XIII. — Luchaire. — Mélange» d'histoire
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froy le Barbu s’exprime dans une charte de lOfii de la manière suivante : « Avus meus et avunculus castellum terraeque cumulo ac lignis magnae altitudinis asilum circa monasterium Beati Florentii, quod Vêtus dicitur, construxerunt » % . Eh bien ! divisons cette indication, et nous aurons ici aussi : — Foulque Nerra a construit le château de Saint-Florent-le-Vieil ; — Geoffroy Martel a construit le château de Saint-Florent-le-Vieil. -— Le cas peutêtre le même pour Durtal ; et si le premier seigneur de Durtal a été institué par Geoffroy Martel, c’est uniquement, sans doute, parce que Foulque Nerra n’avait pas suffisamment avancé la construction du château pour y mettre un châtelain.
Par conséquent, sur cette question de la construction des châteaux par Foulque Nerra, notre conclusion sera que les indications contenues dans notre fragment sont pour la plupart conformes à la stricte vérité, ou suffisamment approchantes de la vérité pour qu’aucun doute sur l’authenticité ne puisse se former dans notre esprit;quant à celles que rien ne vérifie complètement, rien non plus ne les infirme, et de l’exactitude des autres nous ne pouvons qu’inférer l’exactitude probable de ces dernières.
Après no s avoir présenté Foulque comme grand constructeur de forteresses, l’auteur du fragment nous fait le récit résumé de ses luttes: prise de Saumur, — deuxième bataille de Conquéreux, amenée par les prétentions du comte angevin sur Nantes, — combat de Pontlevoy contre le comte de Blois. — Sur tous ces événements nous n’avons rien à faire observer ; le récit concorde de tous points avec les détails que nous donnent les autres textes.
Que Foulque ait fondé les deux abbayes de Saint-Nicolas et de Beaulieu, cela est également confirmé par les chroniques et par les chartes 97 .
L’auteur note ensuite ses pèlerinages ; et à ce sujet nous lisons dans le texte : « Bis etiam Jérusalem adiit ». — Mabille ne manque pas de faire ressortir l’énormité de cette erreur. Mais est-ce l’auteur qui est ici responsable ? N’est-ce pas plutôt un copiste, qui de « III vices » ou « IV vices 98 » aura fait « II
96. Cartulaire noir de Saint-Florent de Saumur , fol. 54, r° et v°, dans dom Housseau, II 2 , n° 635; charte éditée par Mahchegay dans la Bibliothèque de l'Ecole des Chartes , année 1873 (Charles angevines des XI e et XII e siècles).
97. Chroniques des Églises d'Anjou, pp. 273, 275 (Ilistoria Sancti Florentii Salmurensis). Les chartes sont indiquées dans Mabille, Introduction aux chroniques des comtes d'Anjou , pp. LXXX et LXXXI.
98. Nous ne cherchons pas à nous prononcer sur le nombre des pèlerinages
vices » ou « Bis »? — Enfin Tindication de la sépulture de Foulque est exacte ; son tombeau a même été retrouvé à Beaulieu
Quand de Foulque Nerra on passe à Geoffroy Martel, on est surpris par l’abondance des faits mentionnés : c’est d’abord, dès 1033, du vivant de Foulque, la victoire de Montcontour, remportée sur Guillaume le Gros, comte de Poitou, que Geoffroy retient cinq ans en prison, ce qui est exact ; puis entre Geoffroy et Herbert Bacon un autre conflit ayant abouti pareillement à l'emprisonnement de ce dernier : et si, sur cet événement, tout renseignement positif nous fait défaut, nous savons que Geoffroy ne fut jamais en bons termes avec Herbert Bacon, et qu’il commença par soutenir l’évêque Gervais dans ses efforts pour le supplanter et gouverner à sa place au nom du jeune Hugue II. Ensuite vient le soulèvement de Geoffroy contre son père, quand celui-ci rentre de Terre-Sainte, en 1035, et, une fois Foulque mort, la guerre contre Thibaud, comte de Blois, qu’il bat à Nouy et qu’il réduit à lui prêter hommage: ce qui était la réalisation du droit de suzeraineté sur la Touraine que le roi Henri I er lui avait donné par avance 100 . C’est enfin la guerre contre Guillaume de Normandie, le futur Guillaume le Conquérant. Sur tous ces points le récit de notre chroniqueur concorde avec ce que nous savons par ailleurs.
Nous arrivons ainsi à des faits qui vont nous arrêter plus longtemps. En premier lieu, Geoffroy Martel aurait eu à se mesurer « cura Gallis ». Par Galli nous devons sans doute entendre l’armée royale. Or il est exact que Geoffroy Martel ait eu maille à partir avec le roi : nous lisons, en effet, dans la Chronique de Guillaume duc de Normandie, que Henri I er , lassé de la conduite outrageante de Geoffroy Martel à son égard, marcha contre lui, et, avec l’aide du duc normand, parvint à lui infliger un échec 10i ;
accomplis par Foulque Nerra : certains historiens penchent pour trois, d’autres pour quatre. Voir Mabille, op. citât . ; C. Port, Dictionnaire de Maineet-Loire, , II; Kate Norgate, England under the angevin Kings , I ; etc.
99. Voir de Salies, Histoire de Foulque Nerra et C. Port, op. citât., article : « Foulque Nerra ».
100. Dans notre fragment : « Ex voluntate Ainrici, accepit donum Turonicae civitatis ab ipso rege. » Cf. la Chronique de Raoul Glaber, V, 2, édition M. Prou, p. 129. Ce texte de Raoul Glaber est cité par l’auteur de la Gesta consulum Andegavorum , p. 122 des Chroniques des comtes d'Anjou.
101. Gesta Guillelmi ducis Normannorum et regis Anglorum a Guillelmo Pictavensi , dans dom Bouquet, XI, p. 77, B : « Rex etenim Henricus contu-
et les chartes elles-mêmes ont conservé des traces de ce conflit. Dans une charte de Marmoutier, qui est aussi insérée dans le Cartulaire de l'abbaye de Noyers, se trouvent ces mots : « Cum a rege(castellum Sanctae Maurae) teneretureta Gaufrido comité obsideretur... » m . Et surtout, dans une charte du prieuré de Saint-Eloi d’Angers, il est question dun fait qui se passe «in diebus quibus imminebat pugna inter Heinricum regem et Gaufredum comitem » m .
Geoffroy se serait ensuite trouvé aux prises « cum Bituricensibus ». Nous ne pouvons ici renvoyer à aucun texte confirmatif ; mais quelques explications sont possibles., S'agit-il d'une guerre avec le vicomte de Bourges? La chose semble peu probable, car ce vicomte ne paraît pas avoir été en désaccord avec le comte d’Anjou. Mais il y avait dans le pays des « Bituricenses », dans le Berry, une maison très remuante, la maison de Déols, dont la seigneurie dépendait, en droit, du vicomte de Bourges, mais qui, en fait, cherchait à se rattacher directement au duc d’Aquitaine. Vers 1030, nous trouvons Eude de Déols, seigneur du lieu, très avancé dans l’amitié de Guillaume d’Aquitaine 10i . en 1037 il en vient aux mains avec le vicomte de Bourges, Geoffroy lo:> , et, après avoir perdu son fils Ebbes dans une première bataille, se ressaisit et défait complètement son adversaire. Voilà donc un seigneur turbulent qui, sous Geoffroy Martel, se trouve un allié fidèle du duc d’Aquitaine, ennemi juré de la maison d’Anjou : on comprend dès lors que, soit en combattant Guillaume contre ce dernier, soit même dans une guerre particulière, Geoffroy Martel ait pu se trouver aux prises avec des « Bituricenses ».
Ceci nous amène précisément à la lutte avec Guillaume le Hardi, comte de Poitou, duc d’Aquitaine ( cum Guillelmo consulc Pictavorum ), lutte dont nous connaissons les phases principales, En 1053, c’est une marche offensive de Geoffroy Martel, qui aboutit à un accord momentané, ainsi que nous l’apprend une
meliosis Gaufredi Martelli verbis irritatus, exercitum contra eum duxit ; et castrum ejus, quod Molcndinum Herlæ vocabatur, in pago Andegavensi, cum manu valida obsedit et expugnavit », et ibid., p. 79, A : « Vexavit idem (Gaufredus Martellus) Franciam universam régi rebellans. »
102. Cartulaire de Marmoutier, dans dom Housseau, II 2 , n° 674, et Cartulaire de Noyers, édition C. Chevalier (au tome XXII des Mémoires de la Société archéologique de Touraine), charte n° 479.
103. Charte du prieuré de Saint-Eloi d'Angers, dans dom Housseau, II n° 461.
104. Voir Raynal, Histoire du Berry , I, p. 375, et le texte qu’il cite.