Ü192, f° 32v°J.

Régi Rotberto sic praesul Adalbero scribo,

Presulis c in senio. Fratrum Laudunicus ordo,

Flos iuuenum fructusque senum, te mente salutat.

In tabulis describe tui per singula cordis,

Quanta Deus tibi concessit, uel qualia misit; 5

Dispice si merito, quid uerum sit trutinando.

Patres namque tui longe : rex, induperator;

a) Valois : Adalberonis episcopi Laudunensis carmen ad Rotbertum regem Fraucorum.

b) Ne figure pas dans le ms. Rétabli par Valois.

c) Valois : Praesulis.

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