Chronicae Sancti Albini , ibid., p
140. Gesta consulum Andegavoruni et Historia comitum Andegavensiurn , dans les Chroniques des comtes d'Anjou , pp. 126 et 332.
141. Chronicon Vindocinense seu de Aquaria , dans les Chroniques des Eglises d'Anjou y p. 167.
142. La Chronique de Saint-Maixcnt (Chronicon Sancti Maxentii Pictavensis) n’est pas une chronique angevine , bien qu’elle soit publiée par Marchegay et Mabille au nombre des Chroniques des églises d'Anjou. C’est pourquoi, quoiqu’elle rapporte la guerre de 1058, nous disons qu’aucune chronique angevine, en dehors de notre texte, ne la mentionne.
MÉLANGES d’hISTOIRE DU MOYEN-AGE
Réchin, comment ne serions-nous pas irrésistiblement entraînés k accepter comme étant la stricte vérité cette phrase du début où l’auteur nous dit que, les faits relatifs à ses prédécesseurs, il les rapporte tels que les lui a racontés son oncle Geoffroy Martel, et les autres tels qu’il les a vus lui-même?
De toutes façons, on ne peut nier que la manière dont se présente la chronique ne concorde tout k fait avec cette assertion : sur l'histoire angevine antérieure k la vie de Foulque le Réchin, nous trouvons une assez sèche énumération de faits; sur Thistoire qui s’est déroulée pendant sa vie, nous trouvons, au contraire, un récit circonstancié : on a bien l’impression d’un auteur qui se laisse aller k ses souvenirs personnels. Les événements que Geoffroy Martel aurait racontés k Foulque sont classés, étiquetés; on peut croire, en les lisant, qu’on est en présence des fastes d’une famille, d’une sorte d'album où les grandes gloires de la dynastie seraient consignées méthodiquement. Et c’est bien ainsi que pouvait être le récit d’un Geoffroy Martel k son neveu : il semble qu’il lui transmettait par lk les traditions du comté, et, pour ainsi dire, le drapeau de la seigneurie. D'autre part, on conçoit que, parlant de lui-même, Foulque le Réchin ne pouvait pas ne pas changer un peu de ton. Acteur des événements qu’il narrait, trop près encore de ceux-ci, il lui était difficile de nous les exposer sous cette forme rigoureuse et logique dont il avait usé jusque-là, d’autant plus que des motifs de vanité personnelle l’entraînaient, en outre, k insister sur ce qui était ou ce qu’il pensait être à son honneur.
Mais un ami intime de Foulque, désireux de le flatter en composant cette histoire, n’eût-il pas pu faire de même? — Non; nous ne croyons pas que tous ces caractères particuliers que nous avons relevés, se fussent retrouvés d’une manière aussi saisissante. Et, au surplus, supposer un homme qui eût été avancé dans l’amitié de Foulque au point d’en savoir aussi long que lui sur l’histoire angevine, qui eût en même temps épousé toutes ses haines, toutes ses passions, tous ses penchants, enfin, chose incroyable, qui eût cru bien faire en écrivant sous le couvert du nom même de son ami, n’est-ce pas supposer à ce comte une sorte de double? Cela ne revient-il pas, en somme, à admettre comme l’évidence même que l’auteur du fragment ne saurait être que Foulque le Réchin ?
Il est bien vrai qu’on peut être surpris de voir un grand seigneur, k la fin du xi® siècle, se mettre ainsi k écrire. D’après les notions généralement admises, il semblerait que les nobles,
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à cette époque, aient été plongés dans une barbarie profonde. Mais encore que ces notions soient exactes pour la masse des seigneurs, on sait qu elles n'ont pas été sans souffrir d'assez nombreuses exceptions. Rappelons rapidement l’exemple bien connu de Robert le Pieux, dont tous les chroniqueurs notent la science et l'instruction, et qui même, à en croire quelques-uns d’entre eux, aurait lui-même composé des œuvres originales 143 . Rappelons aussi l’exemple de Mathilde, lille de Baudouin V, comte de Flandre 144 , de sa fille, la comtesse de Blois ,45 , des parents du pape Léon IX, qui, d’après le biographe de ce dernier, possédaient le latin comme leur langue maternelle 146 , et surtout de Guillaume le Grand, duc d’Aquitaine, qu'Adémar de Chabannes nous dépeint comme un lettré s’absorbant dans de longues lectures et employant son temps et son argent à se constituer une des plus belles bibliothèques de l'époque 147 . Notons, avant tout, que la cour des comtes d’Anjou, en particulier, passait pour une de celles où les belles-lettres étaient le plus en honneur. Déjà Foulque le Bon, le père de Geoffroy Grisegogonelle, avait par son instruction étonné ses contemporains, et les chroniqueurs, qui plus tard en ont parlé, n’ont vu en lui qu’un homme pieux et cultivé, « litteratum consulem », comme dit l'auteur de la Chronique des comtes d'Anjou, un savant, ayant étudié Aristote et Cicéron, et, de même qu’on le racontait de Robert le Pieux, ayant lui aussi composé des poésies et des chants en l'honneur des saints 148 . Maurice, fils de Geoffroy
15-3. Voir Pkisteii, Études sur le règne de Robert le Pieux , p. 34 et suiv.
144. Orderic Vital, IV, 5, à la page 189 de l'édition Le Pkévost, II (éd.de la Société de l'IIistoire de France).
145. Histoire littéraire de la France, VII, p. 153. Voir les vers que lui consacre Baudri :
Una tamen restât qua praesit filia patri,
Versibus applaudit, scitque vacare libris, etc.
146. Vita S. Leonis IX papae, auctore Wiberto, livre I, chap. I, dans Mabillon, Acta sanctorum ordinisS. Bened., saecul. VI, pars II, p. 54.
147. Adéniar de Chabannes, Chronique, III, 54, édition Chavanon, p. 176 (Collection de textes pour servir à l'étude et à l'enseignement de l'histoire, n° 20). Voir plutôt encore le texte plus explicite du manuscrit H dans Jules Lair, Etudes critiques sur divers textes des X° et XI e siècles , tome II, « Historia d'Adernar de Chabannes v, III, § 54, p. 206, col. 1.
148. Gesta consulum Andegavorurn, clans les Chroniques des comtes d'Anjou, p. 71, et Historia comitum Andegav ensium, ibid., p. 321. Voir aussi l’anecdote du roi Louis IV d’Outremer trouvant un jour Foulque le Bon mêlé
Grisegonelle, avait la réputation d’un juriste et d’un beau parleur 149 . Geoffroy Martel avait étudié à l’école d’Angers, et sa femme Agnès faisait de fortes dépenses pour se monter une bibliothèque lr, °. La cour d’Anjou était donc, à une époque moins barbare qu’on ne le dit d’ordinaire, une cour particulièrement lettrée; la culture intellectuelle y était une tradition de famille. Pourquoi alors Foulque le Réchin n’aurait-il pas été en état d’écrire l’histoire de sa maison ?
La conclusion s’impose. Le style, le ton, la nature des renseignements, tout nous force à reconnaître que Foulque le Réchin est bien l’auteur que nous cherchons. Ce n’est pas parce que nous avons là un exemple unique, parce que nous ne connaissons pas, jusqu’à présent du moins, d’autre seigneur ayant eu ainsi, dès la fin du xi® siècle, la fantaisie de se faire chroniqueur, que nous devons nier l’évidence. Si Foulque le Réchin est le seul à avoir déjà composé une œuvre de cette sorte, c’est aussi, nous venons de le voir, que, pour l’instruction et le goût des belles-lettres, les comtes d’Anjou étaient de ceux qui devancent leur temps.
Louis Halphen.
aux chantres de Téglise de Saint-Martin de Tours. Dans tout ceci il y a une grande ressemblance avec ce qu’on racontait sur le compte de Robert le Pieux.
149. Gesta consulum Andegavorum : « Ipse vero peritus in causis... » et « Quæ esset erudita, quæ popularis oratio edocebat ».
150. Cartulaire de la Trinité de Vendôme , édition Métais,I, charte n° 93 : la comtesse Agnès achète un homéliaire d’Haimon d’Haverstad, « Haimonis Halbcrstadensis expositio in Apocalypsim », livre recherché, qu’elle paie fort cher. On sait par ailleurs encore le goût d’Agnès pour les livres et les choses littéraires. Cf. Histoire littéraire de la France , tome VII.