‹ Mélanges d'histoire du Moyen Âge publiés sous la direction de M. le Professeur LuchaireChapitre 108 sur 117 · XIII. — Luchaire. — Mélanges d’histoire. H · texte numérisé non relu

XIII. — Luchaire. — Mélanges d’histoire. H

MÉLANGES D’HISTOIRE Dû MOYEN-AGE

PRAESUL

En dixi uerum ; scis non excedere uerum ; 355

Nenia a nulla meum nec fabula mulcet amorem b ;

Non sic gesta scias, sed cuncta geri potuisse c .

Sistere cuncta uelim quamuis sub temate d uero,

Hic tamen est extra quedam e digressio causam ; Respicit ad causam, causam sed dicitur extra. 360 A proprio sensu non haec aliéna uidetur ;

Finis et offitium t sapit ; est non fabula, sed res.

Nunc pro lege Dei certando per omnia patris,

Legibus edocti, sapienteset moderato,

Val. 366 Praemia uel poenas querant* ratione fideli 1 , 365 Accipiant aequi uel quid patiantur iniqui ;

a) Valois : Naenia. 1

b) Leçon primitive : meos... amores.

c) Leçon primitive : sed cuncta geri potuerunt.

d) Valois : themale.

e) Valois : quaedam.

f) Valois : oflicium.

g) Vers 364-365. La leçon primitive était, après le v. 363 :

. praecessit; ueniat persuasio iuncta. -

Iure salutifero sapienter et moderati.(365)

Valois a confondu les deux leçons :

.praecessit, veniat persuasio juncta.

Jure salutifero sapientes et moderati. (365)

h) Valois : quaerant.

t) Leçon primitive : potentes.

l’kvêque

Si, j'ai dit vrai; tu sais que je ne m'écarte point de la vérité ; je n'ai point le moindre faible ni pour fictions ni pour sottises : sache que tout ce que j’ai raconté n’est point arrivé, mais que tout aurait pu se passer ainsi. Bien que j’aie voulu tout subordonner à mon vrai sujet, voilà cependant une disgression qui s'écarte de la question; elle s'y rattache, il est vrai, mais lui reste étrangère. Mais quant à cette matière que je traite, je ne la crois pas s’écarter du sens commun; son but et son emploi sont raisonnables ; non, ce n’est point fiction, mais réalité.

Et maintenant que les hommes sages et modérés, et instruits des lois, débattant sur toutes questions selon la loi de Dieu le Père, instruisent, par une loyale information, des récompenses à attribuer aux

LES POÈMES SATIRIQUES d’aDALBÉRON 463

De dubiis certent, de certis non dubitare * ;

Quae mala dissoluant, que sunt extrinsecus acta**,

Val. 370 Oratoris inest tibi, rex, concessa facultas :

Nunc demonstra c ; tum deliberet ordo parentum, 370 Discutiens affirmate cum relligiosis Val. 373 Iuditiis a quo possint res infîciari. (F 0 41 v°)

(A) Iuditium quaerisiustorum ; iura sequentur : (F 0 43 r°)

Est aequum. Digne sic finis iudicialis Ulilitatis, honestatis, deliberationis ; 375

Finis honestatis his sit quae distribuante.

Sit quod preteritum sub temate iuditiali ; Demonstratius presens deliberet ipso,

Quae uentura putat : hoc iuris causa requirit.

a) Valois : non dubitantes (conjecture assez justifiée).

b) Valois conserve la première leçon :

Et mala defendunt, veniunt extrinsecus ilia.

c) Valois : demonstras.

(A) Les vers 373-379 sont inédits: ils sont rejetés à la fin du manuscrit, et il semble que Valois, qui ne les transcrit pas, ait considéré la correction comme une seconde leçon négligeable.

justes et des peines à faire subir aux injustes, discutent des cas douteux sans s’attarder aux causes certaines, et confondent les actions mauvaises et étrangères à la loi. Toi-même, ô roi, à qui Dieu a accorde le talent d’orateur que tu possèdes, fais l’exposé des faits; le conseil des grands délibérera ensuite, examinant d'une façon définitive et par jugements intègres ce qui peut corrompre l’état du royaume. Du moment que tu feras appel au jugement d’hommes justes et éclairés, ils se conformeront au droit, et c’est justice. La digne fin de toute délibération judiciaire est un but d'utilité pratique et de probité : l’équitable probité doit en effet s’appliquer à tout ce qui est matière à distribution. Ainsi donc que, dans l’action judiciaire, les faits passés soient la base de la démonstration ; qu’on délibère ensuite sur les circonstances actuelles, et sur les faits qu’on peut prévoir : voilà ce qu’exigent les règles du droit.

Vers 370. Ordo parentum. Ce sont les grands, seigneurs et évêques, proceres et optimales , réunis en assemblée générale de la nation.

Vers 371. Conseil en règle, comme on voit composé des trois parties exigées par les règles de rhétorique appliquées à l’action judiciaire : démons Ira liva t deliberativa et judicialis. Adalbéron dit plus loin (v. 377-79) que la démonstration porte sur les faits passés, la délibération sur la situation actuelle, et la decision sur les faits à prévoir.

MÉLANGES ^HISTOIRE DU MOYEN-AGE

REX

Val. 374 Iuditium duplex sequitur correptio triplex : (F 0 41 v°) 380 Antea res quales nobis, translatio, finis,

Et coniecturae, quo discernantur, oportet ;

Causa nec est indiuiduis, tamen est spetialis a .

PRAESUL

Quatuor has non inuenies quas hicce requiris,

Sed status estunus, legum contraria sumens, 385 Val. 380 Et causam partemque suam puto fc desuper esse.

Rite pedes posui ; surgit dum figitur alter ;

Aestimo quod tetigi non a ratione recessi.

Pandere non moriens nos haec natura coegit ;

Immerito culpor, haec ui quia dicere cogor. 390

Val. 385 Quid tibi peccaui? naturae iura repleui.

Digne tristaris qui rex seruire iuberis :

Francorum prinius tu seruus in ordine regum ;

Hic male turbatur, qui non sua uerba ueretur.

a) Valois : specialis.

Z>) Leçon primitive : scis.

LE ROI

Double jugement à rendre alors, en conséquence de trois ordres de faits ? Mais il va falloir auparavant examiner la nature de ces faits, leur succession, leur loi, les particularités enfin qui les distinguent. Voilà différents articles, inséparables sans doute, et pourtant bien distincts.

l’évêque

Ces quatre chefs d’information que tu requiers, tu ne les trouveras pas dans le cas actuel ; il y a là une situation d’ensemble, et qui prend le contre-pied des lois ; c’est là-dessus que me semblent devoir porter question et discussion.

Je m’arrête ; j’ai jusqu’ici marché régulièrement, posant un pied quand l’autre était solidement fixé. J’estime qu’en tous les points dont j’ai traité, je ne me suis pas écarté du bon sens. Du reste ce n'est pas une nature défaillante qui m’a forcé à dévoiler toutes ces réalités, et si l’on m’en fait un crime, c’est à tort, puisque j’obéis en parlant, à une force supérieure. T'ai-je fait quelque offense? mais je n’ai fait que répondre aux exigences de ma nature. Te voilà sans doute justement indigné, ô roi, d’apprendre qu’au fond tu es asservi : toi serf? toi, roi de France? toi, le premier dans la hiérarchie des rois ? Allons donc, et c’est se troubler à tort que s’inquiéter des paroles d’autrui.

LES POÈMES SATIRIQUES d’aDALBÉRON

REX

(A.) Regnum Francorum reges sub tempore patrum 395 Val. 390 Subiugat et semper sublimi pollet honore ;

Regum sceptra patrum nullius sceptra coercent. Quique régit, gaudent uirtutibus, imperat aeque ; Nouimus imperium iam regibus esse fugatum. (F 0 42 r°) (B.) Gratia nunc Summo per quem regnare peropto ; 400 Val. 395 Non meritis concedo meis, sed laude perhemni a ; Gloria, laus et honor, uirtus sit cuncta regenti, Poplitibus flexis suplex^quem semper adoro,

Ut nobis liceat leges seruare paternas. (F 0 43 r°) Lex est una uetans r quae corrigit inter utrasque ; 405 Val. 400 Altéra permitit, iubet altéra, suntque minores;

Iudico maiorem quam tradunt posteriorem,

(À) Ce qui suit reste attribué à Adalbéron jusqu'au vers 399 inclus, dans Valois.

(B) Les vers 400-404 sont restitués au roi Robert par Valois.

a) Valois: perenni.

b) Valois : supplex.

c) Lex est una uetans. Les vers suivants, 405-41 i, sont rejetés à la fin du manuscrit. Voir notre notice critique sur le texte.

LE roi

Évêque, au temps de mes pères, le royaume de France a soumis les rois; toujours il a brillé du sublime éclat de la gloire; jamais aucune autorité n’a imposé contrainte à la puissance royale de mes ancêtres.

Tous ceux qui ont régné avant moi ont aimé les vertus, tous ont gouverné avec justice : c’est enfin un fait constant que les rois de France ont fait reculer les forces impériales. De tout cela, je rends grâces au Tout-Puissant: car c’est par lui que je veux régner, et j’attribue mon pouvoir à sa gloire éternelle, et non âmes propres mérites. Tout ce qui est gloire, honneur, louanges, vertu sublime, doit appartenir au Roi des rois; devant lui mes genoux fléchissent, et je l’adjure sans cesse de m’aider à conserver la tradition des rois mes pères.

11 est une loi de défense et de réforme, intermédiaire entre celles qui autorisent et celles qui ordonnent; celles-ci ont moins de force et

Vers 395. Souvenir des expéditions de Charlemagne.

Vers 397. Mèmè remarque dans une lettre de Foulques de Reims à Arnulf empereur d’Allemagne (Flodoard. Hist. du dioc. de Reims , IV, 5.)

Vers 399. Souvenir des expéditions victorieuses de Lothaire contre Otton II, qui en 978, à deux reprises envahit la France (Metz, Laon, Reims).

MÉLANGES D*H1ST01RE DU MOYEN-AGE

Utile quaeque necessarium conferre uidetur.

Adres pertineat plures, quae semper honeste Fortior et quecunque" grauissima sit teneamus. 410 Val. 405 Iudicet omnipotens mecum diuina sit ilia b .

r Undique pax bona post certamina, postque labores, Et status aecclesiae d per se sua iura tenebit; (F°42r°) Descriptas et non alias respuplica e leges.

Possideant/' sua régna Basilius et Benedictus ; 415

Val. 410 Obseruent, teneant quicqukU sua régna iubebunt. Pontifices unquam celebrent non rura deinceps,

Si sua iura tenent; si non, ruralia curent.

Iustitiae regimen ndster non audeat ordo Linquere, sed totis semper se nisibus abtet*, 420 Val. 415 Constituât iustos et non pro lege capaces

Rectores inopum, miserum nec non uiduarum.

a) Valois: quaecunque.

b) Vers attribué par Valois à Robert.

c) Ici reprend dans Valois le monologue attribué arbitrairement à Adalbéron.

cl) Valois: ecclesiae.

e) Valois : res publica,

f) Valois : possideat, rapporté au vers précédent.

g) Valois : quidquid.

/*) Valois : aptet.

j’estime plus efficace cette première que d’ordinaire on met au dernier rang et qui me paraît garantir simultanément l’utile et le nécessaire. Celle-ci doit recevoir de plus nombreuses applications que les deux autres ; observons-la constamment, fidèlement, plus puissante qu’elle est, et si lourdes que soient ses obligations. C’est une loi divine ; du moins puisse le Tout-Puissant en juger ainsi avec moi.

Que partout une paix sereine succède aux combats et aux épreuves; l’ordre de l'Eglise maintiendra dès lors par lui-même ses traditions; quant au corps de l'Etat, il observera des lois écrites et point d’autres. Que les moines qui obéissent à saint Basile et à saint Benoît restent tranquilles possesseurs de leurs lois souveraines, mais restent aussi fidèles observateurs de ce que leurs régents leur prescrivent. Ordre aux évêques de ne plus hanter désormais leurs campagnes, s’ils veulent conserver leurs droits; sinon, qu’ils aillent s’occuper de leurs champs et de leurs travaux champêtres. Pour les nobles de notre ordre, qu’ils mettent moins d'audace à enfreindre le principe de la justice, mais s’appliquent constamment, et de tous leurs etForts, à faire d’eux-mêmes, en toute justice, et sans obéir à la cupidité, les protecteurs des mal-

LES POÈMES SATIRIQUES d’aDÀLBÉRON 167

Nullus ad aecclesiam noctis nisi tempore pergat Ire semel ; liceat cunctis orare diebus.

Iudicet, expectet 3 présentes atque futuros ; * 425

Val. 420 Pro meritis omnes assumant ; emolumentum (F 0 42 v°) Excipiat solus uestra cum pace fîdelis.

Septenas liceat laudes proferre per horas ;

Hostia cum uotis. Sit haec promissio patris*.

Cum Ligeris calabros temptabit c lingere campos, 430 Val. 425 Et torrens Tigris hispania coeperit arua d ,

Ehtna e rosas cum producet, uel lilia stagnum Talia si ueniant, tune haec uentura timeto.

Gratia confirmet te, presul 0 Adalbero, Christi,

Nostra simul merito, regali munere dignus, 435 Val. 430 Non quia déliras, sed nobis allegorizas*.

a) Valois : et spectet.

b) Valois : Hostia cum votis. — Rex. — Haec si promissio patris.

c) Valois: temtabit.

d) Valois : Hispanica coeperit arva.

e) Valois : Aetna.

f) Leçon primitive :

Ehtna rosas cum plantabunt et lilia stagnum.

g) Valois : praesul.

h) Valois ajoute le protocole final : Explicil Adalberonis episcopi carmen ad Rotbertum regem.

heureux et des veuves. Défense à qui que ce soit d’aller plus d’une fois à l'église pendant la nuit ; il sera permis par contre à tous d’y aller prier tous les jours.

Rendez la justice en ayant égard aux sentiments des contemporains et de la postérité : qu’à chacun soit donné selon ses mérites, que seul le vrai fidèle reçoive sa récompense accompagnée de votre bénédiction. Permis aux clercs de chanter les louanges du Seigneur aux heures des sept offices divins. Que l’offrande de l’hostie accompagne enfin les cérémonies du culte.

Voilà ce que permet la loi du Souverain Père. Oui, lorsque la Loire viendra baigner les champs de la Calabre, lorsque les flots tumultueux du Tibre couvriront les campagnes espagnoles, lorsque les roses croîtront sur l’Etna ou les lis sur les plaines de la mer, tu pourras t’attendre, si pareils faits se produisent jamais, à voir s’accomplir ces réformes. Et maintenant, évêque Adalbéron, la grâce du Christ puisse être ton appui comme le mien : tu es bien digne des faveurs de ton roi, toi qui viens, bien éloigné de toute extravagance, nous instruire par tes allégories.

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